Présentation de l'éditeur : Une partie de chasse dans la montagne permet de retrouver Sabino, un
homme qui a mystérieusement disparu du village il y a 15 ans, et à l'assassinat duquel tout le monde a cru. Sur fond de tensions sociales et d'exploitation politique du moindre fait divers, deux
paysans pauvres ont même, à l'époque, été condamnés pour ce meurtre (supposé). La résurrection du " fantôme " jette tout le village, de la femme du mort aux familles des condamnés, dans un
trouble sans nom, tandis que le nouveau héros, jadis le villageois " le plus pauvre et le plus insignifiant ", acquiert un étrange prestige. L'Empire d'un homme est inspiré d'un fait divers réel,
que Ramon Sender avait couvert, en tant que journaliste, pour le quotidien El Sol.
L'auteur : Ramon Sender (1901-1982) se fait connaître très jeune comme journaliste, pour ses prises de positions radicales contre les injustices. Lié aux milieux anarcho-syndicalistes, il commence à écrire des romans sur la prison, les ouvriers, la répression des révoltes paysannes... Journaliste et romancier consacré, il perd durant la guerre civile sa femme et son frère, exécutés par les franquistes. Il s'exile à la fin du conflit au Mexique, puis, en 1949, aux Etats-Unis. Totalement oublié pendant la période franquiste, durant laquelle ses oeuvres sont censurées, il meurt en Californie, en 1982, laissant près de 60 romans. Seuls onze titres ont été traduits en français, dont Le Roi et la Reine et Requiem pour un paysan espagnol (tous deux chez Attila).
265 pages
Editeur : Attila(novembre 2010)
Traduction : Claude Bleton
Dessins d’Anne Careil
Postface de Claro
Cela commence comme une chronique villageoise dans les années 1920 en Espagne : des riches propriétaires, des paysans et des bergers, un instituteur, un curé, une femme considérée comme une sorcière, des enfants jouissant de pas mal de liberté… Cette communauté n’est pas si soudée que cela, car les élections approchent, et chacun des prétendants essaye de mettre à son profit les évènements qui surviennent dans le village. L’histoire est racontée par un jeune garçon qui se voit convié à une partie de chasse un peu particulière, puisqu’il s’agit de retrouver un homme, sauvage et en haillons, qui a été aperçu sur les terres de la commune. Don Ricardo, qui mène la chasse, s’obstine à penser que cet homme doit forcément être coupable d’un crime, puisqu’il se cache. Le père du jeune garçon est heureusement plus prompt à tenter de comprendre ce qui a amené cet homme à survivre ainsi, seul dans une montagne aride. Pratiquement muet, il est ramené au village, puis reconnu : Sabino avait disparu quinze années auparavant et été déclaré mort. Deux journaliers, les dernières personnes à le voir vivant, avaient même reconnu son meurtre. En retraçant tout les détails de cette affaire, Ramon Sender fait un roman d’une enquête journalistique, puisque les faits ont vraiment eu lieu. Le roman est d’ailleurs suivi des articles du quotidien El Sol de mars 1926, très intéressants à parcourir, même si j’ai largement préféré la version roman.
J’ai découvert Ramon Sender dans une librairie, j’avais été très tentée d’acheter Requiem pour un paysan espagnol, et cela ne s’est pas fait, mais grâce à Dialogues Croisés, je me rattrape et j’en suis ravie ! Je continuerai la découverte de cet auteur d’une soixantaine de romans, dont seulement quelques uns sont traduits en français, je devrai me contenter de ceux-là… De plus, les éditions Attila ont fait un magnifique travail de maquette et commandé des illustrations à la plume, qui ajoutent une touche fantastique au roman. Pas de réalisme magique pourtant, le récit reste très ancré dans le quotidien le plus réel, même si les faits sortent de l’ordinaire. La dénonciation du système judiciaire de l’époque est très bien menée et on ne s’ennuie pas un seul instant. Je vous invite vivement à découvrir Ramon Sender, avec ce titre ou l’un des autres parus.
Extrait :
Tomaser lui demanda si les derniers orages avaient fait des dégâts ; il répondit qu’il n’y avait pour tout « labeur » dans le coin que quelques carrés d’orge de don
Manuel et deux chaumes « pour les perdrix ». Mais plus de cinquante éclairs étaient tombés. Et il ajouta tranquillement, montrant l’enclos de la paridera :
- Je les ai mis là.
Quand il y avait un violent orage, il surveillait le point de chute des éclairs pour aller les chercher et les porter à la paridera. « Eteints, naturellement »,
expliqua-t-il.
On lui demanda d’en montrer et il alla les chercher. Il revint avec une douzaine de pointes de flèches en métal au creux de ses mains. Don Ricardo regardait cela avec un sourire vide
sous sa barbiche. Ce sourire signifiait que le berger était un pauvre ignorant.
- Ne croyez pas qu’ils soient faciles à trouver, ajouta le berger, parce qu’ils se fichent dans le sol.
Un autre billet chez Cécile.
Un grand merci à Dialogues Croisés.
Lu pour l'Espagne dans le cadre du défi Voisins voisines.

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pour le défi Voisins voisines...
Voici le début du récapitulatif
et la fin !
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