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Mercredi 28 mai 2008
Présentation de l'éditeur :
À presque quarante ans, Lorenzo Brown sort enfin de prison. Bien décidé à se tenir à carreau, il s'investit corps et âme dans une association de défense des animaux maltraités. Mais dans les quartiers les plus miséreux de Washington D.C., le pouvoir reste entre les mains des patrons de la drogue. Et voici Brown à nouveau embringué dans le cycle infernal de la violence...

Biographie (d’après Pol’art noir) : George P. Pelecanos est un pur produit de Washington DC, capitale des États-Unis et siège de la Maison Blanche. Il y est né, en 1957, de parents d'origine grecque, y a grandi, loin du fameux bureau ovale et plutôt du côté des quartiers noirs et ouvriers, y a appris la vie, et y réside aujourd'hui.
À dix-sept ans, un évènement inattendu va changer le cours de son existence : il blesse accidentellement un ami au visage avec une arme à feu. Celui-ci échappera de peu à la mort et Pelecanos prend alors conscience de la fragilité de la vie humaine et de la facilité avec laquelle le destin frappe parfois à la porte.
Il fait quelques études de cinéma à l'université de Maryland et enchaîne les petits boulots : d'abord dans le snack de son père, puis en tant que barman, cuistot, ou encore vendeur de chaussures. En 1981, retour au cinéma chez Circle Film, où il organise la distribution de films tels que The Killer de John Woo, ou Un Ange à ma Table de Jane Campion. La légende voudrait qu'il ait produit certains films des frères Coen, mais il semblerait bien que ce soit justement... une légende. C'est aussi l'époque où il se met à écrire, surtout la nuit.
En 1990, il tente l'aventure de l'édition avec un premier roman, A Firing Offense, qui sera d'abord refusé, puis finalement édité en 1992. Dès lors le succès arrive rapidement et il va enchaîner les romans, au rythme d'au moins un chaque année, et est considéré à juste titre comme une des références de la littérature noire américaine.
Editeur : Points  Traduit de l’américain par Etienne Menanteau
311 pages 

Ma lecture : Je découvrais George Pelecanos avec ce roman, et ça a été une révélation, non pas brusque, mais montant petit à petit à mesure que les pages tournaient ! C‘est un drame, un vrai drame, presque shakespearien, avec beaucoup de tendresse pour les personnages : Lorenzo Brown, qui en sortant de prison, a trouvé une nouvelle vie en s’occupant d’animaux maltraités ou délaissés, en essayant de dialoguer avec leurs maîtres pour améliorer leurs conditions de vie ou en intervenant de façon plus autoritaire si nécessaire.
Rachel Lopez est sa contrôleuse de correctionnelle, elle met du cœur à son travail, malgré ou à cause des failles qui rythment sa vie.
On ne sent pas tout de suite le drame se nouer, mais, sans vous en dire plus, sachez que Lorenzo a conservé quelques amitiés dans le milieu des trafiquants de drogue. Quand les événements se précipitent, on y assiste en spectateur impuissant, c’est très bien écrit et très visuel, et j’ai vraiment été touchée à cette lecture. J’irai plus loin avec cet auteur, c’est sûr !

Extraits :
    Lorenzo Brown ouvrit les yeux. Contempla les fissures du plafond en plâtre et reprit ses esprits.
    Il ne se trouvait pas dans un lit de camp, mais au fond d'un vrai plumard bien propre. Dans un appartement dont les portes s'ouvraient et se fermaient à volonté. Dans un appartement où il pouvait se déplacer à sa guise.
    Il balança les pieds par-dessus le bord du matelas. Sa chienne, une bâtarde de taille moyenne qui répondait au nom de Jasmine, se leva de son coin de tapis, s'étira et s'ébroua. Et vint le voir en faisant cliqueter ses griffes sur le plancher et posa le museau sur son genou. Il la frotta derrière les oreilles et lui flatta les flancs. (...)


    - Tu te rappelles l’époque où Washington avait été rebaptisée Dodge City ?
    - C’était un coup des journalistes. Ceux qui ont la trouille de venir dans les quartiers sur lesquels ils pondent des articles.
    - Les gens ordinaires ne supportaient pas qu’on appelle leur ville comme ça.
    - Ils avaient raison. Il aurait mieux valu l’appeler Drama City.
    - Un peu comme les deux visages suspendus au-dessus de la scène dans certains théâtres, celui qui sourit et celui qui pleure…
    - Cette ville a plus que deux visages.

par kathel publié dans : littérature américaine
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Samedi 24 mai 2008
La quatrième de couverture :
Ruth est inquiète. Depuis quelques semaines, le comportement de sa mère est pour le moins étrange : elle se sent épiée et ne cesse de répéter qu'elle court un grave danger. Qui pourrait donc s'en prendre à une vieille femme menant une existence paisible dans un cottage anglais ? Personne. À moins que cette femme ne soit pas tout à fait celle qu'elle prétend être...

Né au Ghana en 1952, William Boyd a enseigné la littérature à Oxford avant de se consacrer à l'écriture. Il est l'un des écrivains les plus doués de sa génération. Un Anglais sous les tropiques, son premier roman, a été porté à l'écran en 1994.
Editeur : Points Traducteur : Christiane Besse  393 pages  Titre original : Restless

Mon commentaire : J’ai beaucoup aimé William Boyd, je me suis régalée il y a assez longtemps à lire Un anglais sous les tropiques, Un après-midi bleu ou Les nouvelles confessions, j’étais donc très contente de le retrouver et je n’ai pas été déçue. J’ai trouvé  ce roman très bien construit, car dès la fin du premier chapitre, on est déjà complètement accroché et avide de connaître la suite.
L’auteur fait un va-et-vient entre l’histoire de Ruth, en 1976, qui découvre que sa mère, Sally, a un passé qui lui est complètement inconnu et la vie d’espionne de Sally, alias Eva Delektorskaia, en 1941. Ruth est un personnage qui a de l’épaisseur, qui n’est pas là uniquement pour faire valoir le récit que sa mère lui donne à lire, mais qui va jouer un rôle important aussi pour retrouver le mystérieux Lucas Romer, mentor de sa mère pendant la guerre.
Pour tout dire, j’ai même préféré les parties plus contemporaines, mais c’est une affaire de goût, je pense, et une empathie plus grande avec Ruth qu’avec Sally. J’ai eu un peu de mal à suivre les intrigues entre espions, à cause des sigles des différents bureaux et de leurs ramifications. Malgré ce léger bémol, ce roman reste très agréable à lire et tout à fait passionnant, avec des personnages très intéressants et pas caricaturaux : la mère de Ruth, notamment, est haute en couleurs dans son rôle d’espionne à la retraite, mais il faut noter aussi les élèves de Ruth, son fils, l’oncle de celui-ci…

Extraits du livre :
Quand, petite, je me montrais grincheuse, contrariante et dans l'ensemble insupportable, ma mère me réprimandait avec des : «Un beau jour, quelqu'un viendra me tuer et tu le regretteras», ou bien : «Ils arriveront de nulle part et ils m'emporteront - et alors tu diras quoi ?» ou encore : «Un beau matin, tu te réveilleras et je ne serai plus là. Disparue. Attends un peu de voir.»
Curieux, mais enfant on ne prend pas au sérieux ce genre de remarque. En revanche, aujourd'hui - alors que je repense aux événements de cette interminable canicule de 1976, cet été pendant lequel l'Angleterre tituba, suffoquée, terrassée par une vague de chaleur interminable -, je sais ce dont ma mère parlait : je comprends ce sombre courant d'une peur profonde qui circulait sous la calme surface de sa vie ordinaire, et qui ne l'a jamais quittée, même après des années d'une existence paisible, sans rien d'exceptionnel. Je m'en rends compte maintenant : elle a toujours redouté qu'on vienne la tuer. Et elle n'avait pas tort.
Tout a commencé, je me souviens, début juin. Je ne sais plus le jour exact - un samedi, vraisemblablement, puisque Jochen n'était pas à la maternelle -, et comme d'habitude nous sommes partis en voiture pour Middle Ashton.


Derrière moi, Jochen regardait à travers la vitre arrière de la voiture - il aimait bien voir la route «se dérouler», affirmait-il. J'écoutais de la musique à la radio quand je l'ai entendu me poser une question.
«Si tu parles à une fenêtre, je ne peux pas te comprendre, ai-je dit.
- Pardon, Maman.»
Il s'est tourné, a posé ses coudes sur mes épaules et j'ai entendu sa petite voix tranquille dans mon oreille. «Est-ce que Granny est ta vraie maman ?
- Bien sûr. Pourquoi ?
- Je ne sais pas... Elle est si étrange.


Les avis contrastés de : Marie, Papillon,
Sophie,  BMR et MAM, AgapantheSo, Cathulu et Gambadou

par kathel publié dans : littérature anglaise
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Mardi 20 mai 2008
Présentation de l'éditeur :
Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie. La souffrance, l'incompréhension, l'incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d'implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience - et sa rédemption par la littérature. L'année de la pensée magique a été consacré " livre de l'année 2006 " aux Etats-Unis. Best-seller encensé par la critique, déjà considéré comme un classique de la littérature sur le deuil, ce témoignage bouleversant a été couronné par le National Book Award et vient d'être adapté pour la scène à Broadway, par l'auteur elle-même, dans une mise en scène de David Hare, avec Vanessa Redgrave.

Biographie de l'auteur :
Joan Didion est l'une des figures intellectuelles les plus respectées outre-Atlantique. Née en 1934 à Sacramento, en Californie, elle entre très jeune comme rédactrice au magazine Vogue, puis devient l'une des chroniqueuses les plus pointues de la scène politique et culturelle américaine. Ses nombreux romans et essais (sur " l'esprit " des années 60 et 70, sur la Californie, le Salvador ou encore Miami) lui ont valu la reconnaissance unanime de la critique. Elle contribue aujourd'hui régulièrement aux magazines The New Yorker et The New York Review of Books.
281 pages    Editeur : Grasset & Fasquelle  Traducteur : Pierre Demarty Titre original : The year of magical thinking

Ce que j’en pense : Je dois dire que j’ai avancé un peu craintivement dans les premières pages du livre, le sujet en étant le récit de l’année qui a suivi la mort subite du mari de Joan Didion. Mais pas de pathos ni de mélodrame. Ce récit vécu est très sobre, très précis, presque clinique dans les descriptions des sensations qui accompagnent les premiers jours. Elle ne s’effondre pas en hurlant, « une cliente facile » dit-on d’elle à l’hôpital… Par la suite, elle ne se replie pas sur elle-même, ne s’apitoie pas, elle cherche même des écrits scientifiques décrivant cet état transitoire où elle se trouve. C’est incroyable comme elle a réussi à se souvenir de toutes ses pensées, ses impressions, a posteriori, tout en avouant qu’elle avait l’esprit « embourbé » dans ces jours difficiles. S’ajoute à ce malheur l’hospitalisation de sa fille Quintana, jeune femme d’une quarantaine d’années, dans un état très grave, suite à une septicémie. C’est donc un récit très pudique et touchant, qui peut être aussi lu comme une déclaration discrète d’amour pour l’homme qui a partagé quarante ans de sa vie et pour sa fille…

Extrait :
La vie change vite.
La vie change dans l'instant.
On s'apprête à dîner et la vie telle qu'on la connaît s'arrête.
La question de l'apitoiement.
Tels étaient les premiers mots que j'avais écrits après l'événement. Le document Microsoft Word («Notes sur changement.doc») est daté du «20 mai 2004, 23 h 11», mais sans doute l'ai-je simplement ouvert ce jour-là puis sauvegardé par réflexe avant de le refermer. Je n'avais apporté aucune modification à ce document, ni en mai, ni depuis que j'avais écrit ces mots en janvier 2004, un ou deux ou trois jours après les faits.
Pendant longtemps je n'ai rien écrit d'autre.
La vie change dans l'instant.
L'instant ordinaire.
A un moment, afin de me rappeler ce qui semblait le plus frappant dans ce qui était arrivé, j'ai songé à ajouter ces mots : «l'instant ordinaire». J'ai tout de suite vu qu'il serait inutile d'ajouter le mot «ordinaire», parce que de toute façon je ne l'oublierais pas : il ne quittait jamais mon esprit. C'était même le côté ordinaire de tout ce qui avait précédé l'événement qui m'empêchait de croire pour de bon qu'il avait eu lieu, de l'absorber, de le digérer, de le surmonter. Je me rends compte à présent qu'il n'y avait là rien d'étrange : confrontés à un désastre soudain, nous nous étonnons tous de la banalité des circonstances dans lesquelles l'impensable se produit, le ciel bleu limpide d'où tombe l'avion, l'innocent trajet qui se termine dans le fossé, la voiture en flammes, les balançoires où les enfants jouent comme d'habitude au moment où la vipère surgit du lierre.

Elles l'ont lu et commenté : Sophie, Clarabel,
Cathulu et Cathe.

par kathel publié dans : littérature américaine
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Vendredi 16 mai 2008
Présentation de l'éditeur :
Lorsque Sonia, une jeune femme tout juste sortie d'un mariage étouffant et tumultueux, quitte la ville pour aller travailler dans un hôtel de luxe à la montagne, elle ne se doute pas un instant de ce qui l'attend. Dans la lourdeur paysanne de l'Engadine, ce vieil hôtel chargé d'histoire mais doté d'un " espace-forme " ultramoderne accueille des patients en cure. Dans ce roman noir et mystérieux, Martin Suter renoue avec l'atmosphère angoissante et le suspense haletant de La Face cachée de la lune et réussit un admirable tableau d'une région montagnarde de la Suisse romande, un univers confiné et menaçant, où l'âme des habitants se reflète dans un ciel en mutation constante. Suter met ici sa plume au service d'un véritable travail de peintre, entre le vert sombre des épicéas, le noir des orages, le blanc de la neige et l'argent de cet " espace-forme " high tech où tout semble pouvoir arriver. Ce nouveau thriller psychologique n'en a que plus de relief et d'efficacité et s'achève sur une scène stupéfiante qu'un Hitchcock n'aurait pas reniée.
Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni Titre original : Der Teufel von Mailand 311 pages
Editeur :
Christian Bourgois (existe en poche)

Biographie de l'auteur
Martin Suter est né à Zurich en 1948. Après avoir été publicitaire à Bâle, il a réalisé des reportages pour Géo. Il a été scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt et écrit des comédies pour la télévision. Depuis 1991, il se consacre à l'écriture de romans. Martin Suter vit entre la Suisse, l'Espagne et le Guatemala.
Parmi sa bibliographie :
Small world (1998)
La face cachée de la lune (2000)
Un ami parfait (2002)
Lila, Lila (2004)
Le dernier des Weynfeldt (2008)


Mon avis : Sonia est une physiothérapeute qui vient s’installer dans un hôtel de montagne rénové qui accueille ses premiers clients. Imaginez une bâtisse un peu gothique, des piscines et des bains, un paysage embrumé et Sonia qui y arrive alors qu’elle est mal remise d’un divorce difficile. Ce roman est très efficace dans le genre thriller psychologique : l’auteur prend bien le temps d’installer le personnage principal, ses émotions, ses sensations bizarres, les lieux, tout en distillant des petits moments angoissants… Il fait apparaître tour à tour à Val Grisch et aux alentours des habitants vaquant à leurs occupations, mais on ne sait pas s’ils représentent une menace ou non… Sonia est certes fragile et perturbée par une récente séparation dont on apprend petit à petit les tenants et les aboutissants, mais il se passe tout de même des choses qui ne semblent pas être nées de son imagination.
Très prenant, bien écrit, il se lit d’une traite. La fin est peut-être un peu moins réussie, mais on le lui pardonne volontiers !

Ils l'ont aimé : 
Tamara, Laure, Elfique et Stéphanie

Extrait : Pavarotti se trouvait dans une cage de transport enveloppée dans une serviette éponge et coincée dans un petit sac de voyage Louis Vuitton. Un cadeau que Frédéric lui avait fait autrefois et qu'elle n'avait jamais utilisé. Sonia trouvait les sacs Louis Vuitton vulgaires et tout juste acceptables pour des transports d'animaux.
Elle était seule dans un compartiment pour quatre, avait posé son bagage à côté d'elle et laissé sur les sièges qui lui faisaient face son sac à main et sa lecture pour le voyage. Elle espérait dissuader ainsi d'autres voyageurs de venir s'installer dans son compartiment. Il lui fallait encore tenir quatre bonnes minutes avant que le train ne quitte la gare de Coire.
Elle observa le quai à travers le dessin que laissait l'eau sur les vitres. Un adolescent rondouillard jeta une pièce dans un distributeur automatique plein de saletés et composa une série de chiffres. Il ne se passa rien. Il appuya encore. Toujours rien. Cette fois il pressa la touche d'annulation. Rien.
Il regarda autour de lui et croisa le regard de Sonia. Elle haussa les épaules.
Le garçon frappa sur l'armature de l'appareil. D'abord doucement, puis avec une rage croissante.
Sûrement un sabotage de l'Office fédéral de la santé publique, songea Sonia, qui ne put s'empêcher de sourire. Depuis le matin et l'instant où elle avait remis à Malou la clef de son appartement, elle était de bonne humeur. On aurait dit qu'elle s'était débarrassée d'une charge considérable.
Elle commençait une nouvelle vie avec des bagages légers. Malou mise à part, personne ne savait où elle était partie. Et personne d'autre ne connaissait non plus son nouveau numéro de portable.
Malou avait pris l'appartement avec tous ses meubles ; elle ne voulait pas s'installer, elle en avait juste besoin pour «apporter un peu d'espace dans sa relation intime avec Alfred», lui avait-elle dit. Elle comptait le rendre à Sonia à la fin de la saison d'été.
Mais Sonia savait qu'elle ne reviendrait jamais plus dans cette rue sinistre.


par kathel publié dans : litttérature européenne
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Mercredi 14 mai 2008
Mot de l’éditeur :
Poétique et poignante, l'histoire d'une quête éperdue de la vérité familiale. Jennifer Johnston dresse un portrait de femme à la fois grave et lumineux, porté par la délicatesse de son écriture.
Sally est actrice. De retour à Dublin après une tournée triomphale sur les scènes européennes, elle ne s'attendait pas à pareille nouvelle : son mari est sur le point de la quitter.
Cette annonce lui fait l'effet d'un choc. Elle réalise qu'elle n'a jamais été heureuse, qu'elle est devenue actrice pour mieux se fuir elle-même, et que si elle veut retrouver un peu de sérénité il lui faut découvrir ce que sa mère a toujours refusé de lui livrer : l'identité de son père.
Sally va alors se tourner vers le seul être capable de lui donner des réponses, son grand-père, un évêque anglican, et découvrir, effarée, l'histoire de sa famille, hantée par le mensonge et le déni...

Editeur : Belfond Traduit de l’anglais (Irlande) par Anne Damour  228 pages  Titre original : Grace and truth 

Biographie de l’auteur :
Jennifer Johnston est la fille du dramaturge Denis Johnston et de sa première épouse Sheelagh Richards, actrice et metteur en scène. Elle a suivi ses études au Trinity College. Mère de quatre enfants, elle vit aujourd'hui à Derry. Elle a commencé à écrire ses premiers romans à l'âge de 35 ans. Elle avait alors deux enfants et l'écriture lui permettait de rester disponible pour eux. Ses romans ont été traduits et publiés dans plusieurs pays. Elle est également auteur de pièces de théâtre. Elle a reçu de nombreuses récompenses pour son oeuvre.

Ce que j’en ai pensé : J’ai eu du mal à me décider à parler de ce roman très intimiste. Sally, la narratrice, se remémore le décès de sa mère, qui s’est suicidée, et dans les moments de doute où elle se trouve, son mari la quitte… Dans cette situation pas très rose, Sally, qui est une actrice de théâtre reconnue, ne sombre pas complètement et essaye, pour donner un sens à sa vie, de connaître l’identité de son père que sa mère lui a toujours cachée. Elle va donc s’adresser à son grand-père, seule famille proche qui lui reste, et qui ne semble guère ravi de la voir. Ils feront tout de même plus ample connaissance, jusqu’à un aveu écrit par son grand-père.
C’est ce qui m’a gêné dans ce roman, et rétrospectivement, je sens que c’est tout à fait voulu par l’auteur : cette révélation est terrible et pourtant le grand-père semble se justifier, trouver des circonstances atténuantes à un acte impardonnable. C’est tellement bien écrit qu’on a l’impression de le cautionner en continuant sa lecture, ce qu’on ne peut s’empêcher de faire toutefois. Dommage aussi, pour qui aime l’Irlande, elle reste une toile de fond très discrète, à part le port et la jetée de Dun Laoghaire… Par contre, j'ai beaucoup aimé les références au monde du théâtre.
Je lirai volontiers d’autres romans de cet auteur, en espérant que le thème me heurte un peu moins la prochaine fois… J’ai repéré : Ceci n’est pas un roman, Petite musique des adieux, Une femme qui court.

Extrait :
J'étais vannée.
Salement, définitivement vannée.
Assise sur le canapé, les pieds surélevés, je regardais la guerre à la télévision. Dehors, c'était sans aucun doute le début du printemps ; le soleil couchant glissait derrière la colline, irisant le sommet des pruniers, se reflétant sur les vitres du haut. Sur l'écran, les mots tombaient de la bouche d'hommes déterminés. Un officier américain venait de dire avec autorité : «Ils ne marquent pas de temps d'arrêt. Ils sont simplement en train de se regrouper et de réfléchir à leur prochaine action.» Un éclair lumineux jaillit derrière lui tandis qu'il parlait ; une énorme boule de feu tournoya dans le ciel. Il paraissait très propre et bien nourri. Deux petits enfants apparurent, levant les mains, leurs yeux noirs figés par la peur. J'entendis le bruit de la clé dans la porte, puis un silence, et ensuite la porte claquer. «Nous passons maintenant l'antenne à Rageh Omaar, à Bagdad...»
Il jeta sa serviette sur le sol de l'entrée et lança son manteau au pied de l'escalier.
J'entendis ses pas derrière moi.
«Il est charmant, non ? demandai-je.
- C'est moi, Charlie.
- Tu es charmant, toi aussi.»
Il effleura mes cheveux d'une main distraite. Sur le moment, je ne remarquai pas qu'elle était distraite.
«Jeux de rôle, dit-il.
- Hun hun.
- Qui gagne ?
- À ton avis ?
- Personne.
- Dix sur dix.»
J'éteignis le beau Rageh Omaar.
Nous mangeons toujours dans la cuisine quand nous n'avons pas d'invités.
La pièce est d'un beau jaune vif, avec des portes qui ouvrent sur la terrasse, où, l'été, mes herbes aromatiques embaument. J'en suis très fière.
Vers huit heures et demie ce soir-là, le soleil avait disparu, mais les enfants des voisins jouaient encore au foot avant d'aller se coucher.
Magne-toi, connasse ! Lève les pieds, merde ! Maintenant. Tout de suite ! Espèce d'andouille. Oh, putain ! pourquoi ces foutues filles sont-elles incapables de shooter ? Je m'en vais. Un ballon s'écrase sur une plate-bande. Une porte claque. Des larmes au loin. Maamaan.
Charlie se tenait près de la fenêtre, essuyant un verre avec un torchon. Crrr.
«Où veux-tu prendre le café ? »
Crrr.
«Ici ou dans l'autre pièce ? »
Crrr.
Je posai deux tasses sur un plateau et regardai la vapeur jaillir du bec de la bouilloire. De chez les voisins arrivait un bruit de voix aiguës. Batailles rangées à l'heure du coucher.
«Ne fais pas ça. Ça m'exaspère.»
Je versai l'eau sur le café moulu.
«Charlie.»
Il posa le verre et laissa tomber le torchon sur le sol.


Ils l'ont lu également : 
Florinette, Pom et Yvon.

par kathel publié dans : littérature irlandaise
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Lundi 12 mai 2008
Edvard Munch est un artiste norvégien, j'ai vu il n'y a pas très longtemps une partie de ses toiles au Munchmuseet d'Oslo, ce qui a été l'occasion de découvrir ce peintre connu surtout pour "Le cri" ; il raconte ainsi la genèse de ce tableau dont il a peint une cinquantaine de versions : "Un soir, je marchais le long d’un chemin. J'étais fatigué, malade. Je me suis arrété pour regarder le fjord : le soleil se couchait et les nuages étaient rouges, comme du sang. J'ai senti passer un cri dans la nature ; il m'a semblé que je pouvais entendre le cri. J'ai peint ce tableau, peint les nuages comme du véritable sang. Les couleurs hurlaient."

Biographie :
Edvard Munch est né le 12 décembre 1863 à Loten, au nord d'Oslo, en Norvège. Son enfance est très vite marquée par un drame : il est âgé de 5 ans, quand sa mère et plus tard une de ses soeurs, Sophie, meurent de tuberculose. Ces deux morts seront transposées dans bon nombres de ses tableaux. De ces traumatismes, Edvard hérite d'une tendance à la dépression nerveuse. C'est à Paris que Munch subit le choc de l'impressionnisme et donne à ses peintures, d'abord plutôt réalistes, un style original teinté de symbolisme. À l'automne 1892 Munch présente les fruits de son séjour français. À la suite de cette exposition il est invité par le « club d'art de Berlin » (Berliner Kunstverein), où ces mêmes œuvres doivent être exposées. Mais cela finit par un scandale. Le public et les vieux peintres comprennent Munch comme une provocation anarchiste, et l'exposition est fermée. Il s'installe dans la capitale allemande, y rencontre l'avant-garde et des peintres expressionnistes dont il s'inspire.
En 1895 son frère Andreas meurt. Son oeuvre la plus connue, "Frise de la vie", est un grand cycle révélateur de sa représentation de l'homme moderne, aliéné. L'ensemble de son oeuvre : peintures, lithographies, gravures sur bois, laissent une place majeure à la femme, l'amour et la mort. Il consacre la fin de sa carrière aux paysages de Norvège où il s'établit finalement et aux portraits, dont il devient, avec quatre cents toiles, un maître du genre.
En 1940, la Norvège est occupée ; il refuse tout contact avec les nazis norvégiens. Edvard Munch est décédé à Ekely, près d'Oslo le 23 janvier 1944, un mois après ses 80 ans. Il lègue environ un millier de tableaux, 4500 dessins et aquarelles et six sculptures à la ville d'Oslo.


La collection la plus importante de ses œuvres se trouve au Munchmuseet (le Musée Munch) à Tøyen dans Oslo. Quelques-unes de ses peintures sont exposées à la Nasjonalgalleriet, la galerie nationale d'Oslo.
Bien sûr, on ne voit pas toutes ses toiles au Munchmuseet, mais la partie exposée est régulièrement renouvelée, de façon thématique. J'ai trouvé très beaux certains paysages, un peu dans le style fauve et les portraits donnent à réfléchir sur la façon dont le peintre percevait les autres...

Vous pouvez voir ici successivement : Le cri, Autoportrait, Fumée de train, Le baiser...

PS du 6 juillet 2008 : Depuis le mois de mai, Le cri, qui avait été volé au musée Munch, puis retrouvé, a repris sa place dans le cadre d'une exposition spéciale. Voici un
article sur le sujet...


par kathel publié dans : expos
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Vendredi 9 mai 2008
Quatrième de couverture : Dans ce livre, qui se présente comme un roman à épisodes,
la grande romancière et nouvelliste russe Ludmila Oulitskaïa nous propose de subtiles variations sur le mensonge au féminin. Car, d’après notre auteur, les mensonges des femmes se distingueraient nettement de ceux des hommes, et seraient presque toujours dépourvus de finalité. Génia, le personnage principal, est ainsi confrontée à toutes sortes d’inventions ou d’affabulations. Comme le récit d’Irène, dont elle fait la connaissance en vacances en Crimée, sur la mort de ses enfants, qui l’émeut jusqu’aux larmes. La petite Nadia s’invente un grand frère, Lialia une liaison avec un peintre célèbre, et Anna se prétend poète...
    Chaque nouvel épisode de ce roman à thème illustre à sa manière l’étendue du talent de Ludmila Oulitskaïa, la précision de son sens de l’observation, l’originalité de ses canevas, et surtout, une grande tendresse pour ses personnages et à travers eux pour l’être humain et ses faiblesses.
Traduction : Sophie Benech, 192 pages, Editeur : Gallimard Collection :  Du monde entier (2007) Titre original : Skvoznaïa liniïa

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre pour son originalité et ses beaux portraits féminins. C’est un roman sur le thème du mensonge, composé de chapitres qui sont comme autant de nouvelles. Le personnage principal en est Génia, intellectuelle russe, qui à son travail, dans son voisinage ou sa famille rencontre d’autres femmes qui ont en commun, pour des raisons très diverses, d’aimer s’inventer une autre vie. Elles lui racontent leur histoire, et Génia découvre, parfois après s’être émue à les entendre, que ce sont des affabulations. Ces  portraits de femmes qui « mentent comme elles respirent » sont touchants, de la toute jeune fille à la dame très âgée, avec leurs vies imaginaires ou leurs espoirs qui prennent réalité. Et Génia, qui observe tout cela avec étonnement, car elle fait partie de ces femmes qui ne savent pas mentir, serait-elle complètement épargnée par ce phénomène ? Ne se ment-elle pas à elle-même, à défaut de mentir aux autres ?
J‘ai trouvé les observations très fines et intéressantes, l’écriture agréable… Les femmes mentent-elles si bien, parce qu'elles seules ont de l'imagination ? (N'est-ce pas, messieurs ?)
J’avais déjà lu de Ludmila Oulitskaïa De joyeuses funérailles et Le cas du Docteur Koukotski, c’est un auteur que je retrouverai volontiers de nouveau, et qui me donne envie de me plonger dans la littérature russe contemporaine, que je connais très peu.

Biographie :
Née en Azerbaïdjan où ses parents avaient été évacués pendant la guerre, Ludmila Oulitskaïa vit à Moscou. Généticienne de formation, mais aussi collaboratrice à ses débuts du Théâtre musical juif, elle a fait partie du collectif d’auteurs de « Claustrophobia », le désormais mythique spectacle de Lev Dodine. Malgré son talent, elle n’est reconnue comme auteur à part entière qu’après la chute du communisme ambiant. Ludmila Oulitskaïa est l’un des auteurs russes les plus lus dans le monde.
Ses livres traduits en français :
Les pauvres parents (1993), Sonietchka (1996), De joyeuses funérailles (1999), Un si bel amour et autres nouvelles (2002), Le cas du Docteur Koukotski (2003), La maison de Lialia et autres nouvelles (2004), Sincèrement vôtre, Chourik (2005)

Les avis de :
Emjy, Bernard et Amanda.

Extraits :
La première phrase
Peut-on comparer le bon gros mensonge masculin, stratégique, architecturé, aussi ancien que la réponse de Caïn, avec ces charmants petits mensonges de femmes dans lesquels on ne décèle aucune intention bonne ou mauvaise, ni même aucun espoir de profit ?

Quand les enfants se furent enfin calmés, Anna Nikitichna alla chercher dans la remise une bouteille de vodka, un bocal de trois litres rempli de cornichons qu'elle avait salés elle-même, et un pot d'agarics champêtres, serrant le tout contre sa poitrine et marchant à pas lourds sur le sentier détrempé. Elles passèrent encore un long moment sur la terrasse, et Anna Nikitichna raconta à Génia sa vie héroïque, comment elle avait tout obtenu toute seule, à la force du poignet : sa situation, une certaine aisance... Elle aurait pu avoir encore davantage, mais elle ne voulait pas, parce qu'elle ne connaissait la valeur des choses, et ce qu'elle avait atteint, c'était exactement ce qu'il lui fallait, elle n'avait pas besoin de plus...

par kathel publié dans : littérature russe
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Mercredi 7 mai 2008
Résumé de l’éditeur : Ancien rédacteur de Millenium, revue d’investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d’une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu’un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires.
Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu’il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu’au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier.
Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers, lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l’écorchée vive vont résoudre l’affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu’il faudrait peut-être taire.
Editeur : Actes sud 2006 Traduction : Lena Grumbach et Marc de Gouvenain 575 pages Titre original : Män som hatar kvinnor


Je ne prétends pas faire un billet particulièrement original aujourd’hui : j’ai succombé à la Milleniumania, et j’en rends compte, sans ressentir le plaisir de vous faire découvrir quelque auteur ou roman méconnu !
J’ai aimé cette lecture, mais ce n’est pas vraiment un coup de cœur : le scénario est bien ficelé, avec deux histoires en une, les situations sont fouillées et n’ont pas trop un goût de déjà-vu, les personnages sont attachants, avec une mention spéciale pour Lisbeth Salander, l’objet-livre est beau et agréable à lire… Alors quoi ? Je m’attendais sans doute à un peu autre chose, avec toutes les louanges que j’avais lues ici ou là ! J’ai adoré jusqu’à la rencontre de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, ensuite un petit peu moins… La sauce n’a pas tout à fait pris en ce qui me concerne, et voilà !
C’est une lecture très distrayante toutefois, mais si vous n’avez pas envie de le lire, pourquoi pas ? Vous n’en mourrez pas plus bête ! De mon côté, je ne me précipiterai pas immédiatement sur les tomes deux et trois que je pense quand même lire un jour...


Ils/elles l’ont lu aussi (faites-moi signe si je vous ai oublié !) Yspaddaden, Betty, Karine, Cathulu, Bellesahi, Florinette, Lou, Gawou, Anna Blume, Gachucha, BMR et MAM, Valdebaz, Dasola, Alain, Tamara, Cuné, Emeraude et Rethymna...

Des extraits :
La première phrase
C'était maintenant devenu un événement annuel. L'homme qui recevait la fleur fêtait ce jour-là ses quatre-vingt-deux ans.

- L'île restait coupée mais les choses ont commencé à se calmer. Nous ne nous sommes rendu compte de l'absence d'Harriet qu'au moment où nous passions à table pour un dîner tardif vers 20 heures. J'ai envoyé l'une de mes cousines la chercher dans sa chambre, mais elle est revenue en disant qu'elle ne la trouvait pas. Cela ne m'a pas inquiété outre mesure ; j'ai dû croire qu'elle était allée faire un tour ou qu'elle n'avait pas été informée que le dîner était servi. Et au cours de la soirée j'ai été occupé par diverses querelles familiales. Ce n'est que le lendemain matin, parce qu'Isabella me cherchait, que nous avons réalisé que personne ne savait où elle était et que personne ne l'avait vue depuis la veille.
Il écarta grand les bras.


Une seule condition devait être remplie. Maître Bjurman devait mourir de manière qu'elle-même ne puisse jamais être associée au crime. Elle se doutait bien que tôt ou tard son nom apparaîtrait dans une enquête policière à venir quand les flics examineraient les activités de Bjurman. Mais elle n'était qu'un grain de poussière dans toute une galaxie de clients actuels ou anciens, elle ne l'avait rencontré que quelques rares fois et, à moins que Bjurman n'ait noté dans son agenda qu'il l'avait forcée à lui faire une pipe - ce qu'elle jugeait invraisemblable -, elle n'avait aucune raison de l'assassiner. Il n'y aurait pas la moindre preuve que sa mort avait un rapport quelconque avec ses clients ; on pourrait penser à des ex-petites amies, des parents, des connaissances, des collègues et un tas d'autres gens. On pourrait même cataloguer cela de random violence, scénario dans lequel le meurtrier et victime ne se connaissaient pas.

par kathel publié dans : littérature nordique
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Samedi 3 mai 2008
Présentation : Eté caniculaire à Oslo. Depuis l'assassinat de sa coéquipière, Harry Hole, flic acharné et intuitif, a sombré dans l'alcool et le désespoir. Les deux inspecteurs menaient une enquête sur un trafic d'armes auquel certains éléments corrompus de la police seraient mêlés. Paranoïaque et à bout de nerfs, Hole entame une longue descente aux enfers que rien ne semble pouvoir arrêter. Alors que ses supérieurs pensent à le suspendre, une sanglante affaire va le remettre sur les rails. Depuis quelques jours, des cadavres sont en effet retrouvés aux quatre coins de la capitale norvégienne. Le modus operandi est toujours le même : l'ablation de l'un des doigts des victimes et la présence à proximité des corps mutilés d'un diamant rouge taillé en forme d'étoile et d'un pentagramme, symbole occulte plus connu sous le nom d'"étoile du diable". La police doit se rendre à l'évidence : un serial killer opère dans les rues d'Oslo. Mais attention, le diable est rarement celui qu'on croit...

Biographie de l'auteur : Né en 1960, Jo Nesbø est journaliste économique et chanteur. Il a été propulsé sur le devant de la scène littéraire en 1998 en recevant le prix du meilleur roman policier nordique de l'année. Après L'homme chauve-souris (Folio Policier n° 366) qui a inauguré la série des enquêtes menées par Harry Hole, L'étoile du diable est son deuxième roman à paraître chez Gallimard.

486 pages Traducteur : Alexis Fouillet  Editeur : Gallimard (2006)   Collection : Serie noire 
Titre original :
Marekors


Mon avis : C’est la troisième enquête de Harry Hole que je lis, et j’ai retrouvé avec plaisir ce flic bourru, à la vie privée qui tombe en miettes et toujours tenté par un détour vers le Vinmonopolet* le plus proche. J’ai été plutôt déçue au début qu’il s’agisse d’une affaire de tueur en série, mais c’est plus compliqué que cela, et le côté thriller du roman n’occulte pas la vie privée d’Harry, passionnante si on le connaît déjà, et la psychologie des différents personnages. De plus, les retournements de situation sont nombreux et la construction du roman très habile. Je me suis de plus amusée à retrouver des endroits traversés en visitant Oslo et ai donc pris  beaucoup de plaisir à lire ce livre !
*
magasin qui seul a l'autorisation de vendre des boissons alcoolisées.

Extraits (merci au site Evene !)
Camilla Loen était jeune. Entre vingt-sept et trente ans, supposa Harry. Jolie. Potelée. Sa peau était lisse et bronzée, avec en dessous ce reflet pâle que les défunts ont si vite. Ses cheveux étaient bruns, s'éclairciraient certainement un peu une fois séchés, et elle avait un petit trou dans le front qui ne se verrait certainement plus une fois le travail du taricheute accompli. Celui-ci n'aurait d'ailleurs pas grand-chose à faire, si ce n'est maquiller ce qui ressemblait à une petite boursouflure sur le globe
oculaire droit.

Le mardi, à Oslo, le thermomètre monta à vingt-neuf degrés à l'ombre, et, dès trois heures, les gens
commencèrent à déserter les bureaux au profit des plages de Huk et de Hvervenbukta. Les touristes s'amassaient aux terrasses des bars d'Aker Brygge et dans le parc Frogner, où ils prenaient en transpirant les inévitables photos du Monolithe avant de redescendre à la Fontaine dans l'espoir qu'un souffle leur enverrait une bruine rafraîchissante.
Hors des rues à touristes, le calme régnait, et le peu de vie qu'il y avait passait au ralenti.


Il l’a lu : Jean-Marc Laherrère qui a aussi réalisé son interview sur Bibliosurf.


Oslo, Frognerpark, C.L.

par kathel publié dans : littérature nordique
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Jeudi 1 mai 2008
Mot de l'éditeur : Pauline (1838) est un des premiers romans de Dumas, où Monte-Cristo se trouve en germe. C'est un livre qu'il a écrit seul, et qui se déroule de son temps.
La fiction brode sur les thèmes du roman gothique, en "noir", nuit, cottage en ruine, sentes perdues, passages secrets, brigands impitoyables, héroïne enterrée vivante, substitution de cadavres.
Pauline fait face à un bourreau mystérieux, "homme fatal. C'est le roman d'une jeunesse déboussolée qui tente de se faire une place dans une société mesquine.

Année de publication 1838  241 pages  Editeur : Gallimard Folio

Biographie : (d’après Wikipédia, entre autres)
Alexandre Dumas est un écrivain français né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts (Aisne) et mort le 5 décembre 1870 à Puys, lieu-dit près de Dieppe (Seine-Maritime).

Alexandre Dumas était le fils de Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie dit le général Dumas, général de la Révolution française, métis d'origine haïtienne par sa grand-mère, qui mourut quand son fils eut trois ans et demi. Après des études négligées, il travailla comme clerc chez un notaire et débuta la rédaction de pièces de théâtre avec son ami, le vicomte Adolphe Ribbing de Leuven. Ces premiers essais furent autant d'échecs.

En 1823, il entra au service du Duc d’Orléans comme expéditionnaire grâce à sa calligraphie. Il lisait alors Shakespeare, Walter Scott, Goethe et Schiller qui furent les sources d'inspiration principales de son théâtre. Il continua à écrire pour le théâtre et connut enfin le succès grâce à la représentation en 1829 de Henri III et sa cour par la Comédie-Française. Ce succès continua pendant toute sa carrière littéraire dans ses genres de prédilection : le drame, le roman historique et le feuilleton.

C'est un auteur prolifique (avec l'aide notoire de nègres et en particulier d'Auguste Maquet qui a participé à la plupart de ses réalisations), signant des grandes œuvres telles Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo en 1844.
En 1846, il fait construire son propre théâtre qu'il baptise le "Théâtre-Historique". Le théâtre sera inauguré en 1847 et accueillera les pièces de plusieurs auteurs européens : Shakespeare, Goethe, Calderon, Schiller...
Malheureusement, le théâtre fera faillite en 1850. Ruiné, Dumas sera obligé de vendre aux enchères le Château Monte-Cristo.
En 1851, poursuivi par plus de 150 créanciers, Dumas doit s'exiler en Belgique.
En septembre 1870, après un accident vasculaire qui le laisse à demi paralysé, Dumas s'installe dans la villa de son fils à Puys, près de Dieppe. Il y meurt le 5 décembre 1870. Alexandre Dumas est entré au Panthéon en novembre 2002, à l'occasion du bicentenaire de sa naissance.
Son fils, également nommé Alexandre Dumas, fut lui aussi écrivain, auteur en particulier de la Dame aux camélias.                                       Dumas par Nadar

Pauline (1838) est un des premiers romans de Dumas. L’action principale se situe entre 1830 et 1834. Ce livre a ensuite servi de base à la pièce de théâtre Pauline écrite par Eugène Grangé et Xavier de Montépin, à laquelle aurait contribué Dumas, et qui fut portée à la scène en 1850.

Lu dans le cadre du club de lecture : Les liens pour tous les autres avis sont chez
Lisa...
Ma lecture : Pauline est un roman de jeunesse d’Alexandre Dumas, qui, à cette époque, s’essayait plutôt à écrire des pièces de théâtre, genre plus prisé. Il a été publié tel quel et non en feuilleton, comme ce fut le cas pour ses autres romans.
Je l’ai trouvé bien construit : tout part d’une rencontre fortuite d’Alexandre Dumas qui aperçoit un de ses amis, Alfred de Nerval, en compagnie d’une femme mystérieuse. Il lui semble la reconnaître, et lorsqu’un peu plus tard, il croise de nouveau cet ami, il apprend de sa bouche l’histoire rocambolesque de cette jeune femme.
Agée de 18 ans, Pauline de Meulien commence à sortir dans le monde lorsqu’elle fait la connaissance d’un jeune homme paré d’une réputation de courage et  de mystère… Elle découvre alors les affres de l’amour, dans la très jolie scène du bal et du moment de chant autour du piano… Dans cette scène, que l’on imagine un peu comme celle du bal du « Guépard », on sent que sa crainte et sa curiosité mêlées la font tomber irrémédiablement dans un piège. Elle se marie avec Horace de Beuzeval et après quelques moments heureux, commence à trouver étranges certains amis de son mari, certaines de ces activités.
Pour notre bonheur, et son malheur, nous vivons alors des scènes aux ingrédients dignes de tout roman gothique et romantique : paysages sombres, tempête, portes dérobées, pavillon inhabité, serviteur mystérieux, duels, larmes et évanouissements… La dernière partie du roman est celle d’un amour impossible et tragique entre Pauline et le narrateur, Alfred de Nerval, amour très bien décrit lui aussi.
J’ai une question pour terminer : pourquoi les femmes à cette époque s’évanouissaient-elles à la moindre émotion ? Faut-il y voir un problème d’alimentation, de corset trop serré, je me perds en conjectures ! Après cette parenthèse hautement philosophique, je dois dire qu’en inconditionnelle du Comte de Monte-Cristo, j’ai beaucoup aimé cette lecture, qui me donne envie de retrouver d’autres romans mettant en scène des héroïnes candides (enfin, pas trop, quand même !) aux prises avec des individus malveillants.


Extraits choisis :
Je le vis ainsi pour la première fois, entouré de la reconnaissance d’une famille entière et de tout le prestige de l’émotion que m’avait causée cette scène dont il avait été le héros. C’était un jeune homme pâle, et plutôt petit que grand, avec des yeux noirs et des cheveux blonds. Au premier aspect, il paraissait à peine avoir vingt ans ; puis en regardant plus attentivement on voyait quelques légères rides partir du coin de la paupière en s’élargissant vers les tempes, tandis qu’un pli imperceptible lui traversait le front, indiquant, au fond de  son esprit ou de son cœur, la présence habituelle d’une pensée sombre ; des lèvres pâles et minces, de belles dents et des mains de femme complétaient cet ensemble, qui au premier abord, m’inspira plutôt un sentiment de répulsion que de sympathie, tant était froide, au milieu de l’exaltation générale, la figure de cet homme qu’une mère remerciait de lui avoir conservé son fils.

« Vous vous réveillerez dans un caveau où nul n'est descendu depuis vingt ans, et dans lequel, d'ici à vingt ans peut-être, nul ne descendra encore. N'ayez donc aucun espoir de secours, car il serait inutile. Vous trouverez du poison près de cette lettre: tout ce que je puis faire pour vous est de vous offrir une mort prompte et douce au lieu d'une agonie lente et douloureuse. Dans l'un et l'autre cas, et quelque parti que vous preniez, à compter de cette heure, vous êtes morte. »

par kathel publié dans : littérature française
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