Jeudi 29 janvier 2009
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Quatrième de couverture :
Dans un pays sans nom, un événement extraordinaire plonge la population dans l'euphorie: plus personne ne meurt. Mais le temps, lui, poursuit son œuvre, et l'immortalité, ce rêve de l'homme
depuis que le monde est monde, se révèle n'être qu'une éternelle et douloureuse vieillesse. L'allégresse cède la place au désespoir et au chaos : les hôpitaux regorgent de malades en phase
terminale, les familles ne peuvent plus faire face à l'agonie sans fin de leurs aînés, les entreprises de pompes funèbres ferment, les compagnies d'assurance sont ruinées, l'État est menacé de
faillite et l'Église de disparition, car sans mort il n'y a pas de résurrection et sans résurrection il n'y a pas d'Église. Chacun cherche alors la meilleure façon, ou la pire, de mettre fin au
cauchemar de la vie éternelle, quitte à faire appel aux mafias, à passer des accords que la morale réprouve, ou à laisser la corruption gangrener la société. Jusqu'au jour où la mort décide de
reprendre du service...235 pages
Editeur : Seuil (10 janvier 2008)
Traduction : Geneviève Leibrich
Titre original : As intermitências da morte
Ma lecture : Je retrouve José Saramago après Tous les noms lu il y a quelques années et L’aveuglement qui m’a captivée l’été dernier. Ce roman, le dernier paru en France, s’est montré tout à fait à la hauteur des précédents. Le style de José Saramago est resté le même : les dialogues sont inclus presque sans ponctuation dans la narration, les apartés sont nombreux et apportent leur dose d’humour (noir) au récit. Un des traits remarquables de l’auteur et de la traductrice par conséquent est l’emploi toujours du mot le plus juste, avec d’ailleurs quelques réflexions à l’intérieur même du récit sur le vocabulaire employé.
Le thème est en lui-même fort simple : un jour, la mort cesse de faire son travail dans un pays indéterminé, car la mort intervient sur un territoire restreint, ce que vous ne saviez sûrement pas, chers lecteurs. Eh oui, je commence à me laisser aller à des digressions qui ne me sont pas habituelles pour mieux vous expliquer les évènements. La mort donc, arrête de frapper, mais pas la maladie ni les accidents, ce qui conduit à des situations relativement dramatiques et compliquées pour la population. Si les pompes funèbres se retrouvent obligées de chercher d’autres moyens de subsistance, les hôpitaux et maisons de retraites sont engorgés et l’état et l’église se trouvent désemparés. Tout ceci est décrit avec beaucoup de savoir-faire et d’ironie par l’auteur et on se régale autant avec le récit qu’avec les petits clins d’œil qu’il comporte : « cette commission est mort-née » « on ne peut pas dire que ce genre de travail soit tuant » et autres doubles sens délicieux dans le contexte.
La deuxième partie, où la mort, se rendant compte des problèmes qu’elle a créé, décide de reprendre son activité, n’est pas moins intéressante, bien au contraire. La mort se met en tête d’écrire des lettres, la scène où un graphologue analyse son écriture m’a bien divertie et la fin, que je ne vous révèlerai pas, bien sûr, se lit d’une traite !
Je partage les sentiments d’Amanda qui a fait une belle découverte, de Sentinelle qui a aimé « cette sorte de farce menée avec intelligence et causticité » et d’Emeraude qui, bien qu'un peu plus réservée, a aimé aussi.
Le début : Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l'histoire universelle il n'est fait mention nulle part d'un pareil phénomène, pas même d'un cas unique à titre d'échantillon, qu'un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s'appelle rien. Pas même un de ces accidents d'automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu'une irresponsabilité joyeuse et un excès d'alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier. Le passage à une année nouvelle n'avait pas laissé dans son sillage l'habituelle traînée calamiteuse de trépas, comme si la vieille atropos à la denture dénudée avait décidé de rengainer ses ciseaux pendant une journée. Il y eut toutefois du sang, et pas qu'un peu. Effarés, perplexes, affolés, dominant à grand-peine leurs nausées, les pompiers dégagèrent de l'amalgame des débris de misérables corps humains qui, d'après la logique mathématique des collisions, auraient dû être morts et bien morts, mais qui, en dépit de la gravité des blessures et des traumatismes subis, étaient toujours vivants et donc transportés vers les hôpitaux au son déchirant des sirènes des ambulances. Aucun de ces blessés ne mourrait en chemin et tous démentiraient les pronostics médicaux les plus pessimistes, Ce pauvre diable est irrécupérable, l'opérer serait une perte de temps, disait le chirurgien à l'infirmière pendant que celle-ci lui ajustait un masque sur le visage. En réalité, peut-être le malheureux n'aurait-il pas pu être sauvé la veille, mais il était clair que la victime se refusait à trépasser aujourd'hui. Et ce qui se passait ici se passait dans l'ensemble du pays. Jusqu'à minuit très exactement du dernier jour de l'année, des gens acceptèrent encore de mourir dans le plus fidèle respect des règles, tant celles se rapportant au fond de la question, c'est-à-dire à la fin de la vie, que celles concernant les multiples modalités que revêt habituellement le fameux fond de la question avec plus ou moins de pompe et de solennité quand survient le moment fatal. Un cas intéressant par dessus tous les autres, évidemment en raison de la personne en cause, fut celui de la très vieille et très vénérable reine mère.








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