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Coups de cœur 2008


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Vendredi 9 mai 2008
Quatrième de couverture : Dans ce livre, qui se présente comme un roman à épisodes,
la grande romancière et nouvelliste russe Ludmila Oulitskaïa nous propose de subtiles variations sur le mensonge au féminin. Car, d’après notre auteur, les mensonges des femmes se distingueraient nettement de ceux des hommes, et seraient presque toujours dépourvus de finalité. Génia, le personnage principal, est ainsi confrontée à toutes sortes d’inventions ou d’affabulations. Comme le récit d’Irène, dont elle fait la connaissance en vacances en Crimée, sur la mort de ses enfants, qui l’émeut jusqu’aux larmes. La petite Nadia s’invente un grand frère, Lialia une liaison avec un peintre célèbre, et Anna se prétend poète...
    Chaque nouvel épisode de ce roman à thème illustre à sa manière l’étendue du talent de Ludmila Oulitskaïa, la précision de son sens de l’observation, l’originalité de ses canevas, et surtout, une grande tendresse pour ses personnages et à travers eux pour l’être humain et ses faiblesses.
Traduction : Sophie Benech, 192 pages, Editeur : Gallimard Collection :  Du monde entier (2007) Titre original : Skvoznaïa liniïa

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre pour son originalité et ses beaux portraits féminins. C’est un roman sur le thème du mensonge, composé de chapitres qui sont comme autant de nouvelles. Le personnage principal en est Génia, intellectuelle russe, qui à son travail, dans son voisinage ou sa famille rencontre d’autres femmes qui ont en commun, pour des raisons très diverses, d’aimer s’inventer une autre vie. Elles lui racontent leur histoire, et Génia découvre, parfois après s’être émue à les entendre, que ce sont des affabulations. Ces  portraits de femmes qui « mentent comme elles respirent » sont touchants, de la toute jeune fille à la dame très âgée, avec leurs vies imaginaires ou leurs espoirs qui prennent réalité. Et Génia, qui observe tout cela avec étonnement, car elle fait partie de ces femmes qui ne savent pas mentir, serait-elle complètement épargnée par ce phénomène ? Ne se ment-elle pas à elle-même, à défaut de mentir aux autres ?
J‘ai trouvé les observations très fines et intéressantes, l’écriture agréable… Les femmes mentent-elles si bien, parce qu'elles seules ont de l'imagination ? (N'est-ce pas, messieurs ?)
J’avais déjà lu de Ludmila Oulitskaïa De joyeuses funérailles et Le cas du Docteur Koukotski, c’est un auteur que je retrouverai volontiers de nouveau, et qui me donne envie de me plonger dans la littérature russe contemporaine, que je connais très peu.

Biographie :
Née en Azerbaïdjan où ses parents avaient été évacués pendant la guerre, Ludmila Oulitskaïa vit à Moscou. Généticienne de formation, mais aussi collaboratrice à ses débuts du Théâtre musical juif, elle a fait partie du collectif d’auteurs de « Claustrophobia », le désormais mythique spectacle de Lev Dodine. Malgré son talent, elle n’est reconnue comme auteur à part entière qu’après la chute du communisme ambiant. Ludmila Oulitskaïa est l’un des auteurs russes les plus lus dans le monde.
Ses livres traduits en français :
Les pauvres parents (1993), Sonietchka (1996), De joyeuses funérailles (1999), Un si bel amour et autres nouvelles (2002), Le cas du Docteur Koukotski (2003), La maison de Lialia et autres nouvelles (2004), Sincèrement vôtre, Chourik (2005)

Les avis de :
Emjy, Bernard et Amanda.

Extraits :
La première phrase
Peut-on comparer le bon gros mensonge masculin, stratégique, architecturé, aussi ancien que la réponse de Caïn, avec ces charmants petits mensonges de femmes dans lesquels on ne décèle aucune intention bonne ou mauvaise, ni même aucun espoir de profit ?

Quand les enfants se furent enfin calmés, Anna Nikitichna alla chercher dans la remise une bouteille de vodka, un bocal de trois litres rempli de cornichons qu'elle avait salés elle-même, et un pot d'agarics champêtres, serrant le tout contre sa poitrine et marchant à pas lourds sur le sentier détrempé. Elles passèrent encore un long moment sur la terrasse, et Anna Nikitichna raconta à Génia sa vie héroïque, comment elle avait tout obtenu toute seule, à la force du poignet : sa situation, une certaine aisance... Elle aurait pu avoir encore davantage, mais elle ne voulait pas, parce qu'elle ne connaissait la valeur des choses, et ce qu'elle avait atteint, c'était exactement ce qu'il lui fallait, elle n'avait pas besoin de plus...

par kathel publié dans : littérature russe
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Dimanche 2 mars 2008
undefinedRésumé : En URSS, en 1925, Filip Filipovitch est un médecin et scientifique reconnu exerçant à Moscou. Il vit dans un grand appartement, où il pratique des opérations régulièrement, avec son assistant le docteur Bormenthal.
Un jour, il trouve un chien dans la rue, à moitié mort de froid et de faim. Il décide alors de tenter une opération jamais effectuée auparavant : transplanter l’hypophyse d'un homme sur le cerveau du chien… Contre toute attente, l’animal ne meurt pas et se transforme peu à peu en homme...
Editions : Flammarion Collection : Kiosque Traduction : Janine Lévy 143 pages   Titre original : Собачье сердце
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J’ai lu ce court roman qui est presque une nouvelle, pour le défi :
Je l'ai lu très rapidement et je m’en suis régalée ! D’abord, la première partie est racontée du point de vue du chien, ce qui est particulièrement savoureux. On remarque alors l’intelligence de ce pauvre animal vivant de la charité humaine et surtout du contenu des poubelles ! Son accueil, inespéré pour lui, dans l’appartement d’un médecin aisé, donne lieu à quelques scènes cocasses. 
A partir de l’opération réalisée par Filip Filipovitch, le texte se tourne plus vers le fantastique, mais est aussi prétexte à des critiques, guère déguisées, de la bureaucratie soviétique de l’époque. Le résultat de cette expérience scientifique prouve au médecin qu’on ne peut pas forcément procéder à ce genre de manipulation sans risque !
On pense au Frankenstein de Mary Shelley ou aux nouvelles de Gogol, et c’est une très agréable lecture, à conseiller dès l’adolescence…

L’auteur : Mikhaïl Boulgakov est surtout connu pour son roman Le Maître et Marguerite. Né à Kiev en 1891, il fut d’abord médecin en Ukraine. Puis il commença sa carrière littéraire comme journaliste avec des chroniques et des nouvelles dans différentes revues. Il consacra ensuite au théâtre une grande partie de sa vie, d’abord comme dramaturge et, quand ses pièces furent interdites, comme metteur en scène...
La nouvelle Coeur de chien a été écrite pour un journal littéraire en 1925, mais ne sera pas publiée car jugée contre-révolutionnaire. Publiée à l'étranger, elle le sera pour la première fois en URSS en 1987.

Le début :  Ouah-ou-ou-ou-ou-Ouah-ou-Ouah-ou ! Jetez un œil sur moi, je me meurs. Sous le porche, la tempête rugit la prière des agonisants, et je hurle avec elle. Je suis fichu. Un gredin à la toque crasseuse - le cuisiner de la cantine d’alimentation normale des employés du Conseil Central Economique du Peuple - m’a arrosé d’eau bouillante et brûlé le flanc gauche. Une ordure et un prolétaire par-dessus le marché ! Seigneur Dieu, ce que ça peut faire mal ! L’eau bouillante a pénétré jusqu’à l’os. Je hurle maintenant, mais hurler, ça sert à quoi ?

Kalistina et Papillon ont lu Le maître et Marguerite, je les suivrai dans cette lecture quand l’occasion s’en présentera ! Et pourquoi pas Le journal d'un jeune médecin ?


par kathel publié dans : littérature russe
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Samedi 23 février 2008
gogol.jpgLa quatrième de couverture :
    Voici une nouvelle traduction du plus célèbre livre de Gogol dans une version inédite en France : au lieu d'utiliser un texte mutilé par la censure du XIXe siècle, dont sont partis tous les précédents traducteurs, André Markowicz est revenu à la version proposée par l'édition académique de l'URSS, le plus complet et le plus fiable. Ce volume reprend scrupuleusement l'ordre de présentation des récits tel qu'établi par Gogol lui-même dans l'édition de ses œuvres en 1842, et, aux nouvelles strictement dites "de Pétersbourg", a été ajoutée leur étonnante conclusion, "Rome", fragment de roman qui en renverse la perspective.

Biographie de l'auteur
    Né en Ukraine, Nikolaï Gogol (1809-1852) est l'auteur de pièces de théâtre et de nouvelles qui en font l'un des représentants les plus éminents du romantisme russe. Traducteur notamment de Dostoïevski, Tchekhov (avec Françoise Morvan), Pouchkine et Griboïédov, André Markowicz revisite avec talent les classiques de la littérature russe.
408 pages Editeur : Actes Sud collection Babel Traduction : André Marcowitz

Mon commentaire :
    Récemment ces nouvelles ont été rééditées dans une version conforme aux choix de l'écrivain russe concernant à la fois les textes à inclure dans le volume et l'ordre dans lequel ceux-ci doivent se succéder, un ordre qui ne tient aucunement compte de la chronologie, que ce soit celle de l'écriture ou celle de la publication : La Perspective Nevski, Le Nez, Le Portrait, Le Manteau, La Calèche, Les Carnets d'un fou, Rome.
    Toutes les nouvelles et particulièrement La perspective Nevski sont très intéressantes sur la vie à Pétersbourg à cette époque, on imagine les rues, les bords de la Neva et les églises, les galetas sombres et les belles demeures, les conversations des gens du monde ou qui se prennent pour tels. J'ai beaucoup aimé Le Portrait et Le Nez pour leur côté fantastique, auquel je ne m'attendais pas du tout en ouvrant ce livre !
Dans Le Nez, un barbier se réveille un matin en découvrant dans sa poche un nez : il se trouve que c’est celui de l’assesseur de collège Kovaliov… Cela donnera bien sûr un conte dont les rebondissements sont extrêmement drôles !
Dans Le Portrait, le jeune peintre Tchartkov achète un tableau dans lequel les yeux du personnage peint semblent vivants. On apprend petit à petit l’histoire de ce tableau…
Je ne vous dévoilerai pas les autres nouvelles qui sont aussi très agréables à lire. La seule que je n'ai pas réussi à finir est Rome, qui n’a pas la même force que les autres récits, sans doute parce qu’il s’agit en fait d’un roman inachevé...

Extrait du Portrait :
    "Il revint vers le portrait, pour scruter ces deux yeux surprenants et remarqua avec effroi qu'ils le regardaient. Cela, ce n'était plus une copie de la nature, c'était la vie étrange qui illuminerait le visage d'un cadavre ressorti de sa tombe. Etait-ce la lumière de la lune, qui porte toujours le délire du songe et revêt toutes choses d'images différentes, contraires au jour positif, ou la cause revenait-elle à quelque chose d'autre, le fait est que soudain, il ne savait pas pourquoi, il eut peur de rester seul dans sa chambre. Il s'éloigna doucement du portrait, lui tourna le dos et s'efforça de ne pas le regarder, et pourtant, malgré lui, son œil lui-même, jamais de face, lançait des regards vers lui. Finalement, il eut même peur de marcher dans la chambre ; il avait l'impression que là, maintenant, il y avait quelqu'un qui marcherait derrière lui, et il n'arrêtait pas de se retourner timidement. "

Elles ont lu certaines de ces nouvelles et en parlent bien ! Papillon et Essel

par kathel publié dans : littérature russe
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