Mercredi 22 juillet 2009
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Quatrième de couverture
: Orpheline à seize ans, Sai, qui a passé plusieurs années sous la férule des bonnes sœurs, se retrouve chez son grand-père, juge de district à la retraite, dans le
Nord de l'Inde. Elle va connaître les enchantements et les désarrois du premier amour, sous l'œil distrait du cuisinier de son grand-père, le père de Biju. Biju, quant à lui, attiré par le mythe
américain, s'est expatrié à New York mais la sordide réalité est loin du rêve : solitude, dénuement, exploitation seront son lot. Déçu par l'Occident, coupé de sa culture, il n'a plus qu'à rentrer
au pays.
L’auteur : Fille de la romancière Anita Desai, Kiran Desai grandit à Delhi jusqu'à quatorze ans, puis part pour l'Angleterre avec sa mère et ensuite aux Etats-Unis. Au cours de ses études à
Columbia, Kiran Desai fait une pause de deux ans durant laquelle elle contribue au New Yorker et écrit en 1998 Le Gourou sur la branche, un conte mêlant la magie des fables et la comédie
dans l'histoire d'un jeune garçon qui tente d'échapper aux responsabilités de la vie adulte en se réfugiant dans un arbre. Son deuxième roman, The Inheritance of Loss (2006) reçoit le Man
Booker Prize, le National Book Critics Award et le prix indien Hutch Crosswords. Kiran Desai tient à son passeport indien et retourne tous les ans à Delhi, mais est résidente permanente des
Etats-Unis.
503 pages
Editeur : Le Livre de Poche (mai 2009)
Traduit de l’anglais (Inde) par Claude et Jean Demanuelli
Titre original : The inheritance of loss
Mon avis : Je reviens régulièrement vers la littérature indienne,
comme vers celle d’Irlande ou de Scandinavie, avec beaucoup de plaisir… Avec Loin de Chandigarh l’année dernière, je n’ai pas été déçue et j’ai donc sorti La perte en héritage des profondeurs de ma
PAL car après Le cœur cousu, il me fallait une lecture qui tienne la route !
Le décor est tout de suite posé, les brumes et l’humidité des contreforts de l’Himalaya, qui semblent plus agréables entre les pages d’un livre qu’en réalité, d’ailleurs ! La situation politique,
troublée en cette année 1986, est évoquée aussi dès les premières pages, qui voient apparaître les différents personnages : Sai, jeune fille de seize ans recueillie, à la mort de ses parents
qu’elle a peu connus, par son grand-père, vieil homme misanthrope qui préfère la compagnie de sa chienne Mutt. Ils sont servis par un cuisinier ou homme à tout faire vivant dans une pauvre cahutte
au fond de leur propriété. Ce cuisinier se languit des courtes lettres qu’il reçoit de son fils Biju, immigré clandestin aux Etats-Unis. Quant à Sai, elle reçoit des cours particuliers de Gyan,
jeune homme dont elle devient très proche… Par une succession de tableaux assez courts, leurs histoires communes ou individuelles se dessinent.
Les chapitres alternent entre la vie de la communauté de la petite ville de Kalimpong et la solitude et les difficultés d’adaptation de Biju à New York. L’ambivalence est ressentie par les
personnages, que ce soit en Inde ou aux Etats-Unis, entre l’envie de s’occidentaliser et une sorte de dégoût pour ceux qui renient leurs origines, même si les manières d’approcher la civilisation
occidentale sont nombreuses, ce que le lecteur découvre au fur et à mesure que le roman se déroule.
Ce roman qui oscille entre drame et dérision, entre histoire collective et histoire individuelle, se lit très aisément tout en posant des questions intéressantes : une lecture qui peut convenir
tant aux amoureux de l’Inde qu’à ceux qui souhaitent une première approche de cette littérature.
Elles l'ont lu : Naina et Clarabel. Je peux vous
conseiller également d’autres romans indiens que j'ai aimés : Le tigre blanc, Le Dieu des petits riens, Compartiment pour dames, Le livre de Rachel, L’illusionniste, Loin de Chandigarh et si vous voulez découvrir plus de titres, allez faire un tour chez Naina, qui adore la littérature orientale et en parle fort bien !
Extrait : Personne ne remarqua les garçons qui se faufilaient
dans l'herbe, pas même Mutt, jusqu'à ce qu'ils soient pratiquement sur les marches. Non que cela eût changé grand-chose, puisqu'il n'y avait pas de loquets pour les arrêter ni personne à portée de
voix, de l'autre côté du jhora, en dehors de l'oncle Potty qui, à l'heure qu'il était, devait déjà être ivre, allongé par terre sans bouger, avec l'impression pourtant de tanguer - «Ne fais pas
attention, mon petit, disait-il toujours à Sai après une beuverie, ouvrant un seul oeil à la manière d'une chouette, je vais juste m'étendre là un moment et me reposer un peu...»
Ils étaient venus à pied à travers la forêt, vêtus de blousons en cuir achetés au marché noir de Katmandou, de treillis et de foulards, l'uniforme standard du guérillero. L'un d'eux avait un
fusil.
Plus tard, on accusa la Chine, le Népal et le Pakistan, mais dans cette partie du monde, comme dans beaucoup d'autres, il y avait assez d'armes en circulation pour fournir un mouvement
révolutionnaire de fortune et sans le sou. Ils prenaient ce qui leur tombait sous la main : poignards népalais, haches, couteaux de cuisine, bêches, armes à feu en tout genre.
Ils étaient venus chercher les fusils de chasse du juge.
En dépit de leur mission et de leur tenue, ils n'étaient guère crédibles. Le plus âgé n'avait sans doute pas vingt ans, et au premier aboiement de Mutt ils poussèrent des cris de gamines
effarouchées et redescendirent précipitamment les marches pour aller se mettre à couvert derrière les buissons noyés dans la brume. «Elle mord vraiment, mon oncle ? Bon Dieu !» s'écrièrent-ils,
frissonnant sous leur camouflage.
Par kathel
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Publié dans : Inde
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Mardi 10 mars 2009
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Quatrième de couverture
: À Danda, près de Bombay, Rachel est la dernière représentante de la communauté juive. Son mari s'est éteint et ses enfants ont émigré en Israël. La vie de Rachel
s'organise alors entre le temple, qui n'abrite plus ni rabbin ni office, et la cuisine. La synagogue, où elle s'est mariée et qu'elle entretient avec ferveur. Les fourneaux, où, pour ses hôtes,
elle perpétue les traditions culinaires et fait resurgir les saveurs du passé - poulet kesari, patates tilkout, curry casher. Quand des promoteurs s'intéressent d'un peu trop près à la synagogue,
Rachel, utopiste au coeur pur, s'interpose pour protéger l'emblème de sa foi, le lien vivant d'avec ses ancêtres. Ses plats, au parfum enivrant de cannelle, cumin ou curcuma, qui ouvrent l'appétit
et délient les esprits, seront des armes inattendues contre la spéculation immobilière.
Biographie de l'auteur : Esther David est née au sein de la communauté juive d'Ahmedabad, sur la côte nord-ouest de l'Inde. Peintre et sculpteur, historienne de l'art, elle dispense une
éducation alternative dans les bidonvilles. Son premier roman, La Ville en ses murs (1998) lui a valu de figurer sur la liste du prix Femina.
299 pages
Editeur : Editions Héloïse d'Ormesson (5 février 2009)
Traduit de l’anglais (Inde) Sonja Terangle
Titre original : Book of Rachel
Mon avis : C’est le récit tout en douceur de la vie d’une femme de
la minorité juive indienne. Veuve, jeune grand-mère, ses enfants vient loin d’elle en Israël et elle ne sait comment « s’occuper d’elle même », elle qui a passé toute sa vie à se consacrer aux
autres. Même mitonner des petits plats, choisir un sari, entretenir la synagogue proche de sa petite maison n’a plus la même saveur. Ce qui est remarquable dans ce livre, c’est tout d’abord les
parfums de fleurs et de fruits, les fumets de plats qui mijotent, les couleurs des saris, la lumière du bord de mer, sombre sous la pluie puis éclairée d’un rayon de soleil. Rarement, tous les sens
sont aussi bien évoqués par les mots ! Chaque chapitre commence par une recette, qui semble très savoureuse mais difficile à adapter faute d’ingrédients adéquats. J’étais tentée d’en tester une,
mais trouver du tamarin, des feuilles de fenugrec ou un pomfret (poisson local) ne doit pas être forcément facile… Quoiqu’il en soit, on en salive !
Mais ce livre est plus que cela, avec une belle galerie de personnages qui gravitent autour de Rachel, qui est aussi attachante que Rosie dans Best love Rosie de Nuala O’Faolain que vous
avez peut-être lu. Il y a ses enfants qui vivent au loin, et aimeraient la voir venir en Terre Promise auprès d’eux, ses voisins attentifs, le conseil de la synagogue, parmi lesquels
MOrdekaï qui ne recule devant rien pour essayer de faire du profit, le jeune avocat Judah, qui devient un habitué de la maison et des petits plats mijotés, Kavita,
amie de sa fille Zephra et mariée à un promoteur ambitieux. Quand Rachel décide de ne pas laisser vendre et sans doute détruire la synagogue dont elle prend soin, chaque personnage va prendre sa
vraie place et montrer s’il vaut vraiment la peine d’être connu. Je ne vous raconterai pas davantage l’histoire, la quatrième de couverture n’en dit pour une fois ni trop, ni trop peu. C’est pour
moi à coup sûr un roman à classer dans la catégorie des livres qui font du bien !
Clarabel, je te remercie pour le prêt et pour ce délicieux moment de lecture ; vous pourrez lire son avis,
alléchant, ainsi que celui de Naina pour qui Le livre de Rachel est
un des coups de cœur de ce début d’année.
Extrait : Rachel s’installait souvent sous le tamarinier
qui poussait dans la cour de la synagogue, pour y respirer le parfum de ses jeunes feuilles fraîches et savourer les souvenirs doux-amers de la toute première année de son mariage . Un sourire se
dessinait alors sur ses joues ridées. Ce tamarinier était très vieux. à en croire les histoires, il était habité d’esprits. La terre était fertile et le tamarinier fécond. Il poussait très près de
la maison, mais lorsque les nuits étaient sombres, Rachel faisait un grand détour pour rentrer, car elle voulait éviter de passer sous l’ombre de l’arbre.
Par kathel
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Publié dans : Inde
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Mercredi 17 décembre 2008
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Rentrée littéraire 2008
Présentation de l'éditeur : Le tigre blanc, c'est Balram Halwai, ainsi remarqué par l'un de ses professeurs impressionné par son
intelligence aussi rare que ce félin exceptionnel. Dans son Bihar natal miséreux, corrompu et violent, Balram est pourtant obligé d'interrompre ses études afin de travailler, comme son frère, dans
le tea-shop du village. Mais il rêve surtout de quitter à jamais les rives noirâtres d'un Gange qui charrie les désespoirs de centaines de générations. La chance lui sourit enfin à Delhi où il est
embauché comme chauffeur. Et tout en conduisant en driver zélé, au volant de sa Honda City, M. Ashok et Pinky Madam, Balram Halwai est ébloui par les feux brillants de l'Inde récente des nouveaux
entrepreneurs. L'autre Inde, celle des trente-six millions et quatre dieux, celle des castes, des cafards, des taudis, des embouteillages monstres, des affamés, des éclopés et des
laissés-pour-compte de la Shining India du XXIe siècle, finit par avoir raison de son honnêteté. Car, de serviteur fidèle, Balram bascule dans le vol, le meurtre et pour finir... dans
l'Entreprise... Roman obsédant écrit au scalpel et à même la chair du sous-continent, Le Tigre blanc, conte moderne, irrévérencieux, amoral mais profondément attachant de deux Indes, est l'œuvre du
plus doué des jeunes auteurs indiens.
Biographie de l'auteur : Aravind Adiga, qui a toujours voulu être
écrivain, est né à Madras en 1974 et a grandi en partie en Australie. Il a fait des études dans les universités d'Oxford et de Columbia, avant de travailler comme journaliste, et il vit aujourd'hui
à Bombay. Le jeune romancier est le quatrième Indien après Salman Rushdie, Arundhati Roy et Kiran Desai à devenir lauréat du Booker Prize, une récompense décernée depuis 1969.
320 pages
Editeur : Buchet-Chastel (11/09/2008)
Traduction : Annick Le Goyat
Titre original : The white tiger
Mon commentaire : « Autobiographie d’un indien à demi-cuit »,
Le tigre blanc est le portrait de Balram, jeune entrepreneur autodidacte, n’ayant fréquenté l’école que deux ans avant de devoir travailler à casser du charbon pour que sa famille puisse
payer le mariage de sa cousine. A force de persévérance et d’intelligence, il réussit toutefois à apprendre à conduire et à se faire embaucher. Il devient un chauffeur de maître qui voit tout,
entend tout et apprend énormément, passant peu à peu de pauvre et honnête à cynique et corrompu. C'est profondément amoral, bien sûr, mais on apprend nous aussi beaucoup de Balram à propos du
système des castes en Inde, des relations entre maîtres et serviteurs, de l’aliénation dûe à la pauvreté, mais aussi au manque de culture et à la cruauté des puissants qui se vengent sur les
familles de ceux, trop rares, qui osent se rebeller.
Pourtant, pense Balram, « Dès l’instant où vous connaissez ce qui est beau en ce monde, vous cessez d’être un esclave »… Même si on sait depuis le début ce qu’il va advenir du Tigre Blanc,
jusqu’au bout on s’intéresse à son évolution humaine et intellectuelle, qui n’est en rien idéalisée par l’auteur. On a aussi la gorge serrée de l'opposition entre les Ténèbres et la Lumière, comme
Balram nomme la vie des pauvres et celles des riches. C’est un livre-choc, on ne sourit pas forcément de l’amoralité qui gagne progressivement le personnage, elle peut même choquer, mais qui peut
le juger au regard de la vie inhumaine des basses castes en Inde ?
Les avis d’autres lectrices : Papillon, Naina, Amanda, Lily, Tamara,
Fashion et pour un avis plus mitigé Aliénor.
Extrait : À l’intention de :
Son Excellence Wen Jiabao
Cabinet du Premier ministre
Pékin
Capitale de la Chine, nation éprise de liberté.
De la part du :
« Tigre blanc »
Intellectuel
Entrepreneur
Résidant dans le centre mondial de la technologie et de l’externalisation
Electronics City Phase I (sis Hosur Main Road) Bangalore, Inde.
Monsieur le Premier ministre,
Ni vous ni moi ne parlons l’anglais, cependant certaines choses ne peuvent se dire que dans cette langue.
L’ex-femme de mon ex-employeur le défunt M. Ashok, Pinky Madam, m’a appris l’une d’elles. Et, ce soir, à 23 h 32 il y a dix minutes, les mots me sont venus tout naturellement à l’esprit, quand j’ai
entendu la présentatrice de All India Radio annoncer : « Le Premier ministre Jiabao se rendra à Bangalore la semaine prochaine. »
En vérité, j’utilise cette expression chaque fois que de grands hommes, dont vous êtes, visitent notre pays. Je n’ai rien contre les grands hommes. À ma manière, monsieur, je me considère même
comme l’un des vôtres. Mais, dès que je vois notre Premier ministre et ses distingués acolytes se rendre à l’aéroport en limousine noire, faire des salutations – des namastés, comme on dit chez
nous – devant les caméras de télévision, et expliquer combien l’Inde est morale et angélique, je ne peux m’empêcher de prononcer ces paroles en anglais.
Car vous allez bientôt visiter notre pays, n’est-ce pas, Votre Excellence ? En général, pour ce genre de nouvelles, on peut se fier à notre radio nationale.
Je plaisante, monsieur.
Ha !
C’est d’ailleurs ce qui m’amène à vous poser la question directement. Car, si vous projetez en effet de venir à Bangalore, j’ai des révélations importantes à vous faire. « M. Jiabao a une mission :
apprendre la vérité sur Bangalore », a déclaré la journaliste de la radio. Mon sang s’est figé. Si une personne connaît la vérité sur Bangalore, c’est bien moi.
« M. Jiabao souhaite rencontrer quelques entrepreneurs indiens et entendre, de leur propre bouche, l’histoire de leur réussite. »
Sur ce point, la journaliste a fourni quelques explications. Il semblerait, monsieur, que vous autres Chinois, vous nous devanciez largement dans tous les domaines, à une seule exception : vous
n’avez pas d’entrepreneurs. Or notre nation, bien que dépourvue d’eau potable, d’électricité, de système d’évacuation des eaux usées, de transports publics, d’hygiène, de discipline, de courtoisie
et de ponctualité, possède des entrepreneurs. Des milliers et des milliers d’entrepreneurs. Principalement dans le domaine de la technologie. Et ces entrepreneurs – dont je fais partie – ont fondé
toutes les sociétés d’externalisation et de sous-traitance qui, aujourd’hui, dirigent virtuellement l’Amérique. Vous espérez apprendre comment produire quelques entrepreneurs chinois ; tel serait,
selon la radio, le but de votre visite. Cela m’a ravi.
Mais j’ai aussitôt pris conscience que, conformément au protocole international, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères de mon pays iraient vous accueillir à l’aéroport, avec
des guirlandes, des statuettes-souvenirs de Gandhi en bois de santal, et une brochure d’informations sur le passé, le présent et le futur de l’Inde.
C’est alors que, instinctivement, j’ai lâché ces mots en anglais, monsieur. À voix haute. Il était 23 heures 37. Il y a cinq minutes. Sachez que je ne me contente pas de jurer ou de blasphémer. Je
suis un homme d’action et de changement. C’est pourquoi j’ai décidé sur-le-champ de commencer à dicter une lettre à votre intention.
Par kathel
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Publié dans : Inde
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Mardi 12 août 2008
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Extrait de la présentation de l’éditeur : L’Inde du Nord à la fin des années 1990.
Depuis quinze ans, un journaliste et son envoûtante femme Fizz vivent une intense passion amoureuse entre Chandigarh et Delhi. Mais une étrange découverte dans leur vieille maison, accrochée aux
contreforts de l’Himalaya, fait basculer leur couple. Au coeur de cette demeure délabrée, soixante-quatre épais carnets reliés de cuir livrent les secrets de Catherine, une intrépide aventurière
américaine et précédente propriétaire de la maison. Subjugué par la lecture de ces carnets très intimes, le narrateur s’éloigne peu à peu de Fizz.
Le journal de Catherine l’entraîne à Chicago, Londres et Paris au tournant du XXe siècle, puis dans le tourbillon de l’histoire de l’Inde à la veille de son indépendance.
Traduction : Annick Le Goyat. Editeur : Buchet Chastel (2005) 677 pages Titre original : The alchemy of desire Existe aussi en poche (Livre de Poche)
Mon commentaire : Le narrateur, jeune journaliste et apprenti écrivain, raconte son
quotidien avec Fizz, sa femme, ses premiers essais avortés d’écriture, l’un finira au feu, l’autre à l’eau, et il raconte surtout son amour pour Fizz, son désir pour elle, dans des scènes très
belles, jusqu’à l’extinction de ce désir.
Les atermoiements de ce jeune homme qui se rêve écrivain permettent de découvrir l’Inde contemporaine, dans un milieu ni pauvre, ni particulièrement aisé, la vie d’un couple mixte hindou et
musulman, leur famille et leurs amis, la région des contreforts de l’Himalaya, les travaux de rénovation d’une maison, les différents aspects des villes indiennes. Il est à noter que les
personnages vivent successivement à Dehli puis à la montagne, après avoir quitté Chandigarh qui donne son titre au roman et qui est une ville conçue par Le Corbusier. Son équipe en a réalisé le
plan urbain et lui-même a construit le Capitole, le Palais de Justice, la Secrétairerie et le Palais des Assemblées.
Pour revenir au roman, un deuxième récit enchâssé, provoqué par la découverte que fait le narrateur d’écrits très sensuels d’une américaine ayant vécu en Inde, permet de remonter jusqu’au début du
siècle et de balayer quelques décennies de l’histoire de l’Inde. D’autres récits s’intercalent aussi, pour notre plus grand plaisir, et sans que l’on s’y perde jamais.
J’ai du mal à dire pourquoi je l’ai aimé sans en raconter trop, l’auteur est un excellent conteur et c’est un roman ambitieux, où les passages intimes ou quotidiens se mêlent aux croyances
ancestrales et aux faits historiques, je l’ai trouvé tout à fait réussi, et il m’a envoûtée au point d’avaler sans difficulté ses presque 700 pages et quelques descriptions énumératives un
peu longues mais évocatrices : l’auteur décrit aussi bien un jardin et toutes ses plantes, qu’un corps féminin dans tous ses détails.
A découvrir, surtout si vous êtes attirés par l’Inde.
Elles ont été enchantées aussi : Fashion,
Sylvie, Katell, Moustafette et Anne-Sophie
Sur Chandigarh, voir ici :
Extraits :
Première phrase : L'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres, c'est le sexe.
A cette époque, nous faisions ensemble des découvertes sur lesquelles nous n’avions rien lu ni entendu. Nous nous dépouillons de toutes les hontes dont les années nous avaient emmaillotés.
Derrière les hontes, nous mettions au jour des réactions d’une innocence que nous aurions eu peine à imaginer. Une gaieté rare, qui n’ôtait rien mais qui donnait. Je m’aperçus que pour faire
trembler la terre, il faut non seulement la nudité de corps, mais aussi la nudité de l’âme.
Mon odorat n'était pas seul en cause. Tous mes autres sens semblaient éteints. Jusqu'alors, sucer sa peau, n'importe quelle parcelle, me mettait en transe. Il m'était arrivé de chavirer
simplement en léchant ses mollets. Maintenant, sa peau n'avait plus aucune saveur. Comme un chewing-gum devenu insipide. Mes yeux aussi défaillaient. Pendant toute ma vie adulte, matin et soir, la
regarder se vêtir ou se dévêtir avait été mon passe-temps favori. La seule vue de sa taille ou d'une cuisse nue éveillait mon désir. Désormais, je gardais scrupuleusement la tête enfouie dans mes
notes pendant qu'elle se déshabillait dans notre chambre, extrayait son slip de son jean et y flairait des odeurs indésirables avant de le jeter dans la corbeille de linge.
Nous n'avons pas cessé brutalement de faire l'amour. Ce fut plutôt comme une balançoire qui continue d'osciller longtemps après que l'enfant en est descendu : la dynamique acquise au cours des
années continua de me pousser vers elle. Mais c'était des accouplements sans passion. Une caresse, un baiser, un va-et-vient.
Je soupçonnai pour la première fois que l'histoire était toujours plus importante que le conteur. Ce n'était pas le conteur qui insufflait de la vie dans le récit, mais le récit qui maintenait
le narrateur en vie.
Par kathel
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Publié dans : Inde
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