Samedi 24 octobre 2009
L’histoire : Sur une table d’opération, un homme
compte de 10 à 1 et se souvient des derniers mois, où deux évènements ont bousculé sa vie. Guido est expert en art florentin, et une femme est venue lui demander d’expertiser un tableau qu’elle a
reçu en héritage. Cette rencontre avec une femme plus jeune, issue d’un milieu plus bourgeois, est à l’origine d’une histoire d’amour qui s’entremêle avec les recherches concernant le tableau,
porteur de mystère.L'auteur : Auteur de plusieurs récits et essais, dont trois ouvrages parus chez Actes Sud : Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (2006), Victoria-Hall (2006) et Loin des bras en 2009, Metin Arditi, né en 1945 à Ankara, vit à Genève.
206 pages
Editeur : Actes Sud (août 2006)
Collection : Un endroit où aller
Ma lecture : Livre très court, L’imprévisible m’a permis de faire connaissance avec l’écriture de Metin Arditi, dont le dernier roman sorti, Loin des bras, est diablement tentant ! J’ai trouvé ce livre très joliment écrit, et après un court moment où je ne voyais pas très bien où il voulait nous emmener, je me suis laisser prendre au charme mélancolique de ce roman. Le personnage de Guido ne m’était pourtant pas très sympathique au départ, mais il s’humanise au fur et à mesure, notamment dans ses relations avec son fils, et l’on comprend qu’il s’était protégé contre toute émotion à la suite d’un drame survenu dans sa prime jeunesse. Les recherches autour du tableau s’avèrent passionnantes et donnent envie d’aller visiter la Galerie des Offices ou de se plonger dans les correspondances des peintres florentins !
Je ressors donc de cette lecture légèrement intriguée et prête à lire encore cet auteur suisse plein de finesse et de profondeur à la fois.
Extraits : Quelqu’un me prend la main. C'est une main d'homme, chaude et sèche. J'aurais mieux aimé une main de femme. J'aurais beaucoup aimé qu'une femme m'embrasse. N'importe quelle femme. Un baiser mouillé. J'aurais encore plus aimé que mon père me caresse les cheveux. Qu'il pose sa main sur ma tête, comme il le faisait. Longuement. On aurait dit qu'il voulait effleurer mes pensées. Il la descendait ensuite sur ma joue et ma bouche venait se coller à sa paume. Ma mère lui disait toujours : Mais, comment tu le caresses, ton fils ? Je le caresse comme un père caresse un fils formidable, répondait mon père. Il prenait un air offusqué, sourcils froncés, me regardait, et disait : "Vero, Guido ?" Puis d'un coup il me souriait, de son sourire immense qui l'éclairait tout entier. En ces moments-là, mon père n'était rien d'autre que cette lumière, destinée à moi et à moi seul.
- Vous aurez une valve aortique toute neuve.
La table d'opération est si étroite que je me tiens raide comme au garde-à-vous. Une main soulève ma blouse. Comme elle est nouée au cou, on la retrousse depuis le bas. Je ferme les yeux, honteux d'être ainsi dévoilé. Pas un mot de prononcé. Après de longues secondes, le tissu est rabattu
J'entends deux infirmières qui vont et viennent. Elles parlent comme si je n'étais pas là.
- Comment il s'appelle ?
- Gianotti. Guido Gianotti. Je crois qu'il est professeur.
- Prof ? Tu es sûre ?
- Pas de médecine. Prof d'histoire, ou d'art, quelque chose comme ça.
- Franchement, je préfère. Elle rit.
J’avais passé ma vie à cacher mes émotions. J’avais fait de leur
dissimulation ma règle cardinale. Ne pas plonger dans le regard de l’autre. Ne pas s’y perdre. Ne pas risquer la douleur. Ne pas vivre librement.
Agnolo Bronzino Portrait dUgolino Martelli







Quatrième de couverture :
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