Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 14:51

 

1Q84tome1.jpgRentrée littéraire 2011 

L’histoire : Deux jeunes gens tiennent les rôles principaux de cette histoire, qui se déroule à Tokyo en 1984, mais est-ce vraiment 1984 ?  Aomamé, vingt-neuf ans, ressemble à une jeune femme d’affaire dynamique, prenant un taxi vers un important rendez-vous. Mais, dans un hôtel de la banlieue de Tokyo, elle liquide froidement un homme coupable de violences conjugales.
Tengo a le même âge, c’est un discret professeur de mathématiques qui prend volontiers la plume pour écrire des textes et autres nouvelles. Son éditeur lui propose de réécrire le « roman » d’une toute jeune fille, Fukaéri. Ce manuscrit, « La chrysalide de l’air », d’un imaginaire exceptionnel, est cependant d’une écriture très pauvre, et Tengo va tenter, contre son gré, d’en faire un roman à succès.
534 pages
Editeur : Belfond
Traduction : Hélène Morita

 

« Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a qu’une réalité. » On pourrait qualifier ce roman de thriller fantastico-poétique… On parle beaucoup ici et là de l'hommage à George Orwell, ma lecture en est trop ancienne pour que j'apprécie cette référence, mais il pourrait me donner envie de le relire ! Le roman-fleuve de Murakami vaut déjà la peine de l'ouvrir pour la psychologie très fine de ses personnages principaux, Tengo et Aomamé. Ils évoluent en 1984, mais cette année semble, surtout pour Aomamé, receler des distorsions du temps qu’elle ne s’explique pas, et qu’elle nomme 1Q84. Chaque personnage, dans cette nouvelle unité de temps ou dans le temps réel, cache une étrangeté, une part de mystère, un traumatisme enfantin, que ce soient les deux héros ou les apparitions plus marginales.
Si le roman n’était que ce que mon résumé laisse entrevoir, il n’aurait qu’un intérêt limité, mais il possède un charme, une grâce, une poésie, que vous connaissez si vous avez lu Kafka sur le rivage ou La ballade de l’impossible. Dès les premières pages, sur une autoroute embouteillée des environs de Tokyo, un envoûtement étrange se dégage… Avouez qu’il y a des lieux plus poétiques que les abords d’une autoroute urbaine, et pourtant, avec Murakami, ça marche ! Plus loin, au moment où l’on commence à sentir les liens qui se tissent entre l’histoire d’Aomamé et celle de Tengo, où les thèmes principaux émergent, il devient impossible de lâcher le livre et, comme par enchantement, le deuxième tome se retrouve au sommet, chancelant, de votre pile à lire…
Une secte menaçante, des « Little people » mystérieux, un éditeur peu scrupuleux, une froide justicière, un amour perdu, une vieille femme riche et déterminée, une sinfonietta de Janacek, deux lunes dans le ciel, tissent une mélodie à la fois envoûtante et porteuse d’inquiétude, qu’on ne demande qu’à continuer d’écouter.  

 

Extrait : Aomamé attendit la suite. Il n’y eut pas de suite. Elle ferma de nouveau les yeux et se concentra sur la musique. Aomamé ne savait pas quelle sorte d’homme était Janacek. En tout état de cause, il n’avait vraisemblablement pas imaginé que des hommes de 1984 auraient écouté sa musique dans une voiture parfaitement silencieuse, une Toyota Crown Royal Saloon, coincée dans de terribles embouteillages sur une autoroute urbaine de Tokyo.
Mais pourquoi, se demandait Aomamé, perplexe, ai-je su immédiatement qu’il s’agissait de la Sinfonietta
de Janacek ? Et aussi pourquoi est-ce que je savais que ce morceau avait été écrit en 1926 ?
Elle n’était pas spécialement fan de musique classique. N’avait pas non plus de souvenirs personnels sur Janacek. Pourtant, à l’instant où elle avait entendu une simple mesure du morceau, ces diverses données s’étaient inscrites comme un flash dans sa tête. Comme une nuée d’oiseaux qui auraient fait irruption dans une chambre par une fenêtre ouverte. En outre, cette musique laissait à Aomamé une curieuse impression de « tordu ». Non pas de douloureux ou de déplaisant. Elle ressentait seulement que tous les constituants de son corps s’étaient comme retournés et tordus. Aomamé n’en comprenait pas la raison. Serait-ce cette Sinfonietta
qui provoque en moi cette sensation incompréhensible ?

« Janacek », prononça Aomamé presque sans s’en rendre compte. Puis elle pensa qu’elle aurait mieux fait de s’abstenir.

 

Lu aussi par Emeraude, Inganmic, Virginie, Voyelle et Consonne...

Par kathel - Publié dans : Asie
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