Samedi 20 février 2010
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Présentation de
l'éditeur : Atteint de troubles du sommeil et de rêves perturbants, Eldon Fochs,
respectable homme d'Eglise, décide de consulter un psychothérapeute, Alexandre Feshtig. Bientôt, il lui confesse une attirance coupable pour les jeunes enfants. Lorsqu'une petite fille de la
communauté est violée puis assassinée, Feshtig, qui soupçonne Fochs d'être passé à l'acte, prévient les autorités religieuses qui vont tout faire pour discréditer le psychothérapeute et éviter le
scandale qui se profile. Après Inversion et La Confrérie des mutilés, Brian Evenson poursuit avec Père des mensonges son analyse critique du fait religieux et de la violence
spirituelle, psychologique et sociale, que celui-ci peut susciter. A l'image d'Edgar Poe, il place le lecteur au coeur même d'une folie à l'origine et à l'issue aussi complexes et ambiguës l'une
que l'autre.
L'auteur : Contraint de quitter l'Eglise mormone en raison de la nature de son oeuvre, Brian Evenson dirige aujourd'hui un programme d'ateliers
d'écriture à la Brown University. Il est également traducteur d'auteurs français.
233 pages
Editeur : Le Cherche Midi (7 janvier 2010)
Traduction : Héloïse Esquié
Titre original : Father of lies
Mon avis : Cela fait un bon moment que j’ai terminé ce livre
et que je ne me décide pas à écrire quelque chose à son sujet. Il s’agit donc, comme vous avez sûrement pu déjà le lire ici ou là, des aveux et souvenirs de rêves de Fochs, un prêtre d’une
communauté nommée « du Sang de l’Agneau ». C’est probablement voulu par l’auteur, mais l’action n’est pas tellement située ni dans le temps, ni dans l’espace, ce qui lui donne une sorte
d’universalité qui fait froid dans le dos. Cette plongée effroyable dans l’esprit de Fochs, en alternance avec d’autres documents comme des lettres entre les responsables de l’église et des
rapports du psy de Fochs, n’en a que plus d’impact. L’homme d’église, dont on comprend très vite qu’il est pédophile, est cependant marié et ses actes et pensées épouvantables contrastent avec un
quotidien tranquille.
Pour tout dire, cette lecture met très mal à l’aise, mais la curiosité se maintient par le fait que le psychothérapeute pense qu’une partie des aveux de Fochs est factice. Cela oblige donc à
progresser dans la lecture pour démêler le vrai du faux, pour constater si ces horreurs se passent uniquement dans la tête de Fochs ou dans la réalité. Les passages où Fochs dialogue avec son
double, une espèce d'horrible personnage qui lui dicte ses actes, m'ont laissée perplexe et je n’ai surtout pas voulu y puiser une justification quelconque pour des actes absolument injustifiables.
Le pire est encore le soutien presque sans faille de ses supérieurs de l’Eglise et leur hypocrisie perverse à ne rien voir.
Un livre que je ne peux me résoudre à recommander, parce qu'il ne pourra pas "plaire" à tout le monde, parce qu'il n'a rien de plaisant justement, mais j’admets que ce genre de dénonciation en
forme de coup de poing est tout à fait utile et salutaire.
Extrait : Le jour suivant, je suis de nouveau dans le
bureau de Fehstig. D'habitude, il y a davantage de préliminaires, mais aujourd'hui, il s'assoit en face de moi, armé de son stylo.
- Par où voulez-vous commencer ? (...)
Je tâche d'avoir l'air nerveux, réticent.
- Par un rêve, je dis. Un rêve perturbant.
- Allez-y.
Je commence à lui raconter ce que j'ai fait aux garçons dans mon bureau il y a plusieurs mois, prétendant qu'il s'agit d'un rêve. Je
travestis quelques détails, modifie légèrement l'âge des garçons, mais je ne change rien aux faits essentiels.
En racontant la chose, je me surprends à y prendre de nouveau plaisir. Le fait d'en parler la ravive. Je dois constamment prendre garde à contrôler mes réactions, à veiller à ce que mes expressions
et mon ton de voix restent ceux du choc et de l'horreur. Ce n'est pas facile.
Feshtig m'observe attentivement, sans prendre la moindre note, pour une fois. Lui aussi fait preuve de prudence dans ses réactions, voire de réserve lorsque je relate les meilleurs moments. Mais, à
deux reprises, les coins de ses yeux le trahissent. Il perçoit la puissance de ce que j'ai fait, même s'il refuse de croire que je l'aie fait. Pour lui, ce n'est encore qu'un rêve. La satisfaction
que j'en tire s'en trouve accrue.
Je quitte son bureau en sifflotant entre mes dents, mon fardeau est allégé, mon plaisir éclate. Je commence à croire à l'efficacité de la thérapie, mais pas d'une façon qui plairait à Feshtig. Si
je pouvais, bonté divine, je recommencerai à raconter l’histoire depuis le début.
A lire, les avis d’Amanda, Sentinelle, Dasola, Keisha, Leiloona, Cathulu, Cuné, Pimprenelle, Stephie, Bookomaton et Canel.
Merci à Solène des éditions du Cherche-Midi pour l'envoi.
Par kathel
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Publié dans : Amérique du Nord
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