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Afrique du Sud

Vendredi 6 novembre 2009
L’histoire : Au début du roman, deux femmes âgées vivent ensemble dans une ferme en Afrique du Sud. On comprend que l’une d’elle est blanche, l’autre noire. C’est la fin de l’apartheid, mais leur amitié ne date pas d’hier. Au cours de leur enfance, où l’une, Catherine, était la fille du propriétaire des lieux et l’autre, Maria, la fille de la cuisinière, elles se sont promis une amitié éternelle, comme on peut le faire à cet âge, mais la vie les a séparées quand la mère de Catherine a ramené manu militari celle-ci et sa jeune sœur en Angleterre, laissant son mari volage en Afrique du Sud. L’un part, l’autre reste et attend indéfectiblement, en restant attachée à la maison où a vécu son amie. Quand Catherine revient vingt ans plus tard, au début des années 50, son père est mort et de nouveaux propriétaires ont pris possession des lieux .
L'auteur : Rosamund Haden fait partie de cette jeune génération d'auteurs talentueux d'Afrique du Sud, diplômés de l'Université du Cap. Elle a publié plusieurs livres pour la jeunesse. L'Eglise des pas perdus est son premier roman.
355 pages
Editeur :
Sabine Wespieser (mai 2006)
Titre original : The tin church
Traduction : Judith Roze

Ce que j’en pense :
Davantage qu’autour de la ferme de Catherine, c’est autour de l’église de tôle, rebaptisée on ne sait pourquoi en français l’église des pas perdus, que se joue l’intrigue, et aussi au bord d’un étang proche de la ferme. Car, s’il s’agit beaucoup d’amitié et de sentiments dans ce roman, plusieurs mystères y planent également, et l’auteur joue très habilement des ellipses et des sauts dans le passé pour nous faire pressentir des drames entre les différents personnages, avec une intensité qui va crescendo, drames qui ne se trouveront éclairés qu’à la toute fin du livre. Les deux protagonistes, Catherine et Maria, sont chacune à leur manière, marginales et considérées comme peu équilibrées par leur entourage, mais les personnes qui les entourent ne se montrent pas tellement plus fiables, bien au contraire. Les relations sont compliquées entre Tom et Isobel, le couple qui occupe la maison et Hendrik, un jeune voisin, vient encore plus semer le trouble dans les esprits. La nature, les animaux et les éléments tiennent aussi une grande place dans le roman, lui donnant un charme bien à lui.
Ce livre s’est beaucoup montré sur les blogs ces derniers mois, et je ne l’avais pas noté, mais il m’a fait de l’œil à la bibliothèque et je ne le regrette pas. Cet auteur sera à suivre avec attention, puisqu’il s’agit là d’un premier roman très réussi.

Beaucoup d’avis positifs : Brize, Choupynette, Joëlle, Lo, Sylire, Praline, Amanda, aproposdelivres, Malice, Lilly, Belle de nuit, Lucile, Lune de pluie...

Extrait : C'est une petite fille qui trouva les os. Elle faisait route depuis le kraal de son père pour acheter du sucre au magasin de Hebron. L'orage éclata alors qu'elle atteignait le sentier qui grimpait, en serpentant parmi les koppiei, jusqu'à l'église en tôle construite sur la crête dominant les fermes. Tandis qu'elle escaladait les rochers de granit entre les euphorbes dressées comme des sentinelles, les nuages se déchirèrent et de grosses gouttes de pluie se mirent à marteler le sol. Elle chercha refuge sous un cussonia, mais les feuilles la frôlaient et elle fut bientôt trempée. Elle dut pousser plus loin parmi les rochers. Deux d'entre eux délimitaient une sorte de tunnel. Le passage était étroit, mais elle parvint à s'y faufiler et se retrouva sur une surface plane. En contrebas, la vallée s'étendait jusqu'aux montagnes qui marquaient la fin du haut veld ; au-delà, on descendait vers le Swaziland et le bas veld.
Elle s'accroupit, dos à la roche, et c'est là, dans la terre rouge transformée en boue, qu'elle trouva les os. Elle avait déjà vu des crânes d'animaux: de babouins, de vaches, de moutons, et même de chiens dont les restes gisaient, blanchis par le soleil, dans le veld; mais ce qu'elle avait sous les yeux était différent.
Incliné en arrière, le crâne la regardait fixement. L'eau s'engouffrait dans les orbites et entre les mâchoires, tournées vers le ciel comme pour boire la pluie. Il était entouré d'autres os qui devaient appartenir aux bras et aux jambes. Quelqu'un les avait déterrés : de longues entailles sillonnaient la terre.

Réfugiée dans un coin, près de la cheminée, elle se tenait aussi immobile que possible. Seuls ses yeux remuaient, suivant les déplacements de l'homme dans le salon. il ouvrit le piano et fit courir ses doigts sur les touches, puis aperçut la pile de livres sur le sol. Maria n'eut pas le temps de traverser la pièce pour les ramasser : déjà, il se penchait et soulevait le volume qu'elle venait d'entamer.
"Le Retour au pays natal, lut-il à voix haute, et il leva les yeux vers Maria, interloqué. C'est toi qui lis ça ?"
Elle hésita, puis hocha la tête. Il ne la croyait pas - comment pouvait-elle lire ce genre de livre ?

"Loin de la foule déchaînée... Tu as lu ça ?" Il la taquinait à présent. Il la regardait droit dans les yeux ; elle soutint son regard sans broncher.


Par kathel
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