5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 18:05
Quatrième de couverture : Kim Kiyeong, importateur de films étrangers, père de famille sans histoire, voit sa vie basculer à la lecture d'un haïku de Bashô. Les vers du célèbre poète japonais contiennent un message codé qui le replonge dans un lointain passé. Vingt ans plus tôt, Kiyeong quittait clandestinement la Corée du Nord pour infiltrer Séoul ; l’absence de mission a finalement fait de lui un agent dormant. Son brusque réveil le place au moment du choix : va-t-il obéir à l'ordre de rentrer en Corée du Nord, ce qui peut-être signe aussi son arrêt de mort ?
Il a vingt-quatre heures pour se décider, vingt-quatre heures dont chacune forme un chapitre du livre, en un compte à rebours où le temps s'accélère, comme si c'était sa dernière journée à vivre. Tandis qu'il retrouve ses réflexes d'agent secret, filé, épié, surveillé, Kiyeong fait un retour sur son passé, les choix et les hasards qui l'ont amené jusque-là, la fidélité et la trahison à soi-même, à ses idéaux de jeunesse.
L'Empire des lumières est un roman où la nécessité de penser sa vie et la société où elle se déroule devient une urgence, une question de vie et de mort. Et c est un roman riche et fascinant car, à la fois, il nous propose une lecture critique et très éclairante des vingt dernières années de la Corée du Sud et du Nord, et il nous attache passionnément au destin d'un homme qui voulait changer le monde et découvre que c'est le contraire qui est arrivé.

L'auteur :
Kim Young-Ha, né en 1968, a passé une partie de son enfance dans la zone démilitarisée qui borde la frontière avec la Corée du Nord. Pour écrire L’Empire des lumières, il a rencontré plusieurs réfugiés nord-coréens qui lui ont fourni beaucoup d’informations sur le régime de Pyongyang. Mais il dit que son roman est né d’une phrase de Paul Valéry : "Tantôt je pense, tantôt je suis." Cette phrase trouve un écho dans celles que prononce l’agent secret : "Je croyais que tous les gens aimaient comme moi réfléchir à des choses abstraites. Mais en réalité, tout ce qu’ils veulent, c’est survivre." Il a donné à son roman le titre d'un tableau de Magritte.

384 pages
Editeur :
Philippe Picquier (janvier 2009)
Traduction : Françoise Nagel et Lim Yeong-Hee
Titre original : Biteui Jeguk


Je suis enchantée d’avoir découvert la littérature coréenne avec ce livre qui m’a vraiment  plu autant par son esthétique soignée que par son contenu passionnant. Cette chronique d’une vie quotidienne d’une famille de la classe moyenne urbaine, pourrait sembler fade, mais le suspense s’y introduit très vite et, étant donné que le roman se déroule sur 24 heures, l’aspect « course contre la montre » fonctionne à merveille. Le personnage principal, Kiyeong, reçoit tout d’abord un message mystérieux qui lui enjoint de retourner au Nord, lui qui vit en Corée du Sud depuis vingt ans. Estomaqué par cette nouvelle, il passe sa journée à s’interroger sur ce qu’il est devenu, sur le regard qu’il porte sur son nouveau pays, sur la meilleure façon d’agir pour lui, tout en se remettant en mémoire beaucoup d’aspects oubliés de sa première vie : les films qu’il n’avait jamais vus, les appartements-harmonicas, les parties de pêche avec son père, le « paradis socialiste »… Sa femme Mari, qui ne connaît rien de cette vie secrète de Kiyeong, passe de son côté et pour d’autres raisons, une journée bien inhabituelle, ainsi que la jeune Hyeon-Mi, leur fille à tous les deux. J’ai éprouvé beaucoup d’empathie pour ces personnages, avec leurs petits défauts, leurs compromissions, leurs tentatives pour réagir à un quotidien un peu morne. La jeune Hyeon-Mi, à la fois idéaliste et réfléchie, observatrice avisée de ses contemporains, est particulièrement attachante.
L’écriture est parfois assez neutre, transcrivant les dialogues et les actions, parfois plus poétique, pour les souvenirs des personnages, où quelques phrase sonnent comme des haïkus. J’ai beaucoup aimé celle-ci :
La nuit lorsque les branches se brisaient sous le poids de la neige, le vieux couple faisait l’amour en silence.

La réflexion sur l’identité, « Qui est-on, celui qu’on était à la naissance ou celui qu’on est devenu ? », est très riche et la psychologie des personnages très réussie.
Une belle découverte que je vous ferez aussi, je l’espère !

C’est grâce à
Naina qui a eu un coup de cœur pour ce roman que je l’ai découvert et aussi Virginie... Quant à Catherine, elle présente d’autres livres du même auteur qui me tentent déjà !

Extraits : 7 HEURES

Au galop !
Il ouvre les yeux. Son corps est lourd. Il a un mauvais goût dans la bouche. A mesure que ses pensées s'éclaircissent, trois mots s'imposent de plus en plus dis­tinctement dans son esprit, telle une silhouette surgissant de la brume : mal de tête. Il n'en a jamais souffert auparavant, mais il imagine que ça doit ressembler à ça, quand on a mal à la tête. Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? Trois mots aussi banals pour définir une douleur aussi singulière lui semblent insuffisants et injustes. A cause de ce mal qui s'est déclaré hier soir, il se sent envahi d'un sinistre pressentiment sur tout ce qui va lui arriver dès qu'il aura mis le nez dehors. Son corps lui fait soudain horreur. Il a l'impression qu'un poids énorme lui écrase les épaules ; sa chair, depuis toujours épargnée par la souffrance, se réveille brusquement et proteste avec véhémence. La douleur physique se double subtilement d'un malaise psychologique mais il n'a aucune idée de ce qu'il faut faire pour la calmer.
Plus il y réfléchit, plus la douleur s'aggrave. Il a l'impression qu'on lui enfonce des aiguilles dans la nuque. Alors il décide d'accueillir ce mal inconnu comme un invité et le trouve aussitôt beaucoup plus supportable.

Enfin le message décisif apparaît :
    Au fond de la jarre
    sous la lune d’été
    une pieuvre rêve
Kiyeong ravale sa salive. En fait, il serait plus exact de dire que chaque particule de sa salive se fraie difficilement un chemin dans sa gorge. Il boit d’un trait son café qui est en train de refroidir à côté de la souris. Si sa mémoire est bonne, ce haïku doit être le message codé signifiant l’ordre n°4.

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commentaires

Ys 05/06/2009

Ah c'est le genre de livre que j'achèterais rien que pour la couverture : j'adore ce tableau de Magritte, d'ailleurs, n'importe quel tableau de Magritte pourrait me faire acheter n'importe quel livre ! Par contre, le côté coréen me tente moins...

Nanne 06/06/2009

Tiens, c'est un livre qui paraît très intéressant car il est rare de lire des ouvrages coréens ! En plus, il a l'air d'être mené avec un rythme rapide, comme j'aime ... Je retiens ce roman que je ne connaissais pas du tout !

Mango 06/06/2009

Si Naina en a parlé cette année, alors je l'ai sans doute déjà noté et tu enfonces le clou. "Intrigue sur 24 H, esthétique soignée, contenu passionnant" Tout pour plaire, quoi!

pom' 07/06/2009

je note

zarline 08/06/2009

ça a l'air sympa, je note. En plus je n'ai jamais lu d'auteurs coréens...

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