Asie

Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 15:03

vendeurdesang.gif Quatrième de couverture : Du jour où Xu Sanguan apprend qu'on peut gagner de l'argent en vendant son sang, commence pour lui une vie nouvelle.C'est en effet à cet expédient qu'il devra son mariage, une union bientôt assombrie par la révélation de la bâtardise de son premier fils. Et c'est à cette pratique qu'il recourra ensuite - parfois au péril de sa vie-, chaque fois que le destin viendra frapper les siens. Ballottés par les vicissitudes des trente années suivant l'instauration du nouveau régime chinois, avec la mise en place des communes populaires et la révolution culturelle, les personnages s'acharnent à survivre, envers et contre tout, sous le signe du sens de l'honneur, de la piété filiale et du dévouement - malgré la misère générale. Un roman empreint d'humanisme sur la réconciliation avec soi-même et avec le milieu naturel et humain dont on est issu.

285 pages

Editeur : Actes Sud (Babel, 2006)

Traduction : Nadine Perront

Titre original : Xu Sanguan mai xue ji


 

Ma lecture : Je tente à intervalles réguliers de lire un roman chinois, c’est un pays et une littérature que j’aimerais connaître mieux, mais les résultats de ces essais ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Je me souviens notamment de Quatre générations sous le même toit, pavé que j’ai abandonné au bout de deux cents pages pourtant pas inintéressantes. Pour  Baguettes chinoises de Xinran, ou   Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants, ce furent par contre des découvertes comme je les aime. Je situerais cette dernière lecture entre ces deux exemples : je suis allée jusqu’au bout sans ennui, mais sans enthousiasme non plus.

J’avais lu de bonnes critiques de Brothers, du même auteur, mais comme seul celui-ci était en poche, j’ai tenté l’expérience. Ce roman, avec son écriture assez simple, a tout d’une fable. La vie de Xu Sanguan nous est racontée, de la jeunesse plutôt naïve aux débuts de la vieillesse et de la sagesse. Il traverse ces décennies avec une bonne dose de tranquillité et de philosophie, car, du côté vie privée, comme du côté des changements politiques qu’il subit, rien n’est très rose pour lui : pauvreté, famine, maladie, camp de travail aux champs pour ses enfants, séances d’autocritiques, ponctuées par les fameux dons du sang bien rémunérés auxquels il a recours quand tout va mal. Le style est plutôt simple, donc, je ne saurai guère le qualifier autrement, mais une petite musique s’élève toutefois, qui évoque avec une pointe d’humour la vie de famille, avec ses hauts et ses bas, et le microcosme du quartier qui s’agite autour. Je pense que pour être publié en Chine, il n’est guère possible de faire preuve de critique plus vive que celle de l’auteur, qui peut sembler assez ténue, toute en subtilité. Une découverte intéressante malgré mes quelques réserves.


Extrait : Ils jetèrent [le seau] dans le puits, il heurta l'eau avec un bruit de gifle, et ils le remontèrent. A Fang et Gen Long burent chacun deux bols, et A Fang passa le sien à Xu Sanguan, qui en but un. Ils l'exhortèrent à boire davantage, et il prit encore deux gorgées d'un autre bol avant de verser le reste dans l'eau.- J'ai une petite panse à pisse, dit-il. Je n'en peux plus. A leur arrivée dans la salle des dons de sang, ils avaient tous les trois le visage cramoisi sous l'effort. Ils marchaient à petits pas précautionneux, comme s'ils étaient sur le point d'accoucher. A Fang et Gen Long, qui portaient les pastèques, marchaient encore plus lentement que Xu Sanguan. Ils se cramponnaient aux cordes de leur palanche pour empêcher les fardeaux d'osciller. Mais les couloirs de l'hôpital étaient étroits, et des gens heurtaient parfois les palanches en passant à côté d'eux, elles ballottaient, et l'eau qui ballonnait leurs ventres ballottait en cadence. La bouche tordue par la douleur, les deux hommes restaient alors cloués sur place et attendaient, sans oser faire un geste, que leurs fardeaux se fussent stabilisés pour se remettre en marche avec lenteur.


Lu aussi par  Inganmic.

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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 06:00

derniersflamants.jpg Rentrée littéraire 2010  

D’après l’éditeur : Dans les marais, les flamants roses sont les symboles tenaces d’un Bombay qui est devenu Mumbai. C’est dans les quartiers huppés que Karan Seth, venu saisir avec son appareil l’esprit de la mégapole, va croiser ses modèles : Samar, pianiste, excentrique, homosexuel ; la star de Bollywood, Zaira, et Rhea, dont les frustrations d’épouse l’entraînent dans une relation avec le jeune photographe. L’assassinat de Zaira va bouleverser ce microcosme mondain et faire remonter à la surface tous les non-dits de la haute société indienne : le sexe, l’argent, l’obsession de la célébrité, battent en brèche les valeurs fondamentales, alors que les préjugés gardent leur emprise sur tous. 

L’auteur : Siddharth Dhanvant Shanghvi est né à Bombay. Son premier roman, La fille qui marchait sur l’eau (2004), a obtenu le prix Betty Trask.

469 pages Traduit de l’anglais (Inde) par Bernard Turle

Titre original : The lost flamingoes of Bombay Editions des Deux terres (25 août 2010)


 Mon avis : Quatre personnages se croisent dans ce gros roman. Karan, photographe plein de talent fasciné par les différents aspects de la ville de Bombay, est amené à photographier Samar, pianiste qui a abandonné la scène pour vivre dans sa grande maison avec un ami. Chez Samar, il croise aussi Zaira, actrice qui ressemble « à une princesse en fuite ». Karan fait ensuite la connaissance, dans un bazar, d’une autre femme, Rhea, dont les rêves artistiques se sont écroulés et qui aimerait voir Karan réussir là où elle n’a que des regrets.

Voici donc posés les quatre personnages : musicien, photographe, actrice, sculptrice, le cadre et le sujet sont clairement posés, ce n’est rien moins que les rapports de l’art et de la vie que l’auteur veut mettre en avant et étudier sous toutes leurs facettes. De ce point de vue, c’est plutôt réussi et c’est à ce propos que se trouvent les plus belles phrases du livre. Une belle réussite aussi pour les descriptions de Bombay, des aspects les plus sordides aux plus magiques. Malheureusement, ce qui frappe le plus à la lecture, c’est le style, où la grandiloquence et l’humour frisent parfois le ridicule. J’ai noté ainsi « elle répliqua d’une voix lardée de suggestivité » «  sa crinière noire de jais et sa mâchoire prononcée » « la perfection féline de ses cils » « ils s’étaient unis sur le palier, se débattant dans une agonie de désir » J’ai poussé la conscience « professionnelle » à comparer le début du roman avec la version anglaise : rien à redire au travail du traducteur, qui traduit fort justement les mots de l’auteur, à mon avis. Mais il a bien été obligé de laisser les scènes d’amour dignes d’une collection Harlequin, les descriptions physiques affriolantes et les comparaisons pour le moins surprenantes. J’ai pensé qu’il s’agissait d’une forme d’humour qui m’échappait un peu et je ne m’y suis pas trop attardée.

Si l’on passe outre cet aspect du livre, la psychologie des personnages est cernée de manière plutôt intéressante, même si le roman semble hésiter un peu entre plusieurs genres, puisque l’aspect policier intervient avec le meurtre de Zaira lors d’une soirée, par le fils d’un ministre. L’analyse critique de la société indienne, des préjugés homosexuels à la corruption généralisée, en opposition avec le monde de l’art, plus ouvert, est tout à fait digne d’intérêt. J’ai été sensible aussi au thème de l’amitié et des affinités artistiques.

Pour conclure, je dirai donc que j’ai été assez captivée par l’histoire et les sujets abordés pour passer outre les maladresses de forme de ce roman, que d’autre part, je trouve original et rempli de sincérité. Une citation à propos d’une photo pourrait s’appliquer au roman de Siddharth Dhanvant Shanghvi : « Tu as saisi ce qui est blessé et oublié, et tu l’as rendu quasiment joyeux. Sans jamais tomber dans la banalité. »


Extraits : Elle sortit de l’atelier et, depuis la terrasse, contempla la cité que Karan avait choisie comme sujet. Des carrés bien géométriques et éclatants de piments rouges mis à sécher sur la terrasse de ses voisins n’avaient pas encore été ramassés : dans la lumière du jour déclinante, on aurait dit de motifs sur un tapis mythique, tellement sombres qu’ils paraissaient teints dans le sang. Des chauves-souris fusaient des branches envahissantes d’un immense banian, dont les épaisse racines aériennes plongeaient jusq’au sol, tels des tentacules. des lumignons clignotaient sur la mer d’Oman : dhows manœuvrés, au loin, par d’étiques pêcheurs avinés. Ces images se fondaient en un flou de détails familiers et rassurants, ceux-là même qui avaient bercé l’enfance de Rhea : pour la première fois de sa vie, elle se demanda ce que ce spectacle aurait signifié aux yeux de qui n’aurait pas été natif de Bombay.

Elle ferma les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit quelques secondes après, Karan ne put voir si elle avait tenté de retenir des larmes. « Parfois, l’art peut réduire la part d’humanité qui est en nous et on se demande s’il en vaut la peine… » Rhea laissa traîner sa voix. Elle savait qu’elle se confiait à Karan plus que sa discrétion l’autorisait à le faire en temps normal ; elle connaissait à peine ce jeune homme… à moins que ç’ait été cela justement, qui favorisait leur rapprochement.

« Vous avez choisi Adi, vous avez choisi le mariage et ce faisant, vous avez abandonné votre carrière… »

Les traits de Rhea trahirent sa douleur. « Il m'arrive de me demander ce qui serait advenu si j’avais fait de la poterie mon métier. Si Adi avait accepté que je séjourne chez des maîtres potiers pour étudier leurs ateliers, mon travail aurait atteint une toute autre finesse . j’aurais exposé. Des critiques auraient écrit sur ma production. Mais je ne connaîtrai jamais cela. »


Lisez aussi les avis d' Antigone, Amanda, Caroline, Choco, Cynthia ainsi que In cold blog, Keisha, Manu, Tamara... il y en a de toutes les couleurs !


Merci à Guillaume de Babelio et  aux Editions des Deux Terres pour l'offre de partenariat.

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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /Août /2010 05:47

cristallisationsecrete.jpgL’histoire : Sur l’île où vit la narratrice, jeune écrivain, d’étranges disparitions ont lieu depuis son enfance. Les timbres disparaissent, ou les grelots, ou les parfums, et passé le moment où chacun s’acquitte de la tâche de s’en débarrasser, plus aucun souvenir ne subsiste de ces objets, ni de leur utilité, ni de leur apparence. Habituée comme la plupart des habitants à ce phénomène, la jeune femme remarque pourtant que sa mère semble réagir un peu différemment des autres. Malheureusement sa mère meurt et elle se retrouve un peu plus solitaire dans ce monde étrange, où des rafles emmènent voisins ou amis. Parvenue à l’âge adulte, elle se lie d’amitié avec R, son éditeur.

L'auteur : Yoko Ogawa vit au Japon. Elle est incontestablement l'un des plus grands écrivains de sa génération. Ses livres, traduits dans le monde entier, ont fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques et théâtrales.

341 pages

Editeur : Actes Sud (octobre 2009)

Traduction : Rose-Marie Makino

Mon avis : Avec Yoko Ogawa, j’ai un parcours de lecture qui va crescendo. Le premier roman que j’a lu, il me semble que c’était Hôtel Iris, m’a laissée un peu perplexe, puis les nouvelles de Tristes revanches m’ont intriguée et donné envie de continuer. Moins particuliers, plus consensuels,  La formule préférée du professeur et La marche de Mina  m’ont charmée. Plus récemment, j’ai aimé les nouvelles de La mer, mais aujourd’hui, c’est un vrai coup de cœur que je vous présente ! 

La nostalgie des choses oubliées ou disparues, c’est un thème qui convient tellement bien à Yoko Ogawa, qu’elle manie tellement bien, à sa manière discrète et précise, que j’en ai été subjuguée. Cette critique poétique et saisissante d’un régime totalitaire, avec ses décrets arbitraires, ses emprisonnements, ses disparitions, est particulièrement prenante. Le lecteur espère que les habitants vont protester, réagir au lieu de laisser faire passivement. Les oiseaux disparaissent à leur tour, puis certains métiers, les romans disparaissent, perspective angoissante s’il en est, et d’autres privations sont même plus étranges encore. La narratrice étant écrivain nous offre un roman dans le roman, sur le thème de la disparition, bien sûr, c’est ce qu’elle connaît. Le danger que court son ami R, l’éditeur, la fait passer dans le camp discret des rebelles…

Tout dans ce livre m’a enchantée et je ne peux que souhaiter que vous puissiez le découvrir un jour aussi.

Extrait : J’étais assise sur le tabouret qui m’était réservé, et ma mère affûtait son ciseau ou polissait la pierre à la lime – elle était sculpteur – tout en parlant d’une voix tranquille.

- Quand il se produit une disparition, pendant un certain temps, l’île s’agite. Les gens se regroupent ici ou là dans les rues pour parler des souvenirs relatifs à l’objet perdu. On regrette, on s’attriste, on se console l’un l’autre. Lorsqu’il s’agit de choses qui ont une forme, on se rassemble pour les brûler, les enterrer ou les laisser dériver au gré

du courant. Mais cette petite agitation ne dure guère plus de deux ou trois jours. Chacun retrouve bientôt sa vie quotidienne telle qu’elle était avant. On n’arrive même plus à se souvenir de ce qu’on a perdu.

Je ne me souvenais pas qu’il y avait eu autant de réactions autour de ce roman !  Cachou, Céline, Clochette, Dominique, Emeraude, Lael, Virginie, Voyelle et consonne et Wictoria.

Nous découvrons ou relisons Yôko Ogawa en chœur et c’est Pimprenelle qui organise cette découverte d'un auteur qui entre aussi dans le challenge In the mood for Japan de Choco.

logo-ogawa.jpg        challenge-In-the-mood-for-Japan

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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /Juil /2010 06:42

mer.jpgD’après l’éditeur : Sept nouvelles parues entre 2001 et 2006 réunies dans un recueil envoûtant où se côtoient un camion de poussins multicolores, des lettres de plombs comparées aux ailes des papillons par un imprimeur ou le récit d'une rencontre entre un petit garçon et un vieil homme qui invente des titres pour les histoires... Tendresse, poésie, onirisme, étrangeté : toute l'esthétique de Yoko Ogawa.

150 pages

Editeur : Actes Sud (mars 2009)

Traduction : Rose-Marie Makino


Les nouvelles : Un jeune homme qui vient pour la première fois dans la famille de son amie, doit partager la chambre du frère cadet de celle-ci.

Deux femmes partagent une chambre lors d’un voyage organisé à Vienne et, malgré leurs différences, passent beaucoup de temps ensemble.

Dans un bureau de dactylographie japonaise, un mystérieux gardien des caractères se charge des lettres défectueuses.

Une petite fille devenue muette depuis la mort de sa mère se passionne pour les animaux et entraîne son vieux voisin dans ses découvertes.

Un jeune garçon accompagne sa mère, qui est guide pour touristes, lors d’une de ses sorties en bateau.


 

Mon avis : Comme souvent avec Yoko Ogawa, on ne sait pas trop en commençant chaque nouvelle où elles vont bien pouvoir mener, et c’est quelque chose que j’aime retrouver chez elle. Non pas que je sois une grande spécialiste de l’auteur, mais j’ai déjà lu avec plaisir quelques uns de ses ouvrages : La formule préférée du professeur, La marche de Mina, Tristes revanches et un autre que j’avais moins aimé… Comme dans Tristes revanches, elle balade le lecteur dans plusieurs directions avant de le laisser choir à un moment inattendu… bizarre, mais j’en redemande !  Certaines nouvelles sont très très courtes, et je trouve cela déconcertant d’avoir affaire à des textes de longueurs si inégales.  On peut reconnaître des thèmes comme l’amitié entre personnes d’âges différents déjà présent dans La formule préférée du professeur. L’enfance et le voyage sont des fils conducteurs, l’onirisme et l’étrange apportent leur petite note sans se montrer envahissants. Je dirais donc que ce recueil est à lire pour qui aime Yoko Ogawa ou pour une première rencontre, pourquoi pas ?

Extrait : Parmi les quatorze participants d'un voyage organisé intitulé : 'Six jours de voyage à Vienne dans la brise du début de l'été - free plan type', nous n'étions que deux, Kotoko et moi, à voyager seules, si bien que nous nous retrouvâmes tout naturellement à partager la même chambre d’hôtel. Kotoko était une veuve corpulente d'une bonne soixantaine d'années.
- Excusez-moi si je ronfle, me déclara-t-elle le premier soir de notre arrivée à Vienne en inclinant la tête, agenouillée sur son lit, et sans rien ajouter elle se dépêcha de se coucher.

 


challenge-In-the-mood-for-Japan

Les avis d’Ameleia, de Cachou, de Lau et de Victoria qui montre même une machine à écrire les caractères japonais !


 

Première lecture pour le défi de Choco In the mood for Japan !

Par kathel - Publié dans : Asie
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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 06:59

auxbordsdugange.jpgQuatrième de couverture : La jeune Kusum, devenue veuve à huit ans, revient dans sa famille aux bords du Gange. Discrète, dissimulée par ses vêtements de deuil, elle grandit sans que nul ne la remarque. Jusqu'au jour où un Sanyasi vient s'installer dans le temple de Shiva... Sensibles et émouvantes, les nouvelles de Rabindranath Tagore nous entraînent dans un voyage coloré et plein de lyrisme. 

L’auteur : Compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien né en 1861 à Calcutta, Rabindranath Tagore fait ses études de droit en Angleterre. Il reçoit le Prix Nobel de Littérature en 1913. Il parcourt le monde, rencontre Bergson et Romain Rolland et fonde une université au nord de Calcutta en 1918. À la fin de sa vie, il soutient Gandhi dans sa lutte. Il meurt en 1941.

105 pages

Traduction (de l’anglais) : Hélène du Pasquier

Collection : Folio 2 euros

Nouvelles extraites du recueil Mashi (première édition 1924)


Ce que j’en ai pensé : Ces petits livres à prix attractifs sont parfais pour découvrir un auteur, sans se lancer dans un gros pavé ou une compilation de cinquante nouvelles ! Dans ce livre, il y en a tout de même six car les nouvelles de Tagore sont assez courtes. Elles nous emmènent en Inde il y a presque cent ans, dans une Inde plutôt rurale. Ces nouvelles s’apparentent à des contes, avec des personnages d’enseignants, de mères de famille, de paysans, de juges, de médecins. Les thèmes en sont la famille, les mariages arrangés, les amours interdites, la trahison, l'avarice... L’écriture est concise, mais pas sèche, pleine de sensibilité et d’intérêt pour les personnages qui sont plus que de simples esquisses malgré la brièveté des textes. Une petite touche de fantastique ou une morale parfois malmenée leur donnent un ton particulier qui pousse à y revenir. Une découverte pleine de délicatesse !


Extrait : Profitant d’un jour de congé, je rendis visite à Ram Lochan. La matière de notre entretien a disparu de ma mémoire ; sans doute fut-il question de la situation misérable de l’Inde actuelle. il ne s’agissait d’ailleurs pas d’émouvoir mon interlocuteur ni même d’éveiller en lui un intérêt intense. Le sujet était de ceux qui permettent à chacun une heure ou deux tout en fumant une houka.

A cours de la conversation, j’entendis un tintement à peine perceptible de bracelets, le bruit d’une robe froissée, le son étouffé d’un pas ; et je ressentis nettement l’impression que deux yeux e fixaient avec curiosité de la chambre voisine à travers une baie entr’ouverte.

A l’instant même surgirent du fond de ma mémoire deux yeux - deux grands yeux tout imbibés de confiance, de candeur et de tendresse juvénile - des prunelles sombres - des cils noirs et épais - un regard calme et fixe. Et soudain, une force invisible broya mon cœur sous une étreinte de fer et le fit palpiter d’une douleur intolérable.

Je rentrai à la maison, mais la douleur ne voulait pas lâcher prise. Vainement, je m’efforçais de lire, d’écrire ou de m’adonner à quelque occupation ; je ne pouvais secouer le poids qui comprimait les fibres de mon cœur.


Voilà une lecture qui convient parfaitement au défi de Soukee et Hilde, Bienvenue en Inde !   challenge-inde  

 

Du même auteur,  Leiloona et Fashion ont lu d’autres nouvelles, Catherine a lu Amal et la lettre du roi , Sylvie et Ajia, La maison et le monde

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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 16:14
princessedelombreQuatrième de couverture : Jahanara n’a que dix-sept ans à la mort de sa mère. Accablée de chagrin, elle doit faire face à ses multiples obligations. En effet, elle est la fille de Shah Jahan, le puissant empereur de l’Inde Moghole qu’elle doit désormais assister. Très vite, elle devient la femme la plus influente de l’Inde, régissant les affaires de l’Empire comme celles du harem, et supervise même la construction du Taj Mahal en hommage à sa mère.
346 pages
Editeur :
Michel Lafon (25 février 2010)
Traduit de l’anglais par Isabelle Saint-Martin
Titre original : Shadow princess

Ce que j’en pense ? Intéressée au départ par l’histoire de la princesse Jahanara, je me suis trouvée ensuite quelque peu noyée sous les détails documentaires et architecturaux. Les cérémonies et coutumes particulières à la cour du Moghol maintiennent l’intérêt pendant une bonne partie du livre, ainsi que les machinations ourdies à l’intérieur du zénana. Le personnage de la princesse Jahanara, peu conforme à l’image que l’on se fait d’une princesse indienne au XVIIème siècle , ses rapports avec ses frères et sœurs, permettent aussi de passer outre les descriptions un peu fastidieuses.
Pour compléter la lecture et mieux imaginer et apprécier les parties du livre concernant l’architecture des palais, mieux vaut trouver un livre ou un site de photographies sur les monuments de la région d’Agra. Je conseillerais plutôt ce livre aux amoureux de l’Inde, à ceux qui ont visité le Taj Mahal, d’autres monuments moghols ou qui comptent le faire, ou aux adeptes des romans historiques… Cela risque donc de plaire à un certain nombre de lecteurs, mais il semblerait que je n’en fasse pas partie !

Même si je préfère l’histoire des dix-neuvième et vingtième siècles, je remonte parfois un peu plus loin avec plaisir ! Je vous propose une sélection de romans historiques que j’ai aimés :
Naguib Mahfouz Les fils de la Médina
Myriam Chirousse Miel et vin
Alejo Carpentier Le siècle des lumières
T. C. Boyle Water music
Geraldine Brooks
Le livre d’Hanna (People of the book)

Avis un peu mitigé donc, à compléter avec ceux, plus satisfaits, de Armande,
challenge-indeEsmeraldae, Lounima, Agnès et Naina (euh, pardon, Ajia !) qui, elle, a lu les deux premiers volumes...

Merci aux éditions Michel Lafon (à Silvana) pour l’envoi. Je participe ainsi au défi Inde de Soukee et Hilde, et j’espère que ce ne sera pas ma seule lecture indienne de l’année…

Extrait : Alors qu’une nouvelle contraction lui tordait le ventre, Mumtaz se demandait pourquoi ses idées étaient si claires. Au cours de ses treize précédents accouchements, elle n’avait pu penser à rien mais tout s’était bien passé, presque facilement, avec juste une petite douleur dans les reins, que l’opium avait vite fait de chasser ; chaque fois, l’enfant était arrivé en assourdissant le monde de ses cris stridents, arrachant des sourires béats à l’assistance. Les rires avaient retenti à travers le palais alors que Khurram entendait la nouvelle, l’oreille pressée contre le bois de la porte.
Au début, il y avait eu ces années lointaines où elle avait dû, avec les enfants, suivre son époux en exil pour échapper aux troupes envoyées par le père de celui-ci, l’empereur Jahangir. Certaines naissances avaient eu lieu sous la tente, au bord de la route. Maintenant encore, en ces temps à peu près paisibles, alors qu’à eux deux ils tenaient tout l’empire entre leurs mains, Mumtaz croyait entendre le claquement lointain des chevaux lancés à leurs trousses – une peur panique la reprenait alors.

Tous leurs enfants n’avaient pas survécu. Avant Jahanara, il y avait eu une autre fille, morte à trois ans… Mumtaz devait faire un effort pour se rappeler son nom… et son visage. À l’époque, ils étaient encore dans les bonnes grâces de l’empereur Jahangir, aussi celui-ci avait-il envoyé ses condoléances à son fils et à sa belle-fille. D’autres bébés étaient mort-nés, ce qui, au moins, avait épargné à leur mère de trop s’attacher à eux. Certains étaient décédés après quelques jours ; et puis il y avait eu ceux qui, comme cette fille aînée, avaient succombé à la petite vérole ou à quelque mystérieuse fièvre alors qu’ils commençaient à marcher à quatre pattes ou même à se redresser, à babiller quand ce n’était à parler. Néanmoins, il lui restait six enfants. Jahan et Roshan, les deux seules filles, se trouvaient avec elle, tandis que les garçons restaient à l’extérieur de la pièce avec leur père.


Par kathel - Publié dans : Asie
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 18:20
vaineattente.jpgRentrée littéraire 2009
L’histoire en quelques mots : En Afghanistan, en 2005, dans la région de Jalalabad où de magnifiques bouddhas de pierre ont été trouvés, vit un vieil anglais, médecin qui a perdu sa femme Qatrina, puis sa fille Zameen dans des circonstances dramatiques. Toutefois, il espère toujours retrouver son petit-fils Bizhad, dont il n’a aucune nouvelle. Il est rejoint, dans sa maison au bord d’un lac, par Lara, une russe venue à la recherche de son frère disparu depuis vingt-cinq ans, puis par un américain, David, qui a aimé Zameen autrefois. C'est ensuite Casa, un jeune afghan tenté par le terrorisme, qui rôde dans les environs...

L'auteur : Nadeem Aslam est né en 1966 à Gujranwala, au Pakistan. Il débute sa carrière d'écrivain à 13 ans, lorsqu'une de ses nouvelles en ourdou est publiée dans un journal pakistanais. A l'âge de 14 ans, il émigre en Angleterre avec son père communiste (alors poète et metteur en scène, devenu agent de voirie et ouvrier), fuyant le régime du général Muhammad Zia-ul-Haq pour venir s'établir à Huddersfield, dans le Yorkshire. Il débute des études de biochimie à l'université de Manchester, qu'il abandonne après trois ans pour se consacrer à l'écriture. Son premier roman Season of the Rainbirds est publié en 1993, et récompensé par plusieurs prix. En 1992, à 26 ans, Nadeem Aslam s'attelle à la rédaction de son second roman, pensant le terminer en deux ans ; il lui en faudra onze. La Cité des amants perdus (titre original : Maps for lost lovers) est publié au Royaume-Uni en août 2004 et sera sélectionné par le Booker Prize. 
386 pages

Editeur :
Seuil (août 2009)
Traduction : Claude Demanuelli

Titre original : The wasted vigil


Mon avis : La vaine attente, qui malgré son titre, n’est pas lent, ni statique, est un roman de l’après-11-septembre, genre qui fleurit aux Etats-Unis, mais qui, ici, est vu depuis l’Afghanistan. Dès le premier chapitre, ce livre recèle des images telles qu’elles prennent vie aussitôt lues, des images qui donnent l ‘impression de ne jamais avoir existé auparavant : des livres cloués recouvrent un plafond, des bouteilles d’eau tombent du ciel, derrière un portail clos des vers rongent bruyamment une bibliothèque, deux hommes construisent un canoë d’écorce de bouleau près d'une parfumerie abandonnée… Rien de fantastique cependant, tout a son explication, et ces images poétiques donnent une respiration au livre. C’est un livre dont il faut sortir fréquemment comme on sort la tête de l’eau pour respirer, là c’est pour engranger les images, les scènes parfois très éprouvantes, parfois plus douces.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, très émouvant, qui explore les facettes les plus sombres de l’Afghanistan actuel, et de l’âme humaine, mais ne reste pas totalement sans espoir. Je trouve difficile d’en parler, mais je n’hésite pas à le recommander, ainsi que d’ailleurs le premier roman traduit en français de Nadeem Aslam, La cité des amants perdus, qui se passe au sein d’une famille pakistanaise vivant en Angleterre.


Extrait : Son esprit est une demeure hantée.
La femme qui se nomme Lara lève les yeux, croyant avoir entendu un bruit. Repliant la lettre qu’elle vient de relire, elle s’approche de la fenêtre qui surplombe le jardin. Dehors, l’aube emplit le ciel de lumière, même si quelques étoiles sont encore visibles.

Au bout d’un moment, elle se détourne et se dirige vers le miroir circulaire appuyé contre le mur du fond. L’apportant jusqu’au centre de la pièce, elle le pose dos contre le sol, doucement, sans un bruit, par égard pour son hôte qui dort dans une pièce voisine. Indifférente à l’image qu’il lui renvoie d’elle-même, elle s’attarde sur le reflet du plafond qu’elle y voit dans la lumière pâle de l’avant-jour.
Le miroir est grand : à supposer que le verre soit de l’eau, elle pourrait plonger et disparaître sans en toucher les bords. Sur le vaste plafond, il y a des centaines de livres, chacun maintenu en place par un clou qui le transperce de part en part. Une pointe de fer enfoncée dans les pages de l’Histoire, dans celles de l’amour, celles du sacré. À genoux sur le sol poussiéreux à côté du miroir, elle essaie de déchiffrer les titres. Les mots sont inversés, mais la tâche se révèle plus facile que si elle restait des minutes entières la tête renversée à regarder le plafond.
Aucun bruit hormis celui de sa respiration régulière et, dehors, le bruissement de la brise agitant de ses robes ondoyantes le jardin envahi par les mauvaises herbes. Elle fait glisser le miroir sur le sol, comme si elle passait à une autre section d’une bibliothèque.
Les livres sont tous là-haut, les gros comme ceux qui ne sont pas plus épais que les parois du coeur humain. De temps à autre l’un d’eux tombe de lui-même, à moins qu’on ne choisisse de déloger l’ouvrage voulu grâce au maniement judicieux d’une perche en bambou.
Originaire de la lointaine Saint-Pétersbourg, elle a accompli un long voyage pour arriver dans ce pays, celui qu’Alexandre le Grand a traversé sur sa licorne, cette terre de vergers légendaires et d’épaisses forêts de mûriers, de grenadiers qui ornent les frises de manuscrits persans écrits voilà plus de mille ans.


Elles donnent aussi leur avis sur ce livre : Naina, Amanda, Kallikrates, Rikmu, aproposdelivres,
Lau et Sylvie (passion des livres).

J’ai trouvé très intéressant l’entretien avec l’auteur dans l’Express, dont voici un extrait : Les gens m'écrivent pour me dire que l'image des livres cloués est très belle et pour me demander comment j'y ai pensé. ça m'est venu un jour, je ne sais pas comment. Mon idée de roman est venue avec cette image de livres cloués à un plafond . Ma première idée a été d'en faire une peinture, mais ensuite j'ai pensé que ce plafond était en Afghanistan, et c'est ainsi que le roman a pris son essor.

Je ne fais pas de recherches au sens strict du terme. J'écris sur ce que je connais et aime (le jazz, la peinture), ce qui me fait dire que si on n'aime pas mes livres on ne m'aimera pas moi.

Si je vois un beau papillon vert et blanc qui apparaît et disparaît dans le feuillage, il faut que je l'écrive : et si personne n'avait jamais vu une telle chose ? Si de telles  merveilles disparaissaient à tout jamais ?

J'ai visité une usine de parfums au Pakistan et ses monceaux de roses.

J'ai visité l'Afghanistan, mais avant j'avais parlé à des réfugiés afghans au Royaume-Uni, environ 200, parce que j'avais peur de ne pas avoir de visa pour l'Afghanistan. Tout ce que j'ai vu à Peshawar ou Kaboul ou Jalalabad a plus ou moins fini dans mon roman.


Par kathel - Publié dans : Asie
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 10:32

concisechineseenglish.jpgL’histoire : Une jeune fille de vingt-trois ans débarque de sa Chine natale et rurale à Londres pour une année de cours d’anglais. Zhuang, qui se fait appeler Z parce que son prénom est difficile à prononcer, prend note en anglais de son installation à Londres, de ses interrogations, des mots de vocabulaire qui lui posent des questions. Elle rencontre un homme, de vingt ans son aîné, et l’histoire d’amour prend le pas sur celle de l’exil, mais le conflit de civilisations est bien présent dans le domaine du cœur aussi…

L'auteur : Xiaolu Guo est née dans un village de pêcheurs du sud de la Chine en 1973. Elle se partage aujourd'hui entre la littérature et le cinéma. Elle vient de remporter le grand prix du Jury du Festival de films de femmes de Créteil 2007 avec How is your fish today ? Après un premier roman, La Ville de Pierre (Picquier, 2003), son Petit Dictionnaire chinois-anglais pour amants paraît chez Buchet / Chastel en 2008, suivi de Vingt fragments d'une jeunesse vorace en 2009.

368 pages
Editeur :
Vintage

Mon avis : Repéré depuis longtemps, mais pas encore sorti en poche, ce livre était un candidat idéal pour un achat en version originale et je ne le regrette pas du tout. J’ai trouvé très agréables à lire ses chapitres courts, j’ai aimé la personnalité de Z, ses étonnements face aux habitudes de l’ « Ouest » et aussi face à une langue totalement nouvelle, même dans sa construction. Ainsi, elle explique, qu’en chinois, les phrases commencent toujours par les notions de temps et de lieu, avant de parler des personnes. « So time and space always bigger than little human in chinese. It is not like order in english sentence, « I », or « Jake » or « Mary » by front of eveything, supposing be most important thing to whole sentence. »

Au tout début du livre, son anglais encore hésitant comporte de nombreuses erreurs de grammaire, mais s’améliore au fil du temps, surtout quand elle rencontre son « amoureux », artiste un peu marginal de vingt ans son aîné, chez lequel, sur un malentendu, elle s’installe rapidement. Z a envie de stabilité, après une enfance et une jeunesse dans une petite communauté villageoise chinoise où elle était très peu considérée, dans une famille qui la considérait plus comme un fardeau qu’autre chose. Elle construit une « Grande Muraillle » autour d’elle et de son ami. L’amant n’est pas désagréable, mais pas sympathique non plus, parfois sentencieux ou paternaliste. Il pousse Z à sortir, faire des rencontres, mais hormis les autres élèves du cours d’anglais, elle ne voit pas grand monde. Il finit par la décider à entreprendre un tour d’Europe en solitaire, alors qu’elle aurait aimer partir en vacances avec lui, périple au cours duquel elle fait effectivement quelques rencontres.

Facile à lire, comportant de jolies réflexions sur le choc des cultures, les quelques longueurs de ce roman concernent l’histoire d’amour entre les deux personnages principaux, qui sonne toutefois assez juste.


Lu auparavant par Mango, Naina, Karine, Lisa, Clarabel, Juliann, Yueyin, A girl from earth, Canthilde, Thracinée, Marguerite et Soïwatter.

Par kathel - Publié dans : Asie
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