Dimanche 13 décembre 2009
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Rentrée littéraire
2009
Le roman : En 1959, Vera d’Abundo vient faire un remplacement en tant que professeur d’italien à l’Institut Alderson,
pensionnat proche de Lausanne auquel les parents aisés confient le devenir de leur progéniture. Dans un état proche de la dépression, Vera essaye cependant de faire bonne figure et fait la
connaissance des autres enseignants ainsi que de Mme Alderson qui dirige la pension depuis la mort de son mari. L’Institut, en difficultés financières, risque d’être revendu à des américains. La
tension créée par ces circonstances dévoile aux yeux de Vera les petits travers et secrets de chacun, au fur et à mesure qu’elle prend connaissance des habitudes de la pension.
L'auteur : Né à Ankara, Metin Arditi vit à Genève.
Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Chez Actes Sud, il est l'auteur de Dernière lettre à Théo (2005), La Pension
Marguerite (2006), L'imprévisible (2006), Victoria-Hall et La Fille des Louganis (2007).
423 pages
Editeur : Actes Sud (17 août 2009)
Mon avis : J’ai beaucoup aimé l’atmosphère fin des années 50 de ce roman, ses
nombreux personnages, élégamment décrits, la construction qui fait se succéder en chapitres courts chaque professeur de l’internat. Dans ce lieu clos, « tout le monde méprise un peu tout le
monde », comme le dit une des enseignantes, mais surtout chacun essaye de cacher un manque, une faiblesse, une trahison subie, un deuil, mais en même temps, chacun est maintenu en équilibre
par une passion, le théâtre, la photographie, la danse ou la pâtisserie orientale. Cela peut sembler schématique, dit de cette manière, mais ça ne l’est pas du tout, c’est comme la vie, tout
simplement ! Pour rendre encore plus justice à ce roman, proche du coup de cœur, j’ajoute aussi qu’il n’a rien d’un huis clos théâtral, les paysages du bord du Léman ont une grande
importance aussi, le bourg, la ville proche. D’autre part, l’empreinte de l’histoire du XXème siècle est très forte dans les parcours et les blessures secrètes des professeurs, de différentes
origines, américain, turc, allemand, autrichien ou français.
Bref, je ne peux que vous encourager à le découvrir aussi, ainsi que
L'imprévisible du même auteur !
Extraits : Au café de dix heures, les petits faits du quotidien acquéraient une sorte d’aval officiel sans mesure avec
leur vrai dimension. De temps à autre, un échange au café sur les grands problèmes internationaux donnait aux professeurs l’illusion d’être en prise directe sur le
monde.
Ainsi la vie de l’Institut était l’objet d’une agitation fictive
qui adoucissait la solitude de chacun et lui donnait le sentiment de vivre une vraie vie.
- On a le monde à sa porte, avec le lac, poursuivit Brunet. En hiver, par
forte bise, il ressemble à l'océan. Les fins d'après-midi, en été, on dirait la Méditerranée,ou plutôt la mer Egée, avec des petites vagues très nerveuses, très désordonnées... Aux belles journées d'automne, tôt le matin, il ressemble à un
fleuve immense, l’Amazone, la Volga, vous voyez, ces fleuves dont on rêve. Et le soir, le même soir, tout change d'un coup On ne voit rien venir et hop ! on a un autre lac devant soi. En fait, il
vous échappe. Alors un beau jour on se dit : Tiens, ce matin, les tons sont uniques, il y a des gris, des verts, des bleus, des glauques... Et si je faisais une photo ? On essaie de capter toutes
ces nuances avec un noir et un blanc, et là on entre dans un processus, vous voyez ? Le penchant se transforme en passion. On fait de plus en plus de photos, on achète un meilleur appareil... Et
puis vient l'envie de développer soi-même. C'est encore autre chose.
Petit plus :
l'extrait d’une interview de Metin Arditi sur le Point.fr et même une perspective sur
son prochain roman !
Pourquoi un roman situé dans un internat
?
Metin Arditi : C'est un cadre quasi idéal pour étudier des
personnages, leur psychologie et leurs interactions. Mais je ne voulais pas raconter l'histoire des garçons ; je trouve que c'est peu intéressant, qu'il y a peu de profondeur de champ chez un
enfant. Surtout quand on pense à ce que les adultes de l'époque ont vécu ! Quelqu'un qui avait cinquante ans en 1959, le moment où se passe le roman, a connu la grande guerre, la montée des
fascismes, la deuxième guerre, les camps, la bombe atomique, la guerre froide... Et puis j'ai été pendant onze ans dans un internat pour gosses de riches. Au fond ce livre devait venir un
jour...
Quel souvenir gardez-vous de vos années d'internat ?
C'est une partie essentielle de mon équation personnelle. Cela m'a construit,
en me donnant un grand sens de l'autonomie, de l'initiative et de la bagarre. Mais cela m'a aussi déconstruit pour toujours, dans la capacité à fonctionner en groupe... Nous étions marqués, non
tant par l'abandon des parents, que par le fait qu'ils nous avaient ainsi laissés à la disposition totale des professeurs. […]
De tous vos romans, c'est celui dont la construction est la plus
complexe, puisque c'est un portrait de groupe...
J'ai commencé à écrire un roman qui était l'histoire de Véra, la professeur
d'italien, un livre sur la consolation par le corps. Il y avait des centaines de pages que j'ai jetées... Et puis, les autres personnages m'ont pris par le col de la chemise. Je me suis un peu
perdu dans chacun d'eux, avec beaucoup de tendresse. […]
Vouliez-vous revenir sur vos origines avec le personnage de Gülgül, qui
est turc ?
Au départ, je voulais me servir de ce personnage périphérique pour amener une
touche de gaieté dans un récit par ailleurs sombre. Dans une école, le professeur de sport n'est pas un personnage central. Or ce personnage a commencé, de lui-même, à prendre une place inouïe !
J'étais sous sa coupe, sous son charme. À un moment donné, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à écrire sans aller à Istanbul faire des repérages ! Ce personnage m'a ramené à la ville
de ma petite enfance ; c'était une expérience très émouvante pour moi.
Pourriez-vous écrire un roman situé en Turquie
?
C'est ce que je suis en train de faire, et je crois que Gülgül est
responsable... Le roman se passe en partie à Constantinople, au seizième siècle, après la prise par les Turcs. Mais ce n'est pas du tout un roman historique, je déteste ça. Le fond de l'affaire,
c'est l'identité et la relation aux parents. Je crois que je n'ai jamais écrit autre chose. Notre lien le plus important, qu'on le veuille ou non, c'est celui-là. Même si je l'ai beaucoup
nié...
Par kathel
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Publié dans : Europe centrale et de l'Est
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