Mardi 10 novembre 2009
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19:00
Présentation de l'éditeur : Un homme ordinaire reçoit de
nombreux appels destinés à une célébrité et se prend au jeu ; un acteur de cinéma ne reçoit plus d'appels et commence à douter de sa carrière ; un richissime écrivain de livres de sagesse renie
tout ce qu'il a professé jusqu'alors ; une femme décide de mourir, et se révolte contre l'écrivain qui l'a inventée ; un écrivain de romans policiers se perd en Asie centrale où son portable ne
fonctionne plus ; un cadre supérieur gagne, grâce à son portable, le pouvoir de ne plus se trouver là où on l'imagine ; et l'acteur du début, cherchant enfin l'anonymat, compte se servir de son
double... Dans le rythme vif et musical qu'on lui connaît, Daniel Kehlmann compose dans son nouveau roman une mosaïque joyeuse et ironique à partir de notre société où les moyens de communication
mettent en question le lieu même du réel - pendant que la course à la renommée fait tourner la tête à plus d'un. Daniel Kehlmann n'a pas fini d'étonner ses lecteurs et se joue allégrement de sa
propre gloire. Un vrai régal littéraire - et divertissement garanti.
L'auteur : Daniel Kehlmann, né en 1975, est le fils du réalisateur Michael Kehlmann et de l’actrice allemande Dagmar Mettler. Sa famille s'installe en 1981 à Vienne où Kehlmann étudie la
philosophie et la littérature à partir de 1993. Il commence sa carrière d'écrivain avec son premier roman Beerholms Vorstellung publié en 1997. Il publie ensuite Mahlers Zeit (1999) et Der fernste Ort (2001). Il acquiert une renommée internationale avec son quatrième roman Moi et Kaminski (2003). Il écrit des critiques et
des essais pour différents magazines. Daniel Kehlmann est membre de l'académie des sciences et de littérature à Mainz. Il a reçu en 2006 le prestigieux Prix
Kleist, ainsi que le Prix de la Fondation Konrad Adenauer.
174 pages
Editeur : Actes Sud (février 2009)
Traduction : Juliette Aubert
Titre original : Ruhm
Mon avis : Sous-titré « Un roman en neuf
histoires » objet littéraire non identifié mais jubilatoire, ce roman prend donc la forme de neuf nouvelles reliées entre elles par diverses coïncidences ou mises en abyme. La société de
consommation, le monde des écrivains ou les modes contemporains de communication, vus par l’œil ironique de Daniel Kehlmann ne manquent pas de faire sourire ou pouffer plus d’une fois au fil des
pages. Dès la première nouvelle, avec Ebling, modeste réparateur d’ordinateurs recevant, sur son portable tout neuf, des appels qui ne lui sont pas destinés, et commençant à prendre goût à cette
vie par procuration plus fascinante que la sienne, le lecteur se trouve embarqué et l’intérêt ne fléchit pas ensuite.
Daniel Kehlmann en profite, par le biais de ses personnages, notamment Leo, auteur hypocondriaque et affligé de nombreuses angoisses, pour parler de création littéraire, de manière particulièrement
intéressante. Le risque avec ce genre de nouvelles serait que certaines soit plus faibles et que l’ennui gagne, mais je les ai trouvées toutes également cyniques et cocasses et je me suis divertie
jusqu’à la dernière page. Après Les arpenteurs du monde, qui n’est pas du tout dans le même genre, quoique très
original aussi, je continue à découvrir cet auteur que je suivrai maintenant avec attention !
Les lectures d'autres blogs : Antigone, Cathulu, Cuné, Orchidée, Saraswati, A girl from earth, Juliann et lechemindeparla.
Extraits : VOIX
Avant même qu'Ebling ne soit arrivé chez lui, son téléphone portable se mit à sonner. Pendant des années il avait refusé d'en acheter un car il était technicien et n'avait pas confiance en la
chose. Pourquoi personne ne voyait-il aucun mal à approcher de sa tête une source de radiations agressives ? Mais
Ebling avait une femme, deux enfants, une poignée d'amis et on lui avait sans cesse reproché d'être injoignable. Il avait donc fini par céder et acheter un téléphone qu'il avait aussitôt fait
activer par le vendeur. Il fut impressionné malgré lui : l'appareil était tout simplement parfait, il possédait une jolie forme, lisse et élégante. Et voilà qu'il se mit à sonner
inopinément.
Ebling décrocha avec hésitation.
Une femme demandait un certain Raff, Ralf ou bien Rauff, il ne comprit pas le nom. Une erreur, dit-il, un faux numéro. Elle s'excusa et raccrocha.
Le soir arriva un second appel. "Ralf ! s'écria un homme d'une voix rauque. Qu'est-ce que tu fabriques, ça gaze, vieux cochon ?
- C'est un faux numéro !" Ebling était assis droit dans son lit. Il était déjà vingt-deux heures passées et sa femme le regardait d'un air réprobateur.
L'homme s'excusa et Ebling éteignit son portable.
Tout repose entre tes mains. Laisse-moi vivre !
Ce n'est pas possible, dis-je agacé. Rosalie, ce que tu atteins en ce moment, c'est ta destination. C'est pour cela que je t'ai inventée. En théorie, je pourrais peut-être intervenir mais tout
deviendrait absurde ! Ce qui signifie que je ne peux pas, voilà.
C'est de la foutaise, dit-elle. Du baratin. Tôt ou tard ce sera ton tour et là tu supplieras comme moi.
Mais ce n'est pas pareil !
Et tu ne comprendras pas pourquoi on ne fait pas d'exception pour toi.
Ce n'est pas comparable. Tu es de mon invention alors que je suis...
Oui ?
Je suis réel ! Ah bon ?
Fais-moi confiance. Ce ne sera pas douloureux. Ca au moins j'y veillerai, je te le promets. Mon histoire...
Excuse-moi, mais ton histoire, je m'assois dessus. Si ça se trouve, elle ne sera même pas bonne !
Par kathel
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Mercredi 2 septembre 2009
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Présentation de l'éditeur : Le retour s’ouvre sur les souvenirs de vacances du narrateur, Peter Debauer. Élevé dans l’Allemagne de l’après-guerre par sa mère, Peter passe tous ses étés chez ses
grands-parents suisses. Ces derniers travaillent comme correcteurs d’épreuves pour une collection de romans populaires. Un jour, Peter commence à lire un bloc d’épreuves et découvre, fasciné,
l’histoire d’un prisonnier de guerre allemand en Russie qui parvient à s’évader et à rentrer chez lui, mais seulement pour découvrir que sa femme ne l’a pas attendu. Certains détails du récit
donnent à Peter l’impression qu’il s’agit non pas d’un roman mais d’une histoire vraie, et cette idée ne le quittera plus.
Beaucoup plus tard, devenu juriste, il mène l’enquête et, petit à petit, découvre que l’homme en question est peut-être son père. Mais à chaque fois qu’il croit comprendre son histoire, un élément
inattendu brouille les pistes. Sa quête de vérité le conduit jusqu’aux Etats-Unis […]
Biographie de l'auteur : Bernhard Schlink, né en 1944, vit et travaille à Berlin. Il est l'auteur de romans policiers et du best-seller mondial Le liseur, traduit en plus de trente
langues et paru aux Éditions Gallimard en 1996. Le retour a été accueilli par le public allemand comme le digne successeur de ce livre exceptionnel.
382 pages
Editeur : Editions Gallimard (janvier 2007)
Collection : Du monde entier. Existe en Folio
Traduction : Bernard Lortholary
Titre original : Die Heimkehr
Ma lecture : Cela fait plusieurs
jours que je tourne autour de ce billet, sans savoir quoi écrire… Parce que je n’ai ni adoré, ni été déçue, j’ai un peu du mal à en parler. Contrairement au Week-end, qui reposait sur une unité de temps très restreinte, Le retour s’étale sur plusieurs décennies, avec des
recherches dans le passé. Cela n’en fait pas pour autant une lecture ardue, l’écriture bien lisible de l’auteur et la mise en place progressive des évènements rendent le livre très clair.
La partie sur l’enfance du narrateur, au début, peut sembler un peu longue, mais elle se révèle indispensable à la suite du roman. Cet enfant, qui n’a jamais connu son père mort pendant la guerre,
est attaché à ses grands-parents paternels vivant en Suisse. Ceux-ci s’occupent d’une petite maison d’édition, et le jeune Peter est intrigué par l’histoire d’un soldat rentrant chez lui à la fin
de la guerre. Lui à qui sa mère parle le moins possible de son père, est très friand de ce genre d’histoires et même à l’âge adulte, le thème du retour l’intrigue assez pour qu’il fasse une sorte
d’enquête sur les origines de ce petit roman populaire méconnu, qui le mène du mythe d’Ulysse à la réunification des deux Allemagnes. Ce que j'ai peut-être moins apprécié sont les atermoiements
amoureux de Peter, mais ils ont aussi leur place dans le récit.
Sur les thèmes de la paternité, de l’abandon, de la culpabilité et de la justice, l’auteur tisse un réseau de références et de thèses, dont celle, très ambiguë, soutenue par un professeur américain
d’université. Il faut admettre que ces réflexions philosophiques en font un livre plus bavard que Le liseur ou Le week-end, mais il est toutefois très intéressant aussi et
mérite d’être découvert !
Extrait : Je m'étais pris
d'affection pour lui. Parce qu'il aimait l'Odyssée et qu'il jouait avec son texte. Parce que la lecture de son roman avait été ma première rencontre, et non la pire, avec la littérature populaire.
Parce que sa fin ouverte, qui à vrai dire n'en était pas une, avait fait faire des cabrioles à mon imagination. Parce qu'on ne saurait s'occuper aussi longtemps de quelqu'un sans se prendre
d'affection pour lui.
Ou le haïr. Même si je n'en étais pas là, sa façon de jouer, qui m'avait plu dans son roman, ne me plaisait plus dans ses lettres et dans ses articles. Avec la même légèreté que pour transformer
les enfers en un rêve, la mer en un désert et Calypso aux belles boucles en plantureuse Kalinka, il faisait de la brutalité un principe éthique, de la famine imposée à Leningrad un acte
chevaleresque, et de Beate séduite un tribut à la justice.
Allais-je continuer à m'occuper de lui ? Je continuais à vouloir savoir la fin du roman. Si nombreuses que fussent les histoires de soldats rentrant de la guerre que j'avais lues, si nombreuses
aussi les suites que je pouvais imaginer aux rencontres du 38 Kleinmeyerstrasse, je n'en voulais pas moins savoir comment l'auteur avait raconté jusqu'au bout la rencontre. Peut-être était-ce un
retour qui n'avait encore jamais été raconté, jamais été écrit, jamais encore été pensé. Peut-être était-ce le retour par excellence.
Les avis de Camille, Estampilles et Sole.
Par kathel
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Jeudi 20 août 2009
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Quatrième de couverture
: L'un est le grand explorateur Alexander von Humboldt (1769-1859). Il quitte la vie bourgeoise, se fraye un chemin à travers la forêt vierge, rencontre des monstres
marins et des cannibales, navigue sur l'Orénoque, goûte des poisons, compte les poux sur la tête des indigènes, rampe dans des cavités souterraines, gravit des volcans, et il n'aime pas les femmes.
L'autre est Carl Friedrich Gauss (1777-1855), "Prince des Mathématiques" et astronome. Il saute de son lit de noces pour noter une formule, étudie la probabilité, découvre la fameuse courbe de
répartition en cloche qui porte son nom, calcule l'orbite de la planète Cérès avec une exactitude effrayante, et il déteste voyager. Un jour, cependant, Humboldt réussit à faire venir Gauss à
Berlin. Que se passe-t-il lorsque les orbites de deux grands esprits se rejoignent ? [...]
L'auteur : Né en 1975 à Munich, Daniel Kehlmann vit à Vienne (Autriche). Après avoir passé son adolescence à lire Nabokov et Borges, il publie son premier roman à vingt-deux
ans. Depuis, il a étudié la philosophie et la littérature puis écrit sept livres, dont le roman Moi et Karninski (2004) et Gloire (2009). Lauréat d'une dizaine de récompenses, dont le
prix Candide (2005), il a reçu, en 2006, le prestigieux prix Kleist. Les Arpenteurs du monde, le plus grand succès littéraire allemand depuis des décennies, sont en cours de traduction dans
une trentaine de pays.
298 pages
Editeur : Actes Sud (2007) Existe en poche.
Traduction : Juliette Aubert
Titre original : Die Vermessung der Welt
Ma lecture : Comme le suédois Linné ou le français Buffon,
Alexander von Humboldt est un naturaliste, à une époque où étudier la botanique conduit forcément à entreprendre des voyages périlleux. Cadet d’une famille berlinoise aisée, il commence par
parcourir l’Europe avec ses instruments de mesure, puis embarque, avec l’appui et les subsides du roi d’Espagne, pour les Amériques avec un français, Bonpland, qui l’assistera dans toute cette
expédition de la forêt amazonienne aux plus hauts sommets. En effet, Humboldt veut, entre autres recherches, trouver le canal qui relie l’Amazone à l’Orénoque ou mesurer, en situation, les plus
hautes montagnes, comme le Chimborazo, 6310 mètres… De son côté, Carl Friedrich Gauss est un astronome et mathématicien génial, malgré sa crainte des voyages et son caractère difficile. Il doit,
pour vivre, abandonner parfois l’observation des étoiles pour des travaux mieux rémunérés de géomètre et d’arpenteur.
Ces deux hommes, tout les oppose et tout les rapproche à la fois, mais avec l’humour de Daniel Kehlmann, leur rencontre prend un caractère épique et ne manque pas de drôlerie. C’est surtout deux
grands esprits qui se rencontrent, et bien que chacun soit dans son monde, ils finissent par se reconnaître et se comprendre l’un l’autre.
En chapitres alternés, passant de la vie de Humboldt à celle de Gauss, nous apprenons à mieux les cerner et c’est vraiment fascinant ! Voilà une rencontre que je suis ravie d’avoir faite grâce
aux billets trouvés ici et là, chez Le Bookomaton, Zarline, Joëlle,
L’encreuse, Le bibliomane ou Voyelle et consonne...
Extrait : La montagne
A la lumière d’une petite lampe à huile, tandis que le vent faisait voler de plus en plus de flocons de neige, Aimé Bonpland essayait d’écrire une lettre à sa famille : lorsqu’il songeait aux mois
écoulés, il lui semblait qu’il avait derrière lui des dizaines de vies se ressemblant toutes et dont aucune ne valait la peine d’être revécue. La navigation sur l’Orénoque lui apparaissait comme
quelque chose qu’il avait lu dans les livres, la Nouvelle-Andalousie était une légende venue de la nuit des temps, l’Espagne un simple mot. A présent, il allait mieux ; certains jours, il n’avait
déjà plus de fièvre, et les rêves dans lesquels il étranglait, hachait, fusillait, brûlait, empoisonnait ou enterrait sous des cailloux le baron von Humboldt se faisaient également plus rares.
Bonpland réfléchit en mordillant sa plume. Un peu plus haut sur la montagne, entouré de mulets endormis, les cheveux couverts de givre et d’un peu de neige, Humboldt faisait des calculs pour
déterminer leur position à l’aide des lunes de Jupiter. A genoux, il tenait en équilibre le tube de verre du baromètre. A côté de lui dormaient, enveloppés dans des couvertures en laine, leurs
trois guides de montagne.
Le lendemain, poursuivit Bonpland, ils avaient l’intention de venir à bout du Chimborazo. Pour le cas où
ils n’y survivraient pas, le baron von Humboldt lui avait vivement conseillé d’écrire une lettre d’adieu, car, disait-il, il était indigne de mourir ainsi, sans la moindre conclusion. Sur la
montagne, ils ramasseraient des cailloux et des plantes ; même à cette altitude, on trouvait des végétaux inconnus : ces derniers mois, il en avait disséqué beaucoup trop.
Humboldt et Aimé Bonpland au pied du volcan Chimborazo, peinture de Friedrich Georg Weitsch (1810)
Par kathel
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Mardi 11 août 2009
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14:00
Présentation de l'éditeur
: Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa sœur
Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin. Mais ce week-end, qu'elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout
le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge. Pendant trois jours, les coups
de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses.
L'amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ?. Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ?. Le week-end renoue avec la force et la concision du premier grand succès de
Bernhard Schlink, Le Liseur, et prolonge avec beaucoup de talent les interrogations qui hantent son œuvre.
L'auteur : Bernhard Schlink, né en 1944, est juriste. Il est l'auteur de romans policiers et du best-seller Le liseur, traduit en plus de trente langues et paru aux Editions
Gallimard.
217 pages
Editeur : Gallimard (octobre 2008)
Traduction : Bernard Lortholary
Titre original : Das Wochenende
Qu’en dire ? J’ai lu en son temps, il y a plutôt longtemps donc, Le liseur et la puissance du texte et du sujet m’ont frappée, c’est
une lecture dont on se souvient forcément. J’étais donc curieuse d’ouvrir un autre roman de Bernard Schlink, doté d’une jolie couverture et d’un argumentaire séduisant. Quoique les huis clos qui
tournent, verbalement, au règlement de compte, j’ai l’impression d’avoir déjà lu ou vu cela dans bien des livres ou des films, et cela peut s’avérer fort ennuyeux. Dans ce cas, la curiosité et
l’intérêt l’ont emporté et j’ai beaucoup apprécié cette lecture !
Christiane attend Jörg à sa sortie de prison et le conduit dans la grande maison campagnarde qu’elle partage avec son amie Margaret. A cette occasion, elle a invité plusieurs amis de Jörg, que pour
la plupart il n’a pas revu depuis son incarcération, avec leur famille pour certains d’entre eux. Plus que des amis, ils partageaient son engagement et ses convictions au sein de la Fraction Armée
rouge, mais Jörg est passé à l’acte et a porté seul la condamnation. Les retrouvailles ne peuvent donc pas être sereines, d’autant qu’après vingt-trois années de prison, Jörg est fatigué, usé et
pas forcément prêt à des discussions que les autres semblent attendre avec impatience, eux qui ont évolué bien différemment en jouissant de leur liberté alors que Jörg subissait son
enfermement.
Je ne raconterai pas plus longuement ce week-end que nous suivons heure par heure, ou presque, et qui nous permet de découvrir les points de vue de chacun sur leur propre passé révolutionnaire, ou
sur celui de leurs conjoints ou parents. Le style est concis et agréable à lire, les dialogues sonnent juste. Les thèmes abordés, amitié, attachement à des idées de jeunesse ou renoncement,
culpabilité, mensonge, réconciliation, s’entrecroisent pour le plus grand intérêt du lecteur. Une découverte passionnante qui permet d’affirmer que cet auteur n’est pas celui d’un seul livre !
Extrait : Ilse referma son cahier. Elle aurait bien bu
encore un verre de vin rouge, mais cette maison silencieuse et sombre lui faisait peur et elle n’osa pas descendre à la cuisine. Une fois au lit, elle eut peur de s’endormir, comme si, en
s’endormant, elle faisait la nique à la mort. A moins que nous n’en fassions autant chaque fois que nous nous endormons ? Et que dire des adieux ? Quand nous mourons pour autrui et, en même temps,
sommes censés survivre ?
Là, elle s’était endormie.
Des avis sur la blogosphère : Levraoueg, Nanou, Gambadou, Michel, aproposdelivres, Katell et Sybilline.
Par kathel
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Dimanche 28 septembre 2008
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Rentrée littéraire 2008
Présentation de l'éditeur : Aleksandar grandit près de Višegrad, dans ce qui est encore la Yougoslavie, quand se produit un drame : la mort
de son grand-père Slavko. Celui dont les récits légendaires du communisme l’ont enchanté, et auquel il a fait le serment de transformer la réalité en histoires, l’enfant espère jusqu’au bout le
réveiller. Son grand-père adoré n’a t- il pas fait de lui un magicien ? Mais il faudra que les pouvoirs d’Aleksandar soient grands car la guerre est proche. Viendront le temps de l’exil et d’une
intégration difficile dans l’Allemagne des années 1990, obsédée par le productivisme et le coût de la réunification. L’évocation inoubliable d’une guerre qui s’est jouée tout près de nos
frontières, dans l’indifférence et l’incompréhension générales. Le destin d’une famille aux personnages picaresques. Le regard d’un enfant, plus préoccupé des malheurs de ses proches, de l’issue
d’un match de football, de ses premières amours, que de l’avenir de son pays mais dont le récit spontané souligne la violence avec laquelle la guerre fait irruption dans le quotidien. Puis
Aleksandar grandit et dès que l’occasion lui est donnée d’écrire, il ne cessera d’évoquer son enfance et le souvenir de son pays perdu. Le lecteur assiste alors à la naissance d’un prodigieux
écrivain pour son plus grand plaisir.
Biographie : Saša Stanišic est né en 1978, d'une mère
bosniaque et d'un père serbe. A quatorze ans, il doit fuir la ville de Visegrad et la Yougoslavie embrasée par la guerre. Il se réfugie avec ses parents en Allemagne, où il choisit de rester
lorsque ceux-ci partent pour les Etats-Unis trois années plus tard. Son premier roman, Le Soldat et le gramophone, a rencontré un vif succès dans les pays où il a été traduit. Il paraît en France
en 2008 chez Stock dans le cadre de la rentrée littéraire.
Traduit de l’allemand par Françoise Toraille Editeur : Stock 377 pages Titre original : Wie der Soldat das Gramofon repariert
Mon avis : C’est un premier roman que j’ai trouvé très original,
très riche, qui donne envie d’en relire des passages dès la dernière page tournée. Il est extrêmement inventif, tant du point de vue de la langue que de celui des histoires qui s’enchaînent sans
laisser au lecteur le temps de souffler. Je trouve que l’auteur est un véritable conteur. Son personnage principal, Aleksandar, jeune garçon puis jeune homme né de père serbe et de mère bosniaque
dans une Yougoslavie en plein conflit, évolue dans une atmosphère parfois loufoque et tragique, sur fond de musiques tsiganes, comme dans un film d’Emir Kusturica : un mari trompé se met en rage
parce que son rival l’a battu à un jeu vidéo, de nouveaux WC sont inaugurés, un mariage tourne au drame, un autobus glisse sur un lac gelé, la guerre est représentée par un match de foot entre
parties ennemies… Il y a sa rivière, la Drina, qui est un personnage à part entière, du grand-père qui s’y noie un soir de beuverie au silure tiré de l’eau et portant barbe et lunettes !
Mais ce n’est pas que cela, le narrateur est souvent nostalgique, écrivant ou lisant des lettres émouvantes de personnes perdues de vue, essayant de cacher la douleur de l’exil, retrouvant ses
dessins d’enfant inachevés. Il faut s’accrocher à certains passages, sans fil conducteur apparent pour nous guider, mais la magie, c’est que plus on avance dans la lecture, plus on adore ce roman,
et que le fil est retrouvé soudain. Aleksandar établit des listes de tout ce qui lui manque de Visegrad, la ville dévastée de son enfance, enfance qu’il qualifie d’inachevée, enfance où il aurait
voulu être le magicien du possible et de l’impossible, et surtout il raconte, pour tenir la promesse faite à son grand-père de ne jamais arrêter de raconter. Pour le plus grand bonheur du
lecteur...
Un passage :
Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi avec mes pensées, devant le cercueil de grand-père. Je ne sais pas quand j’ai échappé au poids des mains de mon père ni quand j’ai fait en
courant le tour de la tombe qui sentait la terre humide. Ni quand j’ai mis sur ma tête le chapeau aux étoiles jaunes et bleues qui tournoient autour du croissant de lune, alors qu’au matin du jour
où, malgré toute magie, il était mort le soir venu, grand-père m’avait expliqué que ce ne sont pas les étoiles qui tournent autour des lunes, mais les lunes autour des étoiles. Combien de temps
ai-je ainsi pointé le bout de ma baguette vers l’étoile à cinq branches, à la tête du cercueil, combien de temps me suis-je débattu quand on a voulu m’éloigner ? Je ne sais plus ce que j’ai crié,
ni combien j’ai pleuré ! Pardonnerai-je jamais à Carl Lewis d’avoir usé tout mon pouvoir magique pour son record du monde, si bien qu’il n’en est plus rien resté pour grand-père ? Tout ça pour ces
9 secondes 86 au soir du 25 septembre 1991, au soir du soir où on n’a pas pu entendre du haut du Megdan une mère chuchoter à son fils : Tu as eu un grand-père qui t’aimait, il ne sera plus jamais
là. Mais son amour pour nous est infini, son amour ne disparaîtra jamais. Aleksandar, maintenant, tu as un grand-père infini.
Nous nous étions fait une promesse d’histoires, maman, avait acquiescé le fils d’un air résolu en fermant les yeux comme pour faire de la magie sans baguette ni chapeau, une promesse toute simple :
ne jamais arrêter de raconter.
Une très intéressante rencontre avec Sasa Stanisic sur le site
Hachette livre, dont voici quelques extraits :
La guerre en Yougoslavie, l’enfance, l’exil. C’est de vous dont il s’agit…
Chaque exilé fait l’expérience de la perte et du vide. Pour certains, cela se comble tout seul.
D’autres se disent : je reviendrai dès que je le pourrai, j’irai voir ma famille, mes amis. A cause de la guerre, tous n’y parviennent pas. L’absence s’installe. J’ai eu la possibilité de revoir
mon pays, de téléphoner, d’envoyer du courrier. Cela n’a pas calmé mon vertige. Dix ans après avoir fui Visegrad, je gardais toujours en moi un trou béant. Ce livre l’explore. Il en dessine, en
quelque sorte, la cartographie. Il est très personnel, pourtant il ne raconte pas mon histoire, il revisite les questions que je me suis posées.
"Le soldat et le Gramophone" est aussi un livre sur le silence.
A la mort du grand-père Slavko, au début, le père d’Aleksandar ne sait pas lui dire les mots qu’il faudrait : se taire est sa seule manière de répondre au tragique. Mais il y a également le silence
de ceux qui ne peuvent plus parler. La guerre a rendu Aleksandar mutique. Après l’exil de sa famille en Allemagne, il n’est plus capable d’évoquer son pays. Vers la fin du livre, quand il y
revient, il retrouve un voisin qui a décidé de ne plus se souvenir et ne prononce plus un mot. C’est le silence de la culpabilité. Aleksandar le partage. Il a un oncle criminel de guerre à
qui il ne demandera jamais ce qu’il a fait. La dernière image, c’est la pluie qui emplit sa bouche ouverte…
L’eau a beaucoup d’importance dans votre texte.
Lorsqu’on grandit près d’une rivière, on a avec elle une relation particulière. Dans mon roman, la Drina est un personnage. Elle parle, elle pense. Elle a une mémoire des temps. Avec une rive en
Bosnie, l’autre en Serbie, elle a déjà vu d’autres guerres, d’autres horreurs. Ça continue. Elle coule….. Elle a été témoin de tant d’affrontements.
(…)
On peut lire aussi la critique du Monde.
A noter que ce roman est en lice pour le prix Médicis étranger, le Fémina étranger et le Prix Courrier International.
Par kathel
-
Publié dans : Allemagne
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