Dimanche 29 août 2010
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L’histoire : Tassie Kjeltin vient de prendre une chambre en colocation pour sa première année d’université, elle commence ses cours et cherche un
petit travail d’appoint. Elle devient baby-sitter pour un couple qui cherche à adopter un enfant. Elle va garder, pendant que ses parents travaillent, la petite Mary-Emma.
368 pages
Editions de l’Olivier (avril 2010)
Traduction : Laetitia Devaux
Titre original : A Gate at the stairs
Mon avis : Bon choix encore une fois à la bibliothèque, avec ce livre noté sur les avis enthousiastes
d’Aifelle et d’Amanda… J’ai tout d’abord lu un recueil de nouvelles de
Lorrie Moore, Déroutes, qui m’a permis de découvrir la plume à la fois tendre et acérée de l’auteur américaine. Là encore, c’est dans le Midwest que se situe ce roman dont le personnage principal
est une jeune fille. Le résumé peut paraître assez mince, mais beaucoup de sujets sont traités qui viennent étoffer le roman, les procédures d’adoption aux Etats-Unis, les rapports de Tassie avec
ses parents et son frère restés à la ferme familiale, les premiers cours de Tassie, sa solitude, les quelques amitiés qu’elle noue, sa rencontre avec un étudiant brésilien, le racisme puisque la
petite Mary-Emma est métisse, la guerre en Afghanistan… La famille adoptante est à elle seule une matière possible de roman, avec le mari, toujours absent et assez énigmatique, la mère,
restauratrice à la mode, personnage excentrique et outrancier, la petite fille dotée de solides facultés d’adaptation. Lorrie Moore sait particulièrement bien rendre l’angoisse des futurs parents
adoptifs, qu’ils camouflent derrière un humour souvent féroce.
J’adore chez Lorrie Moore l’ironie douce avec laquelle elle parle de ses
personnages ou plutôt les fait parler les uns des autres : « Sa capacité au bonheur était un petit os à soupe dans une grande marmite. » « Je m’efforçais de
retrouver à qui Sarah Brink me faisait penser, bien que je ne sois pas certaine que c’était à quelqu’un de réel. Peut-être qu’elle me rappelait le personnage d’un feuilleton télévisé que je
regardais des années plus tôt. Mais pas l’héroïne. sûrement pas l’héroïne. Plutôt sa colocataire maniaque, ou sa cousine dingue habitant Cleveland. Je savais que, même quand elle aurait un bébé,
Sarah ne perdrait pas son petit côté excentrique au profit de son statut de mère. Il y avait sans doute pire. » Alors, bien sûr, je n’ai pas retrouvé ici exactement la même
concision qui m’avait fait trouver ses nouvelles des véritables romans en miniature, mais je me suis tout de même régalée. Lorrie Moore a aussi la particularité de pouvoir, en un court paragraphe
de cinq lignes, de raconter de façon très neutre une anecdote qui change complètement la perspective que l’on a d’un des personnages ou de l’histoire elle-même. C’est très particulier, mais très
efficace ! Notamment pour passer d’un épisode assez léger à un autre plus dramatique, et il n’en manque pas dans ce roman, mais je n’en dirai pas plus.
A vous de le découvrir maintenant !
Extrait : Les cours ne débutaient pas avant la semaine suivante, mais je sentais le semestre remonté à
bloc et prêt à tirer comme une kalachnikov. Le semestre du printemps, à la fois bien et mal nommé. Tant qu'il n'avait pas commencé, je dormais jusqu'à midi, puis me levais et me préparais une
sorte de pitoyable baklava du pauvre : un grand biscuit de blé complet sur lequel je versais du miel et des cacahuètes écrasées. La cuisine était toujours à l'abandon. De nouvelles fraises
avaient moisi dans le réfrigérateur, alors que j'avais l'impression de les avoir tout juste achetées. Cette fois, elles arboraient le gris turquoise d'un toit cuivré. Le pain lui aussi était
poudré d'une moisissure bleutée qui aurait fait une ravissante ombre à paupière pour choriste - mais une choriste ayant besoin de pénicilline. Un quignon resté plusieurs semaines dans un sac en
plastique semblait contenir un serpent de moisissure aux taches orange et noire : le musée d’Art moderne des Filles fauchées.
Par kathel
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Publié dans : Amérique du Nord
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