Jeudi 28 août 2008
L’histoire ? A Istanbul, nous faisons connaissance de la famille Kazanci, de
Zeliha, jeune femme très court vêtue et au comportement incompréhensible, même pour ses sœurs passablement loufoques. Dans l’Arizona, nous rencontrons Rose, américaine aussi blonde que portée sur
les sucreries, maman d’une petite fille qu’elle a eu avec un américain d’origine arménienne dont elle est divorcée.Entre ces deux familles que tout oppose, des liens vont être révélés, le passé des deux communautés va ressurgir…
Biographie de l'auteur : A trente-six ans, Elif Shafak est l'un des écrivains turcs les plus en vue. Elle a longtemps vécu à l'étranger et travaille désormais entre Istanbul et l'Arizona comme auteur, chroniqueuse et professeur d'université. L'héritage cosmopolite de son pays, les droits des femmes ainsi que la coexistence de l'Islam et des valeurs démocratiques occidentales sont au centre de son œuvre.
319 pages Editeur : Editions Phébus (30 août 2007) Traduit de l’anglais par : Aline Azoulay Titre original : The bastard of Istanbul
Ma lecture : J’ai ouvert ce livre sur la foi de commentaires enthousiastes d’autres lectrices et en ayant lu deux lignes de la quatrième de couverture : je croyais que c’était un roman historique, c’est dire ! Les faits sont en réalité contemporains et les comportements aussi, comme on peut le constater dès le premier chapitre qui nous présente Zeliha, ses talons hauts, son vocabulaire peu châtié, les rues d’Istanbul sous la pluie, un chauffeur de taxi impatient et la salle d’attente d’un gynécologue : déjà une scène d’anthologie, comme on dirait pour un film !
J’ai beaucoup aimé l’écriture alerte de Elif Shafak, sa description pleine d’humour et de vérité des personnages, l’ambiance d’Istanbul qui est une ville que j’aimerais d’autant plus connaître après cette lecture. Le propos n’est pas pour autant toujours humoristique, l’auteur aborde le sujet de la déportation et du génocide arménien en 1915 et de ses conséquences sur des générations successives, du côté arménien comme du côté turc. Elle s’intéresse à la relation différente au passé et à ces évènements dramatiques dans les deux communautés « Est-il vraiment souhaitable pour les humains de chercher à en savoir toujours plus sur leur passé ? » Elle met l’accent sur ce qui sépare ces deux groupes humains, mais aussi et surtout sur ce qui les rapproche : les religions sont différentes mais les cultures proches, la cuisine en particulier est très présente dans ce roman (hmm, les plats qui sont décrits, les parfums d’épices, les petits déjeuners pantagruéliques…) et on remarque que les mets sont les mêmes sous des noms différents. Les titres de chapitres sont d’ailleurs évocateurs, vous le verrez, si vous avez envie de faire ce voyage pour Istanbul que je vous recommande !
Extraits : Qu’importe ce qui tombe du ciel, jamais nous ne devons le maudire. Pas même la pluie. Qu’importe la violence de l’averse, la froideur de la neige fondue, jamais nous ne devons blasphémer contre ce que le ciel nous réserve. Personne n’ignorait cela. Pas même Zeliha. Pourtant, en ce premier vendredi de juillet, elle filait sur le trottoir s’écoulant le long de la chaussée embouteillée, en retard à son rendez-vous, jurant comme un charretier et claquant des talons, furieuse contre l’homme qui s’était mis à la suivre, contre les automobilistes qui appuyaient frénétiquement sur leur klaxon alors que tout citadin savait que le bruit n’avait aucun effet sur le trafic, contre tout l’Empire ottoman, qui avait conquis Constantinople et persisté dans son erreur, et enfin, contre la pluie... cette foutue averse d’été...
C'est alors qu'elle commença à comprendre qu'elle attendait sans doute un aveu de culpabilité, sinon des excuses. Mais elle n'avait eu droit qu'à leur sincère commisération, comme si elles ne voyaient pas en quoi elles étaient liées à ces criminels. En tant qu'Arménienne, Armanoush se sentait héritière de l'histoire de ses ancêtres. Apparemment, ce n'était pas le cas des Turcs. Ils semblaient évoluer sur un plan temporel bien à eux. Pour les Arméniens, le temps était un cycle au cours duquel le passé s'incarnait dans le présent et le présent donnait naissance au futur. Pour les Turcs, le passé s'arrêtait en un point précis, et le présent repartait de zéro à un autre point. Entre les deux, il n'y avait que du vide.
Elles en ont parlé : Papillon, Hélène, Amanda, Marie, et plus récemment, Naina.







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