Vendredi 30 octobre 2009
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Le début : A
Naples en 2002, un jeune homme se prépare à attendre patiemment un client du restaurant où il prépare les meilleurs cafés de la ville. Des détails laissent imaginer une vengeance… A Naples en
1980, un père de famille presse son petit garçon de six ans pour l’emmener à l’école à travers un dédale de rues bondées quand une fusillade éclate…
L'auteur : Romancier et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a publié chez Actes Sud plusieurs pièces de théâtre et romans dont : Cris, La Mort du roi Tsongor (Goncourt des lycéens
2002), Le Soleil des Scorta (Goncourt 2004), Eldorado, et un recueil de nouvelles, Dans la nuit Mozambique.
267 pages
Editeur : Actes Sud (août 2008)
Mon avis : Deux moments dramatiques intenses se répondent dès
le début du roman, et une foule de questions les accompagne : Filippo, ce jeune homme qui veut tuer ou enlever un mafieux et Pippo, le petit garçon pris dans la fusillade, peuvent-ils être une
seule et même personne ? Quelle signification ont les cauchemars de Filippo ? Les parents du petit Pippo, tout à leur douleur, ont-ils vécu plus de vingt ans en espérant accomplir une
vengeance ? S’agit-il de quelqu’un d’autre ? Qui sont ces autres personnages qui apparaissent, une prostituée du port, un curé truculent mais condamné par la maladie, un patron de café,
un professeur qui n’ignore rien des multiples imbrications entre la vie et la mort ? Car c’est de cela qu’il s’agit dans ce roman, et là où il est très fort, quand il plonge dans les
entrailles de Naples, et dans un entredeux où vivants et morts peuvent peut-être, fugacement ou plus longtemps, car le temps n’a plus la même valeur, se rencontrer. Et c’est pour cette partie plus
fantastique, plus proche de la mythologie, que l’on va adorer ou détester ce roman.
Cela doit se remarquer, je suis dans la première catégorie et je me suis laissée complètement emporter. J’étais fascinée à la fois par les côtés réalistes du roman, les épopées nocturnes dans les
rues de Naples, la douleur insondable des parents d’un enfant fauché par une balle en pleine rue, la chaleur humaine d’un petit café napolitain et par les aspects irréels de l’histoire, que je ne
détaillerai pas ici. L’arrière-plan historique donné par le professeur, contient des découvertes intéressantes, comme l’explication des portraits du Fayoum que je verrai d’une autre façon
désormais.
Ce fut un très grand plaisir de lecture, en apnée complète, et pour une fois, un livre dont j’attendais beaucoup a su me plaire au-delà de mon attente !
Beaucoup d’avis positifs, parfois des coups de cœur, chez Amanda, Manu,
Sentinelle, Gambadou, Papillon, Stephie, Ellcrys, Choco, Argantel, Mimienco, Lael, Liliba, Wictoria, Emeraude et Laurent.
Fashion et Wakinasimba
ont moins aimé, Jules et Bellesahi ont abandonné.
Extraits : Je me suis longtemps appelé Filippo Scalfaro.
Aujourd'hui, je reprends mon nom et le dis en entier : Filippo Scalfaro de Nittis. Depuis ce matin, au lever du jour, je suis plus vieux que mon père. Je me tiens debout dans la cuisine, face à la
fenêtre. J'attends que le café finisse de passer. Le ventre me fait mal. C'était à prévoir. La journée sera dure aujourd'hui. Je me suis préparé un café au goût amer qui me tiendra de longues
heures. Je vais avoir besoin de cela. À l'instant où le café commence à siffler, un avion décolle de l'aéroport de Capodichino et fait trembler l'air. Je le vois s'élever au dessus des immeubles.
Un grand ventre plat de métal. Je me demande si l'avion va s'effondrer sur les milliers d'habitants qu'il survole, mais non, il s'extrait de sa propre lourdeur. Je coupe le feu de la gazinière. Je
me passe de l'eau sur le visage. Mon père. Je pense à lui. ce jour est le sien. Mon père - dont je parviens à peine à me rappeler le visage. Sa voix s'est effacée. Il me semble parfois me souvenir
de quelques expressions - mais sont-ce vraiment les siennes ou les ai-je reconstruites, après toutes ces années, pour meubler le vide de son absence ? Au fond, je ne le connais qu'en me contemplant
dans la glace. Il doit bien y avoir quelque chose de lui, là, dans la forme de mes yeux ou le dessin de mes pommettes. À partir d'aujourd'hui, je vais voir le visage qu'il aurait eu s'il lui avait
été donné de vieillir. Je porte mon père en moi. Ce matin, aux aurores, je l'ai senti monter sur mes épaules comme un enfant. Il compte sur moi dorénavant. Tout va avoir lieu aujourd'hui. J'y
travaille depuis si longtemps.
portraits du Fayoum
La vie que l’on avait envisagée disparaît d’un coup et il faut faire avec le malheur qui ne veut plus vous lâcher.
Personne ne naît ici, au pied des tourelles du quai. Il n’y a que l’herbe souillée par des canettes de bière renversées, des drogués et quelques clandestins qui dorment là, bercés par le bruit
constant des voitures. Pourtant, je n’ai pas menti, c’est bien là que je suis venu au monde la deuxième fois. La première, bien sûr, je suis né dans un hôpital – sorti du ventre de ma mère, au
milieu de ses viscères chauds. Mais, plus tard, je suis né ici, de la seule volonté de mon père. L’air que j’ai respiré était celui de cette route à deux voies crasseuse et, comme à ma première
naissance, j’ai cligné les yeux d’éblouissements et j’ai hurlé tant l’air me brûlait les poumons. Je me souviens de tout. Et même de ce qu’il y avait avant. Ce qui remplit mes nuits de
glapissements et de nausée. Mais cela, je ne le lui raconterai pas. Il faudrait trop parler. Viendra peut-être un moment où il sentira qui je suis. Il ne le comprendra pas – qui le pourrait? – mais
la chair de poule qui le fera frissonner lui dira ce que je tais.
Par kathel
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Publié dans : France
27
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Le lien que tu fais sur mon billet ne lui fait pas honneur... ça date de mes débuts dans le blog et mes billets étaient assez peu constructifs... :s
Quant à ton billet, moi aussi, je suis perplexe quand je vois les premiers que j'ai écrits, le tien est concis mais loin d'être déshonorant !
Ce roman m'avait fait pouffer, piaffer... Je n'y ai vu que simplisme, symbolique de bas étage (surtout dans la descente aux enfers) et mièvrerie. Je ne veux en aucun cas être désagréable (avec toi, Gaudé je m'en fiche), mais je suis d'habitude tellement d'accord avec toi que je tombe des nues (enfin presque. et puis je m'en remmetrai vite heyn ;-).
De toute façon, c'est de ta faute si je l'ai lu, car si tu avais fait un billet aussi négatif, je l'aurais sûrement supprimé de ma liste. Quoiqu'il en soit, je craignais de ne pas aimer, je l'avais emprunté à la bibli et... j'ai aimé, vraiment, même la scène des enfers. je pense que je manquais de points de comparaison sur ce thème n'ayant lu ni L'Enfer de Dante, ni autre et ça m'a paru assez original !
Enfin, rassure-toi, tu n'as pas été désagréable et je ne t'en veux pas du tout de dire aussi clairement ton avis !
J'ai beaucoup aimé l'univers de ce livre : on s'y croirait vraiment ! Tout droit sorti d'un reportage qui se veux "choc" sur le sud de l'Italie...
Je crois que le pire dans le livre c'est que les personnages sont crédibles et que leur histoire est horrible : le "ça n'arrive qu'aux autres" est assez difficile à dire ici, parce que ce sont des situations dont on a peur, mais on sait forcément que la mort d'un proche finira par arriver à un moment où à un autre...
C'est vraiment un livre à lire !
Si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur ce livre sur mon blog...
Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!