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Lundi 3 novembre 2008
Rentrée littéraire 2008
Quatrième de couverture : Un jour du mois de septembre 1981, le joaillier Isaac Amin est arrêté par deux gardiens de la Révolution à Téhéran et jeté en prison. Son seul forfait : être juif dans un pays où le fanatisme musulman ne cesse de croître. Sa fortune et ses vagues liens avec le régime du shah rendent sa situation encore plus périlleuse. Angoissé par le sort de sa famille dont il n’a aucune nouvelle, il est torturé comme les autres détenus mais s’entête à clamer qu’il n’est pas un espion à la solde d’ Israël.
Isaac est terrassé par la peur, la terreur de l’inconnu et l’idée qu’il ne reverra peut-être jamais sa femme ni ses enfants. Quant à ceux-ci, ils sont dans l’ignorance absolue de ce qu’il lui est arrivé.
Un début littéraire qui a toutes les qualités d’un roman passionnant, Septembre à Shiraz décrit un univers où les personnages, très attachants, s’interrogent sur les questions essentielles de l’identité, de l’aliénation, de l’exil et de l’amour.
Traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter  Editions J.C. Lattès (
septembre 2008) 354 pages Titre original : The septembers of Shiraz

Mon avis : Au début des années 80, à Téhéran, une famille est bouleversée par l’arrestation du père, joaillier accusé d’être juif et d’avoir eu quelques relations avec l’entourage du Shah destitué. Le point de vue de chaque membre de la famille est abordé à tour de rôle : Isaac lui-même, emprisonné sans explication sur ce qui lui est reproché, son épouse qui tente de gérer la vie quotidienne et de savoir où est son mari, sa fille de neuf ans à qui on n’explique rien et qui tente de comprendre à sa façon, son fils qui vit aux Etats-Unis et a peu de nouvelles de son pays… 
J’ai été légèrement gênée au début par le style que je trouvais un peu lourd, avec quelques adjectifs inutiles et je suis même allée chercher le début du texte original pour voir si c’était la traduction qui était en cause… J’en ai déduit que je devenais un peu trop exigeante à force de fréquenter de très bons auteurs et ai trouvé la suite tout à fait acceptable. Cette petite réserve est pour la forme donc, car en ce qui concerne le fond, le récit, qui a des accents de vécu, est tout à fait intéressant concernant la vie en Iran dans les années 80, au début du régime des Gardiens de la Révolution.
J’ai revu au moment où je lisais ce livre le film Persépolis de Marjane Satrapi et il est impossible de ne pas faire le parallèle entre les vies de ces deux jeunes femmes. Le milieu décrit par Dalia Sofer est celui des juifs iraniens, persécutés du fait de leur religion par ce régime alors que d’autres l’étaient pour leurs convictions politiques. Comment ces petites et grandes humiliations et mises à l’écart en viennent à pousser une famille à tout laisser pour fuir loin de son pays est très bien décrit par Dalia Sofer qui a quitté l’Iran à dix ans. Le parallèle avec la vie du fils de la famille exilé à Brooklyn, et ses sentiments à lui apportent un autre point de vue très intéressant aussi. Les personnages nombreux, bien décrits, ne sont ni caricaturaux ni manichéens, même quand ils sont du côté des tortionnaires.
Une très bonne lecture donc, que Naina a apprécié elle aussi.

J’ai trouvé une interview de Dalia Sofer qui éclaire particulièrement bien ce roman sur Bookgroup. C’est en anglais, en voici donc quelques petits extraits traduits de mon mieux, en espérant en avoir conservé le sens.
Est-ce votre propre expérience de l’exil qui vous a poussé à écrire Septembre à Shiraz ?
J’ai longtemps vécu avec un sentiment de dualité, de vivre entre deux cultures, deux lieux, deux histoires. Je pense que pour un exilé le passé, souvent idéalisé, tend à masquer le présent plus récent et même la possibilité d’un avenir. Andre Aciman a écrit quelque chose qui résonne vraiment en moi : « Un exilé n’est pas seulement quelqu’un qui a perdu sa patrie, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à en trouver une autre. »(…)
Plus récemment, j’en suis venue à penser que l’exil n’est pas simplement géographique ; c’est un état d’esprit, dont chaque être humain fait l’expérience d’une manière ou d’une autre.


Le début :  Lorsque, à 12 h 30, deux hommes armés de fusils font irruption dans son bureau, Isaac Amin comprend aussitôt qu’il ne pourra tenir sa promesse de déjeuner avec sa femme et sa fille.
- Frère Amin ? l’interpelle le plus petit.
Isaac acquiesce d’un signe de tête. L’intrusion ne le surprend guère, on avait embarqué son ami Kouroush Nassiri quelques mois auparavant et, depuis plusieurs semaines, la nouvelle de la disparition du boulanger Ali était sur toutes les lèvres.
- Nous sommes ici sur les ordres des gardiens de la Révolution, poursuit le même homme.
Le fusil pointé sur Isaac, il s’approche de lui d’un pas trop allongé pour ses jambes courtaudes.
- Tu es en état d’arrestation, frère.
Le tutoiement est de rigueur depuis la Révolution. Isaac ferme le livre d’inventaire qu’il était en train de consulter. Il balaye des yeux son bureau, puis les témoins indifférents de l’événement : des dossiers éparpillés, un presse-papier en métal, un paquet de cigarettes Dunhill, un cendrier en cristal, une tasse de thé en train d’infuser où flottent deux feuilles de menthe. Son agenda est ouvert à la date du jour, 20 septembre 1981, sous laquelle il a griffonné des mémentos -téléphoner à M. Nakamura au sujet des perles, prendre livraison vers 15 heures des opales noires expédiées d’Australie, chaussures à porter chez le cordonnier- autant de rendez-vous qu’il ne respectera pas. Sur la page opposée, il y a une photo sur papier brillant du mausolée de Hâfez à Shiraz. La ville des poètes et des roses, précise la légende.
- Puis- je voir vos papiers ? demande Isaac.
- Nos papiers ? ricane l’homme. T’en fais pas pour ça, frère. »


Sur le thème de l’exil, je vous recommande : Sasa Stanisic (Le soldat et le gramophone) et j’aimerais lire aussi : Dinaw Mengestu (Les belles choses que portent le ciel) et Nami Num (Miles from nowhere).

Par kathel - Publié dans : Iran
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