Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 19:00

dudomainedesmurs.jpgRentrée littéraire 2011
Extrait de la quatrième de couverture : En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire « oui » : elle veut faire respecter son voeu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. […]
201 pages
Editeur :
Gallimard (août 2011)


Voilà ce que c’est quand on prend de bonnes résolutions, telles que attendre que la vague soit passée et lire un peu plus tard les nouveautés dont on n’est pas sûre à cent pour cent de les adorer… Du domaine des murmures entrait dans cette catégorie, jusqu’à ce qu’un billet d’Aifelle le fasse passer dans le champ des tentations qui ne s’encombrent pas de bonnes résolutions.
Et quel est le résultat ? Eh bien, somme toute une agréable surprise. L’histoire médiévale m’attire davantage quand elle s’écrit dans les vieilles pierres plutôt que dans les romans, et pourtant la voix d’Esclarmonde m’a touchée et m’a tenu rivée au livre jusqu’à la fin. C’est une toute jeune fille, à qui son père châtelain, qui lui est très attaché, refuse l’entrée au couvent. Il préfère qu’elle se marie avec Lothaire, jeune chevalier belliqueux et arrogant. Esclarmonde ne trouve d’autre solution que de refuser le mariage en demandant à être recluse dans un petit réduit surplombant la chapelle du château. Elle n’en sortira plus jamais, se fera apporter sa nourriture par une imposte à barreaux laissée dans la muraille. Cette expérience mystique n’augure pas un roman monotone et répétitif. Des évènements dans la nouvelle vie de la jeune fille amènent les serviteurs et villageois à la considérer presque comme une sainte. La recluse voit ainsi défiler de nombreuses personnes en quête de conseil ou d’absolution, sa famille, ses servantes, un archevêque, un marchand de reliques, son « presque mari » qui à son contact a troqué l’épée contre la vièle et le chant courtois… Esclarmonde a aussi des visions qui lui permettent, et le lecteur à sa suite, de partir sur les traces de ses proches partis en croisade, vers Saint-Jean d’Acre.
Et puis le plus inattendu des évènements, miracle pour les uns, fatalité pour les autres, vient bouleverser sa vie incluse entre quatre murs, et déplacer sa quête spirituelle. Pourtant, si des doutes l’assaillent alors, elle ne faillira jamais, ne proférera pas le moindre mensonge pour justifier l’inimaginable. D’autres le feront pour elle.
L’écriture sensible et poétique, la force des personnages, l’atmosphère rude et sombre du Moyen-Âge, la vraisemblance de la peinture historique, la recherche documentaire délicatement fondue dans le conte, la fin superbe, tout ceci concourt à en faire un très beau roman. Pas tout à fait l’émerveillement ressenti pour  Le cœur cousu, mais une belle réussite tout de même.

Extrait à savourer : Jehanne est partie pour Paris à pied avec son maigre baluchon et un ventre déjà rond qu’elle m’avait palper depuis la fenestrelle en riant.
Nous étions séparées pour de bon. Elle, en branle de par le monde, ferait de routes sa demeure, elle traverserait le pays, mesurerait la création à l’aune de sa foulées, elle vivrait sous le ciel tel un aubain, travaillerait en chemin, s’arrêtant où Pierre et son père trouverait de l’ouvrage, elle irait au-delà du grand calvaire qui marquait la fin de cette terre et barrait l’horizon. Sa marche n’aurait plus d’autres bornes que sa fatigue et que celle de ses compagnons et de leurs mules. elle enflerait la vague des marcheurs, ce peuple nomade, composé d’errants, de fugitifs, de jongleurs, de compagnons et de pèlerins. Ceux qui traînaient leur croix, ceux qui coupaient leurs liens, ceux qui marchaient leur rédemption. et moi, je resterai en ma cellule, contemplant les univers que le Christ me donnerait à voir, immobile, toute à mon voyage vertical, à mon ascension par la prière et chacun saurait où me trouver, comme on sait où trouver un moulin ou une tombe. Elle serait une parole vivante livrée au vent et déjà envolée, et moi un mot lourd gravé dans la pierre.


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Un grand merci à  Aifelle et d’autres avis chez  Antigone,  Clara,  Constance, Emeraude et Leiloona.


Par kathel - Publié dans : France
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