Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 17:24

 

pigeonanglais.gifRentrée littéraire 2011

Quatrième de couverture raccourcie : Harrison, onze ans, originaire du Ghana, arrive en Angleterre accompagné de sa grande soeur et de sa mère.
En attendant le reste de la famille, ils essaient de s'adapter à leur nouvel environnement qui n'a plus rien à voir avec leur Afrique natale : béton armé, HLM décrépis, guerre des gangs... Cette banlieue londonienne est l'une des plus dures et des plus violentes. Le quotidien de notre jeune héros s'accélère lorsqu'un matin il découvre le cadavre d'un adolescent poignardé dans une ruelle de sa cité. L'affaire fait grand bruit et Harrison décide de mener l'enquête, de faire toute la lumière sur ce meurtre sanglant. […]
328 pages
Editeur : Gallimard (septembre 2011)
Traduction : Nicolas Richard
Titre original : Pigeon english


Mon avis : Tout d’abord, sachez que dans le cas du Pigeon anglais, il ne faut pas trop se fier à la quatrième de couverture, qui semble parler d’un autre livre que celui que j’ai lu. Heureusement, je n’ai pas ressenti trop de déception, mais pendant une longue partie, je m’attendais un peu à autre chose, et c’est tout de même gênant…
L’histoire est donc racontée par Harrison, dit Harri, qui vit depuis peu de temps dans une banlieue londonienne des plus déshéritées, avec sa sœur un peu plus âgée que lui et sa mère. Les autres membres de sa famille sont restés au Ghana en attente d’un hypothétique passage vers l’Angleterre. Harri raconte à sa manière son quotidien, le collège, les immeubles, les amis, la famille, les gangs, la violence, l'éveil de la sexualité, bref sa perception de la vie en Angleterre. Ses mots sont ceux d’un enfant de onze ans, sans bagage culturel, sans repères bien précis, et il faut dire que dans l’ensemble, le tour de force de faire parler un jeune de cet âge est plutôt réussi. Bien sûr, on peut s’agacer des tics de langage d’Harri qui reviennent à intervalles réguliers, mais ils sont mêlés à une langue où la poésie côtoie avec innocence la crudité, et d’où un vocabulaire un peu plus choisi n’est pas totalement absent. Je salue au passage la traduction de Nicolas Richard, qui ne rompt jamais l’élan du texte... (il a traduit aussi, entre autres Richard Powers, Nick Cave, Thomas Pynchon, Nick Hornby, pas des plus faciles donc)
Les recherches un peu chaotiques d’Harri concernant un jeune tué au pied de sa tour ne sont pas le plus intéressant dans ce roman, ni le pigeon, œil extérieur un peu anecdotique. Non, ce qui fait tourner les pages et rester jusqu’au bout c’est le portrait d’une cité londonienne multiculturelle livrée à elle-même, avec ses codes, sa délinquance et sa solidarité. C’est un sujet qui me fascine, des romans de Hanif Kureishi à celui de Monica Ali (Sept mers et treize rivières), ou aux films de Ken Loach, et pourtant, ce que j’ai lu là m’a semblé totalement nouveau… C’est peut-être dû au fait que le quartier est bien plus défavorisé que ceux de Kureishi, ou que le regard du jeune garçon qui a connu la vie en Afrique est tout neuf sur cet environnement. Si vous n’avez pas peur d’entrer dans son monde, et d'y rester jusqu’à la dernière page, c’est un roman qui pourrait vous poursuivre longtemps, vous aussi.  


Extrait : Le mieux, c’est de courir sous la pluie. Si tu orientes ta figure vers le ciel en même temps que tu cours, tu as presque l’impression de voler. Tu peux fermer les yeux ou tu peux les garder ouverts, c’est toi qui décides. Moi, j’aime les deux. Tu peux ouvrir la bouche si tu veux. La pluie a juste le goût du robinet sauf qu’elle est assez tiède. Des fois elle a un goût de métal.
Avant de commencer à courir, y faut trouver un bout de monde dégagé, avec rien qui peut te gêner. Pas d’arbres, pas de bâtiments et pas d’autres gens. Comme ça tu rentres dans rien. Essaye d’aller en ligne droite. Et ensuite tu cours le plus vite possible. Au début, tu as peur de rentrer dans quelque chose, mais il faut pas que ça te refroidisse. Cours, c’est tout. C’est facile. La pluie sur ta figure et le vent te donnent l’impression d’aller hyper vite. C’est vachement rafraîchissant. J’ai dédié ma course au gars qui est mort. C’est mieux comme cadeau qu’une balle rebondissante. J’ai gardé les yeux fermés tout le temps et même que je me suis pas ramassé.


L’avis de  Laurence du Biblioblog, celui de Jérôme... 

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Par kathel - Publié dans : Iles britanniques
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