15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 06:18

 

diner.jpgQuatrième de couverture : Succès phénoménal aux Pays-Bas, alliance détonante d'une comédie de mœurs à l'humour ravageur et d'un roman noir à la tension implacable, Le Dîner dresse le portrait de notre société en pleine crise morale. Deux frères se donnent rendez-vous avec leurs épouses dans un restaurant branché d'Amsterdam. Hors-d'œuvre : le maître d'hôtel s'affaire. Plat principal : on parle de tout, des films à l'affiche, des vacances en Dordogne. Dessert : on évite soigneusement le véritable enjeu du dîner, les enfants. Car leurs fils respectifs ont commis un acte d'une violence inouïe. Un café, un digestif, l'addition. Reste la question : jusqu'où irions-nous pour préserver nos enfants ?
L’auteur :
Herman Koch est l'auteur de plusieurs romans, mais c'est Le Dîner qui lui apporte la consécration. Elu Livre de l'année aux Pays-Bas, où il s'est vendu à près de 400 000 exemplaires, traduit dans une quinzaine de langues, salué par la critique internationale, Le Dîner est le premier roman de Herman Koch à paraître en France.
330 pages
Editeur : Belfond (mai 2011)
Titre original : Het diner
Traduction : Isabelle Rosselin

 

Alors, que penser de ce dîner ? Il me fait penser à un repas dans un restaurant que l’on découvre pour la première fois, tout nouveau, tout beau : l’originalité des plats se succédant sur la table séduit, mais ensuite, l’ensemble laisse un petit je ne sais quoi de frustrant, d’imparfait, d'amer. Dans le cas de ce roman, l’histoire et la construction font tout le sel du récit, raconté à la première personne par l’un des participants au repas. Paul vient dîner avec sa femme, son frère et sa belle-sœur dans un restaurant plutôt haut de gamme, dans le but annoncé d'avoir une discussion importante à propos de leurs enfants. On sent tout de suite des ressentiments cachés entre eux. Pourtant, la conversation roule sur des sujets anodins, films à l’affiche, prochaines vacances, tardant à en venir à ce qui les préoccupe vraiment.
Paul et Claire ont un fils de seize ans, Simon et Babette ont de leur côté trois enfants, dont l’un a été adopté. Ces adolescents sont en pleine période de recherche de leur propre personnalité, ce qui justifie sans doute le homard de la couverture... Mais cette recherche a poussé deux d'entre eux vraiment trop loin, ils ont commis un acte à la fois violent et impardonnable. Chacun des parents est dans une certaine mesure au courant de cet acte. Sur quelle réaction commune vont-ils se mettre d’accord, sachant que Simon, politicien très en vue, et Babette, semblent avoir quelques dissensions, alors que Paul, enseignant en disponiblité, et Claire, femme plutôt maîtresse d’elle-même, montrent une certaine complicité ? Et que les deux couples n'ont guère de points communs ? Voici le point de vue, à un certains moment du repas, de l'un des protagonistes : "Je me demandais très sérieusement ce qui se passerait si je ne disais strictement rien. Si je me contentais de continuer à vivre, comme tout le monde. Je pensais au bonheur - aux couples heureux et aux yeux de mon fils." Par des retours en arrière, le lecteur en apprend plus sur la personnalité de chacun, mais de manière toujours un peu biaisée, puisque tout est vu par le regard de Paul. Paul dont la personnalité est extrêmement difficile à cerner. Dans le récit de ce narrateur, ce qu'il ne dit pas est souvent bien plus important que ce qu'il dit.
Le cynisme, bien davantage que l’humour annoncé, imprègne ce roman à la construction impeccable, qui en divulgue juste assez pour entraîner le lecteur d’un questionnement à un autre… Les thèmes abordés, l’inné et l’acquis, l’esprit de famille, la notion de bonheur, sont aussi captivants que dérangeants. Il faut cependant reconnaître que l’écriture manque de relief, et empêche d’en faire un excellent roman. Mais quelle histoire !

 

Un extrait : Serge ne réserve jamais trois mois à l'avance. Serge réserve le jour même ; pour lui, c'est un sport, dit-il. Certains restaurants gardent toujours une table libre pour les gens comme Serge Lohman, et celui-ci en fait partie. Parmi bien d'autres, d'ailleurs. On peut se demander si, dans tout le pays, il existe encore un restaurant où l'on n'est pas pris de convulsions en entendant au téléphone le nom de Lohman. Ce n'est pas lui qui appelle, bien sûr, il demande à sa secrétaire de le faire, ou à un de ses proches collaborateurs. «Ne t'inquiète pas, m'a-t-il dit lors de notre conversation téléphonique il y a quelques jours. Ils me connaissent là-bas, je vais me débrouiller pour avoir une table.» J'avais simplement demandé si nous devions nous rappeler au cas où il n'y aurait pas de place, et sur quel autre endroit nous pourrions nous rabattre. Un soupçon de compassion a percé dans sa voix à l'autre bout du fil, je le voyais presque secouer la tête. Un sport.
Il y avait une chose dont je n'avais vraiment pas envie ce soir-là. Je ne voulais pas être présent quand Serge Lohman serait accueilli comme une vieille connaissance par le restaurateur ou la personne faisant office de gérant ; voir les serveuses le guider vers la plus belle table côté jardin, Serge faire mine de n'y prêter aucune importance, comme si au fond il était toujours resté simple, se sentant par conséquent surtout à son aise parmi d'autres personnes ordinaires.

Lu par  Brize, Cathulu, Clara, Emeraude, Manu et Ys parmi d'autres nombreux billets !  

 

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commentaires

Anis 17/02/2012


Et dire que je sors de Bifteck, de Martin Provost !

Emma 18/02/2012


Je ne l'ai toujours pas lu mais mon chéri n'a pas été séduit plus que ça par cette lecture, j'espère pouvoir me faire un avis dans les mois à venir.

Violette 19/02/2012


tiens, il est dans ma PAL et je l'avais complètement oublié! Certains en ont fait un coup de coeur (d'où mon achat...)

Karine:) 20/02/2012


Ca semble complètement bizarre... et le homard fait peur... Mais pourquoi pas!

céline 28/02/2012


J'ai aimé ce roman, bien ficelé dans son plongeon dans l'atroce; mais j'ai tout de même trouvé que l'auteur allait un peu loin pour que ce soit vraiment réaliste.

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