Quatrième de couverture
:Villa del Carmen. Il y a ceux qui partent, et ceux qui restent.
Ceux qui de Buenos Aires envoient des lettres pour raconter la vie, le travail et l'amour. Ceux qui reçoivent les lettres et gardent la mémoire du passé dans cette province du nord de l'Argentine.
Marita attend les lettres de Matilde. Une tranquille répartition des rôles qu'un certain Ferroni vient déranger en 1977. Lui est là pour mettre la main sur l'amoureux de Matilde, un prétendu
subversif en cavale. L'une de ces lettres l'y aiderait peut-être... Mais l'obtenir de Marita, cette « fille de pierre », n'est pas chose facile. Alors il faut questionner les vieilles de
ce stupide lieu perdu, parcourir les ruelles poussiéreuses, se nourrir d'empanadas. Attendre, attendre et encore attendre. Et l'attente, on le sait, est mauvaise conseillère. Biographie de l'auteur : Norma Huidobro est née à Lanús dans la province de Buenos Aires
en 1949. Ancienne professeur de Lettres, elle a animé de nombreux ateliers d’écriture. Auteur de romans pour la jeunesse dont un va paraître en mars à l’École des Loisirs, Le lieu perdu est son
premier roman. 224 pages Traduction : Dominique Lepreux Titre original : El lugar perdido
Editeur : Liana Levi (janvier 2009)
Mon avis : Dès le début de cette lecture, me sont revenus en
mémoire d’autres romans lus ces derniers mois : El ultimo lector, Les armées, L’autobus, pour l’atmosphère des lieux
perdus (mais bien sûr !), les personnages en attente de quelque chose de probablement dramatique , qui est plus ou moins tu… Se taire ou parler, tel est le point commun crucial de ces livres. Ce
que je préfère dans ce roman de Norma Huidobro ce sont les personnages féminins, forts et déterminés, la toute jeune Marita et sa grand-mère, la vieille Nativita qui cuisine des
tamales dans sa petite maison loin de tout, Matilde qui n’est connue que par les lettres qu’elle envoie à Marita. A leurs côtés, les hommes sont plus inconsistants, voire lâches ou
dangereux.
J’ai été emportée par l’écriture, rythmée par des images qui reviennent dans les monologues de chaque personnage : une rivière comme un serpent qui brille, les yeux de la Louve tels des étoiles
dans le ciel, une ruelle barrée d’une tache verte, un portail entrouvert… J’ai retrouvé avec intérêt le thème de la mémoire, qui sert ici à recréer un lieu de la petite enfance de l’intrus à Villa
del Carmen, le nommé Ferroni, qui meuble son attente à reconstruire des souvenirs, peut-être douloureux.
Les lettres de Marita, partie à Buenos Aires, sont une échappatoire à l’atmosphère étouffante de Villa del Carmen et en même temps source d’un danger qui se précise de plus en plus.
Un roman qui serre parfois la gorge, mais qu’il est difficile de lâcher une fois commencé, tant les personnages ont pris vie dès le début.
Extrait : Villa del Carmen,
Jujuy, janvier 1977
Un scarabée, pattes en l’air, se berçait sottement dans l’eau de la cuvette. Ferroni le regarda avec une certaine appréhension et décida que le mieux était de vider l’eau avec le scarabée dans le
trou d’évacuation du bac. Il rinça la cuvette et laissa couler l’eau du robinet. Il se lava le visage, se rappelant la sensation de bien-être qu’il éprouvait chaque fois que l’eau glacée lui
fouettait les joues. L’eau le réveillait, le mettait en alerte, lui activait les neurones.
Ferroni pensa au scarabée ; il l’imaginait en train de marcher le long du tuyau d’écoulement, cherchant à s’évader de cette prison sombre et tubulaire. Soudain, là, debout dans la cour, près du bac
à laver le linge, il frissonna. Il se rendit compte qu’il n’était pas prudent de sortir en maillot de corps de si bonne heure. Il pouvait prendre froid. Il n’était pas habitué à des petits matins
si frais en plein été.
À Buenos Aires, c’était différent. On n’était pas plus tôt réveillé qu’on sortait aussi dans la cour, mais pour pouvoir respirer, pour ne pas continuer d’étouffer dans sa chambre, pour se décoller
une fois pour toutes de ce matelas brûlant qui adhère au dos et oppresse par en dessous. S’il restait là, il allait prendre froid. En plein mois de janvier. Ferroni entra dans la chambre, résolu à
se couvrir.
Quelqu’un doit y aller, lui avait dit son supérieur quand il lui avait demandé pourquoi on n’y envoyait pas un autre, pourquoi ce devait être lui. Quelqu’un doit y aller, toi ou un autre c’est
pareil ; il se trouve que c’est tombé sur toi. Et ensuite : estime-toi heureux, ça va te faire du bien, tu as besoin d’un changement d’air. Faux ; il n’avait besoin d’aucun changement. On change
d’air en vacances, pas quand on travaille. Et son travail à lui était à Buenos Aires.
Présentation de l'éditeur :"Une musique mélo, fade et fausse, s'égrenait mollement, une voix
rachitique chantait El dia que me quieras comme s'il s'était agi d'une chanson insignifiante sans nom et sans histoire. J'enlevai le casque et Charly me demanda :
-Vous comprenez maintenant pourquoi je dois le tuer? Vous me comprenez, Octavio?
Je hochai la tête. Je ne comprenais toujours pas ce qui le poussait, le soupçon d'une possible folie traversa à cloche-pied la cour de mon esprit avant que je ne l'en chasse. Mais au fond, j'étais
d'accord avec lui. Moi aussi, j'avais envie d'assassiner Julio Iglesias."
Lorsque sa tyrannique épouse succombe brusquement dans un hôtel marocain, Octavio éprouve un mélange de panique et de soulagement. C'est le moment que choisit Soldati, chanteur de tango amateur,
vendeur de glaces dans le désert et escroc à ses heures, pour débouler dans sa vie. Et la petite existence morne du timide Octavio devient une épopée délirante où l'on rencontrera des truands
boliviens, des hippies échoués loin de Katmandou, un prix Nobel de littérature qui n'a jamais écrit une ligne, un chat acariâtre, une équipe de cinéma perdue dans le désert, des footballeurs en
état de grâce, un nuage agaçant et... Carlos Gardel.
Biographie de l'auteur :Né à Buenos Aires en 1959, Carlos
Salem, journaliste et écrivain, réside depuis 1988 à Madrid où il écrit entre deux soirées poésie dans son bar, le Bukowski. Aller simple a reçu le prix Memorial Silverio Canada à la Semana Negra
2008. Traduit de l’espagnol par Danielle Schramm 265 pages
Editeur : Alvik Editions Collection : Moisson rouge
Mon avis : Ces aventures rocambolesques d’un brave fonctionnaire
espagnol que sa femme laisse lâchement tomber en mourant subitement à la première page du livre sont tout à fait distrayantes et réjouissantes. Il se retrouve donc libre, lui qui avait l’habitude
de suivre en toutes choses son épouse autoritaire pour ne pas avoir d’histoires, et entraîné dans de drôles de péripéties par un argentin rencontré au bar de son hôtel.
Se débarrasser du cadavre encombrant se révèle plus compliqué que prévu et les deux compères se retrouvent à sillonner les routes du Maroc, avec divers véhicules et pas toujours en bonne compagnie
! Ajoutez des rencontres qui vont d’une sorte d’agent secret bolivien pourvoyeur de faux dollars, à un écrivain qui n’a jamais écrit un mot, puis un vieil hippie accompagné de blondes scandinaves,
un cinéaste qui tourne le film de sa vie, un chat nommé Jorge Luis et un nuage noir dans le rétroviseur, et vous n’aurez encore qu’un léger aperçu du livre.
Si vous n’aimez pas le loufoque, passez votre chemin… Je soupçonne que la gent masculine préfèrera ce roman à mes consœurs, allez savoir pourquoi. Sans doute ce roman ressemble-t-il à un vaste
fantasme masculin, bien sympathique, et de temps en temps il peut être intéressant de savoir ce qu’il y a dans la tête de ces messieurs ! Certains chapitres ont tout de même un ton plus nostalgique
et permettent de mieux cerner le personnage d’Octavio, notre jeune veuf et narrateur, qui au-delà de l’aspect comique, trimballe avec lui ses échecs et ses regrets.
Quelques chapitres intercalés font apparaître le célèbre chanteur de tango Carlos Gardel et laissent pressentir qu’il va apparaître d’une manière ou d’une autre dans le roman, laissant ainsi
l’intérêt en éveil. Pour une fan de musique sud-américaine que je suis, c’était un attrait non négligeable !
Au final, un livre qui a un peu du mal à décoller, mais recèle de très beaux passages comme l’équipe de tournage en plein désert, d’autres franchement amusants et qui au final laisse un souvenir
très plaisant ! Extrait :L’Opel ronronnait avec un petit bruit cadencé et Charly, absorbé par sa
recherche des émissions du monde entier, l’accompagnait machinalement. Le soleil ne se décidait pas à paraître et perdait son temps derrière l’une de ces montagnes brèves et rondes qui additionnent
leurs cimes pour construire l’Atlas à la façon dont tout se fait au Maroc, presque sans le vouloir. Je me sentais bien.
Les larmes d’Ingrid et ses doigts mimant de mémoire une chanson que je n’avais jamais interprétée mais que je connaissais me confortaient dans l’idée que tout était bien. Un film où j’étais le
héros et non pas le bouffon. La route m’emmenait sans exiger de moi la moindre décision. Montées et descentes, cela m’était égal, parce qu’en fin de compte, j’allais,
et c’était suffisant.
Présentation de l'éditeur : Dans une
petite ville du fond de l'Argentine,
un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, il passe mais sans s'arrêter. Il y a quatre jours maintenant que
l'avocat Ponce amène sa soeur pour prendre cet autobus et qu'il ne s'arrête pas. Les jeunes gens décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Le village s'interroge. Il s'est passé quelque
chose dans le pays que tout le monde ignore ici.
Sous l'orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les
militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu'une effrayante vérité se dévoile.
Sobre et dense, sans concession, ce court roman nous conduit, dans un style alerte et cinématographique, au coeur des pages les plus sombres de l'histoire de l'Argentine et parle du pouvoir sous
ses formes les plus perverses.
L'auteur :Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle
enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie. L'Autobus est son premier roman, il est publié en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal. Traducteur : René Solis Editeur : Métailié (12 avril 2007) 124 pagesTitre original : El colectivo
Prix Las Dos Orillas 2005.
Mon avis : Il est difficile de parler de ce livre, tant l’écriture en est concise. Les
phrases sont courtes, les dialogues, qui sonnent très justes, sont nombreux, mais contiennent une part de mystère, les choses sont dites à demis mots, et on comprend pourquoi en avançant dans la
lecture, lorsque le drame se précise. Il n’y a pas de descriptions ni de fioritures inutiles. Je préfère ne pas en dévoiler trop. Pour ma part, j’avais lu tellement vite la quatrième de couverture
que je partais sans idée aucune sur ce roman, et je crois que c’est comme cela qu’on l’apprécie le mieux !
Il m’a fait penser à certains films argentins, comme Historias minimas de Carlos Sorin (2002) qui ne sont absolument pas tape-à-l’œil, mais touchent par leur subtilité et l’émotion
qu’ils dégagent. Dans ce roman, il y a une dimension plus politique et critique vis-à-vis de toute forme de dictature, toutefois... Il s’avère donc que c’est une très bonne surprise, et j’espère
retrouver cet auteur un jour, puisque c’est son premier roman.
Extraits : Cela fait trois soirs que l'autobus passe sans ouvrir ses portes. Le village est sous une chape métallique. Grise et légèrement ondulée. Le seuil des maisons est maculé de terre et l’absence de
pluie rend les chiens nerveux. Par la fenêtre de l’hôtel, Rubén se penche machinalement pour regarder les gens qui traversent la voie.
Le silence est pesant. Rita se promet, une nouvelle fois, d'éviter de trop parler à Gómez. Il a toujours quelque chose à répondre, toujours quelque chose à rétorquer. L'imbécile, avec sa petite
bicyclette noire, qui traverse d'un côté à l'autre. Qui va et qui vient. Il croit peut-être qu'à force de venir de ce côté-ci, il va être comme nous ; il croit peut-être que, mine de rien, un beau
jour il va pouvoir rester ici. Et que personne ne lui dira rien. Que nous ne nous en rendons pas compte. Imbécile.
- Mais continuez, Gómez, je ne veux pas vous retarder, il ne faudrait pas que l'orage vous attrape.
- Non, doña Rita, l'orage ne viendra pas. Le ciel peut se plomber tant qu'il voudra. Il nous écrasera les os mais la pluie, il ne la lâchera pas.
Et voilà maintenant que cet imbécile mal élevé me reprend même sur le temps qu'il fait. Comme si moi qui suis née ici, je ne savais pas. Comme si on pouvait me faire des pronostics, à moi.
Gómez reprend la bicyclette et pique un petit sprint avant de remonter en marche.
- Au revoir, doña Rita.
- Au revoir, Gómez, c'est toujours un plaisir de parler avec vous.
Gómez prend à toute vitesse le virage de la pharmacie. Il lâche la pédale droite et lance sa jambe pour garder l'équilibre. Il freine d'un coup et saute de la selle. De la pointe du pied, il
repousse la pédale en sens inverse et bloque la bicyclette contre l'un des rares rebords de trottoir du village.
- Et ils savaient tous qu’il ne s’arrêterait pas ?
- Ils le supposaient. Ici, les choses ont tendance à se répéter.
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