Quatrième de
couverture : Que Gaya s'apprête à en épouser un autre, Francis, son ami d'enfance et amoureux d'occasion, aurait peut-être pu l'admettre à la rigueur. Mais que le
fiancé lui fournisse de la drogue, non ! Surtout qu'il appartient à une drôle de bande, ce fiancé. Et qu'en plus il n'aime pas les filles. Et là, ça devient carrément louche. Parce qu'elle est
d'une famille très riche, la petite Gaya. Alors il fonce, Francis. Beaucoup de bagarres, pas mal de sexe, quelques morts. Il faut ce qu'il faut : sans ça, elles se rendent pas compte ! Un " Vernon
Sullivan " percutant, qui classe sans conteste Boris Vian parmi les classiques du polar noir. 126 pages
Editeur : Livre de poche
Mon avis : Lu il y a une semaine, je me rends compte qu’il ne
me reste pas grand chose de ma lecture. C’est agréable à lire, divertissant, mais pas très marquant. L'histoire est loufoque à souhait, pleine de rebondissements, de courses-poursuites en voiture
ou en bateau, de bagarres, d'alcool... J’y ai trouvé moins de trouvailles de langage que dans certaines nouvelles du Loup-garou et moins de noirceur que dans d’autres de ces nouvelles. Le
fait que Boris Vian ait situé l’intrigue à Washington favorise le dépaysement, mais j’ai trouvé le milieu bourgeois friqué et tape à l’œil pas très agréable : c’est volontaire, bien sûr, et
les propos vaguement homophobes ou sexistes du héros ne sont pas à attribuer à Vian lui-même, mais cela ne rend pas le personnage de Francis attachant, et pousse à se réjouir quand il ramasse une
bonne raclée ! Ces petites réserves ne m’empêcheront pas de lire ou de relire d’autres écrits de Vian à l’occasion. J’ai vu
que des comédies musicales (Mademoiselle Bonsoir et La reine
des garces) venaient d’être rééditées en poche, ce serait amusant à lire, je pense. Je vous renvoie aussi à mon billet sur Le
loup-garou et autres nouvelles, où je m’étais vraiment régalée.
Extrait :Seulement, sur l'escalier, il y a un nouveau genre de malabar.
Un type horrible. Il est roux, il a le crâne en pointe ; il est velu, il a l'air d'un ours ; il pèse au moins deux cents kilos et il est très méchant ; ça se voit à ses petits yeux de cochon
enfoncés dans son lard.
Je reçois divers coups de tabouret dans les côtes. Rien de sérieux. Mais le gros, c'est sérieux. Il faut choisir.
Je me décide. Je redescends l'escalier. Feinte. Je me retourne brusquement, lance le sac par dessus le gros et je lui fonce entre les jambes au moment où il descend à son tour. Bon Dieu ... jamais
je ne passerai. Ce gars a des cuisses comme des pattes d'éléphant. Hi ! je soulève... ça passe, c'est passé. Il dérouille. J'entends glapir, c'est Ted qui a du recevoir son ami sur le
pied.
Ah ! me revoici au rez-de-chaussée. Ici, un petit ennui. Tout ce qui ressemble à une porte a l'air hermétiquement clos.
J'ai ramassé le sac à main. Voyons cette porte. Non ! il y a plus pressé. J'empoigne quelques chaises et je les expédie dans l'escalier, parce que j'ai idée que ça essaye de remonter par là. Tout
se passe assez vite, il n'y a rien à dire. On n'a pas le temps de s'ennuyer.
Un lourd tabouret de chêne à la main, je cogne sur la serrure du dehors. c'est de la camelote. ça cède.
Mon crâne aussi. Je tombe dans les pommes. D'autres lectures de ce même livre chez Lilly et de Boris Vian pour le Blogoclub de lecture chez Sylire et Lisa.
Le début : A
Naples en 2002, un jeune homme se prépare à attendre patiemment un client du restaurant où il prépare les meilleurs cafés de la ville. Des détails laissent imaginer une vengeance… A Naples en
1980, un père de famille presse son petit garçon de six ans pour l’emmener à l’école à travers un dédale de rues bondées quand une fusillade éclate…
L'auteur : Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre et romans dont : Cris, La Mort du roi Tsongor (Goncourt des lycéens
2002), Le Soleil des Scorta (Goncourt 2004), Eldorado, et un recueil de nouvelles, Dans la nuit Mozambique. 267 pages
Editeur : Actes Sud (août 2008)
Mon avis : Deux moments dramatiques intenses se répondent dès
le début du roman, et une foule de questions les accompagne : Filippo, ce jeune homme qui veut tuer ou enlever un mafieux et Pippo, le petit garçon pris dans la fusillade, peuvent-ils être une
seule et même personne ? Quelle signification ont les cauchemars de Filippo ? Les parents du petit Pippo, tout à leur douleur, ont-ils vécu plus de vingt ans en espérant accomplir une
vengeance ? S’agit-il de quelqu’un d’autre ? Qui sont ces autres personnages qui apparaissent, une prostituée du port, un curé truculent mais condamné par la maladie, un patron de café,
un professeur qui n’ignore rien des multiples imbrications entre la vie et la mort ? Car c’est de cela qu’il s’agit dans ce roman, et là où il est très fort, quand il plonge dans les
entrailles de Naples, et dans un entredeux où vivants et morts peuvent peut-être, fugacement ou plus longtemps, car le temps n’a plus la même valeur, se rencontrer. Et c’est pour cette partie plus
fantastique, plus proche de la mythologie, que l’on va adorer ou détester ce roman.
Cela doit se remarquer, je suis dans la première catégorie et je me suis laissée complètement emporter. J’étais fascinée à la fois par les côtés réalistes du roman, les épopées nocturnes dans les
rues de Naples, la douleur insondable des parents d’un enfant fauché par une balle en pleine rue, la chaleur humaine d’un petit café napolitain et par les aspects irréels de l’histoire, que je ne
détaillerai pas ici. L’arrière-plan historique donné par le professeur, contient des découvertes intéressantes, comme l’explication des portraits du Fayoum que je verrai d’une autre façon
désormais.
Ce fut un très grand plaisir de lecture, en apnée complète, et pour une fois, un livre dont j’attendais beaucoup a su me plaire au-delà de mon attente !
Extraits :Je me suis longtemps appelé Filippo Scalfaro.
Aujourd'hui, je reprends mon nom et le dis en entier : Filippo Scalfaro de Nittis. Depuis ce matin, au lever du jour, je suis plus vieux que mon père. Je me tiens debout dans la cuisine, face à la
fenêtre. J'attends que le café finisse de passer. Le ventre me fait mal. C'était à prévoir. La journée sera dure aujourd'hui. Je me suis préparé un café au goût amer qui me tiendra de longues
heures. Je vais avoir besoin de cela. À l'instant où le café commence à siffler, un avion décolle de l'aéroport de Capodichino et fait trembler l'air. Je le vois s'élever au dessus des immeubles.
Un grand ventre plat de métal. Je me demande si l'avion va s'effondrer sur les milliers d'habitants qu'il survole, mais non, il s'extrait de sa propre lourdeur. Je coupe le feu de la gazinière. Je
me passe de l'eau sur le visage. Mon père. Je pense à lui. ce jour est le sien. Mon père - dont je parviens à peine à me rappeler le visage. Sa voix s'est effacée. Il me semble parfois me souvenir
de quelques expressions - mais sont-ce vraiment les siennes ou les ai-je reconstruites, après toutes ces années, pour meubler le vide de son absence ? Au fond, je ne le connais qu'en me contemplant
dans la glace. Il doit bien y avoir quelque chose de lui, là, dans la forme de mes yeux ou le dessin de mes pommettes. À partir d'aujourd'hui, je vais voir le visage qu'il aurait eu s'il lui avait
été donné de vieillir. Je porte mon père en moi. Ce matin, aux aurores, je l'ai senti monter sur mes épaules comme un enfant. Il compte sur moi dorénavant. Tout va avoir lieu aujourd'hui. J'y
travaille depuis si longtemps.
portraits du Fayoum
La vie que l’on avait envisagée disparaît d’un coup et il faut faire avec le malheur qui ne veut plus vous lâcher.
Personne ne naît ici, au pied des tourelles du quai. Il n’y a que l’herbe souillée par des canettes de bière renversées, des drogués et quelques clandestins qui dorment là, bercés par le bruit
constant des voitures. Pourtant, je n’ai pas menti, c’est bien là que je suis venu au monde la deuxième fois. La première, bien sûr, je suis né dans un hôpital – sorti du ventre de ma mère, au
milieu de ses viscères chauds. Mais, plus tard, je suis né ici, de la seule volonté de mon père. L’air que j’ai respiré était celui de cette route à deux voies crasseuse et, comme à ma première
naissance, j’ai cligné les yeux d’éblouissements et j’ai hurlé tant l’air me brûlait les poumons. Je me souviens de tout. Et même de ce qu’il y avait avant. Ce qui remplit mes nuits de
glapissements et de nausée. Mais cela, je ne le lui raconterai pas. Il faudrait trop parler. Viendra peut-être un moment où il sentira qui je suis. Il ne le comprendra pas – qui le pourrait? – mais
la chair de poule qui le fera frissonner lui dira ce que je tais.
Quatrième de
couverture :Le " Harem du Caire " n'a pas grand-chose d'un journal de voyage. Son auteur cède avant tout au plaisir du récit, avec ses personnages imposés et ses
péripéties. Avec en supplément un grain de fantaisie. L'aventure picaresque du narrateur se déroule ici en mineur, le parcours dans les rues du Caire reste serein, jamais dangereux, ni inquiétant,
ni soucieux. Chaque désillusionnement s'achève dans un sourire d'autodérision ; et lorsque Nerval s'embarque sur le Nil pour la Syrie, accompagné de son " esclave au teint doré ", ce n'est pas la
tristesse du départ qui l'étreint, mais le regret d'un monde en voie de disparition, devant l'assaut de la modernité. Au moins les aura-t-il connus, comme dans un songe, dont le charme désinvolte
l'aurait métamorphosé lui-même en un personnage de conte oriental. Que ce conte joue double jeu, en entraînant son héros à travers tous les artifices du genre, tout en le déniaisant au fur et à
mesure, n'est pas la moindre source de notre plaisir de lire, ni non plus de sa modernité. 92 pages
Editeur : André Versaille éditeur (mai 2009)
Collection : A s'offrir en partage
Mon avis : Des classiques courts et méconnus, en version de poche, tel est le projet des éditions André Versaille. Ces jolis petits
livres, vus ici et là sur les blogs, méritent de l’être un peu plus dans les librairies !
Le harem du Caire est une tranche de vie dans la capitale égyptienne où a séjourné en 1843 Gérard de Nerval. Il a préféré s’immerger complètement dans la vie locale, et il décrit de
l’intérieur, si l’on peut dire, l’architecture, les boutiques et les jardins ainsi que les coutumes. Il adopte celles-ci, au point d’acheter une jolie esclave javanaise maissemble que, du moins durant ce séjour cairote, il ne profite pas davantage du fait d’être son maître, et
d’ailleurs l’est-il vraiment ? Il tente de communiquer avec la jeune femme pour comprendre ses besoins, savoir quelle est sa religion, ne se fiant pas toujours totalement à ceux qui se
proposent pour lui servir d’interprète. Ces scènes de découverte mutuelle et ces dialogues où l’incompréhension domine sont assez savoureux. De Nerval se pose des questions sur la monogamie et les
coutumes orientales bien différentes en apparence, il propose même à un moment à la jeune esclave de lui rendre sa liberté, déclenchant des hauts cris chez cette femme qui se refuse à devenir une
servante ou à travailler de quelque manière que ce soit. Tout ceci est surprenant pour l’auteur et pour nous aussi, bien entendu.
Ce livre, entre récit de voyage et conte, constitue donc une découverte sympathique de la collection A s’offrir en partage et
j’en remercie les éditions André Versaille.
Extrait :La crainte de la laisser un jour de plus parmi les femmes d’Abd el-Kérim avait précipité ma résolution, et, le
dirai-je ? le premier regard jeté sur elle avait été tout-puissant.
Il y a quelque chose de très séduisant dans une femme d’un pays lointain et singulier, qui parle une langue inconnue, dont le costume et les habitudes frappent déjà par l’étrangeté seule, et qui
enfin n’a rien de ces vulgarités de détail que l’habitude nous révèle chez les femmes de notre patrie. Je subis quelques temps cette fascination de couleur locale, je l’écoutais babiller, je
la voyais étaler la bigarrure de ses vêtements : c’était comme un oiseau splendide que je possédais en gage ; mais cette impression pouvait-elle toujours durer ?
Présentation de l'éditeur :Dans un manoir
anglais, à la fin du XIXe siècle, Emily Pearl a trouvé une place comme préceptrice du fils d'un lord. Le petit maître est attachant, son père est un veuf d'une séduction puissante. Emily entame
avec ardeur cette existence prometteuse. Mais la réalité resterait fade sans les mots dont elle la colore, et sans les lettres de sa mystérieuse sœur Virginia, partie vivre en Amérique. A son
journal, Emily confie son espérance de la rejoindre, ses bonheurs et frustrations, ses amours avec le maître des lieux, ses grands rêves et, bientôt, mille petits mensonges dont les conséquences
parfois tragiques lui donnent le vertige... Dans ce livre bruissant de confidences et de passion, Cécile Ladjali déploie un art consommé du trompe-l'œil. Elle compose un faux roman de genre -
victorien, domestique, intime - pour mieux explorer la condition d'une jeune femme anglaise à l'aube du nouveau siècle. Elle détourne, au passage, les règles et le code narratif du journal, et
montre combien nos vies sont improvisées... comme nos fictions.
Biographie de l'auteur: Romancière, dramaturge, essayiste, Cécile Ladjali a publié Les Souffleurs (roman, Actes Sud, 2004), La Chapelle
Ajax (roman, Actes Sud, 2005), Louis et la jeune fille (roman, Actes Sud, 2006), Mauvaise langue (essai, Seuil, 2007, prix Femina pour la Défense de la langue française) et, en
collaboration avec George Steiner, Eloge de la transmission (essai, Albin Michel, 2003). Enseignante, elle vit à Paris. 190 pages
Editeur : Actes Sud (2008)
Mon avis : Je ne suis pas particulièrement connaisseuse ni
passionnée par les romans victoriens, leur préférant souvent les contemporains, mais de temps en temps, un bon changement d’air s’impose et je suis ravie de lire Henry James ou W. Wilkie Collins.
La présentation de ce roman français contemporain, que Brize a eu la gentillesse de faire voyager, m’a intriguée,
sans que je sois sûre d’y trouver… ce que j’y cherchais. Je l’ai lu sans déplaisir et en alignant page après page sans respirer, mais au bout du livre, je suis un peu mitigée.
A la fin du XIXème siècle, Emily Pearl, jeune fille d’origine très modeste qui se verrait bien sortir de sa condition, obtient un emploi de préceptrice auprès d’un jeune garçon à l’esprit vif mais
à la santé fragile. Le maître des lieux est comme il se doit veuf et d’une séduction un peu trouble. Emily tient un journal intime, sans pudeur ni tabou, dans un style plutôt contemporain un peu
déroutant au début. Passons sur cela, c’est un choix original de l’auteur, tout à fait intéressant et auquel je me suis vite adaptée. Entrer dans l’univers d’Emily, dans ses rêves, ses
frustrations, ses fantasmes, est captivant, et surtout le versant de ses relations épistolaires avec sa sœur Virginia qui, d’une vie d’ouvrière du textile à Londres a immigré en Amérique où elle
mène une vie très heureuse avec son époux Elliot, pasteur engagé. J’imaginais que cette sœur était un double fantasmé d’Emily et qu’une révélation viendrait le prouver à la fin du livre, cela
n’apparaît pas ou alors de façon trop subtile pour moi… Une fin plus fantastique aurait pu s’ouvrir aussi, avec l’eau et l’ambiance poisseuse qui en résulte, omniprésente dans le récit d’Emily,
mais là encore, ce que je pressentais n’est pas arrivé.
Je dois reconnaître le talent de Cécile Ladjali à créer une atmosphère et à nous mener où elle veut, tout en nous faisant attendre autre chose ! Ce roman m’a un peu rappelé Ailleurs de Julia Leigh, lu l’année dernière, quoique j’ai davantage apprécié celui que je viens de finir, moins malsain
qu’Ailleurs. Je me rends compte que j’ai très peu raconté ces vies d’Emily Pearl, vous verrez qu’il vaut mieux en savoir le moins possible pour les découvrir, ce que je vous engage à faire
malgré mes quelques réticences.
Extraits :Je travaille chez lord Auskin. Il m'a engagée
comme gouvernante. Lord Auskin est bel homme. Sa femme, Mary, est morte en couches il y a huit ans en donnant naissance à leur unique enfant. Un garçon. Terence. Il est très vilain, car il a été
défiguré par les forceps, mais d'une intelligence remarquable. Je crois qu'il est surdoué. J'assume aussi le rôle de préceptrice. Mes parents sont fiers de moi, car ils pensent que je suis une
intellectuelle. Ils se trompent. J'aime les champs de genêts et le bruit des ruisseaux, le rond des grands lacs et la douceur de la pluie.
Qu’est-ce qui est le plus moche ? Renoncer à réussir ou renoncer à échouer ? Peut-être que l’on advient vraiment à soi que si l’on a pleinement vécu le noir, l’échec, la
frustration ? Peut-être que ce sont ces monstres-là qu’il faut fixer droit dans les yeux, en espérant alors être changé en pierre ? La jouissance que j’éprouve quand je me jette dans les
yeux verts de Lord Auskin ressemble à l’effroi d’une interdiction, à celui d’un calcul qui va me perdre. Je pèse, sans trop me le dire, déjà tout le poids de ma fin.
Présentation de l'éditeur :Victor ouvrit un cahier et prit sa plume. Sa main tremblait au moment
d'écrire le premier mot du texte qu'il découvrait. D'un geste méthodique et lent, il traça de grosses lettres capitales sur la feuille. Le manuscrit dactylographié en roumain que Victor Luca
s'apprête à recopier est un livre interdit car, en cette année 1972, Ceaucescu est au pouvoir et les temps sont à la répression. Pourquoi Victor écrit-il? Pour oublier l'odeur de la mandragore qui
émane parfois des corps sans vie de jeunes filles ? Pour combler le vide des jours de solitude et d'enfermement ? En attendant la nuit et ses promesses d'évasion vers la forêt, immense et
mystérieuse, toute proche? Peut-être pour trouver la paix, qui tarde à venir. L'auteur: Liliana Lazar est née en 1972 en Moldavie roumaine. Elle a passé l'essentiel de son enfance dans la grande forêt qui borde le village de
Slobozia, où son père était garde forestier. Elle arrive en France en 1996. Elle vit à Gap, aux pieds des Alpes. Liliana Lazar écrit en français. Voici son premier roman. 197 pages
Editeur : Gaïa (17 août 2009)
Ma lecture : Il ne faut pas forcément en savoir trop sur le
contenu du roman pour entrer dans Terre des affranchis, et naviguer à vue entre plusieurs genres, chronique villageoise, fantastique, policier ou conte sans savoir vers lequel se tourner est
plutôt agréable. De même, voir les personnages entrer en scène sans imaginer aussitôt quel rôle ils auront à jouer fait partie du charme de ce livre, car c’est vraiment de cela qu’il s’agit, d’être
sous le charme de l’écriture, de l’ambiance, du talent de raconteuse d’histoire de Liliana Lazar.
Cette Terre des affranchis, du nom du village de Slobozia, est tout d’abord une terre de traditions, de superstitions bien souvent. Quand des disparitions inexpliquées y ont lieu, la
population est prompte à accuser les marginaux, ermite ou bûcheron un peu frustre, et à se faire eux-mêmes justice. Le policier du village et le prêtre, toutes figures de références qu’ils soient,
ne sont pas toujours à la hauteur de ce genre de situation. Il y a quelques similitudes avec le roman mexicain de Guillermo Arriaga Un doux parfum de mort que j’ai lu récemment, ce qui ne
m’effleure qu’au moment de faire ce court résumé de la situation, et bien que le décor soit fort différent. Liliana Lazar qui écrit en français, est originaire de Roumanie, de Moldavie plus
précisément, et elle a situé cette histoire dans la forêt de son enfance.
Le cadre historique de ce roman est très précis, des années 70 au début des années 90, avec des repères dans l’histoire roumaine, et pourtant, il est un peu intemporel, à telle enseigne qu’on se
croirait parfois cent ans plus tôt. J’en retire en tout cas une très jolie impression de lecture et me promets de suivre de près ce nouveau talent si prometteur ! C’est la rencontre d’Anne Sophie avec Liliana Lazar et son éditrice qui
m’avait donné envie de découvrir Terre des affranchis.
Les avis de Cathulu, Béné,Lael,Anne Sophie et Lilly ont achevé de me convaincre…
Extrait :Les vieilles femmes qui avaient eu la lourde
responsabilité d’habiller la jeune fille pour son repos éternel avaient scrupuleusement respecté les coutumes mortuaires. Une icône de la vierge était placé sur sa poitrine, bien calée entre ses
bras en croix. Au-dessus de sa tête, un petit miroir devait chasser les démons tentés de s’approcher du cadavre. Le diable, disait-on, serait effrayé en voyant l’horreur de son propre reflet.
Contre les moroï, quelques gousses d’ail étaient dissimulées sous les fleurs, bien à l’abri du regard du prêtre qui désapprouvait ce genre de superstitions. Quelques pièces de monnaie devaient
permettre à la défunte de payer son passage aux douanes du
Paradis.Un bâton de berger, logé au fond du cercueil, l’aiderait à traverser le
Jourdain mystique afin d’atteindre la Jérusalem céleste. Enfin, des petits pains tressés et une bouteille de vin doux étaient posés à ses pieds. Pour un si long voyage, quelques provisions ne
semblaient pas superflues. Toujours dissimulé dans les fourrés, l’observateur ne perdait pas le moindre détail de
cequ’il voyait .
Quatrième de couverture :Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale
! Léon se tient très mal à table. C'est dans sa nature... C'est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois
dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ? 157 pages
Editeur : Gallimard Collection : Folio policier
Noir c’est noir :Stephie ayant lancé un hommage à Thierry Jonquet, je m’y joins car j’ai gardé vivement en mémoire l’atmosphère des plus sombres de Moloch, Mémoire en
cage et Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte… J’ai retrouvé aussitôt cette ambiance et j’ai adoré immédiatement ; oui, on peut ne pas aimer le sordide dans la vie et
l’adorer au fil des pages !
Le Coupable, accusé de plusieurs forfaits plus horribles les uns que les autres se trouve entre la vie et la mort à l’hôpital. Le commissaire Gabelou enquête sur ce prof trop tranquille et effacé
devenu assassin et cherche à obtenir par le témoignage de son compagnon de beuveries et peut-être complice, le Vieux Léon, des indices qui pourraient l’éclairer un peu, car plusieurs points
demeurent inexpliqués. Mais le Vieux Léon semble coriace, si nous en croyons le monologue intérieur qui vient entrecouper la narration…
Mieux vaut ne pas en dire plus, mais que l’on devine d’avance le retournement final, ce qui a été mon cas, ou non, je pense que l’on se régale tout autant de l’art et de la maîtrise de
l’écrivain !
Chapeau, Mr Jonquet et merci !
Vous pouvez
trouverles différents billets de cet hommage sur le blog de Stephie.
Extrait :Je sais tout, je
sais tout, c'est vite dit... S'ils comptent sur moi pour les aider, les flics peuvent toujours s'accrocher! Je ne ferai pas le moindre geste! Tant pis pour tout le monde. Parce que c'est mon
copain. Le seul que j'ai jamais eu dans ma sale vie. Et le Gabelou, je le regarde s'agiter sans broncher. Il voudrait bien savoir, pourtant. Mais la Vieille, le Gamin, le Commis, et le Visiteur, je
m'en tape, moi...
Je suis là, tassé dans mon coin, assis dans un fauteuil à côté du bureau de Gabelou qui est parti en vadrouille je ne sais où. Je moisis ici depuis cinq jours... Le Visiteur et le Coupable, on les
a retrouvés le 2 janvier, ah les Joyeuses Fêtes! Cinq jours... ça n'en finit plus. Les flics, ça les énerve, de me voir patienter sans m'énerver. Ils ne vont pas me torturer, ça servirait à rien.
Je suis pas responsable. Juste un peu pour le Visiteur, mais c'est bien tout.
Le Coupable, c'est mon copain, mon pote, mon n'importe quoi, mettez le nom que vous voudrez là-dessus, c'est ce qui fait que je vais pas le trahir, quelque chose de plus fort que toutes leurs
salades et il n'y a rien à ajouter. Ah, ils ont essayé, pourtant. Et mon Vieux Léon par ci, et mon Vieux Léon par là, la pommade, les compliments, le baratin, total : néant, c'est tout juste si je
leur fais un petit signe de la tête quand ils m'apportent à manger. Un mur. Ils auraient mieux fait de s'adresser à un mur, à une vieille godasse perdue dans un tas d'ordures...
Ils sont là, les flics, tout autour de moi; à me lancer des regards vachards, comme dans les films, avec la lampe braquée dans la gueule, leurs gros bras poilus, et de temps en temps, en prime, ils
se foutent de moi. «Vieux Léon, qu'ils braillent, dis-nous tout, t'es le seul à avoir tout vu...» Et ça les fait rire. Je collaborerai pas. Je me le suis juré sur ce qu'il me reste de dignité. Et
ça les étonne, ça, la dignité. Eux. S'imaginent du haut de leurs certitudes que tout leur est dû, eh bien, non, moi, Vieux Léon, je les envoie sur les roses.
Présentation de l'éditeur :
Mestrel part en colonie de vacances dans un château du Touquet qu'on dit hanté. Solitaire et désemparé, il se lie d'amitié avec François, un garçon énigmatique et mutique. Des incidents
surviennent. Des disparitions. Du sang. Les vies ordinaires s'ouvrent parfois aux abîmes insoupçonnés du réel. Il en va de Mestrel comme de ces quatre militants écologistes fusionnant dans la mort
ou de ce footballeur en herbe dans la banlieue de Marseille. Leurs aspirations se heurtent à l'amour, à la violence, à l'incompréhension, aux impératifs du destin. 125 pages
Editeur : Zulma (octobre 2008)
Qu’ai-je trouvé dans ce livre ? Trois nouvelles, trois univers
différents traversés par un thème commun, la jeunesse, le mal de vivre et les échappatoires choisis pour y faire face, des points de vue différents de la part de l’auteur et toujours cette écriture
travaillée et qui semble couler de source de Marcus Malte.
J’avoue tout de suite que j’ai retrouvé avec plaisir ce style qui m’avait tant plu dans La part des chiens et Garden of love, et si l’univers de ces nouvelles est très sombre, la sensibilité et la subtilité avec laquelle il est décrit
font de cette lecture un moment qu’on n’aspire qu’à faire durer.
Ma préférée est la première, « Le fils de l’étoile », où un garçon solitaire et imaginatif supporte difficilement l’ambiance d’une colonie de vacances. Heureusement il y rencontre François qui sera
son seul ami deux étés de suite…
« Des noms de fleurs » met en scène quatre jeunes idéalistes qui n’acceptent pas l’inaction face à des industries polluantes.
Enfin, « Le père à Francis », par la voix et le vocabulaire d’un minot de banlieue marseillaise, nous fait partager les rêves de ce jeune qui se voit footballeur de haut niveau grâce à un
entraîneur qui croit en lui.
Quant au titre du livre, outre qu’il permet de charmantes dédicaces, il prend une signification différente par rapport à chacune des nouvelles : subtil, je vous l’ai déjà dit !
Extrait :Lys avait renchéri en disant "coup de grâce" et
cette expression avait aussitôt résonné dans leurs oreilles et dans leurs coeurs comme une véritable révélation, même s'ils ne savaient pas encore ce qu'ils allaient en faire. Il y avait le mot
"coup" et il y avait le mot "grâce" et c'était dans le même temps ce qu'on leur avait enseigné de la vie et l'idée qu'eux-mêmes s'en faisaient.
Quatrième de couverture : Au château, l'enfant " maudit " cause
incendies, maladies et accidents mortels autour de lui. Rien ni personne ne lui résiste. Ce bâtard finira pourtant par devenir Charles de l'Eperay, l'héritier en titre. Non loin de là, une enfant
est abandonnée dans la forêt. Recueillie par une famille noble, elle grandit sous le nom de Judith de Monterlant. Les destinées de ces deux êtres vont se croiser : ils s'attirent irrésistiblement.
Amour et destruction, les amants s'égarent dans les méandres d'une passion dévorante. Judith se marie pourtant avec un autre. Et Charles, malgré son rang, prend le parti de la Révolution et du
peuple. 1789 : le monde bascule et les nobles sont aux abois. Qu'adviendra-t-il de Charles et de Judith ? L'auteur : Née à Cagnes-sur-Mer en 1973, traductrice, entre autres, de Rosa Montero, Myriam Chirousse a vécu plusieurs années à Madrid. Ce roman est son premier. 539 pages
Editeur : Buchet-Chastel (mai 2009)
Mon avis : La quatrième de couverture peut sembler particulièrement « guimauve » mais l’intrigue amoureuse n’est pas le seul intérêt de ce roman, heureusement. Le contexte
historique, les avancées scientifiques, politiques et humanistes de l’époque (non, je ne parle pas de la guillotine !) sont plus qu’évoquées, elles sont intégrées de façon crédible et intéressante
au récit. Cet arrière-plan historique relance l’intérêt au moment où les amours dramatiques de Judith et Charles pourraient devenir un peu lassantes.
Le choix du narrateur est original, l’écriture agréable, avec parfois une ou deux images un peu « clichés » et cette jeune Judith de dix-huit ans fait preuve d’une maturité peu commune, mais ne
chipotons pas : j’ai lu avec plaisir et très rapidement, compte tenu des plus de 500 pages, ce roman historique de bonne facture. Les chapitres sont comme autant d’épisodes d’un feuilleton bourré
de personnages et de rebondissements. On sent que l’auteur a aimé Le comte de Monte-Cristo ou Les mystères de Paris et écrit à destination de ceux qui les avaient dévorés aussi.
Pour une lecture détente ou pour les amateurs de roman(ce)s sur fond historique.
D’autres avis de lecteurs :Clarabel et Keisha.
Merci à Denis Lefebvre et aux éditions Buchet-Chastel.
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