Quatrième de
couverture : Paris, juin 1995. Dans un grand restaurant, un serveur est violemment frappé
par un client. Autour de lui, personne n'intervient. Ni le couple russe qui contemple cette scène avec des sentiments mêlés, ni la femme du client en colère, ni les deux jeunes gens, deux
Français, venus fêter une première embauche à la banque.
Une simple anecdote ? Pas même un fait divers ?
Dans le cours des vies, aucun événement, si minime soit-il, n'est anodin. Et la brutalité de l'un, l'indifférence ou la lâcheté des autres vont bientôt se révéler pour ce qu'elles sont
vraiment : le premier signe de leur déclin.
De la chute du mur de Berlin à la crise financière de 2008, dans un monde façonné par l'argent, les destins croisés des acteurs de cette scène inaugurale, de l'oligarque russe au financier
français en passant par le spéculateur immobilier, tissent peu à peu une toile. Et au centre de la toile, Sila, le serveur à terre, figure immobile autour de laquelle tout se meut.
317 pages
Editeur : Le passage (août 2009)
Comme moi il y a quelques semaines, vous ne
connaissez peut-être de ce roman que le résumé du prologue, où Sila, un jeune serveur noir dans un restaurant chic parisien, se fait agresser violemment par un client, pour une raison futile.
Scène frappante, sans mauvais jeu de mots, qui présente tous les protagonistes de ce roman autour des thèmes du pouvoir et de la fascination de l’argent. L’argent, figure centrale du roman,
orientera les destinées de chacun : l’homme d’affaires américain spécialiste du crédit immobilier, l’oligarque russe et son épouse, les deux amis qui viennent fêter une récente embauche dans
le monde de la finance, le jeune serveur. Ils se croisent à plusieurs reprises, par des artifices de l’auteur qui jubile à ces intersections où les protagonistes s’écartent légèrement de la voie
tracée. Le récit oscille également entre moralité et amoralité, et laisse de ce fait le lecteur incertain sur l’issue des histoires individuelles. En d'autres termes, la fin n'est pas trop
prévisible !
Ce roman est admirablement échafaudé, et, ce qui est essentiel, c'est que les personnages sont tout à fait intéressants, avec leurs parcours plus ou moins erratiques. Le lecteur n’a pas envie de voir l’un ou l’autre laissé dans l’ombre, comme on en rêve parfois dans un roman choral. J’avais découvert Fabrice Humbert avec
L’origine de la violence, je le retrouve ici dans des thématiques assez différentes quoique le bien et le mal, la culpabilité soient communs aux deux romans. La belle plume de l’auteur
s'est fait encore plus remarquer lors de cette deuxième lecture, et je vous recommande La fortune de Sila sans restriction.
Extraits
: Sila se tenait en équilibre fragile sur l'angle
d'un mur de pierre, le pied gauche surélevé par rapport au droit. Là, debout dans le soleil, un grand sourire aux lèvres, il pissait. Et à cette époque, personne n'aurait pu songer qu'il se
retrouverait un jour serveur à l'autre bout du monde, attendant dans les cuisines, le nez cassé, qu'on l'emmène aux urgences.
Il rit lorsque l'urine éclaboussa, sur un journal abandonné, le visage imprimé d'un homme. Une ombre délavée d'encre noire lui mangea une partie de la joue. Le large visage en parut plus
sévère.
Sila sauta du haut du mur. Par curiosité, il saisit sa cible d'un doigt précautionneux. Un Blanc d'une cinquantaine d'années, gras, avec des cheveux blancs. Sila allait le laisser retomber
lorsqu'un chiffre attira son attention : deux milliards de dollars. Le doigt fixé sur les lignes, il déchiffra l'article. Il crut comprendre que c'était la somme gagnée par cet homme pendant
l'année. Mais il n'était pas certain d'avoir bien lu. Il était bon élève autrefois, puis l'école s'était arrêtée.
Fourrant l'article dans sa poche, en compagnie d'une lame d'acier, d'une pierre coupante et d'un fil de fer dénichés au hasard de ses pérégrinations, il poursuivit son chemin, tantôt marchant
tantôt courant, à sa façon gambadante et sans but.
On néglige trop souvent le dernier chapitre des ouvrages d’ethnologie : les jeux et les fêtes. Pourtant, rien ne caractérise mieux un être que sa façon de se divertir. Il révèle bien des vulgarités que son maintien habituel dissimulait. Mais il s'agit toujours de cela : dépouiller l'individu de son rôle et en révéler la vérité, à l'intérieur de son milieu naturel. Ou montrer le maquillage criard de son rôle lorsqu'il n'y a plus de vérité.
Noté chez Aifelle, Cathe, Hélène, Papillon, Stephie et Sylire.
Pour retrouver tous les titres lus
pour le défi Voisins voisines...
Voici le début du récapitulatif
et la fin !
Des commentaires ?