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Japon

Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 07:00
Pour avoir une idée de l’histoire : La dernière fois que Tsuyoshi Toda a vu son père, c'était en 1942, quand ce dernier est parti travailler en Mandchourie, d'où il a été déporté en Sibérie après la fin de la guerre. Vingt-cinq ans plus tard, Tsuyoshi vit avec sa femme, et reçoit souvent ses jeunes frères et sœurs qu’il a élevés, jeune homme, après la disparition de son père. Sa mère, souffrant de démence sénile est placée dans une maison, mais n’a jamais oublié son « amoureux de jeunesse » qu’elle espère toujours voir revenir de Mandchourie. C’est alors que Tsuyoshi apprend qu’un de ses amis aurait rencontré son père à Los Angeles.

L'auteur : Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Sa pentalogie Le Poids des secrets, amorcée avec Tsubaki, s'est terminée par l'obtention du prix du Gouverneur général arec Hotaru en 2005. Après Mitsuba (2006), Zakuro
est le second de son deuxième cycle romanesque.
150 pages

Editeur :
Actes Sud /Leméac (février 2009)

Ma lecture : J’ai dans ma PAL depuis quelques mois Tsabuki, premier tome de la série de cinq livres, Le poids des secrets, mais c’est par Zakuro que je vais découvrir le monde de Aki Shimazaki, dont j’avais déjà entendu parler et plutôt en bien. Première surprise, pas de traducteur, l’auteur vit à Montréal et écrit en français… Le titre Zakuro, est expliqué dès les premières pages, il s’agit des fruits du grenadier, avec les deux sens que revêt le mot grenade en français aussi. Dès le début, on se laisse porter par l’écriture, toute simple mais qui tout en semblant ne faire qu’effleurer les choses, va au fond des sentiments, ceux du narrateur, Tsuyoshi.

Cet homme n’a pas vu son père depuis vingt-cinq ans, et l’a beaucoup idéalisé, au point de se demander à chaque décision qu’il prend ce que son père aurait fait dans de telles circonstances. Il s’apprête à peut-être le revoir, mais des révélations sur la vie que son père a menée pendant tout ce temps viennent ébranler ses certitudes. Comme dans le roman que j’ai lu juste avant, (La pluie avant qu’elle tombe) les photos prennent une place importante dans l’histoire familiale, en suppléant à la mémoire défaillante de la mère de Tsuyoshi. J’ai savouré ce court roman, fin et sensible, et je lirai volontiers Le poids des secrets dont le premier tome m’attend.


Extrait : Nous sommes dimanche. Il fait beau. Dans le jardin, les chrysanthèmes sont en pleine floraison. Jaune, rose, blanc, orange... Les fleurs brillent, éclairées par la lumière du soleil. Les moineaux gazouillent dans l'arbre du zakuro, dont les fruits sont mûrs. Le ciel est limpide, l'air pur. Nous sommes à la mi-automne, ma saison favorite.
On vient de prendre le repas du midi. Il est rendu deux heures. Bientôt, j'irai chercher ma mère, qui habite dans une maison pour les gens atteints de démence sénile. Pour le moment, je me repose dans le salon en lisant le journal. À côté, mon neveu Satoshi fait ses devoirs. Devant lui sont posés un atlas du monde, un livre de géographie et une boîte de crayons de couleur. Il lit le livre, la tête baissée. Un instant, mon regard se fixe sur le petit grain de beauté au bas de sa nuque. Tout noir, son contour se détache nettement sur la peau brun pâle.
La maison est silencieuse. Ma femme est sortie faire des courses avec ma soeur, mère de Satoshi. Ce soir, toute ma famille se réunira chez nous : mon petit frère, mes deux petites soeurs, leurs enfants et ma mère. «Nous» signifie ma femme et moi.
Nous n'avons pas d'enfants, mais cela ne nous attriste pas, car mes neveux et nièces nous rendent visite de temps en temps, surtout Satoshi. Ma femme, enfant unique, les chérit comme s'ils étaient les siens. En fait, je suis beaucoup plus âgé que mon frère et mes soeurs et je traite leurs enfants comme s'ils étaient mes petits-enfants. D'ailleurs, les enfants ne connaissent pas leurs grands-pères. Le père de ma femme est mort quand elle était encore en bas âge. Et quant à mon père, il a disparu en Sibérie après la fin de la guerre, en 1945.


Beaucoup d’autres lecteurs : Bellesahi, Frisette, Joëlle, Katell, Michel,
Naina et Yv, si je n’ai oublié personne !


Par kathel - Publié dans : Japon
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 14:00

Rentrée littéraire 2009

Présentation de l'éditeur : Une femme, sa fille, son amant... et son mari disparu. Non pas défunt, mais mystérieusement évanoui dans la nature. Le seul indice qu'il a laissé est le mot Manazuru écrit dans son journal. Ce qui amène sa femme à se rendre régulièrement dans la station balnéaire du même nom. Comme toujours dans les romans de Kawakami, le temps se tisse lentement et le secret des coeurs se donne à lire dans les gestes, les étreintes éphémères, la délicatesse des sensations. Mais dans Manazuru plus que dans les autres, la présence d'un monde invisible imprègne le quotidien et bouleverse la géographie sentimentale des êtres. Là-bas, au bord de la mer, il y a le bruit de la pluie dans le ciel immense, l'éblouissement d'étincelles d'un incendie, l'envol de hérons blancs sur des maisons en ruine : un instant de lumière à saisir, peut-être, entre apparition et disparition, souvenir et oubli, mystère de l'absence et appel de la vie.

L'auteur : Kawakami Hiromi est née à Tokyo en 1958. Sa nouvelle Hebi o fumu est couronnée en 1996 par le prix Akutagawa, en 1999, Kamisama obtient le prix des Deux Magots et le premier prix Pascal des jeunes auteurs de nouvelles, en 2000 Oboreru reçut le prix de Littérature féminine et c'est en 2001 que Sensei no kaban, " Les Années douces ", fut couronné par le grand prix Tanizaki. Kawakami Hiromi a su s'imposer dans le monde littéraire japonais par la tonalité très particulière de son style, à la fois simple et raffiné, dont les thèmes privilégiés sont le charme de la métamorphose, l'amour et la sexualité.

230 pages

Editeur : Philippe Picquier (15 septembre 2009)

Traduction : Elisabeth Suetsugu

Mon avis : Kei est une femme encore jeune, qui vit avec sa mère et Momo, sa fille de seize ans. Depuis dix ans que son mari Rei a disparu, du jour au lendemain, sans donner aucune nouvelle, elle n’arrive pas à reconstruire vraiment quelque chose de sa vie, elle reste en attente, en cherchant à s’expliquer les raisons de cet abandon. Plusieurs fois, seule, avec sa fille ou avec son amant, elle va se rendre dans la station balnéaire de Manazuru, qu’une intuition confuse lui désigne comme étant rattachée au départ de son mari. A chaque fois qu’elle retrouve le bord de mer, d’étranges sensations la poursuivent, des souvenirs lui reviennent aussi, qui pourraient peut-être éclairer les raisons de la disparition de Rei.

Comme dans le précédent roman d’Hiromi Kawakami, La brocante Nakano, je me suis glissée confortablement entre les pages, grâce aux courtes scènes de la vie quotidienne, entrecoupées de souvenirs, de réflexions sur la famille et les générations, d’observations de la vie urbaine à Tokyo. J’ai aimé le décalage avec notre façon occidentale de penser, les petits détails très japonais : envoyer un colis de champignons secs en cadeau, se promener dans la campagne vêtu du peignoir d’un hôtel. J’ai apprécié aussi la plus grande maturité des personnages, qui d’un peu inconsistants dans La brocante Nakano, sont devenus plus profonds ici, notamment la narratrice, mère de famille qui, sans avoir eu une vie très difficile, a du faire face à une situation pour le moins déstabilisante. L’auteur réussit particulièrement bien à faire sentir des impressions de rêves éveillés, le sentiment qu’un lieu, un objet cherchent à faire passer un message. Ces passages oniriques, à la frontière du fantastique, sont beaux mais parfois un peu longs, c’est le seul reproche que je ferai à ce roman.

D'autres avis : Naina et Gio l’ont lu aussi.


Extrait : Tandis que je marchais, j’ai senti que je n’étais pas seule.

La distance était trop grande, je ne pouvais pas savoir si c’était un homme ou une femme qui se trouvait derrière moi. Sans me poser davantage de questions, j’ai continué à avancer.

J’avais quitté dans la matinée l’auberge près de l’estuaire, et je me dirigeais vers la pointe du cap. J’avais passé la nuit dans un petit hôtel du bourg tenu par un couple dont l’âge laissait supposer que c’était la mère et le fils.

A mon arrivée de Tokyo après deux heures de train, il était neuf heures du soir et la façade était obscure. En fait de façade, le nom de l’auberge n’y figurait même pas, il y avait simplement un petit portillon de fer que rien ne différenciait d’une habitation ordinaire, avec deux ou trois pins de petite taille aux branches torsadées et une vieille plaque accrochée discrètement sur laquelle on découvrait le caractère «Sunna », « Sable » écrit au pinceau.

                                                                                                                                    

Challenge 1% rentrée littéraire de Levraoueg : 6 / 7 !

Par kathel - Publié dans : Japon
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Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /2009 16:50
D'après l'éditeur : Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter - le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans.

Biographie de l'auteur : Yôko Ogawa est née en 1962. Elle a obtenu le prix Kaien pour son premier roman publié en 1988, puis le prestigieux prix Akutagawa en 1991. Son œuvre, qui ne cesse d'être traduite dans le monde entier, est publiée en France par Actes Sud.
Traduction : Rose-Marie Makino Fayolle
246 pages
Editeur :
Actes Sud
Existe en poche en collection Babel

Mon commentaire :
Yôko Ogawa est un auteur dont on peut lire un roman peu de temps après un autre sans éprouver de lassitude, car ils sont très différents et chacun
nous emmène dans son univers à lui.
Après Le musée du silence et Tristes revanches qui est un recueil de nouvelles, tout deux lus il y a quelques années, puis La marche de Mina l‘année dernière, je découvre La formule préférée du professeur, sur  lequel beaucoup a déjà été dit, et en bien !
Le professeur dont la mémoire a été réduite à quatre-vingt minutes suite à un accident, la jeune mère célibataire qui vient chez lui en tant qu’aide ménagère et son garçon de dix ans fan de base-ball forment un trio improbable où l’amitié s’installe pourtant de façon solide et durable. Enfin, dans la mesure où toute nouveauté, pour le vieil homme, est oubliée au bout de quatre-vingt minutes hors de sa présence ! Le professeur, qui peut être distrait et bourru, se transforme lorsque le garçonnet est là. C’est une histoire simple, lumineuse et pleine de charme. Les mathématiques y prennent une place importante, sans que cela gêne la lecture, on en arrive à ressentir toute la beauté des nombres premiers ou des nombres amis. Quant au base-ball, j’avoue y rester beaucoup plus imperméable qu’aux formules mathématiques, mais j’ai compris toute la portée, en terme d’amitié, d’un match vu ensemble ou d’une retransmission radio partagée.
Imaginez une lecture qui fait vraiment du bien, aux antipodes des romans bizarres et dérangeants de Yôko Ogawa, et vous obtenez ce livre !

Leurs avis : Manu a trouvé que c'était un magnifique livre, Nanne, un livre subtil sur les relations intergénérationnelles, Brize, un livre agréable et apaisant
, Katell, une belle histoire d'amour, de tendresse et d'humanité. Pour Wictoria, un superbe roman, tout y est admirable, pour Papillon, une très belle histoire, très émouvante, pour Chiffonnette, ce roman réconcilie avec les théorèmes et autres figures géométriques, pour Soïwatter, c'est une histoire magnifique, pour Schlabaya, du grand art, parfois lumineux, parfois abrupt et pour Chimère une très belle histoire.  

Extrait : Nous l’appelions professeur, mon fils et moi. Et le professeur appelait mon fils Root. Parce que le sommet de son crâne était aussi plat que le signe de la racine carrée.
- Ooh, on dirait qu’il y a là-dessous un cœur plein d’astuce, avait dit le professeur en caressant sa tête sans se soucier d’ébouriffer ses cheveux.
Mon fils, qui portait toujours une casquette parce qu’il détestait les moqueries de ses camarades, avait rentré le cou dans les épaules, sur ses gardes.
- En l’utilisant, on peut donner une véritable identité aux chiffres infinis comme à ceux qu’on ne voit pas.
Et il avait tracé le signe du bout de son index sur le coin de son bureau recouvert de poussière :

Parmi les choses innombrables que le professeur nous a enseignées, à mon fils et à moi, la signification de la racine carrée occupe une place importante. D’ailleurs, je crois que le mot innombrable pourrait ne pas lui plaire, à lui qui croyait que toute l’organisation du monde pouvait s’expliquer avec des chiffres. Mais je me demande comment je pourrais le dire autrement. Il nous a appris les nombres premiers jusqu’à la classe des centaines de mille, ainsi que les nombres les plus grands du “Guinness Book” utilisés dans les démonstrations mathématiques, et aussi les notions qui dépassent l’infini, mais je peux toujours énumérer ces choses-là, elles sont sans commune mesure avec la densité des heures que nous avons passées avec lui.

Par kathel - Publié dans : Japon
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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 /12 /2008 17:16
Rentrée littéraire 2008
Quatrième de couverture : Jubilatoires, flamboyantes, hypnotiques, ces histoires courtes de Haruki Murakami nous plongent dans un univers délicieusement insolite et drôle, où d'une situation d'apparence anodine peuvent surgir à tout moment le fantastique et l'absurde. Depuis un an, quand on la prend de court, Mizuki Ando est incapable de se souvenir de son nom. Elle se décide à consulter une psychiatre, loin de se douter qu'un singe cleptomane est à l'origine de son trouble... Attiré par les deux millions de yens à la clé, un jeune homme se présente à un concours de pâtisserie. Mais qui peut bien se cacher derrière le jury de cette compétition nationale sous haute surveillance ? La reine de beauté d'un lycée promet à son petit ami de faire l'amour avec lui après le mariage. Le temps passe, elle se marie... Avec un autre. Va-t-elle enfin tenir sa promesse ? En 1971, un jeune homme cuisine sans relâche des spaghettis, qu'il mange seul et en silence. Quand, en décembre, le coup de fil d'une ancienne camarade de classe le sort de sa rêverie italienne... Des petits contes de notre quotidien, transfigurés par la poésie, l'humour et la grâce de Haruki Murakami, un charme qui agit à chaque page, comme autant de feux d'artifices en plein jour.

Biographie de l'auteur : Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma à l'université Waseda puis a dirigé un club de jazz, avant d'enseigner aux Etats-Unis. En 1995, suite au tremblement de terre de Kobe, il décide de rentrer au Japon. Traducteur de Fitzerald, Irving et Chandler, il rencontre le succès avec son premier livre, Ecoute le chant du vent, en 1979 qui lui vaut de remporter le prix Gunzo. Suivront, notamment, Chroniques de l'oiseau à ressort (2001), Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Après le tremblement de terre, Les Amants de Spoutnik, Kafka sur le rivage, Le Passage de la nuit, La Ballade de l'impossible et L'éléphant s'évapore.

427 pages  Editeur : Belfond (4 septembre 2008) Traduction : Hélène Morita Titre original : Mekurayanagi to nemuru onna.

Mon avis : Après plusieurs livres d’Haruki Murakami et surtout le très beau Kafka sur le rivage, je craignais d’être déçue par ce recueil de nouvelles, mais je suis tombée nez à nez avec lui à la bibliothèque et je n’ai pas pu y résister !  De plus, j’avais découvert Murakami avec Après le tremblement de terre, qui était aussi un ensemble de nouvelles, donc pourquoi pas ?
A la fin de ma lecture, j’en suis tout à fait satisfaite car j’y ai retrouvé tout ce qui fait le charme des écrits de cet auteur : l’irruption, ou plus souvent, l’arrivée progressive d’éléments fantastiques dans un quotidien plutôt terne, des personnages qui trouvent des moyens étranges, mais involontaires d’exorciser leurs peurs et leurs chagrins, des associations d’idées intrigantes et des scènes entre rêve et réalité… J’ai beaucoup aimé mais il est difficile de l’exprimer.
En citant simplement les titres et quelques lignes des certaines nouvelles, vous pourrez vous faire une idée , à la fois de la simplicité de l’écriture et de la magie qu’elle dégage toujours.

Saules aveugles, femme endormie : Je fermai les yeux pour mieux percevoir les parfums du vent. Une brise de mai, gonflée comme un fruit à la peau rêche, à la pulpe onctueuse, aux graines abondantes. La pulpe se répandait dans l'air, relâchant les graines semblables à une douce chevrotine qui atteignait mes bras nus. Je ne ressentais pas la moindre douleur.
«Quelle heure est-il ?» me demanda mon cousin. Comme il avait bien vingt centimètres de moins que moi, il était obligé de lever la tête pour me parler.
Je jetai un oeil à ma montre.
«Dix heures vingt.
- Ta montre est exacte ?
- Oui, je crois.»
Mon cousin me saisit le poignet pour vérifier lui-même. Ses doigts minces et humides étaient étonnamment puissants.
«Dis-moi, elle vaut cher ?
- Pas du tout. Elle est très bon marché», répondis-je en consultant l'heure encore une fois.
Aucune réponse de sa part. Je l'observai brièvement. Il semblait confus. Ses dents blanches entre ses lèvres, on aurait dit des os sclérosés.
«Elle est bon marché, répétai-je en le regardant, articulant soigneusement chaque mot. Bon marché, mais elle donne l'heure juste.»
Mon cousin hocha la tête en silence.

L’avion ou Il se parlait à lui-même comme s’il lisait un poème :
Chaque fois qu’elle regardait le réveil, un train passait derrière la fenêtre. C’était étonnant. Il suffisait qu’elle jette un œil sur le réveil pour qu’on entende le roulement d’un train. Comme un réflexe conditionné commandé par le destin.

Le bon jour pour les kangourous :
En tout il y avait quatre kangourous dans la cage. un mâle, deux femelles et un bébé qui venait de naître.
Devant la cage, mon amie et moi et personne d’autre. Depuis toujours, ce zoo n’était pas très fréquenté. En plus, nous étions lundi matin. Les animaux étaient plus nombreux que les visiteurs. Non, je n’exagère pas. Je vous le promets.
Nous avions prévu, évidemment, de voir le bébé kangourou. Qu’aurait-on bien pu avoir à contempler sinon ?

L’année des spaghettis : Printemps, été, automne… Je cuisinais toujours mes spaghettis.
Comme s’il s’agissait d’une sorte de revanche.
Semblable à une fille abandonnée, désormais vouée à la solitude, qui  jette au feu les vieilles lettres de son amoureux, je faisais cuire sans relâche mes spaghettis, seul dans mon silence.

Par kathel - Publié dans : Japon
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /2008 00:30
Pour la lecture du 1er septembre du Blogoclub de lecture, le choix commun s’était porté sur Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil d’Haruki Murakami, que j’avais déjà lu. J’ai donc sélectionné un autre livre japonais dans ma pile à lire, (vous pouvez le trouver dans le précédent billet) puis j’ai déniché celui-ci à la bibliothèque, vous aurez donc deux billets japonais, pour le prix d’un ! Lien vers les autres lectures chez Sylire.

La brocante Nakano est la chronique d’une petite boutique et des employés et clients de cet endroit. Ce n’est pas un magasin d’antiquités chic, ni un lieu bizarre et sombre, mais un magasin ordinaire. Son patron, Mr Nakano  a l’art de repérer les babioles qu’il pourra revendre, mais aussi ses futures conquêtes féminines. Il emploie Takeo, un jeune homme introverti et Hitomi, une jeune femme, et c’est elle qui nous raconte ces chroniques, le défilé de clients, ordinaires ou originaux, les conversations à bâtons rompus, les situations intrigantes…

Mon avis : J’ai trouvé le début un peu lent, avec l’impression de ne pas savoir où on voulait m’emmener. Les personnages manquaient de consistance, puis au bout d’un moment, je n’ai plus eu envie de sortir de cette petite boutique, mais plutôt de rester là dans un coin, à écouter les conversations. Certaines des chroniques narrées dans ce livre sont franchement drôles, par la façon dont elles sont racontées, sans forcément de chronologie, au fur et à mesure d’une petite conversation, d’autres sont plus tendres ou sentimentales, hésitant entre le cru et la guimauve. Il y a une histoire d’amour entre Takeo et Hitomi, mais elle est traitée sans y donner trop d’importance, une agression au coupe-papier, un grand chien , une machine à coudre… C’est plutôt amusant et cela se lit bien.

Traduction : Elisabeth Suetsugu Editeur : Philippe Picquier  282 pages Titre original : Furudôgu Nakano shôten

KAWAKAMI Hiromi est née à Tokyo en 1958. Sa nouvelle Hebi o fumu est couronnée en 1996 par le prix Akutagawa, en 1999, Kamisama obtient le prix des Deux Magots et le premier prix Pascal des jeunes auteurs de nouvelles, en 2000 Oboreru reçut le prix de littérature féminine et c’est en 2001 que Sensei no kaban, « Les Années douces » fut couronné par le grand prix Tanizaki. Kawakami Hiromi a su s’imposer dans le monde littéraire japonais par la tonalité très particulière de son style, à la fois simple et subtil dont les thèmes privilégiés sont le charme de la métamorphose, l’amour et la sexualité. (d’après le site des éditions Picquier)

Extrait du livre :
A cette époque, c'était à la mode de quitter son travail pour devenir son propre patron, mais moi, je suis resté salarié trop peu de temps pour pouvoir être rangé dans cette catégorie ! Non, j'en ai eu assez sans raison précise, tout bonnement, et à ce moment-là, je n'étais pas très fier de moi, m'a-t-il avoué tranquillement en profitant d'un creux au magasin.
«Je vous préviens tout de suite que c'est une brocante ici, pas un magasin d'antiquités !» a précisé M. Nakano au cours de l'entrevue. J'avais remarqué une petite affiche collée à la devanture où on avait tracé au pinceau d'une mauvaise écriture : Offre d'emploi à temps partiel, entrevue possible à tout moment. Pourtant, quand je suis entrée pour me renseigner, ce fut pour m'entendre dire : «Bon, alors revenez le 1er septembre à quatorze heures. Et attention, deux heures, c'est deux heures !» Le patron dégageait une drôle d'impression avec sa moustache et son bonnet de tricot, en plus il était maigre, c'était M. Nakano.
Le magasin, non pas d'antiquités mais de brocante, croule littéralement sous les objets de bric et de broc. Des petites tables pliantes aux vieux ventilateurs en passant par les climatiseurs et la vaisselle, tout le mobilier standard des foyers depuis le milieu de l'ère Shôwa trouve tant bien que mal sa place dans la boutique. M. Nakano remonte le rideau métallique un peu avant midi et, une cigarette au bec, entreprend d'aligner à l'extérieur les vieilleries destinées à attirer le chaland : assiettes ou récipients décorés de motifs qui ont un certain cachet, lampe de chevet genre design, tortue ou lapin presse-papiers imitant l'onyx, vieille machine à écrire, etc., le tout disposé avec recherche sur un banc de bois à l'entrée de la boutique. Lorsque parfois la cendre de sa cigarette tombe sur une tortue ou un lapin, il l'essuie à la va-vite avec l'extrémité du tablier noir qui ne le quitte jamais.


Ils l’ont lu :
BMR et MAM.

Par kathel - Publié dans : Japon
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 01:02
D'après l'éditeur :Chef de file de la scène littéraire japonaise, à l'instar de Haruki Murakami et de Ryu Murakami, Hitonari Tsuji signe un roman audacieux et brillamment composé. Une œuvre intense, émouvante, une réflexion sur la mémoire, la mort, l'amour. Dans l'île de Hokkaido, où il tourne ce qui doit être son chef-d'œuvre, le grand réalisateur Inoue, quatre-vingts ans, attend. Il attend de retrouver la lumière qui flottait sur Nankin en 1937, lors de la prise de cette ville chinoise par les troupes japonaises. Cette lumière qu'il a toujours gardée en mémoire. Shiro, responsable des décors sur le tournage, attend lui aussi. Que son frère Jiro, grièvement blessé après un règlement de comptes mafieux, sorte enfin du coma, de ce sommeil profond où il vit et revit inlassablement son enfance. Fujisawa, un yakusa, attend fébrilement de retrouver un cartable d'écolier qu'il avait confié à Jiro. Un cartable au contenu si précieux, si dangereux qu'il a des airs d'apocalypse. Ils attendent. Que l'amour les délivre de la douleur. Que l'art leur apporte la rédemption. Que se referment enfin sur eux les blessures de l'Histoire... Polar philosophique mêlant les dimensions du rêve et du réel, du fantasme et du souvenir, En attendant le soleil entraîne le lecteur dans une vertigineuse traversée du XXe siècle.

Biographie de l'auteur
Né à Tokyo en 1959, Hitonari Tsuji est poète, romancier, chanteur de rock, cinéaste et photographe. Il a reçu en 1997 le prix Akutagawa, prix littéraire le plus prestigieux du japon, pour La Lumière du détroit. C'est Le Bouddha blanc, récompensé par le prix Femina, qui l'a fait connaître en France, ainsi que L'Arbre du voyageur .

366 pages  Editeur : Belfond (2004) traduction : Corinne Atlan titre original : Taiyô machi

Ce que j’en pense : En attendant le soleil est un roman à plusieurs voix, celle de Shiro d’abord, dont le curieux métier est « salisseur » sur les tournages de films, puis son frère Jiro, qui fait des affaires dans le milieu des yakuzas et qui se trouve dans le coma depuis qu’il a reçu une balle à la tête. On lit aussi le carnet d’un américain prisonnier des japonais à Hiroshima en 1945, quelques mois avant la bombe qui l’a détruite et on remonte dans les souvenirs du metteur ne scène Inoue qui a assisté au siège de la ville chinoise de Nankin en 1937.
Le thème principal est celui de la mémoire : ce dont on se souvient à l’approche de la mort, les souvenirs auxquels on voudrait échapper, la mémoire d’un comateux, d’un très vieil homme, l’amnésie. La réflexion en est très intéressante, le milieu du cinéma décrit de façon inhabituelle, du côté de ceux qui font les décors ou qui se démènent pour tout organiser, les scènes oniriques surgies de l’esprit du frère comateux sont surprenantes, mais… Ce n’est pas Haruki Murakami, ce n’est pas aussi magique que Kafka sur le rivage (mon préféré !) malgré tous les ingrédients pour faire un très bon roman. Je vous ai laissé en préambule le commentaire de l’éditeur, bien qu’il soit trop dithyrambique à mon goût !

Je suis un peu passée à côté de ce livre, lu dans le cadre du défi Le nom de la Rose et je serais curieuse de savoir si d’autres l’ont lu et ce qu’ils en ont pensé.

A noter : Un nouveau livre de l'auteur vient d'être traduit en français et édité chez Phébus :
Pianissimo, pianissimo.

Par kathel - Publié dans : Japon
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Mercredi 23 avril 2008 3 23 /04 /2008 09:59
Présentation de l'éditeur :
Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est reçue pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa. Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle. La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent, intitulé La formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.

L'auteur : Yôko Ogawa est l'une des plus brillantes romancières du Japon d'aujourd'hui. Ses romans sont traduits dans le monde entier. Elle a obtenu les prix les plus prestigieux de son pays.
317 pages  Editeur : Actes Sud (11 janvier 2008) Traduction : Rose-Mary Makino-Fayolle  Titre original : Mina no koshin

J’ai déjà lu plusieurs nouvelles et romans de Yôko Ogawa (Tristes revanches, Le musée du silence) et j’avais été à la fois envoûtée et repoussée par certains aspects dérangeants de ces récits. On ne les retrouve pas ici, mais quelques thèmes communs apparaissent : l’attirance pour ce qui est bizarre ou différent et l’enrichissement au contact de personnes nouvelles, le goût pour les collections, la recherche de la vérité…
Il s’agit ici d’un roman d’apprentissage, qui se déroule pour la jeune Tomoko, dans les années 1970, pendant une année scolaire qu’elle passe chez sa tante. Rien n’est comme chez elle dans cette grande demeure et elle évolue en particulier au contact de sa cousine Mina, un peu plus jeune qu’elle, qui soigne son asthme dans une salle de bains de lumière, qui se rend à l’école sur le dos d’un hippopotame nain et qui lit des livres qui ne sont pas de son âge… Le personnage de l’oncle, directeur d’une usine de boisson gazeuse, a lui aussi sa part de mystère. Tomoko a beaucoup de tendresse pour sa tante, pour la grand-mère Rosa, née en Allemagne et pour Madame Yoneda, gouvernante sans qui rien ne tournerait rond dans cette maison.
La vie s’écoule sans évènements extraordinaires ou particulièrement dramatiques, mais l’atmosphère poétique et envoûtante de ce roman en fait tout le charme. Une phrase de Tomoko résume bien cette année passée dans la famille de Mina :
"Quand je repense à tout cela, je me sens protégée par les heures du passé."

Des extraits :
    Maintenant que trente ans ont passé, il n'y a déjà plus trace de la maison. Les deux cycas au feuillage abondant qui en défendaient courageusement l'entrée sont morts et ont été arrachés, le bassin à l'extrémité sud du jardin a été comblé. Le terrain qui est alors passé entre d'autres mains a été divisé, on y a construit un immeuble sans cachet et un foyer pour célibataires d'une société de produits chimiques, tous les deux habités par des inconnus.
Mais c'est justement parce que la réalité est tout autre que mes souvenirs ne peuvent plus être abîmés par qui que ce soit. Dans mon coeur, la maison de mon oncle est toujours là, et les personnes de la famille, celles qui sont mortes comme celles qui sont âgées, y vivent comme autrefois. Chaque fois que je reviens sur mes souvenirs, leurs voix sont encore plus animées, leurs visages souriants sont pleins de chaleur.


    « Le prix Nobel de littérature, monsieur Kawabata Yasunari, entre parenthèses soixante-douze ans, s'est suicidé la nuit du 16 en portant un tuyau de gaz à sa bouche, sur son lieu de travail, au troisième étage du Marina Mansion à Zushi. On n'a pas découvert de testament, et beaucoup de gens de son entourage restent pensifs à l'idée de la caude de ce suicide, mais on dit que depuis son opération de l'appendicite le mois dernier, sa santé laissait à désirer... »
Tout le monde était à sa place, à l'écoute de la lecture de Mina. Grand-mère Rosa avait joint les mains sur sa poitrine, madame Yoneda tartinait avec ardeur des morceaux de baguette avec de la confiture de fraises, ma tante brassait son thé. Le soleil matinal qui entrait par les fenêtres orientées à l'est éclairait le profil de Mina. Elle n'avait pas buté une seule fois et lisait correctement tous les caractères chinois, même les plus difficiles.
« ... Le corps a été transféré au cours de la nuit, aux premières heures du 17, dans sa maison de Kamakura où l'ont accueilli sa famille, sa gourvernante et les gens du voisinage. »
Lorsque Mina eut terminé sa lecture, tout le monde laissa échapper un soupir de tristesse.
- Ce monsieur Kawabata Yasunari, c'est un ami de la famille ? questionnai-je à la cantonade.
- Non, répondit grand-mère Rosa en décroisant ses mains.
- C'est que vous avez toutes tellement l'air sous le choc...
- Ce n'est pas une connaissance. Nous ne l'avons jamais rencontré. Mais monsieur Kawabata, c'est un écrivain, n'est-ce pas ? Quelqu'un qui écrit des livres. Même ici, il y a des livres de monsieur Kawabata. Ce n'est pas une connaissance mais nous avons un lien. Monsieur Kawabata a écrit des livres, qui sont ici. Ces livres, tout le monde les lit. C'est pourquoi nous sommes tristes.
Mina replia soigneusement le journal et le posa sur la table. Elles sont toutes restées un moment tête basse, comme si elles respectaient une minute de silence, les yeux baissés sur leur assiette, sans se préoccuper des oeufs au bacon qui refroidissaient.

- Il a été muté dans un endroit éloigné, et il ne peut plus venir faire ses livraisons ici. Mais il a dit qu'il ne t'oublierait jamais. Il est encore en train de livrer du Fressy quelque part. Il trouve des boîtes d'allumettes et se souvient de toi qui les aimes tant. Tiens, voici son cadeau d'adieu.
Je lui ai donné la boîte avec la fille qui fermait sa bouteille remplie d'étoiles.
Et lorsque la pièce est devenue sombre après que les rayons se furent interrompus, Mina avait toujours les yeux rivés sur la boîte d'allumettes.
Soudain, j'ai eu l'impression que quelque chose frôlait mes oreilles. Aah, c'est donc ça le message des anges. Je venais de comprendre qu'ils étaient en train de recoudre leurs ailes, posés sur mes lobes.


D'autres avis : Papillon, Chiffonette et le Bookomaton l'ont lu.

J'aimerais lire : La formule préférée du professeur, qui est, d’après ce que j’en ai lu, dans ce même esprit tendre et légèrement fantastique.

Par kathel - Publié dans : Japon
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