Dimanche 27 avril 2008
Présentation de l'éditeur : Dans une
petite ville du fond de l'Argentine,
un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, il passe mais sans s'arrêter. Il y a quatre jours maintenant que
l'avocat Ponce amène sa soeur pour prendre cet autobus et qu'il ne s'arrête pas. Les jeunes gens décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Le village s'interroge. Il s'est passé quelque
chose dans le pays que tout le monde ignore ici.
Sous l'orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu'une effrayante vérité se dévoile.
Sobre et dense, sans concession, ce court roman nous conduit, dans un style alerte et cinématographique, au coeur des pages les plus sombres de l'histoire de l'Argentine et parle du pouvoir sous ses formes les plus perverses.
L'auteur : Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie. L'Autobus est son premier roman, il est publié en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal.
Traducteur : René Solis Editeur : Métailié (12 avril 2007) 124 pages Titre original : El colectivo
Prix Las Dos Orillas 2005.
Mon avis : Il est difficile de parler de ce livre, tant l’écriture en est concise. Les phrases sont courtes, les dialogues, qui sonnent très justes, sont nombreux, mais contiennent une part de mystère, les choses sont dites à demis mots, et on comprend pourquoi en avançant dans la lecture, lorsque le drame se précise. Il n’y a pas de descriptions ni de fioritures inutiles. Je préfère ne pas en dévoiler trop. Pour ma part, j’avais lu tellement vite la quatrième de couverture que je partais sans idée aucune sur ce roman, et je crois que c’est comme cela qu’on l’apprécie le mieux !
Il m’a fait penser à certains films argentins, comme Historias minimas de Carlos Sorin (2002) qui ne sont absolument pas tape-à-l’œil, mais touchent par leur subtilité et l’émotion qu’ils dégagent. Dans ce roman, il y a une dimension plus politique et critique vis-à-vis de toute forme de dictature, toutefois... Il s’avère donc que c’est une très bonne surprise, et j’espère retrouver cet auteur un jour, puisque c’est son premier roman.
Extraits :
Cela fait trois soirs que l'autobus passe sans ouvrir ses portes. Le village est sous une chape métallique. Grise et légèrement ondulée. Le seuil des maisons est maculé de terre et l’absence de pluie rend les chiens nerveux. Par la fenêtre de l’hôtel, Rubén se penche machinalement pour regarder les gens qui traversent la voie.
Le silence est pesant. Rita se promet, une nouvelle fois, d'éviter de trop parler à Gómez. Il a toujours quelque chose à répondre, toujours quelque chose à rétorquer. L'imbécile, avec sa petite bicyclette noire, qui traverse d'un côté à l'autre. Qui va et qui vient. Il croit peut-être qu'à force de venir de ce côté-ci, il va être comme nous ; il croit peut-être que, mine de rien, un beau jour il va pouvoir rester ici. Et que personne ne lui dira rien. Que nous ne nous en rendons pas compte. Imbécile.
- Mais continuez, Gómez, je ne veux pas vous retarder, il ne faudrait pas que l'orage vous attrape.
- Non, doña Rita, l'orage ne viendra pas. Le ciel peut se plomber tant qu'il voudra. Il nous écrasera les os mais la pluie, il ne la lâchera pas.
Et voilà maintenant que cet imbécile mal élevé me reprend même sur le temps qu'il fait. Comme si moi qui suis née ici, je ne savais pas. Comme si on pouvait me faire des pronostics, à moi.
Gómez reprend la bicyclette et pique un petit sprint avant de remonter en marche.
- Au revoir, doña Rita.
- Au revoir, Gómez, c'est toujours un plaisir de parler avec vous.
Gómez prend à toute vitesse le virage de la pharmacie. Il lâche la pédale droite et lance sa jambe pour garder l'équilibre. Il freine d'un coup et saute de la selle. De la pointe du pied, il repousse la pédale en sens inverse et bloque la bicyclette contre l'un des rares rebords de trottoir du village.
- Et ils savaient tous qu’il ne s’arrêterait pas ?
- Ils le supposaient. Ici, les choses ont tendance à se répéter.
Lu également par Yueyin, Flo, Cuné, Clarabel, Laurent et Yvon
Sous l'orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu'une effrayante vérité se dévoile.
Sobre et dense, sans concession, ce court roman nous conduit, dans un style alerte et cinématographique, au coeur des pages les plus sombres de l'histoire de l'Argentine et parle du pouvoir sous ses formes les plus perverses.
L'auteur : Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie. L'Autobus est son premier roman, il est publié en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal.
Traducteur : René Solis Editeur : Métailié (12 avril 2007) 124 pages Titre original : El colectivo
Prix Las Dos Orillas 2005.
Mon avis : Il est difficile de parler de ce livre, tant l’écriture en est concise. Les phrases sont courtes, les dialogues, qui sonnent très justes, sont nombreux, mais contiennent une part de mystère, les choses sont dites à demis mots, et on comprend pourquoi en avançant dans la lecture, lorsque le drame se précise. Il n’y a pas de descriptions ni de fioritures inutiles. Je préfère ne pas en dévoiler trop. Pour ma part, j’avais lu tellement vite la quatrième de couverture que je partais sans idée aucune sur ce roman, et je crois que c’est comme cela qu’on l’apprécie le mieux !
Il m’a fait penser à certains films argentins, comme Historias minimas de Carlos Sorin (2002) qui ne sont absolument pas tape-à-l’œil, mais touchent par leur subtilité et l’émotion qu’ils dégagent. Dans ce roman, il y a une dimension plus politique et critique vis-à-vis de toute forme de dictature, toutefois... Il s’avère donc que c’est une très bonne surprise, et j’espère retrouver cet auteur un jour, puisque c’est son premier roman.
Extraits :
Cela fait trois soirs que l'autobus passe sans ouvrir ses portes. Le village est sous une chape métallique. Grise et légèrement ondulée. Le seuil des maisons est maculé de terre et l’absence de pluie rend les chiens nerveux. Par la fenêtre de l’hôtel, Rubén se penche machinalement pour regarder les gens qui traversent la voie.
Le silence est pesant. Rita se promet, une nouvelle fois, d'éviter de trop parler à Gómez. Il a toujours quelque chose à répondre, toujours quelque chose à rétorquer. L'imbécile, avec sa petite bicyclette noire, qui traverse d'un côté à l'autre. Qui va et qui vient. Il croit peut-être qu'à force de venir de ce côté-ci, il va être comme nous ; il croit peut-être que, mine de rien, un beau jour il va pouvoir rester ici. Et que personne ne lui dira rien. Que nous ne nous en rendons pas compte. Imbécile.
- Mais continuez, Gómez, je ne veux pas vous retarder, il ne faudrait pas que l'orage vous attrape.
- Non, doña Rita, l'orage ne viendra pas. Le ciel peut se plomber tant qu'il voudra. Il nous écrasera les os mais la pluie, il ne la lâchera pas.
Et voilà maintenant que cet imbécile mal élevé me reprend même sur le temps qu'il fait. Comme si moi qui suis née ici, je ne savais pas. Comme si on pouvait me faire des pronostics, à moi.
Gómez reprend la bicyclette et pique un petit sprint avant de remonter en marche.
- Au revoir, doña Rita.
- Au revoir, Gómez, c'est toujours un plaisir de parler avec vous.
Gómez prend à toute vitesse le virage de la pharmacie. Il lâche la pédale droite et lance sa jambe pour garder l'équilibre. Il freine d'un coup et saute de la selle. De la pointe du pied, il repousse la pédale en sens inverse et bloque la bicyclette contre l'un des rares rebords de trottoir du village.
- Et ils savaient tous qu’il ne s’arrêterait pas ?
- Ils le supposaient. Ici, les choses ont tendance à se répéter.
Lu également par Yueyin, Flo, Cuné, Clarabel, Laurent et Yvon
par kathel
publié dans :
littérature sud-américaine
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