Présentation de l'éditeur
:Les années 75. On conteste plus que jamais les valeurs bourgeoises sur fond de drogues, de cigarettes, d'art et de poésie. On est très entichées de D.H. Lawrence,
récemment redécouvert.
Gillian Brauer, 20 ans, brillante étudiante de troisième année, voudrait briller encore davantage aux yeux de Andre Harrow, son charismatique professeur de littérature, qui, cette année-là, a créé
un atelier de poésie aussi recherché que sélectif. Fatigué des poèmes plus ou moins convenus qu'elles produisent, Harrow décide de faire écrire et lire en classe à ses élèves leur journal intime,
n'octroyant ses compliment qu'aux confessions les plus osées, ce qui provoque surenchères et accidents parmi les élues (anorexie, tentatives de suicide). Car, on s'en doute, toutes ces demoiselles
sont amoureuses de leur professeur qui en joue sans vergogne. Et Gillian est décidée à plaire autant que Harrow à séduire. Une situation classique, mais dont Oates ne saurait tolérer qu'elle soit
ordinaire. La liaison de Gillian avec Andre Harrow n'a donc rien de banal. Très vite, le rôle glauque de la mystérieuse Dorcas, l'épouse -française- d'Andre, apparaît dans toute sa perversité.
L'auteur : Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début
des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux. Devenue professeur de littérature à l'université de Princeton, elle poursuit la plus prolifique des carrières littéraires (une trentaine
de romans mais aussi des essais, des nouvelles, des pièces de théâtre, de la poésie). Son roman Blonde lui a valu les éloges unanimes de la critique internationale. Mais d'autres titres
avaient déjà fait sa célébrité, dont entre autres : La légende de Bloodsmoor, Bellefleur, Eux, Confessions d'un gang de filles, Corky, Nous étions les Mulvaney, Les chutes. Oates a aussi
écrit plusieurs romans policiers sous le pseudonyme de Rosamond Smith. Elle est mariée, continue d'enseigner à Princeton où elle vit avec son époux qui dirige une revue littéraire, la Ontario
Review. 170 pages
Editeur : Philippe Rey (2003) Traduction : Claude Seban Titre original : Beasts
Mon
avis : Pour le Blogoclub de lecture du premier juillet, le thème choisi était la famille et
le roman sélectionné Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates. Ne le trouvant ni en poche, ni dans mes
bibliothèques préférées, j’ai pris par défaut un roman de l’auteur restant en rayon. Délicieuses pourritures n’est absolument pas sur le thème de la famille ! Il s’agit d’une sombre intrigue
amoureuse sur fond de campus universitaire. Le roman commence par deux retours en arrière successifs, plaçant d’emblée lecteur en pleine attente. Une femme de quarante-quatre ans voit des souvenirs
douloureux remonter à la vue d’un totem aborigène au musée du Louvre. Vingt-cinq ans auparavant, aux abords d’un campus, un incendie se déclare au milieu de la nuit…
Le trio central est ensuite présenté : Gillian, la narratrice, étudiante sans relief, Andre Harrow, son professeur de lettres et l’épouse de celui-ci, l’artiste Dorcas. J’admets que ce roman est
bien écrit, mais les personnages m’ont laissée souvent de marbre, me donnant une impression d’avoir déjà vu mieux dans des séries télé américaines ! Le groupe d’étudiantes est plutôt indifférencié,
sans que des caractères n’en émergent, le couple formé par le professeur et sa femme, tout sulfureux qu’il soit, est au bord de la caricature, tout en mettant plutôt mal à l’aise. Toutefois, la
référence aux métamorphoses d’Ovide, et à l’histoire de Philomèle, a éveillé mon attention ainsi que le titre du roman extrait d’un poème de D. H. Lawrence. J’ai trouvé de la subtilité dans
la description de la relation entre Gillian et son mentor, mais il ne me restera pas grand chose de cette lecture. De J. C. Oates, j’avais aimé Les chutes, beaucoup plus achevé à mon
goût.
Un petit extrait :Depuis le « malentendu » entre M. Harrow et
moi, je me savais isolée dans l’atelier. Ma fragile petite barque était ballottée, désemparée. M. Harrow se montrait maintenant d’une politesse froide à mon égard. S’il souriait, son sourire était
ironique. il ne me taquinait plus en m’appelant « Philomèle » ; il ne m’appelait pas « Gillian » non plus. Il ne se tournait jamais vers moi pour demander mon opinion. J’étais assez naïve pour
penser que, comme moi, il regrettait ce qui s’était passé ; je fus longue à comprendre qu’il était furieux et devait être apaisé.
A mettre en parallèle, pourquoi pas, avec cet extrait des Métamorphoses d’Ovide :
Philomèle est placée sur le vaisseau fatal. La rame fend les flots, et la terre semble s’éloigner : "Je triomphe, s’écrie Térée ! j’emporte enfin cette proie objet de tous mes voeux" ! Sa joie est
un délire ; et déjà il retient à peine la violence de ses transports. Le barbare a le regard sur elle, et ne le détourne jamais. Tel l’oiseau de Jupiter, sous sa tranchante serre, enlève un lièvre
timide, et le porte dans son aire ; il ne craint plus de perdre sa proie, et cependant il fixe encore sur elle l’oeil avide d’un ravisseur.
Le poème de D.H. Lawrence qui a donné son titre au roman : Je vous aime, pourries,
Délicieuses pourritures.
J'aime vous aspirer hors de votre peau
Toutes brunes et douces et de suave venue,
Toutes morbides ...
Sorbes, nèfles aux couronnes mortes.
Je l'atteste, merveilleuses sont les sensations infernales,
Orphique, délicat,
Dionysos d'en-bas.
Un baiser, un spasme d'adieu, un orgasme momentané de rupture
Puis seul, sur la route humide, jusqu'au prochain tournant
Et là, un nouveau partenaire, à nouveau se quitter ...
Une nouvelle ivresse de solitude parmi les feuilles périssantes glacées de gel.
D’autres lectures de ce roman chez Lou, Praline, Ankya, Sylvie (passion des livres) et Lau, ainsi que des lectures de
Nous étions les Mulvaney chez Sylire et Lisa.
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