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Iran

Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /2009 08:07

Présentation de l’éditeur : Au bord de la mer Caspienne, un jeune garçon découvre les prodiges minuscules de l’univers, comme la visite d’une coccinelle ou les joies et jeux de l’enfance avec son amie Tahereh. Lui est Arménien. Elle, fille du concierge musulman de l’école.

Ainsi se côtoient dans la petite communauté arménienne, entre l’église, l’école et le cimetière, chrétiens et musulmans, femmes et hommes, crispations anciennes et libres aspirations.

Pâques, c’est la fête des œufs peints, des pensées blanches, des pâtisseries à la fleur d’oranger. C’est aussi l’occasion d’allers et retours entre passé et présent, entre Téhéran et le village de l’enfance – tout un quotidien dessiné ici avec virtuosité, un art précieux du détail et beaucoup de finesse.

L’auteur : Arménienne d’Iran, Zoyâ Pirzâd appartient à une communauté ancestrale qui partage avec les musulmans majoritaires, ainsi qu’avec les autres chrétiens d’Orient, toutes les subtilités et les contrastes d’une civilisation millénaire.

136 pages

Editeur : Zulma  (août 2008)

Traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ


Ma lecture : Trois parties, trois épisodes de la vie d’Edmond, mais toujours au moment des fêtes de Pâques. Tout d’abord, jeune garçon au tempérament rêveur, il raconte son quotidien, les inquiétudes et angoisses de sa vie dans la communauté arménienne d’une petite ville au bord de la mer Caspienne. Tout en étant préoccupé par son amitié avec Tahereh, fille de musulmans, il observe les comportements et les problèmes des adultes et de sa mère en particulier.
Dans la deuxième partie, Edmond est un homme d’âge mûr, vivant à Téhéran, père d’Alenouche, grande fille qui cherche à s’émanciper et compte épouser son ami, musulman lui aussi, malgré les objections de sa famille.

Enfin, Edmond, veuf et vieillissant, fréquente amicalement Danik, la surveillante générale de son école, qui ne s’est jamais mariée, et se retourne sur sa vie, ses relations avec sa fille Alenouche en particulier.

L’ensemble n’est pas aussi linéaire qu’il le semble, la construction délicate fait des allers et retours entre passé et présent, effleurant des sujets grave qui savent toucher le lecteur. Chaque veille de Pâques est un jour particulier dont Edmond se souvient avec émotion. Je trouve ce roman moins léger que On s’y fera et vous le recommande pour découvrir cette auteur iranienne.

 

Extrait : La maison de mon enfance était mitoyenne avec l'église et l'école.
La cour, comme dans toutes les maisons des petites villes côtières, était remplie d'orangers sauvages. Un massif bordait la véranda du rez-de-chaussée. Mon père y plantait ses fleurs au printemps et pendant l'été. Dès l'automne, il était inondé jusqu'à l'hiver.
Le rez-de-chaussée était fait de larges pièces aux plafonds hauts soutenus par des piliers de bois. La lumière y pénétrait seulement par la cour, si bien qu'en fin d'après-midi il était plongé dans l'obscurité. Personne n'y habitait. Effat Khanom y gardait son savon et ses bassines pour la lessive hebdomadaire. Les jours de pluie, elle venait y étendre le linge sur des cordes tendues entre les piliers. Ma mère y remisait aussi tout ce qu'elle n'utilisait plus mais dont elle n'avait pas le courage de se défaire : mon berceau, mon baby-trotte, sa propre bicyclette d'enfant, une armoire à glace qui lui venait, disait-elle, du trousseau de sa mère. Dans une des pièces était rangé le matériel de chasse de mon père qui reprochait régulièrement à ma mère de laisser ce rez-de-chaussée inhabité. Celle-ci se contentait de hausser les épaules en répondant qu'elle n'aurait pas la patience de supporter un locataire.

 

Cet extrait me rappelle le film iranien d’Abbas Kiarostami Où est la maison de mon ami ? J’adore ses films, très humains et faits de petites choses quotidiennes.

 

D'autres avis chez Naina, Cuné, Laure, Mimienco, Katell, Clarabel et Nina qui dans l’ensemble ont aimé ce livre, avec parfois le reproche qu’il est… trop court !


Par kathel - Publié dans : Iran
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Communauté : Les lectures de Florinette
Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /2009 12:24
Commentaire de l’éditeur : Quand on découvre que Zardjou, l’homme qui remet en question la vie d’Arezou, est marchand de serrures, on peut y voir l’ironie d’un signe plus subtil qu’il n’y paraît. Les apparences sont trompeuses ; on entre avec plus de vigilance et de curiosité dans une belle histoire d’amour. À travers le destin d’une femme active, divorcée, partagée entre sa mère et sa fille, trois générations s’affrontent dans un monde où règnent depuis longtemps les interdits et le non-dit. On suit Arezou, au bord du rire ou des larmes, sous la neige, espérant avec elle profiter enfin d’une certaine beauté de la vie.
Dans un roman d’une richesse et d’une vigueur exceptionnelles, Zoyâ Pirzâd brosse à la fois le portrait d’une société pleine de contradictions et celui d’une femme passionnante, aussi drôle et attachante qu’une héroïne de Jane Austen.
Traduit du persan : Christophe Balaÿ
Editeur : Zulma (sorti également au Livre de Poche)
320 pages

Mon avis : Dès le début, le lecteur plonge dans la vie quotidienne d’Arezou, agent immobilier à Téhéran, divorcée partagée entre sa mère tyrannique, sa fille adolescente et son travail. Le texte, plein de dialogues vifs et réalistes, notamment en ce qui concerne les relations entre mère(s) et fille(s), nous plonge au cœur du quotidien d’Arezou, guère différent à première vue de celui d’une européenne. J’ai donc, en toute logique, préféré les passages où les similitudes s’estompent un peu et notamment quelques épisodes que j’ai savourés, comme le voyage jusqu’aux rives de la mer Caspienne, un trajet en bus avec des compagnes de voyage bavardes et sans pudeur, les relations avec les employés de l’agence… A noter aussi de belles descriptions de maisons, d’immeubles, de rues, ce qui est tout à fait approprié puisque vu par les yeux d’Arezou qui est agent immobilier. Quelque chose que les écrivains omettent parfois, bien que je manque sur le moment d’exemples précis pour affirmer cela, c’est que le regard des personnages sur leur environnement est conditionné par leurs centres d’intérêts, professionnels en particulier… Dans le cas de Zoyâ Pirzâd, c’est très finement observé !
Bref, j’ai passé un bon moment, en compagnie d’Arezou, de sa famille, de son amie Shirine, de son amoureux Zardjou, ce qui me confirme que l’Iran est un pays qui me passionne particulièrement. Merci d’ailleurs à Enna qui nous livre aujourd’hui-même un compte-rendu de voyage en Iran très intéressant !

Elles l’ont lu, la liste est longue mais les avis très partagés ! Saxaoul, Sylire, Naina, Flo, Miss Alfie, Clarabel, Solenn, Joëlle, Sophie, Liza, Tamara, Mimienco, Brize, Alice, Anne et Laure.

Extraits : Le parfum des fleurs des glaces pénétra dans la pièce en même temps que la pâle lumière du soleil d'hiver. Elle contempla la cour. Les branches de l'arbuste striaient le sol comme des dessins d'enfants. Le bassin dessinait un ovale parfait. Quelques kakis pendaient encore à la pointe des branches. "Peu importe qu'il soit preneur ou non !" songea-t-elle, de toute façon, c'était une occasion de revoir la maison. Même vide, elle donnait l'impression d'être meublée, comme si chaque chose était encore à sa place, comme si rien ne manquait, que rien n'était de trop...

La plage était calme. Quelques jeunes se tenaient debout à côté d'une barque. Des promeneurs allaient et venaient. Arezou regarda la mer :
- Quand j'étais petite, j'en avais peur.
Elle remonta le col de son manteau gris et mit les mains dans ses poches.
- En fait, j'en ai encore peur. C'est tellement immense, pas vrai ? Cela change tout le temps. On ne sait jamais comment ce sera dans quelques secondes.
Shirine releva sur son nez le large col de son pull épais.
- On ne sait jamais comment quoi que ce soit sera dans quelques secondes.


Par kathel - Publié dans : Iran
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Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /2008 10:33
Rentrée littéraire 2008
Quatrième de couverture : Un jour du mois de septembre 1981, le joaillier Isaac Amin est arrêté par deux gardiens de la Révolution à Téhéran et jeté en prison. Son seul forfait : être juif dans un pays où le fanatisme musulman ne cesse de croître. Sa fortune et ses vagues liens avec le régime du shah rendent sa situation encore plus périlleuse. Angoissé par le sort de sa famille dont il n’a aucune nouvelle, il est torturé comme les autres détenus mais s’entête à clamer qu’il n’est pas un espion à la solde d’ Israël.
Isaac est terrassé par la peur, la terreur de l’inconnu et l’idée qu’il ne reverra peut-être jamais sa femme ni ses enfants. Quant à ceux-ci, ils sont dans l’ignorance absolue de ce qu’il lui est arrivé.
Un début littéraire qui a toutes les qualités d’un roman passionnant, Septembre à Shiraz décrit un univers où les personnages, très attachants, s’interrogent sur les questions essentielles de l’identité, de l’aliénation, de l’exil et de l’amour.
Traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter  Editions J.C. Lattès (
septembre 2008) 354 pages Titre original : The septembers of Shiraz

Mon avis : Au début des années 80, à Téhéran, une famille est bouleversée par l’arrestation du père, joaillier accusé d’être juif et d’avoir eu quelques relations avec l’entourage du Shah destitué. Le point de vue de chaque membre de la famille est abordé à tour de rôle : Isaac lui-même, emprisonné sans explication sur ce qui lui est reproché, son épouse qui tente de gérer la vie quotidienne et de savoir où est son mari, sa fille de neuf ans à qui on n’explique rien et qui tente de comprendre à sa façon, son fils qui vit aux Etats-Unis et a peu de nouvelles de son pays… 
J’ai été légèrement gênée au début par le style que je trouvais un peu lourd, avec quelques adjectifs inutiles et je suis même allée chercher le début du texte original pour voir si c’était la traduction qui était en cause… J’en ai déduit que je devenais un peu trop exigeante à force de fréquenter de très bons auteurs et ai trouvé la suite tout à fait acceptable. Cette petite réserve est pour la forme donc, car en ce qui concerne le fond, le récit, qui a des accents de vécu, est tout à fait intéressant concernant la vie en Iran dans les années 80, au début du régime des Gardiens de la Révolution.
J’ai revu au moment où je lisais ce livre le film Persépolis de Marjane Satrapi et il est impossible de ne pas faire le parallèle entre les vies de ces deux jeunes femmes. Le milieu décrit par Dalia Sofer est celui des juifs iraniens, persécutés du fait de leur religion par ce régime alors que d’autres l’étaient pour leurs convictions politiques. Comment ces petites et grandes humiliations et mises à l’écart en viennent à pousser une famille à tout laisser pour fuir loin de son pays est très bien décrit par Dalia Sofer qui a quitté l’Iran à dix ans. Le parallèle avec la vie du fils de la famille exilé à Brooklyn, et ses sentiments à lui apportent un autre point de vue très intéressant aussi. Les personnages nombreux, bien décrits, ne sont ni caricaturaux ni manichéens, même quand ils sont du côté des tortionnaires.
Une très bonne lecture donc, que Naina a apprécié elle aussi.

J’ai trouvé une interview de Dalia Sofer qui éclaire particulièrement bien ce roman sur Bookgroup. C’est en anglais, en voici donc quelques petits extraits traduits de mon mieux, en espérant en avoir conservé le sens.
Est-ce votre propre expérience de l’exil qui vous a poussé à écrire Septembre à Shiraz ?
J’ai longtemps vécu avec un sentiment de dualité, de vivre entre deux cultures, deux lieux, deux histoires. Je pense que pour un exilé le passé, souvent idéalisé, tend à masquer le présent plus récent et même la possibilité d’un avenir. Andre Aciman a écrit quelque chose qui résonne vraiment en moi : « Un exilé n’est pas seulement quelqu’un qui a perdu sa patrie, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à en trouver une autre. »(…)
Plus récemment, j’en suis venue à penser que l’exil n’est pas simplement géographique ; c’est un état d’esprit, dont chaque être humain fait l’expérience d’une manière ou d’une autre.


Le début :  Lorsque, à 12 h 30, deux hommes armés de fusils font irruption dans son bureau, Isaac Amin comprend aussitôt qu’il ne pourra tenir sa promesse de déjeuner avec sa femme et sa fille.
- Frère Amin ? l’interpelle le plus petit.
Isaac acquiesce d’un signe de tête. L’intrusion ne le surprend guère, on avait embarqué son ami Kouroush Nassiri quelques mois auparavant et, depuis plusieurs semaines, la nouvelle de la disparition du boulanger Ali était sur toutes les lèvres.
- Nous sommes ici sur les ordres des gardiens de la Révolution, poursuit le même homme.
Le fusil pointé sur Isaac, il s’approche de lui d’un pas trop allongé pour ses jambes courtaudes.
- Tu es en état d’arrestation, frère.
Le tutoiement est de rigueur depuis la Révolution. Isaac ferme le livre d’inventaire qu’il était en train de consulter. Il balaye des yeux son bureau, puis les témoins indifférents de l’événement : des dossiers éparpillés, un presse-papier en métal, un paquet de cigarettes Dunhill, un cendrier en cristal, une tasse de thé en train d’infuser où flottent deux feuilles de menthe. Son agenda est ouvert à la date du jour, 20 septembre 1981, sous laquelle il a griffonné des mémentos -téléphoner à M. Nakamura au sujet des perles, prendre livraison vers 15 heures des opales noires expédiées d’Australie, chaussures à porter chez le cordonnier- autant de rendez-vous qu’il ne respectera pas. Sur la page opposée, il y a une photo sur papier brillant du mausolée de Hâfez à Shiraz. La ville des poètes et des roses, précise la légende.
- Puis- je voir vos papiers ? demande Isaac.
- Nos papiers ? ricane l’homme. T’en fais pas pour ça, frère. »


Sur le thème de l’exil, je vous recommande : Sasa Stanisic (Le soldat et le gramophone) et j’aimerais lire aussi : Dinaw Mengestu (Les belles choses que portent le ciel) et Nami Num (Miles from nowhere).

Par kathel - Publié dans : Iran
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