Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 09:10
Mot de l’éditeur :
Poétique et poignante, l'histoire d'une quête éperdue de la vérité familiale. Jennifer Johnston dresse un portrait de femme à la fois grave et lumineux, porté par la délicatesse de son écriture.
Sally est actrice. De retour à Dublin après une tournée triomphale sur les scènes européennes, elle ne s'attendait pas à pareille nouvelle : son mari est sur le point de la quitter.
Cette annonce lui fait l'effet d'un choc. Elle réalise qu'elle n'a jamais été heureuse, qu'elle est devenue actrice pour mieux se fuir elle-même, et que si elle veut retrouver un peu de sérénité il lui faut découvrir ce que sa mère a toujours refusé de lui livrer : l'identité de son père.
Sally va alors se tourner vers le seul être capable de lui donner des réponses, son grand-père, un évêque anglican, et découvrir, effarée, l'histoire de sa famille, hantée par le mensonge et le déni...

Editeur : Belfond Traduit de l’anglais (Irlande) par Anne Damour  228 pages  Titre original : Grace and truth 

Biographie de l’auteur :
Jennifer Johnston est la fille du dramaturge Denis Johnston et de sa première épouse Sheelagh Richards, actrice et metteur en scène. Elle a suivi ses études au Trinity College. Mère de quatre enfants, elle vit aujourd'hui à Derry. Elle a commencé à écrire ses premiers romans à l'âge de 35 ans. Elle avait alors deux enfants et l'écriture lui permettait de rester disponible pour eux. Ses romans ont été traduits et publiés dans plusieurs pays. Elle est également auteur de pièces de théâtre. Elle a reçu de nombreuses récompenses pour son oeuvre.

Ce que j’en ai pensé : J’ai eu du mal à me décider à parler de ce roman très intimiste. Sally, la narratrice, se remémore le décès de sa mère, qui s’est suicidée, et dans les moments de doute où elle se trouve, son mari la quitte… Dans cette situation pas très rose, Sally, qui est une actrice de théâtre reconnue, ne sombre pas complètement et essaye, pour donner un sens à sa vie, de connaître l’identité de son père que sa mère lui a toujours cachée. Elle va donc s’adresser à son grand-père, seule famille proche qui lui reste, et qui ne semble guère ravi de la voir. Ils feront tout de même plus ample connaissance, jusqu’à un aveu écrit par son grand-père.
C’est ce qui m’a gêné dans ce roman, et rétrospectivement, je sens que c’est tout à fait voulu par l’auteur : cette révélation est terrible et pourtant le grand-père semble se justifier, trouver des circonstances atténuantes à un acte impardonnable. C’est tellement bien écrit qu’on a l’impression de le cautionner en continuant sa lecture, ce qu’on ne peut s’empêcher de faire toutefois. Dommage aussi, pour qui aime l’Irlande, elle reste une toile de fond très discrète, à part le port et la jetée de Dun Laoghaire… Par contre, j'ai beaucoup aimé les références au monde du théâtre.
Je lirai volontiers d’autres romans de cet auteur, en espérant que le thème me heurte un peu moins la prochaine fois… J’ai repéré : Ceci n’est pas un roman, Petite musique des adieux, Une femme qui court.

Extrait :
J'étais vannée.
Salement, définitivement vannée.
Assise sur le canapé, les pieds surélevés, je regardais la guerre à la télévision. Dehors, c'était sans aucun doute le début du printemps ; le soleil couchant glissait derrière la colline, irisant le sommet des pruniers, se reflétant sur les vitres du haut. Sur l'écran, les mots tombaient de la bouche d'hommes déterminés. Un officier américain venait de dire avec autorité : «Ils ne marquent pas de temps d'arrêt. Ils sont simplement en train de se regrouper et de réfléchir à leur prochaine action.» Un éclair lumineux jaillit derrière lui tandis qu'il parlait ; une énorme boule de feu tournoya dans le ciel. Il paraissait très propre et bien nourri. Deux petits enfants apparurent, levant les mains, leurs yeux noirs figés par la peur. J'entendis le bruit de la clé dans la porte, puis un silence, et ensuite la porte claquer. «Nous passons maintenant l'antenne à Rageh Omaar, à Bagdad...»
Il jeta sa serviette sur le sol de l'entrée et lança son manteau au pied de l'escalier.
J'entendis ses pas derrière moi.
«Il est charmant, non ? demandai-je.
- C'est moi, Charlie.
- Tu es charmant, toi aussi.»
Il effleura mes cheveux d'une main distraite. Sur le moment, je ne remarquai pas qu'elle était distraite.
«Jeux de rôle, dit-il.
- Hun hun.
- Qui gagne ?
- À ton avis ?
- Personne.
- Dix sur dix.»
J'éteignis le beau Rageh Omaar.
Nous mangeons toujours dans la cuisine quand nous n'avons pas d'invités.
La pièce est d'un beau jaune vif, avec des portes qui ouvrent sur la terrasse, où, l'été, mes herbes aromatiques embaument. J'en suis très fière.
Vers huit heures et demie ce soir-là, le soleil avait disparu, mais les enfants des voisins jouaient encore au foot avant d'aller se coucher.
Magne-toi, connasse ! Lève les pieds, merde ! Maintenant. Tout de suite ! Espèce d'andouille. Oh, putain ! pourquoi ces foutues filles sont-elles incapables de shooter ? Je m'en vais. Un ballon s'écrase sur une plate-bande. Une porte claque. Des larmes au loin. Maamaan.
Charlie se tenait près de la fenêtre, essuyant un verre avec un torchon. Crrr.
«Où veux-tu prendre le café ? »
Crrr.
«Ici ou dans l'autre pièce ? »
Crrr.
Je posai deux tasses sur un plateau et regardai la vapeur jaillir du bec de la bouilloire. De chez les voisins arrivait un bruit de voix aiguës. Batailles rangées à l'heure du coucher.
«Ne fais pas ça. Ça m'exaspère.»
Je versai l'eau sur le café moulu.
«Charlie.»
Il posa le verre et laissa tomber le torchon sur le sol.


Ils l'ont lu également : 
Florinette, Pom et Yvon.

Par kathel - Publié dans : Iles britanniques
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