21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 10:57
Résumé du livre : 1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d'Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. A sa grande surprise, l'homme qui descend du train est son neveu Xavier qu'elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l'engagement dans l'armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l'enfer des champs de bataille en France...
L'auteur : Canadien aux racines indiennes, écossaises et irlandaises, Joseph Boyden a créé l'événement dans les pays anglo-saxons avec son premier roman, Le chemin des âmes. Salué par Jim Harrison, Le chemin des âmes a été traduit en 15 langues et est devenu le premier ouvrage officiellement disponible en langue Cree, dont la nation compte encore 200 000 membres. Joseph Boyden est également l'auteur d'un recueil de nouvelles, Là-haut vers le Nord, aux éditions Albin Michel.
470 pages Collection : Le Livre de Poche Traduction : Hugues Leroy Titre original : Three-day road

Mon avis :  Attention, coup de cœur ! Le thème central de ce livre est l’engagement des indiens canadiens, de l’ethnie cree en particulier, au côté des britanniques et des français dans les tranchées de la première guerre mondiale et l’utilisation de leurs qualités de chasseurs et de guetteurs pour faire des ravages dans les rangs ennemis.
L’alternance entre le récit de Xavier, de retour de la guerre, et celui de sa tante Niska, qui lui conte l’histoire familiale pour essayer de ramener à la vie son neveu, devenu morphinomane, est superbe. Niska nous fait plonger dans les coutumes de leur société de chasseurs, nous montre l’assimilation de certains d’entre eux, la façon dont sont perçus ceux qui refusent de s’assimiler : étonnement, dédain, curiosité ou peur… Elle raconte l’enfance de Xavier et de son ami Elijah, qui partiront à la guerre ensemble. C’est aussi l’histoire d’une grande amitié entre les deux jeunes gens, forgées à la chasse, qui continue dans les tranchées jusqu’à ce que la folie s’empare d’Elijah. Je ne vous en raconterai pas plus…
L’écrivain s’est inspiré de l’histoire vraie de Francis Pegahmagabow, un Amérindien issu de la réserve où a grandi sa mère. Ce tireur d'élite cree aurait tué à lui seul près de 400 soldats allemands. Mais il n’est pas seulement question de fait d’armes, mais surtout de la répercussion sur ceux qui restent en vie, de toutes ces morts autour d’eux : le respect des indiens crees pour les morts et leur croyance dans un au-delà paisible est très intéressant. Ce roman est parfaitement bien documenté sur les combats dans l’Aisne, en particulier la bataille de Vimy en 1917.  Il y a des passages très durs, les bombardements, la vie horrible dans les tranchées, les exactions commises, rien ne nous est épargné. Jim Harrison parle «  d’un roman brillant et sombre à la fois : Il vous fera peut-être souffrir, mais il en vaut irrésistiblement la peine ». et je ne peux qu’approuver. Le fait que le roman est écrit à la première personne et au présent fait que l’on se retrouve au cœur des combats, et c’est extraordinairement prenant.

Voici quelques extraits d’un entretien donné par l’auteur sur le site canadien Voir :
Ces soldats amérindiens canadiens ont joué un rôle capital dans la célèbre et très funeste bataille de Vimy, en 1917.
« Absolument. Cette effroyable bataille a été gagnée grâce à l'audace et aux prouesses homériques de quatre divisions militaires canadiennes, qui perdirent 3598 soldats. Les Amérindiens ayant participé à cette bataille étaient des soldats résolus, audacieux et exemplaires. Pourtant, à l'époque, ils n'étaient pas reconnus comme des citoyens canadiens à part entière. Ils étaient victimes d'une discrimination institutionnalisée. On bafouait sans ambages leurs droits, on interdisait leur langue, on les christianisait de force. Ils vivaient dans des réserves miséreuses et n'avaient pas le droit de vote. Ils ne l'obtiendront qu'en 1968. C'est un chapitre sombre et honteux de l'histoire du Canada. »
Vous considérez-vous comme un Amérindien?
« J'ai des origines amérindiennes, irlandaises et écossaises. Je ne me considère pas comme un Amérindien, ou un Irlandais, ou un Écossais. Je me considère comme un Canadien typique, c'est-à-dire un être ayant une identité multiculturelle. »
Votre livre est aussi une méditation vigoureuse sur les méfaits de la guerre.
« J'ai voulu montrer comment la guerre peut broyer même les amitiés les plus coriaces et les plus fraternelles. Les deux personnages de ce roman, Elijah et Xavier, étaient des amis inséparables. La guerre lacérera leur amitié et leurs destinées. »

Extraits du roman :
Bien des jours, je suis restée cachée dans les bois, aux abords de la ville. Je n'en sors qu'au signal, pour me mettre en quête de celui que j'attends. Elle est laide, cette ville ; bien plus grande, encore, que celle qu'on appelle Moose Factory. C'est une ville où je n'étais jamais allée ; un endroit où je ne retournerai jamais. Bien trop de wemistikoshiw à mon goût, qui se promènent dans les rues poudreuses avec leurs drôles de vêtements, habillés pour le froid tandis que, sur nos têtes, éclate un soleil d'été bouillant.
Le jour, je me cache avec soin ; mais quand le cri de la chose retentit, il faut bien que je me montre. Que je marche à leurs côtés. Eux me dévisagent; me montrent du doigt; parlent de moi comme s'ils n'avaient jamais croisé l'un de mes semblables. Que voient-ils en moi ? Une vieille, toute maigre, un peu folle ; une bête indienne, tout droit sortie de sa forêt. Mes provisions s'épuisent. Bientôt, je n'aurai plus que de quoi nous ramener. J'ai commencé à tendre des collets autour de mon campement ; mais les lapins, dirait-on, craignent ces lieux tout autant que moi.
L'endroit où s'arrête la chose est une simple estrade de bois, avec un petit abri pour les jours de mauvais temps. La route qui mène là-bas est couverte de poussière. Des automobiles, comme celle que conduit le Vieux Ferguson à Moose Factory, s'y précipitent un jour sur deux, toutes en même temps. Je les ai vus verser sur la route un produit qui ressemble au pétrole des lampes; cela n'empêche pas la poussière de monter. Elle tapisse l'intérieur de mon nez, me pique les yeux. Au moins ce nuage me cache-t-il un peu, si bien qu'ils sont moins nombreux à me voir.
Là où je me rends, c'est tellement noir de suie qu'il faut que je me baigne, chaque fois que je reviens sans l'avoir trouvé. La nuit, je ne dors plus. Je me tourmente. Je crains que les mots n'aient menti ; qu'il ne vienne jamais; que je meure ici à l'attendre.
Aujourd'hui encore, j'entends le signal ; aujourd'hui encore, je les laisse arriver les premiers avant de les rejoindre.


Alors McCaan s’emploie à bander la plaie, mais nous savons tous que ça ne sert à rien. Je me penche sur le visage de Sean Patrick et je plonge mes yeux dans les siens : il me répond par un regard de pure terreur. Moi, je souris pour le rassurer, lui faire comprendre que bientôt il sera sur le long chemin où il ne connaîtra plus la peur ni la douleur, le froid ni la pluie. Je vois que sa terreur recule un peu, en même temps que la lumière s’éteint dans ses yeux.

Vous pouvez trouver un article sur le site des Etonnants Voyageurs et écouter un extrait lu (et traduit) sur Télérama radio
J'ai vu qu'elles l'avaient lu aussi mais, pour ne pas être influencée, je n'ai parcouru leurs billets que rapidement : Sophie, Katell, Gachucha, Amanda, Chimère, Joëlle,
Betty et Frisette.

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commentaires

Karine 21/08/2008

Bon... il faut que je le lise, alors! C'est horrible à quel point je ne lis presque jamais de romans canadiens hors-québec!!! Le thème de celui-ci semble intéressant et si c'est un coup de coeur pour toi... encore une meilleure raison!

Mimienco 22/08/2008

J'avais déjà noté la référence que tu avais laissé dans un com' sur mon blog, ta critique ne fait que renforcer ma curiosité!

Georges F. 22/08/2008

Vous en parlez joliment, ça devient tentant. Merci.

Brize 23/08/2008

Malgré son côté éprouvant, ce que tu dis de ce roman m'attire : j'irai le feuilleter à la bibliothèque !

keisha 02/10/2009


Tiens tiens ce matin deux billets sur cet auteur, et je reviens au tien, lu un peu vite parmi les innombrables billets du GR au retour des vacances. Je note je note!


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