Samedi 23 août 2008
Présentation de l'éditeur : "Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois,
qui est une baguette et qui est une poutre !" C'est ce cri qui a donné envie à Xinran d'écrire cette histoire. Celle, lumineuse, chaleureuse, émouvante, de trois sœurs qui décident de fuir leur
campagne et le mépris des autres, pour chercher fortune dans la grande ville. Sœurs Trois, Cinq et Six n'ont guère fait d'études, mais il y a une chose qu'on leur a apprise : leur mère est une
ratée car elle n'a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu'un numéro pour prénom. Les femmes, leur répète leur père, sont comme des baguettes : utilitaires et jetables. Les hommes, eux,
sont les poutres solides qui soutiennent le toit d'une maison. Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail à Nankin, leurs yeux s'ouvrent sur un monde totalement nouveau
: les buildings et les livres, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants... Trois, Cinq et Six vont faire la preuve de leur détermination et de leurs talents, et
quand l'argent va arriver au village, leur père sera bien obligé de réviser sa vision du monde. C'est du cœur de la Chine que nous parle Xinran. De ces femmes qui luttent pour conquérir une place
au soleil. De Nankin, sa ville natale, dont elle nous fait voir les vieilles douves ombragées de saules, savourer les plaisirs culinaires et la langue truculente de ses habitants. Et d'un pays, une
Chine que nous découvrons par les yeux vifs et ingénus des trois sœurs, et qui nous étonne et nous passionne car nous ne l'avions jamais vue ainsi.Biographie de l'auteur : Xinran est née en 1958 à Pékin. Elle a été journaliste et a animé une émission de radio qui l'a rendue célèbre en Chine, où elle recueillait sans tabou les confidences des femmes. Son premier livre, Chinoises, et le suivant, Funérailles célestes, sont issus de cette expérience et l'ont fait connaître dans le monde entier. Depuis 1997, Xinran vit à Londres. Elle publie une colonne bimensuelle dans The Guardian sur les questions relatives à la Chine et tient le rôle de conseiller aux relations avec la Chine pour de grandes corporations comme la BBC.
341 pages Traduction : Prune Cornet Editeur : Editions Philippe Picquier Titre original : Kuaizi guniang
Mon commentaire : Ce sont donc, romancés, les débuts, dans la vie et dans la ville, de trois jeunes filles venues de la campagne. Elles sont présentées ici comme trois sœurs, Trois, Cinq et Six, à qui leur père n’a pas voulu donner de prénom dans sa honte de n’avoir pas pu engendrer un garçon. Elles arrivent donc successivement à Nankin pour y chercher du travail. Je comprends bien que l’auteur a voulu montrer qu’il est possible de réussir en Chine avec de la volonté, mais elles ont quand même la chance de trouver tout de suite un travail correspondant chacune à leurs compétences… Pour trois qui se débrouillent relativement bien, combien deviennent ouvrières à la chaîne, femmes de ménage ou prostituées ? Non que ce soit complètement mirifique, ce sont des cas vécus et le point de vue des jeunes filles est très bien présenté. Leur naïveté est source d’embarras et de situations qui ne manquent pas de comique, tellement la différence entre la vie des campagnes et celle des villes est immense.
L’auteur ne met cependant pas de côté les aspects dramatiques de la condition féminine, rurale en particulier : vie misérable, manque d’éducation et de considération, mariages arrangés, suicides de jeunes femmes ou de jeunes filles… La vie citadine semble paradisiaque, par opposition, mais par la voix d’un des personnages, l’auteur souligne bien que les jeunes sont tenus dans l’ignorance des modes de vie urbains, afin que les campagnes ne se vident pas au profit des grandes villes déjà surpeuplées. Enfin, la volonté documentaire de l’auteur fait que certains personnages se lancent parfois dans de longs discours pédagogiques pour éclairer le lecteur.
Toutefois, c’est une lecture très facile et intéressante, voir distrayante par moments, pour qui veut mieux connaître la Chine contemporaine.
Extrait : « All right, is she coming ? » demanda Meng à son fils, plongeant Six dans une profonde stupéfaction. Elle croyait que Cul-de-Bouteille était le plus érudit de la famille mais même sa femme savait parler anglais, de vrais lettrés ! Une image surgit dans son esprit, elle se voyait parlant couramment anglais avec eux, sur toutes sortes de sujets : les livres, l’histoire, les pays étrangers, sa vie au village…
Pour compléter, les avis d’Essel et de Lucie ainsi qu’une interview intéressante de Xinran sur rue89.







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