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Mardi 10 novembre 2009
Présentation de l'éditeur : Un homme ordinaire reçoit de nombreux appels destinés à une célébrité et se prend au jeu ; un acteur de cinéma ne reçoit plus d'appels et commence à douter de sa carrière ; un richissime écrivain de livres de sagesse renie tout ce qu'il a professé jusqu'alors ; une femme décide de mourir, et se révolte contre l'écrivain qui l'a inventée ; un écrivain de romans policiers se perd en Asie centrale où son portable ne fonctionne plus ; un cadre supérieur gagne, grâce à son portable, le pouvoir de ne plus se trouver là où on l'imagine ; et l'acteur du début, cherchant enfin l'anonymat, compte se servir de son double... Dans le rythme vif et musical qu'on lui connaît, Daniel Kehlmann compose dans son nouveau roman une mosaïque joyeuse et ironique à partir de notre société où les moyens de communication mettent en question le lieu même du réel - pendant que la course à la renommée fait tourner la tête à plus d'un. Daniel Kehlmann n'a pas fini d'étonner ses lecteurs et se joue allégrement de sa propre gloire. Un vrai régal littéraire - et divertissement garanti.

L'auteur :
Daniel Kehlmann, né en 1975, est le fils du réalisateur Michael Kehlmann et de l’actrice allemande Dagmar Mettler. Sa famille s'installe en 1981 à Vienne où Kehlmann étudie la philosophie et la littérature à partir de 1993.
Il commence sa carrière d'écrivain avec son premier roman Beerholms Vorstellung publié en 1997. Il publie ensuite Mahlers Zeit (1999) et Der fernste Ort (2001). Il acquiert une renommée internationale avec son quatrième roman Moi et Kaminski (2003). Il écrit des critiques et des essais pour différents magazines. Daniel Kehlmann est membre de l'académie des sciences et de littérature à Mainz. Il a reçu en 2006 le prestigieux Prix Kleist, ainsi que le Prix de la Fondation Konrad Adenauer.
174 pages
Editeur :
Actes Sud (février 2009)
Traduction : Juliette Aubert
Titre original : Ruhm


Mon avis : Sous-titré « Un roman en neuf histoires » objet littéraire non identifié mais jubilatoire, ce roman prend donc la forme de neuf nouvelles reliées entre elles par diverses coïncidences ou mises en abyme. La société de consommation, le monde des écrivains ou les modes contemporains de communication, vus par l’œil ironique de Daniel Kehlmann ne manquent pas de faire sourire ou pouffer plus d’une fois au fil des pages. Dès la première nouvelle, avec Ebling, modeste réparateur d’ordinateurs recevant, sur son portable tout neuf, des appels qui ne lui sont pas destinés, et commençant à prendre goût à cette vie par procuration plus fascinante que la sienne, le lecteur se trouve embarqué et l’intérêt ne fléchit pas ensuite.
Daniel Kehlmann en profite, par le biais de ses personnages, notamment Leo, auteur hypocondriaque et affligé de nombreuses angoisses, pour parler de création littéraire, de manière particulièrement intéressante. Le risque avec ce genre de nouvelles serait que certaines soit plus faibles et que l’ennui gagne, mais je les ai trouvées toutes également cyniques et cocasses et je me suis divertie jusqu’à la dernière page. Après Les arpenteurs du monde, qui n’est pas du tout dans le même genre, quoique très original aussi, je continue à découvrir cet auteur que je suivrai maintenant avec attention !

Les lectures
d'autres blogs :
Antigone, Cathulu, Cuné, Orchidée, Saraswati, A girl from earth, Juliann et lechemindeparla.

Extraits : VOIX

Avant même qu'Ebling ne soit arrivé chez lui, son téléphone portable se mit à sonner. Pendant des années il avait refusé d'en acheter un car il était technicien et n'avait pas confiance en la chose. Pourquoi personne ne voyait-il aucun mal à ap
procher de sa tête une source de radiations agressives ? Mais Ebling avait une femme, deux enfants, une poignée d'amis et on lui avait sans cesse reproché d'être injoignable. Il avait donc fini par céder et acheter un téléphone qu'il avait aussitôt fait activer par le vendeur. Il fut impressionné malgré lui : l'appareil était tout simplement parfait, il possédait une jolie forme, lisse et élégante. Et voilà qu'il se mit à sonner inopinément.
Ebling décrocha avec hésitation.

Une femme demandait un certain Raff, Ralf ou bien Rauff, il ne comprit pas le nom. Une erreur, dit-il, un faux numéro. Elle s'excusa et raccrocha.

Le soir arriva un second appel. "Ralf ! s'écria un homme d'une voix rauque. Qu'est-ce que tu fa
briques, ça gaze, vieux cochon ?
- C'est un faux numéro !" Ebling était assis droit dans son lit. Il était déjà vingt-deux heures passées et sa femme le regardait d'un air réprobateur.

L'homme s'excusa et Ebling éteignit son portable.
­­ ­


Tout repose entre tes mains. Laisse-moi vivre !

Ce n'est pas possible, dis-je agacé. Rosalie, ce que tu atteins en ce moment, c'est ta destination. C'est pour cela que je t'ai inventée. En théorie, je pourrais peut-être intervenir mais tout deviendrait absurde ! Ce qui signifie que je ne peux pas, voilà.

C'est de la foutaise, dit-elle. Du baratin. Tôt ou tard ce sera ton tour et là tu supplieras comme moi.

Mais ce n'est pas pareil !

Et tu ne comprendras pas pourquoi on ne fait pas d'exception pour toi.

Ce n'est pas comparable. Tu es de mon invention alors que je suis...

Oui ?

Je suis réel
! Ah bon ?
Fais-moi confiance. Ce ne sera pas douloureux. Ca au moins j'y veillerai, je te le promets. Mon histoire...

Excuse-moi, mais ton histoire, je m'assois dessus. Si ça se trouve, elle ne sera même pas bonne
!

 

Par kathel - Publié dans : Allemagne
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