Lundi 31 août 2009
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Rentrée littéraire 2009
Quatrième de couverture
: Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal
La Voie de l’Industrie. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal,
chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu’il aime le plus au monde : écrire.
En plein succès, David accepte l’offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va
renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d’autant plus désespéré que
la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours – et à laquelle le livre est secrètement dédié – va épouser Pedro Vidal.
Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l’emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui
propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer un texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, " une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et
d’être tués, d’offrir leur âme ". [...]
L'auteur vu par l'éditeur : Ecrivain catalan, Carlos Ruiz Zafón vit à Los Angeles, où il est également scénariste. L'Ombre du vent, prix Planeta (2004), prix du
meilleur livre étranger – roman (2004), a aussi sélectionné pour le prix Femina étranger.
544 pages
Traduction : François Maspero
Editeur : Robert Laffont
Titre original : El juego del angel
J’aurais aimé vous dire que j’ai adoré ce livre… J’ai cru à un
moment que cela allait être le cas, mais non, je ne me suis jamais vraiment laissé emporter et j’ai donc passé plus de temps à scruter les expressions et les mots choisis qu’à me passionner pour
les péripéties du roman.
Le début, racontant les débuts dans la vie de David Martin, m’a donné une impression de déjà-vu, mais j’ai bien voulu passer dessus pour poursuivre ma route. Puis, petit à petit, tous les rêves du
narrateur prennent forme les uns après les autres, le faisant passer de « grouillot » au journal local à écrivain, avec les rencontres, amitiés et amours qui s’en suivent, sans oublier le
coup de cœur pour une maison étrange qu’il arrive à louer pour trois fois rien, bien sûr. Après,
quand la chance tourne, ce qui ne devait pas manquer d’arriver après une telle avalanche de bonnes fortunes, on croirait que toutes les calamités du monde se précipitent sur ce coin de Barcelone…
Enfin, j’exagère à peine !
Au bout de 150 pages, j’ai tout de même fini par croire à l’histoire, quand elle prend une forme d’enquête où David trouve des similitudes bizarres entre ce qu’il apprend sur sa « maison à la
tour » et sa propre vie, en donnant une allure plus fantastique au récit. Quelques passages donnent des frissons, bien comme il faut, mais au bout d’un moment, j’ai trouvé fastidieux certaines
situations répétitives, les pièces empoussiérées, les portes qui grincent, les lames de couteaux qui brillent, les rires sarcastiques qui résonnent… Sans doute ce roman aurait-il gagné à être plus
concis, moins verbeux, pour lui donner plus de rythme, car si l’histoire est plutôt intéressante, le style l’alourdit trop et tend à la gâcher…
Alors, n’hésitez pas à vous emparer de L’ombre du vent si vous ne l’avez pas encore lu, mais attendez d'autres avis plus favorables que le mien, et il y en aura, pour retrouver le cimetière
des livres oubliés dans ce deuxième ouvrage.
Le début : Un écrivain n'oublie jamais le moment où,
pour la première fois, il a accepté un peu d'argent ou quelques éloges en échange d'une histoire. Il n'oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et
cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu'il désirait le plus au monde: son nom
imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr, vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu: son âme a un
prix.
Ce moment, je l'ai connu un jour lointain de décembre 1917. J'avais alors dix-sept ans et travaillais à La Voz de la Industria, un journal au bord de la faillite qui végétait dans une bâtisse
caverneuse, jadis siège d'une fabrique d'acide sulfurique, dont les murs sécrétaient encore une vapeur corrosive qui rongeait le mobilier, les vêtements, les cerveaux et jusqu'à la semelle des
souliers. Elle se dressait derrière la forêt d'anges et de croix du cimetière du Pueblo Nuevo et, de loin, sa silhouette se confondait avec celle des mausolées se découpant sur un horizon criblé de
centaines de cheminées et d'usines qui faisaient régner sur Barcelone un perpétuel crépuscule écarlate et noir.
Le soir qui devait changer le cours de ma vie, le sous-directeur du journal, M. Basilio Moragas, trouva bon de me convoquer peu avant le bouclage dans le réduit obscur, situé tout au fond de la
rédaction, qui lui servait à la fois de bureau et de fumoir pour ses havanes. M. Basilio était un homme à l'aspect féroce et aux moustaches luxuriantes, qui détestait les platitudes et professait
cette théorie qu'un usage généreux des adverbes et un emploi excessif des adjectifs étaient le fait d'individus pervertis et souffrant d'un manque de vitamines. S'il découvrait un rédacteur enclin
à trop fleurir sa prose, il le mettait pour trois semaines à rédiger les notices nécrologiques. Et si, après cette purge, le personnage récidivait, M. Basilio l'affectait à perpétuité à la rubrique
«travaux ménagers». Nous en avions tous peur, et il le savait.
- Vous m'avez fait appeler, monsieur Basilio? risquai-je timidement.
Je vous laisse découvrir les avis divergents de Kallikrates et Thiphanya qui ont été
déçues, Loumano et Wictoria qui ont
aimé. D’autres viendront rapidement sur Blog-o-book, dont je remercie les petites fées pour l'envoi de ce roman.
Challenge du 1% littéraire : deuxième
lecture !
Par kathel
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Publié dans : Espagne
36
-
Samedi 3 janvier 2009
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14:56
Présentation de l'éditeur : Salomon
Rulfo, jeune professeur de lettres, fait le même cauchemar nuit après nuit. Alors qu'il tente d'en percer le secret, sa quête le conduira aux Dames, sorcières du verbe, et à leur fantastique
univers. En compagnie de la belle Raquel, il découvrira que la poésie est une arme d'une beauté terrifiante.
L'auteur : Né à La Havane, José Carlos Somoza abandonne sa
carrière de psychiatre pour se consacrer à l'écriture. Couronné du Gold Dagger Prize pour La Caverne des idées, son œuvre connaît aujourd'hui une renommée internationale. Il est également l'auteur
de Clara et la pénombre, paru aux Éditions J'ai lu, de La théorie des cordes et Daphné disparue, aux Éditions Actes Sud.
472 pages
Editeur : J'ai lu (mars 2008)
Traduction : Marianne Millon
Titre original : La dama numero trece
Ce que j’en pense : Dès le premier chapitre, on tombe dans une
histoire très étrange. Salomon Rulfo, jeune professeur de lettres en arrêt de travail, amateur de poésie, est poursuivi par d’affreux cauchemars où il voit une femme l’appeler à l’aide, ou cette
même femme mourir dans d’atroces souffrances… Il cherche l’aide d’un médecin, mais ses rêves deviennent de plus en plus précis et réels. Il ne peut s’empêcher de mener des recherches et rencontre
alors une jeune prostituée d’origine hongroise qui fait le même genre de cauchemars. Ces trois personnes, Salomon, le médecin et la jeune femme, vont se trouver embarqués malgré eux (et ce n’est
pas une figure de style, vraiment malgré eux !) dans une recherche plus hallucinatoire que policière où la poésie tient une très grande place, et où ils doivent retrouver treize femmes
singulièrement cruelles. Les muses, hélas, n’ont aucune pitié, et utilisent les poètes à des fins bien sombres !
J’ai beaucoup aimé le début du roman, jusqu’aux deux tiers environ, ainsi que le jeu de piste et les nombreuses références littéraires. J’ai trouvé la
dernière partie trop longue et compliquée, avec des retournements de situations alambiqués, jusqu’à un dénouement toutefois bien maîtrisé qui ne laisse pas le lecteur sur sa faim. L’écriture est
très belle, poétique, c’est bien le moins qu’on puisse demander, compte tenu du sujet, mais je dois être trop sensible car certains passages m’ont vraiment donné des sueurs froides. Après plusieurs
scènes de torture par phrases poétiques interposées, je ne regardais plus les ouvrages de poésie de la même façon ! Méfiez-vous, un simple vers peut tuer de la façon la plus horrible qui soit.
En tout cas, après cet avis en demi-teinte, j’attendrai un moment avant de relire un livre de cet auteur que j’avais beaucoup apprécié avec Daphné disparue.
Elles l’ont lu, certaines ont été séduites et d’autres beaucoup moins : Sentinelle, Manu, Laurence, Chimère, SBM, Katell, Sylvie, Orchidée et Céline.
Extrait : Une terreur inexplicable, presque
inexistante, presque virtuelle, lui glaça le sang et les poils sur sa peau se hérissèrent comme de petites palissades. Il comprit que sa nervosité ne reposait sur aucun motif réel.
C'est absurde, je ne rêve pas. Je suis éveillé, je suis chez moi et derrière ce rideau il n'y a rien, juste la baignoire.
Il renouvela le geste en sachant que les choses étaient comme avant, qu'il trouverait, peut-être, un objet tombé par terre, peut-être un flacon de gel douche et que, après avoir
vérifié, il regagnerait la chambre, les somnifères lui feraient de l'effet et il parviendrait à se reposer toute la nuit jusqu'à l'aube. Il ouvrit le rideau en toute
tranquillité.
Il n'y avait rien.
Le flacon de gel de douche était toujours à sa place sur le support, à côté du shampooing. Les deux flacons se trouvaient là depuis des mois : Rulfo n'était pas précisément un
maniaque de l'hygiène. Mais rien n'était tombé, c'était certain. Il supposa que le bruit provenait d'un autre appartement.
Il haussa les épaules, éteignit la lumière de la salle de bains et regagna la chambre. Sur son lit se trouvait le corps démembré de la femme morte, la tête coupée appuyée sur sa
poitrine le contemplant de ses yeux laiteux, les cheveux d'un noir bleu et humide comme le plumage d'un colibri et un ver gorgé de sang s'échappant des commissures de ses lèvres rigides.
- Aide moi. L'aquarium... L'aquarium...
Rulfo fit un bon en arrière, raide de terreur et se cogna le coude contre le mur.
Illustrations : Macbeth et les trois sorcières de Théodore Chasseriau (1855)
Gorgone par Caravaggio (1590)
Par kathel
-
Publié dans : Espagne
17
Vendredi 10 octobre 2008
5
10
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/2008
17:35
Rentrée littéraire 2008
Présentation de l’éditeur :
« Je suis tombée amoureux d’une inconnue ». C’est par cette phrase que tout commence pour Juan Cabo, écrivain à succès devenu amnésique après un accident de la route. C’est aussi la première phrase
d’un court paragraphe qu’il a écrit quelques heures avant l’accident. Mais qui est cette femme ? Créature ou création ? L’enquête qui s’ensuit pour retrouver la belle inconnue constitue une
véritable odyssée. Tous les paradigmes liés à la création littéraire sont incarnés par des personnages ou des situations tout aussi paradoxaux qu’absurdes. Depuis la salle d’un restaurant madrilène
où les habitués ont chacun un manuscrit en cours, le labyrinthe se déploie qui place l’écrivain devant un éditeur aveugle et excentrique, un détective privé dont le seul champ d’activité est la
littérature ou un troublant mannequin, répondant au nom de Muse, qui loue son corps aux écrivains en mal d’inspiration, adoptant pendant quelques heures les attitudes ou postures qu’ils n’arrivent
pas à décrire par la seule force de leur imagination. Dans un troublant dédoublement de la réalité, avec Les Métamorphoses d’Ovide en toile de fond, les personnages, qui suivent une transformation
contraire à celle que dépeint le poète, finissent par trouver leur auteur. Grand instigateur de toutes les métamorphoses, l’écrivain en vient à posséder le pouvoir des anciens dieux de l’Olympe.
Comme dans tous ses romans J.C. Somoza excelle à brouiller les pistes mais ici protagonistes et lecteur ont un point commun : ils ne disposent que du texte pour résoudre toutes les énigmes.
L'Auteur : José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959.
Il est psychiatre et vit à Madrid. Il a reçu en Espagne les prix les plus prestigieux. Traduit dans une quinzaine de langues, il est publié en français chez Actes Sud : La Caverne des idées
(2002 ; Babel n° 604), roman dont la traduction anglaise a obtenu le célèbre Dagger Gold Prize, Clara et la pénombre (2003 ; Babel n° 669), La Dame n° 13 (2005 ; Babel n° 793), et
La Théorie des cordes (2007 ; Babel n° 911). Daphné disparue a été finaliste du Prix Nadal.
Editeur : Actes Sud (septembre 2008) 217 pages Traduction : Marianne Millon Titre original : Dafne devasnecida (2000)
Mon commentaire : Un peu inquiète au départ à l’idée de ne pas
connaitre Les métamorphoses d’Ovide dont il est question en quatrième de couverture, j’ai été très vite conquise, dès le premier chapitre. Juan Cabo, un écrivain retrouvé amnésique après un
accident de voiture part à la recherche d’une femme mystérieuse sur laquelle il a écrit deux lignes dans la soirée précédant l’accident. Cette quête va l’amener à rencontrer le personnel d’un
restaurant où l’on vient surtout pour écrire, son éditeur doté d’une forte présence, un détective spécialisé en littérature et toutes sortes d’écrivains. On en vient à se demander, comme lui,
s’il ne vit pas dans un monde entièrement composé de personnes que la plume démange… Un peu comme la blogosphère littéraire !
Le roman plonge le lecteur dans le monde de l’édition, l’éclaire sur les processus de l’inspiration et de l’écriture, en parallèle avec le mythe de Daphné, transformée en laurier (des lauriers
littéraires ?) par son père afin d’échapper à Apollon qui la poursuit de ses assiduités. C’est particulièrement bien fait, on se laisse tour à tour éblouir par les idées de l’auteur et plonger dans
l’obscurité sur l’explication des évènements survenant autour de Juan Cabo. Sur le fil entre la fiction et la réalité, on penche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre et j’ai adoré cela !
Ayant lu que ce roman était le premier de José Carlos Somoza, j’ai encore plus envie de mettre les autres dans ma pile à lire, en particulier La théorie des cordes et La dame n° 13. A
suivre donc…
Extraits :
J'allai dans la chambre, me déshabillai et pris une douche. Quand l'eau chaude coula sur ma tête et goutta sur le labyrinthe de ma barbe, je retrouvai la faculté de raisonner. Et je me sentis
tout de suite malheureux. Beaucoup plus tranquille mais malheureux. Ensuite, je passai un kimono et me servis un whisky. Dans le miroir me contemplait un individu de petite taille, maigre et pâle,
déguisé par les boucles humides d'une barbe postiche et habillé d'un kimono. Ma laideur, décidai-je, était sartrienne, existentialiste. Amnésique comme je l'étais, dépourvu de passé, ma laideur
était mon être-au-monde. Grisardo avait peut-être aussi été laid. Nous, les écrivains, peut-être étions-nous tous laids.
Je ne savais pas encore qu'il y en avait un, bien sûr. Un mystère que j'allais devoir affronter. L'écrivain accepte avec effort les énigmes de la réalité : nous sommes si habitués à en
inventer les arcanes que nous finissons par la confondre avec l'imagination. Mais pour toi c'est tout le contraire, lecteur. Reconnais-le : tu souffres de l'anxiété bachique de l'insolite. Le
simple fait que les pages futures sont un secret te pousse à avancer. Parce que tu percevais déjà depuis le début de cette chose, qui n'est pas un roman, ni une chronique royale, ni rien qui y
ressemble – je trouverai bien un nom pour le définir -, ce que je ne compris que longtemps après : tout au long coule, opalin, profond, le canal du mystère.
Ils l'ont lu et aimé : Jeanjean, Jean-Marc Laherrère et Rethymna.
Un petit supplément (extrait de Wikipedia). La légende de Daphné
est notamment rapportée dans Les Métamorphoses d'Ovide : pour se venger d'Apollon qui s'est moqué de lui, Cupidon, dieu de l'amour, décoche simultanément deux flèches, une, en or, sur
le dieu lui-même, qui le rend fou amoureux de la belle Daphné, l'autre, en plomb, sur la nymphe, qui lui inspire le dégoût de l'amour. Alors qu'Apollon la poursuit, celle-ci, épuisée, demande à son
père, le dieu fleuve Pénée, de lui venir en aide : celui-ci transforme sa fille en laurier-rose (en grec rhododaphné). Apollon, qui est toujours amoureux d'elle, en fait alors son arbre, et le
consacre aux triomphes, aux chants et aux poèmes.
Francesco Albane Apollon et Daphné photo RMN, Gérard
Blot
Piazza Armerina, villa du Casale, mosaïque : la
métamorphose de Daphné 4ème s. après J.C.
Un dossier très intéressant ici : et une traduction sur le site Bibliotheca Classica
Par kathel
-
Publié dans : Espagne
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