Quatrième de couverture :
Il trahissait depuis près de vingt ans.
L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir…
216 pages
Editeur : Le livre de poche (2009)
"Une terrible beauté est née"… Je ne pouvais pas commencer mon billet par une autre phrase que ce vers de Yeats (qui est aussi le titre de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon cette année…) "A terrible beauty is born" sonne encore mieux pour dire tout le bien que je pense de ce roman. Je connais deux lectrices, l’une de son pays des merveilles, l’autre de son grenier, qui me liront et ne me contrediront pas. Elles m’ont convaincue de découvrir cet auteur et je ne regrette pas le voyage en Irlande du Nord.
Le narrateur, Antoine, est luthier à Paris. Un peu solitaire, il tombe sous le charme de l’Irlande et pas de n’importe quelle Irlande, non, de Belfast et de l’Irlande du Nord en 1977, en plein conflit avec les Britanniques. Les mots de Sorj Chalandon pour dire sa passion sont magnifiques et pleins de vérité : J’étais différent. J’étais quelqu’un en plus. J’avais un autre monde, une autre vie, d’autres espoirs. J’avais un goût de briques, un goût de guerre, un goût de tristesse et de colère aussi. J’ai quitté les musiques inutiles pour ne plus jouer que celles de mon nouveau pays. Je me suis mis à lire. Tout. Tout sur l’Irlande. Irlande. Irlande. Irlande. Je cherchais ce mot à travers les lignes des journaux, dans l’encre des livres, je le lisais sur les lèvres, dans les yeux, partout. Quelle belle passion ! On se doute que cet Antoine monomaniaque s’éloigne encore plus de ses quelques amis parisiens. Mais à Belfast, il a rencontré une amitié plus belle, plus forte, plus authentique, celle de Tyrone Meehan, immense vétéran de la cause irlandaise. Ce même Tyrone qui s’avèrera de longues années plus tard avoir trahi ses idées, sa cause, ses amis… Voilà le pourquoi du titre un peu étrange, MON traître, car cet homme était son ami et Antoine ne peut s’empêcher de se demander si pendant tout ce temps, l’amitié était réciproque entre eux. La blessure serait immense si ce n’était pas le cas.
Je suis tombée sous le charme du style de Sorj Chalandon, superbe, à mille lieues de tout cliché, vrai, sincère. Ses mots pour dire l’amitié, la passion pour l’Irlande, l’engagement, la déception, ces mots sonnent toujours juste et forment plus qu’une belle histoire. J’espère que Retour à Killybegs, qui est le deuxième volet de cette rencontre, vu cette fois du côté de Tyrone Meehan, est aussi réussi. Mais je n’ai aucun doute à ce sujet !
Je laisse une dernière fois (pour aujourd’hui) la parole à l’auteur, qui explique sur le site de l’éditeur, l’origine toute personnelle de ces deux romans : Une nuit de décembre 2005, j’ai écrit le mot effroi sur mon carnet. Le premier qui m’est venu. Je l’ai entouré de dizaines de cercles noirs, jusqu’à ce que le papier cède. Je venais d’apprendre que Denis, un ami irlandais, trahissait son pays depuis 20 ans. Et son combat, et sa famille, et tous ceux qu’il avait serrés dans ses bras. Effroi, ce fut le premier mot. Il a donné naissance à Mon traître, publié chez Grasset en 2008.
Extrait : A mes débuts d'Irlande, je
ne maîtrisais pas la langue de ce pays. Lorsque c'était l'accent champêtre, rugueux, pierreux du Kerry ou boueux du Donegal, je ne comprenais rien du tout. Je laissais les mots anglais sonder ma
mémoire écolière. Je capturais une phrase, un son, pas grand-chose. Les musiciens chantaient la guerre. Une chanson rebelle, avait dit Jim. Mais qui parlait de quoi ? Je ne savais pas. Tout
m'échappait. Simplement, j'écoutais la douleur du violon et les notes en sanglots. Longtemps, je n'ai retenu des paroles irlandaises que leur harmonie, leur couleur, leur effet sur mes voisins de
table. Plus tard, bien après, à les entendre, et encore, et encore, je finirai par donner un sens à ces lamentations. Celles qui pleurent la Grande Famine, celles qui célèbrent l'insurrection de
1916, celles qui racontent la guerre d'indépendance ou le martyre des grévistes de la faim. Mais à mes débuts d'Irlande, je me laissais juste emporter par la gravité des autres. Je les regardais
tout bas. Je me laissais guider par une main levée de femme, ou par un homme debout contre la scène, qui saluait le chant comme un très vieux soldat. Je hochais la tête comme les autres, je
tendais le poing comme les autres, je riais quand tous riaient et me levais lorsque tous se levaient. Souvent, entre deux mélodies, un musicien nous parlait au micro. C'était bref comme un salut.
Quelques mots, un nom de famille que je distinguais parce qu'il était prononcé avec respect. Puis le chanteur tendait le doigt vers une table, en fond de salle. Alors un homme se levait, à la
fois rieur et timide, ovationné par l'assemblée debout.
- Il a fait treize ans. Il a été libéré ce matin, soufflait Jim.
D’autres avis : Amanda, Choco, Constance, Emmyne, Marie, Sentinelle, Somaja, Sylire, Ys et Yvon.
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Voici le début du récapitulatif
et la fin !
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