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Etats-Unis

Dimanche 22 novembre 2009
Quatrième de couverture : Rentrez dans un nouveau Manhattan où les tueurs en série se plaignent d'être toujours les premiers incriminés dès que trois ou quatre victimes sont tuées de la même façon. Dans ce monde, les flics sont régulièrement contactés par des zoos pour faire des remplacements lorsque l'ours titulaire est en congé maladie ; les dessinateurs de la police refusent de faire des portraits-robots tant que le suspect ne vient pas prendre la pose ; et un Grand Congrès des Ennemis se tient chaque année sur la Côte Est... Au milieu de ce joyeux capharnaüm, vous trouverez aussi un dentiste qui fait des mystères... Neuf nouvelles imprégnées de l'humour burlesque et décalé du cinéaste américain à savourer.
L'auteur :
Né en 1935 à Brooklyn, comédien, réalisateur, scénariste et musicien, il a également écrit des pièces de théâtre et plusieurs recueils de nouvelles dont Dieu, Shakespeare et moi, Opus 1 (Solar) et Destins tordus (Robert Laffont).
70 pages
Editeur :
J'ai lu (août 2009)
Collection :
Librio
Traduction :
Nicolas Richard
Titre original 
: Mere anarchy

Mon avis :
C’est la première fois que je lisais Woody Allen, alors que j’ai du voir presque tous ses films. J’ai bien retrouvé dans ces nouvelles l’humour décalé et l’imagination débridée du réalisateur de Harry dans tous ses états ou Tout le monde dit I love you, pour citer ceux qui sont le plus dans cette veine d’humour loufoque, où n’importe quoi peut arriver, même le plus improbable ! Les nouvelles sont assez différentes les unes des autres et le sourire est plus ou moins large selon qu’on y entre facilement ou un peu plus lentement. Mes préférées sont « Mortelles papilles, ma jolie » qui évoque un peu le regretté Vernon Sullivan, où des malfrats sont prêts à tout pour un foie gras ou une truffe, et « Dentiste mystérieux à Manhattan », une histoire de tueur en série hilarante. Deux ou trois nouvelles, sur l’écriture de scénarii ou de romans et les écrivains, méritent aussi le détour.

A déguster en quelques bouchées entre deux lectures plus roboratives !

Cette fois, ce sont Cuné et Wictoria qui ont joué les tentatrices… mais à 2 euros, c’est un achat qui ne compte pas !

Extraits : Lorsqu’on m’eut affranchi sur le compte d’April Fleshpot, je sautai dans un taxi direction York Avenue. Chez Sotheby’s, les enchères allaient bon train. Une quiche fut adjugée pour trois millions, une paire d’œufs à la coque assortis atteignit les quatre millions et un hachis parmentier ayant appartenu au duc de Windsor fut vendu pour un montant de six millions de dollars. Lorsqu’on annonça la mise à prix de la truffe, un brouhaha parcourut la salle.

Mon livre, qui met en scène un mime face à Dieu, dans une confrontation au cours de laquelle ni l’un ni l’autre ne pipe mot pendant six cent pages, possédait un mordant qui avait manifestement fait grincer des dents de l’establishment. Cependant je suis convaincu, aujourd’hui encore, que le critique du Times qui l’avait qualifié de « déchet littéraire » était totalement passé à côté de mon propos.

Par kathel
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Vendredi 20 novembre 2009
Présentation de l'éditeur : Décembre dans le comté de Nation, Iowa. Même si l'hiver est particulièrement clément, tout semble marcher au ralenti. Un calme apparent pour le shérif Cari Houseman et ses coéquipiers, qui va voler en éclats lorsque les frères Heinman les appellent après avoir trouvé un cadavre sur les terres de leur ferme isolée. La victime est vite identifiée : un immigré mexicain qui travaillait à l'usine de conditionnement de viande casher. Dès lors, le shérif Houseman comprend que l'enquête va être ardue. Les campagnes américaines ont en effet bien changé au cours des dernières années : l'immigration, qu'elle soit issue d'Amérique centrale ou d'Europe de l'Est, a considérablement modifié leur physionomie. Rien que dans le comté de Nation, on dénombre plus de dix-huit langues parlées, et autant de traditions différentes, ce qui, pour un coin désolé de l'Iowa, n'est pas sans poser quelques problèmes. […] Suspense haletant inscrit dans une réalité que Donald Harstad, shérif dans l'Iowa depuis plus de vingt ans, connaît parfaitement : 4 jours avant Noël est, plus encore qu'un thriller remarquable d'intensité, un document brut sur les méthodes policières et sur les nouveaux visages du mal au plus profond d'un pays en pleine mutation.
401 pages
Editeur :
Points Policier (novembre 2009)
Traduction : Gilles Morris-Dumoulin
Titre original : A long december


Mon avis prendra la forme d’un billet un peu paresseux, ce soir ! La quatrième de couverture donne bien l’ambiance. Le récit de l’enquêteur Carl Houseman, avec son ton plein d’humour et d’autodérision, sonne particulièrement vrai et n’omet aucun détail de la plongée très réaliste dans le fin fond de l’Iowa, sur les traces de terroristes d’un nouveau genre, en ce mois de décembre 2001. Tous les services de police du comté et même fédéraux sont sur les dents, mais le groupe mené par Carl Houseman ne démérite pas, grâce à sa connaissance du terrain.
Pas de grosses ficelles dans ce thriller, ni de traits exagérés, juste le quotidien d’un policier qui confronté à de gros poissons du terrorisme, reste égal à lui-même et apporte sa pierre au bouclage rapide et efficace de l’enquête. Ce qui est vraiment remarquable, c’est le style réaliste de l’écriture, puisque Harstad s’inspire d’enquêtes auxquelles il a réellement participé. Une belle réussite dans ce genre !


Repéré chez
Cuné qui a décidé de nous tenter de nouveau, avec quelques amies tout aussi honteusement « pousse-au-crime », en commentant le dernier Harstad, 6 heures plus tard… Je me suis donc jetée sur le clavier lors de la dernière proposition de lecture en partenariat sur BOB, et l’attends pour bientôt  !

Par kathel
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Samedi 14 novembre 2009

Rentrée littéraire 2009

Quatrième de couverture : En 1903 à Chicago, l’homme d’affaires Edwin Cheney et son épouse Mamah Borthwick Cheney passent commande de leur nouvelle maison à l’enfant terrible et déjà célèbre de l’architecture américaine, Frank Lloyd Wright.

Six années plus tard, la bonne société de Chicago et la presse américaine sont secouées par le plus grand scandale de ce début de siècle : Mamah, tombée entre temps passionnément amoureuse de Frank, quitte Edwin et leurs deux enfants pour suivre l’architecte renommé en Europe. Lui-même abandonne sa femme Catherine et six enfants pour vivre cette passion.

Berlin, Florence puis Paris pendant la grande crue de 1910, voient passer enlacés autour de leur liberté amoureuse hantée pourtant par la culpabilité, ces amants exceptionnels qui défraient la chronique de l’Amérique dévote et pudibonde du vingtième siècle naissant… […]

539 pages

Editeur : Buchet-Chastel

Traduction : Virginie Buhl

Mon avis : J’attendais beaucoup de cette lecture, aïe aïe aïe, voilà qui augure une déception, me direz-vous… Non, ce n’est pas le cas, cette lecture fut passionnante en particulier le début et la fin. J’ai éprouvé de l’empathie pour le personnage de Mamah (prononcez May-Mah) Borthwick Cheney, femme d’une grande loyauté qui ne pouvait se contenter d’une liaison clandestine et qui lui préféra l’opprobre de toute une Amérique bien-pensante et friande de potins. J’ai été touchée par le personnage de Mamah, par sa solitude même lorsqu’elle est bien entourée, par ses doutes quant à la pertinence de ses choix, par ses rêves d’avenir enterrés, par son statut de femme à part, intellectuelle et cérébrale. Le roman dépeint avec clarté, également, les réactions plus ou moins vives de l’entourage du couple Wright-Borthwick. L’auteur évoque très bien le milieu bourgeois du début du XXème siècle à Chicago, milieu cultivé et ouvert en apparence, où les créations architecturales de Frank Lloyd Wright font fureur, notamment les « Prairies Houses » dans la banlieue résidentielle de Oak Park. Frank Lloyd Wright est un personnage à part, travailleur infatigable, séduisant mythomane, qui satisfait ses passions pour l’esthétique et la beauté, même si c’est à crédit. J’ai été intéressée par les théories architecturales de Wright, par les idées féministes de Mamah et celles de la suédoise Ellen Key dont elle a été la traductrice. Les différentes étapes du périple européen du couple, les rencontres qu’ils ont fait, l’évolution de leur vie de couple, les relations avec leurs enfants, rien ne manque à ce livre sur un destin que l’on peut qualifier sans aucun doute de romanesque.

Non, si j’ai une petite restriction, je ne saurais pas précisément l’expliquer, à part peut-être une légère mollesse aux deux tiers du livre, si ce n’est que je pense qu’il peut ne pas plaire à tout le monde. C’est frustrant de ne pas réussir à mettre le doigt sur le pourquoi de cette impression ! Je ne peux donc que vous conseiller de le lire pour vous faire votre propre idée.

Les avis d' Amanda, Cathulu, Cuné, Esmeraldae, Fashion et Sylde vous convaincront peut-être davantage…

Extrait :
Le sourire aux lèvres, Frank se leva pour scruter le contenu du carton. « Qu’y a-t-il d’autre là-dedans ?

- Oh, une partie de mes vieilleries. Des papiers… »

Il se rassit et la regarda : « Racontez, je veux tout savoir. »

Racontez, je veux tout savoir
. Il aurait aussi bien pu dire : Enlevez votre robe.

L’un après l’autre, elle avait sorti tous les objets de la boîte. Elle lui avait montré son mémoire de maîtrise et la photographie de sa remise de diplôme. Elle lui avait parlé des années qu’elle avait passées à Port Huron comme professeur d’anglais et de français au lycée, avec Mattei, son amie de l’université. Elle lui avait montré des photos de sa famille, devant leur demeure d’Oak Park Avenue.

Je remercie pour l'envoi Guillaume de Babelio et les éditions Buchet-Chastel.



Je termine grâce à cette lecture le défi du 1% de Levraoueg !

Par kathel
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Dimanche 4 octobre 2009
Extrait de la quatrième de couverture : "Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain." Ainsi commence le récit d'August Brill, critique littéraire à la retraite, qui, contraint à l'immobilité par un accident de voiture, s'est installé dans le Vermont, chez sa fille Miriam, laquelle ne parvient pas à guérir de la blessure que lui a infligée un divorce pourtant déjà vieux de cinq ans, et qui vient de recueillir sa propre fille, Katya, anéantie par la mort en Irak, dans des conditions atroces, d'un jeune homme avec lequel elle avait rompu, précipitant ainsi, croit-elle, le départ de ce dernier pour Bagdad... Pour échapper aux inquiétudes du présent et au poids des souvenirs, peu glorieux, qui l'assaillent dans cette maison des âmes en peine, Brill se réfugie dans des fictions diverses dont il agrémente ses innombrables insomnies. […]

324 pages

Editeur : Actes Sud (janvier 2009)

Traduction : Christine Le Bœuf

Titre original : Man in the dark

Ma lecture : Après Dans le scriptorium qui m’avait plutôt déçue, je retrouve Paul Auster tel que je l’ai adoré dans Le livre des illusions ou Cité de verre. La manière dont s’entremêlent la vie d’August Brill, homme vieillissant handicapé après un accident de la route et l’histoire qu’il invente chaque nuit, durant ses insomnies, est particulièrement bien équilibrée, de manière telle que le lecteur, dans mon cas tout du moins, s’intéresse autant aux deux facettes du roman. Le tout tient plutôt bien la route, sans longueurs, mais avec un ou deux épisodes, pas anecdotiques, mais inutiles dans leur noirceur, à mon avis…

J’attends avec impatience le nouveau roman de Paul Auster qui vient de sortir aux Etats-Unis, sous le titre Invisible et qui semble bien (plus ?) alléchant… A quand la traduction ?

Extraits :
Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. A l'étage, ma fille et ma petite-fille sont endormies, seules, elles aussi, chacune dans sa chambre: Miriam, quarante-sept ans, ma fille unique, qui dort seule depuis cinq ans, et Katya, vingt-trois ans, la fille unique de Miriam, qui a dormi quelque temps avec un jeune homme du nom de Titus Small mais Titus est mort et maintenant Katya dort seule avec son coeur brisé.

Lumière éclatante, et puis obscurité. Le soleil qui se déverse de tous les coins du ciel, suivi par les ténèbres de la nuit, les étoiles silencieuses, le murmure du vent dans les branches. C'est la routine. Il y a plus d'un an maintenant que je vis dans cette maison, depuis qu'on m'a laissé sortir de l'hôpital. Miriam a insisté pour que je vienne ici et d'abord nous n'étions que nous deux, avec une infirmière de jour qui s'occupait de moi pendant que Miriam était au travail. Et puis, trois mois plus tard, le ciel est tombé sur la tête de Katya, elle a abandonné ses études de cinéma à New York et elle est revenue habiter chez sa mère dans le Vermont.

Je l'ai mis dans un trou. Ça me semblait un bon début, une façon prometteuse de mettre les choses en train. Mettre un homme endormi dans un trou et voir ce qui se passe quand il se réveille et tente d'en sortir. Je parle d'un grand trou dans le sol, profond de près de trois mètres, creusé de manière à former un cercle parfait, avec des parois lisses en argile dense et solidement tassée, si dures que leur surface a la consistance de la terre cuite, voire du verre. C'est dire que, lorsqu'il aura ouvert les yeux, l'homme dans le trou sera incapable de s'en extirper. A moins qu'il ne dispose d'un équipement d'alpiniste - un marteau et des pitons d'acier, par exemple, ou une corde qui lui permettrait de s'arrimer à un arbre proche - mais cet homme n'est pas équipé et, une fois qu'il aura repris conscience, il comprendra la gravité de sa situation.

Et c'est ce qui se passe. L'homme revient à lui et se découvre sur le dos, les yeux levés vers le ciel vespéral sans nuages. Il s'appelle Owen Brick, et il n'a aucune idée de la façon dont il est arrivé à cet endroit, aucun souvenir d'être tombé dans ce trou cyclindrique dont il évalue le diamètre à un peu moins de quatre mètres. Il s'assied. A sa grande surprise, il est revêtu d'un uniforme militaire en gros drap grisâtre. Il a un calot sur la tête et aux pieds une paire de bottines de cuir noir patinées, lacées au-dessus de la cheville avec un double noeud bien serré. Il y a, sur chaque manche du blouson, deux galons indiquant que l'uniforme appartient à quelqu'un qui a le grade de caporal. Cet individu pourrait être Owen Brick, mais l'homme dans le trou, dont le nom est Owen Brick, ne se souvient pas d'avoir servi dans l'armée ni d'avoir combattu dans une guerre à quelque moment de sa vie que ce soit.


D’autres avis
sur Blog-O-Book.
Pour Fashion « Le meilleur Auster depuis longtemps », pour Sentinelle « l’impression d’avoir retrouvé le Paul Auster que j’appréciais tant à ses débuts » pour Bellesahi « je vous conseille de le lire. » pour Keisha, c'est « un roman de Paul Auster jubilatoire !» mais Papillon a ressenti un sentiment de frustration. Leiloona a « encore une fois, aimé la complexité d'Auster. » Emeraude trouve que c’est «un bon roman qu’elle a dévoré. »
Par kathel
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Mardi 29 septembre 2009
Résumé : Birmingham, en Alabama en 1963. Au beau milieu des manifestations pacifiques menées par Martin Luther King pour exiger le respect des droits constitutionnels de noirs, un policier un peu plus éclairé que les autres se voit confier l’enquête sur la mort d’une petite fille noire. Là où le dossier aurait été bouclé rapidement habituellement, Ben Wellman décide de mener des recherches approfondies pour ne pas laisser ce crime impuni.

L'auteur :
Né en 1947 en Alabama, ancien professeur d'histoire et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta, Thomas H. Cook est l'auteur de huit romans parus en Série Noire aux Editions Gallimard.
436 pages

Editeur :
Gallimard (décembre 2008)
Collection :
Folio Policier
Traduction :
Tom Nieuwenhuis
Titre original :
Streets of fire


Mon avis :
La ville de Birmingham dans le sud des Etats-Unis en 1963, ce n’est pas un choix de hasard, mais la volonté de traiter d’une révolution en marche à cette époque. C’est en effet dans cette ville qu’eut lieu la fameuse Croisade des enfants. Les forces de l’ordre comptaient réprimer férocement, sur ordre d’un préfet réactionnaire, une manifestation pacifique, ils virent arriver un cortège d’enfants des écoles et de lycéens. Au milieu d’un commissariat de police où le racisme règne au grand jour avec le soutien des autorités, Ben Wellman, flic blanc, tente de mener une enquête qui lui tient à cœur sur la mort d’une fillette noire retrouvée sur un terrain de jeux abandonné. Ben doit entrecouper son enquête de prise de notes lors des discours de Martin Luther King ou de missions d’encadrement des pompiers lors des manifestations. Le changement des mentalités, qui se fait à tout petits pas, est traité très subtilement dans ce roman, et on le perçoit au fur et à mesure de l’enquête qui s’avère très intéressante, et met au jour des réalités pas très reluisantes, entremêlées à des faits capitaux pour l'histoire de la société américaine.

J’émettrai un seul petit bémol à propos de la traduction, qui rend de façon passablement bizarre le langage populaire et contient des répétitions gênantes. Je ne manquerai pas de lire de nouveau cet auteur, notamment son dernier roman, Les feuilles mortes, dont j’ai lu le plus grand bien sur la blogosphère
.

Il a été présenté aussi par Dominique et Joëlle. L’une a aimé, l’autre un peu moins !


Extrait : Il entendit les sirènes du changement d’équipe du matin résonner dans les ruelles et parmi les baraquements chancelants, et il se souvint qu’elles avaient aussi mugi au-dessus de sa maison lorsqu’il était enfant. Il sentait les effluves de bacon frit, de soupe de poissons et de biscuits à demi levés, et il eut un instant l’illusion qu’elles provenaient de la cuisine de sa mère ; il se souvint que le matin, après le petit déjeuner, son père et sa mère descendaient aussi dans la rue comme les gens qui s’écoulaient maintenant autour de lui, pour l’emmener à l’école avant de descendre l’avenue d’un pas lourd vers les vieux tramways électriques qui parcouraient la ville en tous sens dans un réseau inextricable de rails et de fils métalliques.

Par kathel
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Mercredi 16 septembre 2009
Mot de l'éditeur : Joon et ses parents ont quitté la Corée pour s'installer en Amérique, à la recherche d'une vie meilleure. Mais le rêve a mal tourné, l'ambiance familiale est devenue insoutenable, et l'adolescente a fui pour vivre dans la rue. Sans jamais s'apitoyer sur son sort, Joon raconte les épreuves qu'elle traverse : la plongée dans l'enfer de la drogue et de la prostitution, l'errance de foyers en squats. Mais sa voix, pudique et tendre, s'affirme au contact du monde de la rue, notamment grâce à l'amitié très forte qu'elle noue avec une autre gamine des rues, Knowledge. Les deux filles réussissent même à s'offrir des instants de fête au sein de ce tragique quotidien. Pariant qu'en chacun de nous subsiste un enfant révolté, joueur et généreux, Nami Mun nous invite à nous glisser dans la peau de ces personnages d'adolescents en fuite, tout en composant le portrait de leur New York, cette ville dont l'architecture grandiose et lumineuse semble se refermer sur eux comme un piège.

L'auteur
: Nami Mun est née en 1968 à Séoul en Corée du Sud et y a passé son enfance, avant d'aller vivre avec ses parents dans le Bronx à New York. Elle a commencé à travailler très jeune, enchaînant divers petits boulots, comme vendeuse au porte-à-porte pour une société de cosmétique, serveuse ou enquêteuse judiciaire. Aujourd'hui maître de conférences à l'Université du Michigan, Nami Mun est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment de nouvelles publiées dans des magazines ou des anthologies. En 2007, elle a reçu le prix Pushcart. Ses nouvelles ont été publiées dans différentes revues américaines.
251 pages

Editeur :
Stock (août 2008)

Collection : La Cosmopolite

Traduction : Claude Seban


Mon avis : J’ai quelques difficultés à écrire sur ce roman. Je voulais le lire depuis sa sortie et j’ai été enchantée de le trouver à la bibliothèque. Je l’ai lu jusqu’au bout en ayant du mal à décrocher, mais il fait pénétrer dans un univers tellement dépourvu d’humanité, et tellement réaliste en même temps, que le malaise l’emporte parfois sur le plaisir de lire.

Le premier chapitre donne le ton. Sous un air léger, il est très dur dans ce qu’il montre, c’est à dire le quotidien de jeunes dans domicile à New York, jeunes qui ont des histoires familiales terribles derrière eux. Ils affrontent des drames bien pires encore lorsqu’ils sont à la rue, agressions, prostitution, tentatives de suicide, tout est dit avec pudeur et détachement, mais tout est là. Pour Joon, la narratrice, c’est l’immigration qui a détruit sa famille, son père n’a pas réussi à se faire une place aux Etats-Unis, il a plongé dans l’alcool et l’adultère, poussé la mère de Joon vers la folie et sa fille vers la rue. C’est touchant de voir comme malgré tout, Joon le comprend mais ne l’excuse pas. Cette jeune fille ne tombe jamais dans une maturité au-delà de son âge malgré les vicissitudes, et c’est un euphémisme, de sa vie d’ado et c’est cela qui la rend attachante, son regard de quinze ans sur des situations qui ne seraient  supportables pour personne. Ce regard et la petite lueur d’espoir qui subsiste à chaque chapitre, même le plus dur, ainsi que quelques étincelles d’amitié chancelantes en font un roman qui me restera en mémoire et que je peux recommander.

J’ai beaucoup aimé le style de Nami Mun, qui réussit à écrire de façon simple, traversé d’images qui l’éclaire, le récit de sa propre adolescence ou tout du moins proche de ce qui lui est arrivé, mais sans excès, ni ostentation. Je l’ai trouvé très visuel, j’ai presque l’impression d’avoir vu un film, mais aussi soulagée de ne pas l’avoir vu !


Extrait :
J'étais au foyer depuis deux semaines, et il n'y avait rien à faire à part aller voir les éducateurs, rester couchée à compter les rangées de lits vides cloués au plancher, ou regarder la télé dans la salle commune où les filles se faisaient des tresses africaines en racontant qu'elles voulaient sortir avec Reggie, l'éducateur, parce qu'il ressemblait à Billy Dee Williams et qu'il avait un cul d'enfer. Je ne voyais pas comment me mêler à la conversation mais je n'avais pas envie non plus de rester seule. Il faisait froid. Dehors, il tombait une neige si épaisse qu'on voyait à peine le diner de l'autre côté de la rue. Les murs du foyers étaient trop éclatants, éclairée d'une lumière vert menthe trop vive. J'ai suivi le long couloir, dépassé la cafétéria et l'infirmerie sans saluer personne, et j'ai cherché Knowledge.

Par kathel
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Dimanche 13 septembre 2009

D’après l’éditeur : Impressionnant premier roman d’un auteur de vingt cinq ans, Stefan Merrill Block, Histoire de l’oubli raconte, des années 50 à la fin des années 90, l’histoire d’une famille frappée de génération en génération par une forme précoce de la maladie d’Alzheimer.
Seth, un adolescent de 15 ans, conscient que ses parents lui ont toujours caché les secrets du passé familial, se lance dans une véritable enquête sur ses origines. à quelques centaines de kilomètres de là, Abel Haggard, un vieil ermite bossu, ne vit plus que de souvenirs, attendant le retour de sa fille partie vingt-et-un ans plus tôt. Et si la rencontre inespérée de Seth et Abel parvenait à rompre l’engrenage de la malédiction ?
Fait de tragédie mais aussi d’humour et d’espoir, un grand livre plein d’émotion, qui ne vous lâche pas.

L’auteur : Diplômé de l'Université Washington à Saint-Louis, Stefan Merrill Block est né en 1982. Publié en mai 2008 aux États-Unis et en Grande Bretagne, Histoire de l’oubli est son premier roman. Il vit aujourd'hui à Brooklyn. 

361 pages

Editeur : Albin Michel (janvier 2009)

Titre original : The story of forgetting

Traduction : Valérie Malfoy

Mon avis : Après un coup de cœur, il n’est jamais facile pour un autre livre de prendre la suite : test réussi haut la main pour Histoire de l’oubli. C’est un livre étonnant sur un sujet pas facile du tout, la forme familiale de la maladie d’Alzheimer, qui touche des sujets beaucoup plus jeunes que la forme habituelle et qui fait que la dégénérescence du cerveau, commençant vers 35 ou 40 ans, conduit à une mort certaine… 

Là, les hypocondriaques ont déjà quitté mon billet, alors je rassure les autres, le thème est vraiment traité sans essayer de tirer des larmes et même avec une bonne dose d’humour. Deux narrateurs entrecroisent leurs histoires : Seth, un adolescent de quinze ans dont la mère subit les premières atteintes de cette maladie et Abel, un homme plus âgé, vivant seul et reclus, et qui est conscient d’avoir échappé au mal qui a emporté sa mère et son frère jumeau. Chacun à sa manière essaye de comprendre les origines, la transmission et l’avenir de cette maladie effroyable. Seth voulait devenir scientifique, il se plonge dans des recherches un peu brouillonnes, compte tenu de son âge, mais passionnantes, sur l’histoire de cette maladie. Abel pratique plutôt l’introspection et revient sur son passé et ce qui l’a conduit à perdre la garde de sa fille chérie Mae. Les chapitres d’Abel ont d’ailleurs une certaine parenté dans la sensibilité avec les nouvelles d’Alice Munro que je viens de lire, et c’est un compliment pour ce jeune auteur qui a un style fluide, avec quelques jolis paragraphes plus lyriques.

J’ai beaucoup aimé les destins entrecroisés, les liens subtils qui les unissent comme l’histoire d’Isidora que la mère de Seth lui racontait enfant et qui illustre très finement le thème de l’oubli. J’ai respiré aussi grâce à l’humour et l’autodérision de Seth et à son enquête captivante… Une très jolie découverte grâce à Ys qui a fait voyager son exemplaire ! Un très grand merci pour le prêt !


Extrait du roman : Jamais je n'ai su comment combler tout ce silence. Dans les mois qui suivirent la grande tragédie de ma vie, tous les matins, je me levais d'un bond pour chausser mes godasses à semelles de liège et naviguer de pièce en pièce en me cognant à tout ce que je pouvais. Le silence évoquait l'absence et l'absence signifiait se souvenir, d'où ce raffut. Les grincements du plancher vermoulu, le bruit mat des fauteuils renversés, les cloisons craquant sous mes coups de poing : autant de petits réconforts quand partout, toujours, le silence me guettait.

Avec le temps, j'ai appris à le morceler. Si, après le petit déjeuner, je me surprenais à tendre l'oreille pour capter la voix de ma fille dans le jardin, ou le pas claudicant de mon frère dans le couloir, ou bien Mae tripotant la radio, j'accusais le silence qui venait de s'accumuler devant moi, dans le bol de porridge tout juste terminé, et je le chassais en raclant ses entrailles avec ma cuillère. Parfois, depuis la chambre jadis occupé par mon frère et Mae, un silence régulier, plus profond, commençait à filtrer sous la porte et il me fallait alors me précipiter à l'intérieur, les poings brandis, pour le vaincre.


Extrait d’une interview publiée par Albin Michel :

A quel point Histoire de l’oubli trouve-t-il sa source dans votre histoire personnelle ?

Stefan Merrill Block : D’abord, je n’avais pas le projet d’écrire mon histoire personnelle ou celle de ma famille. J’ai commencé à écrire des textes très différents, pour le plaisir, alors qu’à 22 ans j’avais été envoyé comme caméraman dans un petit village loin de tout en Inde. J’ai beaucoup écrit, là-bas, surtout de la science-fiction. Puis quand je suis rentré, je n’avais pas de travail, j’ai commencé à faire des petits boulots, à filmer des mariages, ce genre de chose. Et j’écrivais, me faisant une règle de ne pas parler de moi. Mais petit à petit, mon histoire personnelle s’est imposée. Je me suis rendu compte de l’impact qu’avait eu sur moi la mort de ma grand-mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Vous viviez avec elle ?

Stefan Merrill Block : Elle est venue habiter avec ma mère quand elle est tombée malade. Moi, je suivais l’école par correspondance, et je passais le plus clair de mon temps chez moi. J’avais peu d’amis de mon âge et j’étais très proche de ma grand-mère. A mesure que le temps passait, elle a souffert de rétrogenèse (terme médical qui désigne l’inversion du développement d’un enfant). Et finalement, les rôles se sont inversés : j’ai dû m’occuper de celle qui s’était occupée de moi. Une inversion des rôles courante dans ma famille, de générations en générations. Nous avons des mémoires familiaux datant du 19e siècle dans lesquels les gens décrivent la perte de mémoire. A chaque fois que ma mère oublie mon prénom un instant, où une conversation qu’elle vient d’avoir… Nous avons peur qu’elle soit atteinte, elle aussi. J’ai donc écrit pour faire la paix avec cette chose terrible qui s’était passée dans mon enfance. Mais aussi avec l’idée que cela pouvait arriver à ma mère, et m’arriver à moi.

Des avis unanimes me semble-t-il, pour Ys, Laure, Restling, Cathulu, Flo, Stephie et Hathaway...

Par kathel
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Lundi 24 août 2009
Présentation de l'éditeur : Il se passe quelque chose dans la morne station balnéaire de Melancholy Cove. On y trouve, pour un cocktail détonant, un flic qui se console de l'être en tirant sur des joints, une schizophrène ex-actrice de films de série Z postapocalyptiques réfugiée dans une caravane, un joueur de blues poursuivi par un monstre marin dont il a tué le petit quarante années plus tôt, une psy qui ne donne plus à ses malades que des placebos, un pharmacien lubrique ne rêvant que d'accouplements avec des dauphins, une femme qui se pend, des gens qui disparaissent... Une seule certitude : tous ont la libido qui explose. Tous sans le savoir sont sous le signe du lézard...
431 pages
Editeur :
Gallimard (août 2006)
Collection : Folio Policier
Traduction : Luc Baranger
Titre original :
The lust lizard of Melancholy Cove

Ai-je aimé ? Voici un livre qui traînait dans ma PAL depuis un an et demi, et que j’hésitais à commencer, sûre que je n’allais pas accrocher ! Eh bien, je vous assure que je peux être stupide parfois, car je me suis vraiment beaucoup amusée en le lisant. Si on cherchait un équivalent en littérature enfantine, ce serait un de ces albums jubilatoires où un monstre affreux fait peur et surtout rire. Je vous épargne la théorie psychanalytique sur le monstre symbole de sexualité, le monstre castrateur, créature hermaphrodite symbolisant les contacts impurs, j’ai trouvé un dossier sur le sujet si ça vous intéresse. Il y a tout cela dans ce roman, mais à l’intérieur d’une histoire complètement loufoque et délirante ! Theo, policier pas très compétent sauf pour faire pousser de l’herbe dans son jardin, mène une enquête sur un suicide qui lui paraît bizarre. De rencontres en rencontres, avec Val, une psy plus perturbée que ses malades, Gab, un biologiste qui étudie le comportement étrange des rats de la région, Molly, une ex-actrice qui vit dans une caravane, il ne progresse guère dans son enquête, et les faits bizarres se succèdent aux abords de la petite station de Melancholy Cove.

Bien que les nombreux personnages soient tous plus déjantés les uns que les autres, et parmi eux le monstre marin n’est pas le plus simple, on éprouve de l’empathie pour eux et on tourne les pages sans pouvoir s’arrêter, sans déceler de faiblesse ou de longueur. C’est le premier livre de Christopher Moore que je lisais, mais je pense que c’est un auteur à noter pour qui cherche une lecture distrayante, d’autant que les chapitres sont courts et le rythme bien soutenu tout du long.


Extrait :
L'énorme monstre marin marqua une pause dans sa quête de la délicieuse odeur radiocative. Il expédia un message subsonique à une baleine grise qui croisait à quelques milles de lui. Grossièrement traduit, le message disait: "Salut mon chou, ça te dirait pas si toi et moi on se faisait un gueuleton de planctons avant de jouer à la bête à deux dos?"

La baleine grise continua son infatigable progression vers le sud et répondit par un autre message subsonique qui disait:
"Je t'ai reconnu. Marche à l'ombre."

Pour cet achat, j'avais été inspirée par Karine, Chimère, Papillon, Amanda, Carolyn Grey, Clarabel, Uncoindeblog et Stéphanie...

 

Par kathel
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