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Vendredi 9 mai 2008
Quatrième de couverture : Dans ce livre, qui se présente comme un roman à épisodes,
la grande romancière et nouvelliste russe Ludmila Oulitskaïa nous propose de subtiles variations sur le mensonge au féminin. Car, d’après notre auteur, les mensonges des femmes se distingueraient nettement de ceux des hommes, et seraient presque toujours dépourvus de finalité. Génia, le personnage principal, est ainsi confrontée à toutes sortes d’inventions ou d’affabulations. Comme le récit d’Irène, dont elle fait la connaissance en vacances en Crimée, sur la mort de ses enfants, qui l’émeut jusqu’aux larmes. La petite Nadia s’invente un grand frère, Lialia une liaison avec un peintre célèbre, et Anna se prétend poète...
    Chaque nouvel épisode de ce roman à thème illustre à sa manière l’étendue du talent de Ludmila Oulitskaïa, la précision de son sens de l’observation, l’originalité de ses canevas, et surtout, une grande tendresse pour ses personnages et à travers eux pour l’être humain et ses faiblesses.
Traduction : Sophie Benech, 192 pages, Editeur : Gallimard Collection :  Du monde entier (2007) Titre original : Skvoznaïa liniïa

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre pour son originalité et ses beaux portraits féminins. C’est un roman sur le thème du mensonge, composé de chapitres qui sont comme autant de nouvelles. Le personnage principal en est Génia, intellectuelle russe, qui à son travail, dans son voisinage ou sa famille rencontre d’autres femmes qui ont en commun, pour des raisons très diverses, d’aimer s’inventer une autre vie. Elles lui racontent leur histoire, et Génia découvre, parfois après s’être émue à les entendre, que ce sont des affabulations. Ces  portraits de femmes qui « mentent comme elles respirent » sont touchants, de la toute jeune fille à la dame très âgée, avec leurs vies imaginaires ou leurs espoirs qui prennent réalité. Et Génia, qui observe tout cela avec étonnement, car elle fait partie de ces femmes qui ne savent pas mentir, serait-elle complètement épargnée par ce phénomène ? Ne se ment-elle pas à elle-même, à défaut de mentir aux autres ?
J‘ai trouvé les observations très fines et intéressantes, l’écriture agréable… Les femmes mentent-elles si bien, parce qu'elles seules ont de l'imagination ? (N'est-ce pas, messieurs ?)
J’avais déjà lu de Ludmila Oulitskaïa De joyeuses funérailles et Le cas du Docteur Koukotski, c’est un auteur que je retrouverai volontiers de nouveau, et qui me donne envie de me plonger dans la littérature russe contemporaine, que je connais très peu.

Biographie :
Née en Azerbaïdjan où ses parents avaient été évacués pendant la guerre, Ludmila Oulitskaïa vit à Moscou. Généticienne de formation, mais aussi collaboratrice à ses débuts du Théâtre musical juif, elle a fait partie du collectif d’auteurs de « Claustrophobia », le désormais mythique spectacle de Lev Dodine. Malgré son talent, elle n’est reconnue comme auteur à part entière qu’après la chute du communisme ambiant. Ludmila Oulitskaïa est l’un des auteurs russes les plus lus dans le monde.
Ses livres traduits en français :
Les pauvres parents (1993), Sonietchka (1996), De joyeuses funérailles (1999), Un si bel amour et autres nouvelles (2002), Le cas du Docteur Koukotski (2003), La maison de Lialia et autres nouvelles (2004), Sincèrement vôtre, Chourik (2005)

Les avis de :
Emjy, Bernard et Amanda.

Extraits :
La première phrase
Peut-on comparer le bon gros mensonge masculin, stratégique, architecturé, aussi ancien que la réponse de Caïn, avec ces charmants petits mensonges de femmes dans lesquels on ne décèle aucune intention bonne ou mauvaise, ni même aucun espoir de profit ?

Quand les enfants se furent enfin calmés, Anna Nikitichna alla chercher dans la remise une bouteille de vodka, un bocal de trois litres rempli de cornichons qu'elle avait salés elle-même, et un pot d'agarics champêtres, serrant le tout contre sa poitrine et marchant à pas lourds sur le sentier détrempé. Elles passèrent encore un long moment sur la terrasse, et Anna Nikitichna raconta à Génia sa vie héroïque, comment elle avait tout obtenu toute seule, à la force du poignet : sa situation, une certaine aisance... Elle aurait pu avoir encore davantage, mais elle ne voulait pas, parce qu'elle ne connaissait la valeur des choses, et ce qu'elle avait atteint, c'était exactement ce qu'il lui fallait, elle n'avait pas besoin de plus...

par kathel publié dans : littérature russe
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Mercredi 7 mai 2008
Résumé de l’éditeur : Ancien rédacteur de Millenium, revue d’investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d’une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu’un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires.
Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu’il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu’au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier.
Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers, lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l’écorchée vive vont résoudre l’affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu’il faudrait peut-être taire.
Editeur : Actes sud 2006 Traduction : Lena Grumbach et Marc de Gouvenain 575 pages Titre original : Män som hatar kvinnor


Je ne prétends pas faire un billet particulièrement original aujourd’hui : j’ai succombé à la Milleniumania, et j’en rends compte, sans ressentir le plaisir de vous faire découvrir quelque auteur ou roman méconnu !
J’ai aimé cette lecture, mais ce n’est pas vraiment un coup de cœur : le scénario est bien ficelé, avec deux histoires en une, les situations sont fouillées et n’ont pas trop un goût de déjà-vu, les personnages sont attachants, avec une mention spéciale pour Lisbeth Salander, l’objet-livre est beau et agréable à lire… Alors quoi ? Je m’attendais sans doute à un peu autre chose, avec toutes les louanges que j’avais lues ici ou là ! J’ai adoré jusqu’à la rencontre de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, ensuite un petit peu moins… La sauce n’a pas tout à fait pris en ce qui me concerne, et voilà !
C’est une lecture très distrayante toutefois, mais si vous n’avez pas envie de le lire, pourquoi pas ? Vous n’en mourrez pas plus bête ! De mon côté, je ne me précipiterai pas immédiatement sur les tomes deux et trois que je pense quand même lire un jour...


Ils/elles l’ont lu aussi (faites-moi signe si je vous ai oublié !) Yspaddaden, Betty, Karine, Cathulu, Bellesahi, Florinette, Lou, Gawou, Anna Blume, Gachucha, BMR et MAM, Valdebaz, Dasola, Alain, Tamara, Cuné, Emeraude et Rethymna...

Des extraits :
La première phrase
C'était maintenant devenu un événement annuel. L'homme qui recevait la fleur fêtait ce jour-là ses quatre-vingt-deux ans.

- L'île restait coupée mais les choses ont commencé à se calmer. Nous ne nous sommes rendu compte de l'absence d'Harriet qu'au moment où nous passions à table pour un dîner tardif vers 20 heures. J'ai envoyé l'une de mes cousines la chercher dans sa chambre, mais elle est revenue en disant qu'elle ne la trouvait pas. Cela ne m'a pas inquiété outre mesure ; j'ai dû croire qu'elle était allée faire un tour ou qu'elle n'avait pas été informée que le dîner était servi. Et au cours de la soirée j'ai été occupé par diverses querelles familiales. Ce n'est que le lendemain matin, parce qu'Isabella me cherchait, que nous avons réalisé que personne ne savait où elle était et que personne ne l'avait vue depuis la veille.
Il écarta grand les bras.


Une seule condition devait être remplie. Maître Bjurman devait mourir de manière qu'elle-même ne puisse jamais être associée au crime. Elle se doutait bien que tôt ou tard son nom apparaîtrait dans une enquête policière à venir quand les flics examineraient les activités de Bjurman. Mais elle n'était qu'un grain de poussière dans toute une galaxie de clients actuels ou anciens, elle ne l'avait rencontré que quelques rares fois et, à moins que Bjurman n'ait noté dans son agenda qu'il l'avait forcée à lui faire une pipe - ce qu'elle jugeait invraisemblable -, elle n'avait aucune raison de l'assassiner. Il n'y aurait pas la moindre preuve que sa mort avait un rapport quelconque avec ses clients ; on pourrait penser à des ex-petites amies, des parents, des connaissances, des collègues et un tas d'autres gens. On pourrait même cataloguer cela de random violence, scénario dans lequel le meurtrier et victime ne se connaissaient pas.

par kathel publié dans : littérature nordique
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Samedi 3 mai 2008
Présentation : Eté caniculaire à Oslo. Depuis l'assassinat de sa coéquipière, Harry Hole, flic acharné et intuitif, a sombré dans l'alcool et le désespoir. Les deux inspecteurs menaient une enquête sur un trafic d'armes auquel certains éléments corrompus de la police seraient mêlés. Paranoïaque et à bout de nerfs, Hole entame une longue descente aux enfers que rien ne semble pouvoir arrêter. Alors que ses supérieurs pensent à le suspendre, une sanglante affaire va le remettre sur les rails. Depuis quelques jours, des cadavres sont en effet retrouvés aux quatre coins de la capitale norvégienne. Le modus operandi est toujours le même : l'ablation de l'un des doigts des victimes et la présence à proximité des corps mutilés d'un diamant rouge taillé en forme d'étoile et d'un pentagramme, symbole occulte plus connu sous le nom d'"étoile du diable". La police doit se rendre à l'évidence : un serial killer opère dans les rues d'Oslo. Mais attention, le diable est rarement celui qu'on croit...

Biographie de l'auteur : Né en 1960, Jo Nesbø est journaliste économique et chanteur. Il a été propulsé sur le devant de la scène littéraire en 1998 en recevant le prix du meilleur roman policier nordique de l'année. Après L'homme chauve-souris (Folio Policier n° 366) qui a inauguré la série des enquêtes menées par Harry Hole, L'étoile du diable est son deuxième roman à paraître chez Gallimard.

486 pages Traducteur : Alexis Fouillet  Editeur : Gallimard (2006)   Collection : Serie noire 
Titre original :
Marekors


Mon avis : C’est la troisième enquête de Harry Hole que je lis, et j’ai retrouvé avec plaisir ce flic bourru, à la vie privée qui tombe en miettes et toujours tenté par un détour vers le Vinmonopolet* le plus proche. J’ai été plutôt déçue au début qu’il s’agisse d’une affaire de tueur en série, mais c’est plus compliqué que cela, et le côté thriller du roman n’occulte pas la vie privée d’Harry, passionnante si on le connaît déjà, et la psychologie des différents personnages. De plus, les retournements de situation sont nombreux et la construction du roman très habile. Je me suis de plus amusée à retrouver des endroits traversés en visitant Oslo et ai donc pris  beaucoup de plaisir à lire ce livre !
*
magasin qui seul a l'autorisation de vendre des boissons alcoolisées.

Extraits (merci au site Evene !)
Camilla Loen était jeune. Entre vingt-sept et trente ans, supposa Harry. Jolie. Potelée. Sa peau était lisse et bronzée, avec en dessous ce reflet pâle que les défunts ont si vite. Ses cheveux étaient bruns, s'éclairciraient certainement un peu une fois séchés, et elle avait un petit trou dans le front qui ne se verrait certainement plus une fois le travail du taricheute accompli. Celui-ci n'aurait d'ailleurs pas grand-chose à faire, si ce n'est maquiller ce qui ressemblait à une petite boursouflure sur le globe
oculaire droit.

Le mardi, à Oslo, le thermomètre monta à vingt-neuf degrés à l'ombre, et, dès trois heures, les gens
commencèrent à déserter les bureaux au profit des plages de Huk et de Hvervenbukta. Les touristes s'amassaient aux terrasses des bars d'Aker Brygge et dans le parc Frogner, où ils prenaient en transpirant les inévitables photos du Monolithe avant de redescendre à la Fontaine dans l'espoir qu'un souffle leur enverrait une bruine rafraîchissante.
Hors des rues à touristes, le calme régnait, et le peu de vie qu'il y avait passait au ralenti.


Il l’a lu : Jean-Marc Laherrère qui a aussi réalisé son interview sur Bibliosurf.


Oslo, Frognerpark, C.L.

par kathel publié dans : littérature nordique
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Jeudi 1 mai 2008
Mot de l'éditeur : Pauline (1838) est un des premiers romans de Dumas, où Monte-Cristo se trouve en germe. C'est un livre qu'il a écrit seul, et qui se déroule de son temps.
La fiction brode sur les thèmes du roman gothique, en "noir", nuit, cottage en ruine, sentes perdues, passages secrets, brigands impitoyables, héroïne enterrée vivante, substitution de cadavres.
Pauline fait face à un bourreau mystérieux, "homme fatal. C'est le roman d'une jeunesse déboussolée qui tente de se faire une place dans une société mesquine.

Année de publication 1838  241 pages  Editeur : Gallimard Folio

Biographie : (d’après Wikipédia, entre autres)
Alexandre Dumas est un écrivain français né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts (Aisne) et mort le 5 décembre 1870 à Puys, lieu-dit près de Dieppe (Seine-Maritime).

Alexandre Dumas était le fils de Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie dit le général Dumas, général de la Révolution française, métis d'origine haïtienne par sa grand-mère, qui mourut quand son fils eut trois ans et demi. Après des études négligées, il travailla comme clerc chez un notaire et débuta la rédaction de pièces de théâtre avec son ami, le vicomte Adolphe Ribbing de Leuven. Ces premiers essais furent autant d'échecs.

En 1823, il entra au service du Duc d’Orléans comme expéditionnaire grâce à sa calligraphie. Il lisait alors Shakespeare, Walter Scott, Goethe et Schiller qui furent les sources d'inspiration principales de son théâtre. Il continua à écrire pour le théâtre et connut enfin le succès grâce à la représentation en 1829 de Henri III et sa cour par la Comédie-Française. Ce succès continua pendant toute sa carrière littéraire dans ses genres de prédilection : le drame, le roman historique et le feuilleton.

C'est un auteur prolifique (avec l'aide notoire de nègres et en particulier d'Auguste Maquet qui a participé à la plupart de ses réalisations), signant des grandes œuvres telles Les Trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo en 1844.
En 1846, il fait construire son propre théâtre qu'il baptise le "Théâtre-Historique". Le théâtre sera inauguré en 1847 et accueillera les pièces de plusieurs auteurs européens : Shakespeare, Goethe, Calderon, Schiller...
Malheureusement, le théâtre fera faillite en 1850. Ruiné, Dumas sera obligé de vendre aux enchères le Château Monte-Cristo.
En 1851, poursuivi par plus de 150 créanciers, Dumas doit s'exiler en Belgique.
En septembre 1870, après un accident vasculaire qui le laisse à demi paralysé, Dumas s'installe dans la villa de son fils à Puys, près de Dieppe. Il y meurt le 5 décembre 1870. Alexandre Dumas est entré au Panthéon en novembre 2002, à l'occasion du bicentenaire de sa naissance.
Son fils, également nommé Alexandre Dumas, fut lui aussi écrivain, auteur en particulier de la Dame aux camélias.                                       Dumas par Nadar

Pauline (1838) est un des premiers romans de Dumas. L’action principale se situe entre 1830 et 1834. Ce livre a ensuite servi de base à la pièce de théâtre Pauline écrite par Eugène Grangé et Xavier de Montépin, à laquelle aurait contribué Dumas, et qui fut portée à la scène en 1850.

Lu dans le cadre du club de lecture : Les liens pour tous les autres avis sont chez
Lisa...
Ma lecture : Pauline est un roman de jeunesse d’Alexandre Dumas, qui, à cette époque, s’essayait plutôt à écrire des pièces de théâtre, genre plus prisé. Il a été publié tel quel et non en feuilleton, comme ce fut le cas pour ses autres romans.
Je l’ai trouvé bien construit : tout part d’une rencontre fortuite d’Alexandre Dumas qui aperçoit un de ses amis, Alfred de Nerval, en compagnie d’une femme mystérieuse. Il lui semble la reconnaître, et lorsqu’un peu plus tard, il croise de nouveau cet ami, il apprend de sa bouche l’histoire rocambolesque de cette jeune femme.
Agée de 18 ans, Pauline de Meulien commence à sortir dans le monde lorsqu’elle fait la connaissance d’un jeune homme paré d’une réputation de courage et  de mystère… Elle découvre alors les affres de l’amour, dans la très jolie scène du bal et du moment de chant autour du piano… Dans cette scène, que l’on imagine un peu comme celle du bal du « Guépard », on sent que sa crainte et sa curiosité mêlées la font tomber irrémédiablement dans un piège. Elle se marie avec Horace de Beuzeval et après quelques moments heureux, commence à trouver étranges certains amis de son mari, certaines de ces activités.
Pour notre bonheur, et son malheur, nous vivons alors des scènes aux ingrédients dignes de tout roman gothique et romantique : paysages sombres, tempête, portes dérobées, pavillon inhabité, serviteur mystérieux, duels, larmes et évanouissements… La dernière partie du roman est celle d’un amour impossible et tragique entre Pauline et le narrateur, Alfred de Nerval, amour très bien décrit lui aussi.
J’ai une question pour terminer : pourquoi les femmes à cette époque s’évanouissaient-elles à la moindre émotion ? Faut-il y voir un problème d’alimentation, de corset trop serré, je me perds en conjectures ! Après cette parenthèse hautement philosophique, je dois dire qu’en inconditionnelle du Comte de Monte-Cristo, j’ai beaucoup aimé cette lecture, qui me donne envie de retrouver d’autres romans mettant en scène des héroïnes candides (enfin, pas trop, quand même !) aux prises avec des individus malveillants.


Extraits choisis :
Je le vis ainsi pour la première fois, entouré de la reconnaissance d’une famille entière et de tout le prestige de l’émotion que m’avait causée cette scène dont il avait été le héros. C’était un jeune homme pâle, et plutôt petit que grand, avec des yeux noirs et des cheveux blonds. Au premier aspect, il paraissait à peine avoir vingt ans ; puis en regardant plus attentivement on voyait quelques légères rides partir du coin de la paupière en s’élargissant vers les tempes, tandis qu’un pli imperceptible lui traversait le front, indiquant, au fond de  son esprit ou de son cœur, la présence habituelle d’une pensée sombre ; des lèvres pâles et minces, de belles dents et des mains de femme complétaient cet ensemble, qui au premier abord, m’inspira plutôt un sentiment de répulsion que de sympathie, tant était froide, au milieu de l’exaltation générale, la figure de cet homme qu’une mère remerciait de lui avoir conservé son fils.

« Vous vous réveillerez dans un caveau où nul n'est descendu depuis vingt ans, et dans lequel, d'ici à vingt ans peut-être, nul ne descendra encore. N'ayez donc aucun espoir de secours, car il serait inutile. Vous trouverez du poison près de cette lettre: tout ce que je puis faire pour vous est de vous offrir une mort prompte et douce au lieu d'une agonie lente et douloureuse. Dans l'un et l'autre cas, et quelque parti que vous preniez, à compter de cette heure, vous êtes morte. »

par kathel publié dans : littérature française
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Dimanche 27 avril 2008
Présentation de l'éditeur : Dans une petite ville du fond de l'Argentine,
un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, il passe mais sans s'arrêter. Il y a quatre jours maintenant que l'avocat Ponce amène sa soeur pour prendre cet autobus et qu'il ne s'arrête pas. Les jeunes gens décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Le village s'interroge. Il s'est passé quelque chose dans le pays que tout le monde ignore ici.
Sous l'orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu'une effrayante vérité se dévoile.
Sobre et dense, sans concession, ce court roman nous conduit, dans un style alerte et cinématographique, au coeur des pages les plus sombres de l'histoire de l'Argentine et parle du pouvoir sous ses formes les plus perverses.

L'auteur : Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie. L'Autobus est son premier roman, il est publié en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal.
Traducteur : René Solis  Editeur : Métailié (12 avril 2007)  124 pages Titre original : El colectivo
Prix Las Dos Orillas 2005.

Mon avis : Il est difficile de parler de ce livre, tant l’écriture en est concise. Les phrases sont courtes, les dialogues, qui sonnent très justes, sont nombreux, mais contiennent une part de mystère, les choses sont dites à demis mots, et on comprend pourquoi en avançant dans la lecture, lorsque le drame se précise. Il n’y a pas de descriptions ni de fioritures inutiles. Je préfère ne pas en dévoiler trop. Pour ma part, j’avais lu tellement vite la quatrième de couverture que je partais sans idée aucune sur ce roman, et je crois que c’est comme cela qu’on l’apprécie le mieux !
Il m’a fait penser à certains films argentins, comme Historias minimas de Carlos Sorin (2002) qui ne sont absolument pas tape-à-l’œil, mais touchent  par leur subtilité et l’émotion qu’ils dégagent. Dans ce roman, il y a une dimension plus politique et critique vis-à-vis de toute forme de dictature, toutefois... Il s’avère donc que c’est une très bonne surprise, et j’espère retrouver cet auteur un jour, puisque c’est son premier roman.

Extraits :
Cela fait trois soirs que l'autobus passe sans ouvrir ses portes. Le village est sous une chape métallique. Grise et légèrement ondulée. Le seuil des maisons est maculé de terre et l’absence de pluie rend les chiens nerveux. Par la fenêtre de l’hôtel, Rubén se penche machinalement pour regarder les gens qui traversent la voie.

Le silence est pesant. Rita se promet, une nouvelle fois, d'éviter de trop parler à Gómez. Il a toujours quelque chose à répondre, toujours quelque chose à rétorquer. L'imbécile, avec sa petite bicyclette noire, qui traverse d'un côté à l'autre. Qui va et qui vient. Il croit peut-être qu'à force de venir de ce côté-ci, il va être comme nous ; il croit peut-être que, mine de rien, un beau jour il va pouvoir rester ici. Et que personne ne lui dira rien. Que nous ne nous en rendons pas compte. Imbécile.
- Mais continuez, Gómez, je ne veux pas vous retarder, il ne faudrait pas que l'orage vous attrape.
- Non, doña Rita, l'orage ne viendra pas. Le ciel peut se plomber tant qu'il voudra. Il nous écrasera les os mais la pluie, il ne la lâchera pas.
Et voilà maintenant que cet imbécile mal élevé me reprend même sur le temps qu'il fait. Comme si moi qui suis née ici, je ne savais pas. Comme si on pouvait me faire des pronostics, à moi.
Gómez reprend la bicyclette et pique un petit sprint avant de remonter en marche.
- Au revoir, doña Rita.
- Au revoir, Gómez, c'est toujours un plaisir de parler avec vous.
Gómez prend à toute vitesse le virage de la pharmacie. Il lâche la pédale droite et lance sa jambe pour garder l'équilibre. Il freine d'un coup et saute de la selle. De la pointe du pied, il repousse la pédale en sens inverse et bloque la bicyclette contre l'un des rares rebords de trottoir du village.


- Et ils savaient tous qu’il ne s’arrêterait pas ?
- Ils le supposaient. Ici, les choses ont tendance à se répéter.


Lu également par 
Yueyin, Flo, Cuné, Clarabel, Laurent et Yvon

par kathel publié dans : littérature sud-américaine
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Vendredi 25 avril 2008
Quatrième de couverture :
De son enfance au cirque, Zodiak a gardé la voûte céleste tatouée à l’encre noire sur son
torse. Et le polac, qui le suit comme son ombre. Ils cherchent Sonia – la femme, l’étoile filante. On the road. Jusqu’aux chambres de luxure et de mort d’une vaste villa…
Mais il y a des chiens de garde aux portes de l’enfer. Zodiak les affronte, qui veut l’absolu, la pureté et la beauté.
Prix Polar dans la ville 2004
Editeur : Zulma  (2003)  307 pages.

La suite de mes rencontres aux
Quais du Polar : Marcus Malte… J’en avais lu ici et là le plus grand bien, surtout à propos de Garden of love, son dernier roman. Il est de plus tout à fait charmant et acccessible !
Mais parlons de La part des chiens.
C’est un roman noir, très noir, sombre et tourmenté, mais peut-être pas tout à fait désespéré ! Les personnages, Zodiak et Roman, dit le polac, ont passé leur enfance et leur jeunesse dans le même cirque. Ils ont tout quitté pour une quête de neuf cent vingt-sept jours, à la recherche de Sonia, le seul amour de Zodiak. Ils pénètrent dans une ville du sud, un port où ils pensent la trouver. On pourrait croire l’avoir déjà lue, l’avoir déjà vue, cette histoire qui a quelque chose d’un film, mais avec Marcus Malte, elle contient une poésie et une noirceur inhabituelles. Avec une certaine angoisse, j’ai suivi ces deux marginaux dans leur quête au bord de la folie, dans des recoins ignorés, délaissés de cette ville. L'écriture de l'auteur m'en a fait aimer les endroits les plus sordides. Certains moments, certaines rencontres de l'histoire sont cruels, d’autres plus tendres et on peut craindre une fin paroxystique à cette quête, mais… Je vous laisserai le découvrir par vous-même !

Et en attendant, place au talent de l’écrivain :
Après cela il baissa la tête et tourna de nouveau les yeux vers le feu qui brûlait là-bas au centre de la prairie. Il pensa à Sonia. Son amour dans ce monde. Dans une simple robe de lin immaculée. Agharâ avait suivi son regard et peut-être ses pensées car c'est à ce moment-là qu'il se mit à parler de Vénus la blanche. Il dit qu'elle était l'Etoile du soir pour certains et pour d'autres l'Etoile du matin. Et pour Pythagore le Grec, qui se mêlait de tout, ces deux joyaux en réalité n'en faisaient qu'un. Il dit qu'arithmétiquement le Grec n'avait pas tort. Cependant l'illusion perdure, car nul homme ne peut laisser inassouvi ce besoin de symbole et de poésie qui est dans sa nature. Il dit que le premier juge et le dernier juge était le coeur de l'homme et non sa raison. Et tout dépend au fond de l'heure à laquelle on se couche.

Mais c’était à lui de les démêler et il s’y appliquait sans relâche car il savait qu’au bout d’un de ces tortueux parcours il trouverait forcément ce qu’il cherchait. Son amour. Et il savait aussi qu’il n’avait pas d’autres choix que celui de continuer à chercher car il ne pouvait pas vivre sans son amour. Il en avait déjà eu la preuve. Maintes preuves concrètes. Sans son amour, il n’était plus un être humain. Pire qu’un serpent froid, pire qu’un loup blessé, sans son amour il en était réduit à une créature sans nom chaque jour plus solitaire et chaque jour plus cruelle. Une créature en danger, et dangereuse, qui s’abreuvait la nuit à la source du mal, là où nul autre animal n’oserait même tremper ses lèvres.

Qui est Marcus Malte :
Tout d’abord, le site de l’auteur, où il se présente ainsi : « Je suis né en 1967 et vit depuis ce temps à la Seyne sur Mer. Devant la mer. J’ai fait des études de cinéma. Mais ça n’a pas marché. J’ai été musicien. De rock. De jazz. De variétés. Mais ça n’a pas marché. Aujourd’hui j’essaie d’écrire des histoires. On verra. »

Vous pouvez lire une longue et très intéressante rencontre avec Marcus Malte sur Bibliosurf ainsi que celle de Cathe.

Parmi sa bibliographie :
Le Vrai con maltais, Baleine, 1999
Carnage, constellation, Fleuve noir, 1998
Cent jours avec Antoine et Toine, Seuil Jeunesse, 2000
Et tous les autres crèveront, Zulma, 2001
La Part des chiens, Zulma, 2003
Mon frère est parti ce matin..., Zulma, 2003
Intérieur nord, Zulma, 2005
Garden of love, Zulma, 2007. Ce dernier m'attend !

par kathel publié dans : littérature française
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Mercredi 23 avril 2008
Présentation de l'éditeur :
Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est reçue pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa. Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle. La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent, intitulé La formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.

L'auteur : Yoko Ogawa est l'une des plus brillantes romancières du Japon d'aujourd'hui. Ses romans sont traduits dans le monde entier. Elle a obtenu les prix les plus prestigieux de son pays.
317 pages  Editeur : Actes Sud (11 janvier 2008) Traduction : Rose-Mary Makino-Fayolle  Titre original : Mina no koshin

J’ai déjà lu plusieurs nouvelles et romans de Yôko Ogawa (Tristes revanches, Le musée du silence) et j’avais été à la fois envoûtée et repoussée par certains aspects dérangeants de ces récits. On ne les retrouve pas ici, mais quelques thèmes communs apparaissent : l’attirance pour ce qui est bizarre ou différent et l’enrichissement au contact de personnes nouvelles, le goût pour les collections, la recherche de la vérité…
Il s’agit ici d’un roman d’apprentissage, qui se déroule pour la jeune Tomoko, dans les années 1970, pendant une année scolaire qu’elle passe chez sa tante. Rien n’est comme chez elle dans cette grande demeure et elle évolue en particulier au contact de sa cousine Mina, un peu plus jeune qu’elle, qui soigne son asthme dans une salle de bains de lumière, qui se rend à l’école sur le dos d’un hippopotame nain et qui lit des livres qui ne sont pas de son âge… Le personnage de l’oncle, directeur d’une usine de boisson gazeuse, a lui aussi sa part de mystère. Tomoko a beaucoup de tendresse pour sa tante, pour la grand-mère Rosa, née en Allemagne et pour Madame Yoneda, gouvernante sans qui rien ne tournerait rond dans cette maison.
La vie s’écoule sans évènements extraordinaires ou particulièrement dramatiques, mais l’atmosphère poétique et envoûtante de ce roman en fait tout le charme. Une phrase de Tomoko résume bien cette année passée dans la famille de Mina :
"Quand je repense à tout cela, je me sens protégée par les heures du passé."

Des extraits :
    Maintenant que trente ans ont passé, il n'y a déjà plus trace de la maison. Les deux cycas au feuillage abondant qui en défendaient courageusement l'entrée sont morts et ont été arrachés, le bassin à l'extrémité sud du jardin a été comblé. Le terrain qui est alors passé entre d'autres mains a été divisé, on y a construit un immeuble sans cachet et un foyer pour célibataires d'une société de produits chimiques, tous les deux habités par des inconnus.
Mais c'est justement parce que la réalité est tout autre que mes souvenirs ne peuvent plus être abîmés par qui que ce soit. Dans mon coeur, la maison de mon oncle est toujours là, et les personnes de la famille, celles qui sont mortes comme celles qui sont âgées, y vivent comme autrefois. Chaque fois que je reviens sur mes souvenirs, leurs voix sont encore plus animées, leurs visages souriants sont pleins de chaleur.


    « Le prix Nobel de littérature, monsieur Kawabata Yasunari, entre parenthèses soixante-douze ans, s'est suicidé la nuit du 16 en portant un tuyau de gaz à sa bouche, sur son lieu de travail, au troisième étage du Marina Mansion à Zushi. On n'a pas découvert de testament, et beaucoup de gens de son entourage restent pensifs à l'idée de la caude de ce suicide, mais on dit que depuis son opération de l'appendicite le mois dernier, sa santé laissait à désirer... »
Tout le monde était à sa place, à l'écoute de la lecture de Mina. Grand-mère Rosa avait joint les mains sur sa poitrine, madame Yoneda tartinait avec ardeur des morceaux de baguette avec de la confiture de fraises, ma tante brassait son thé. Le soleil matinal qui entrait par les fenêtres orientées à l'est éclairait le profil de Mina. Elle n'avait pas buté une seule fois et lisait correctement tous les caractères chinois, même les plus difficiles.
« ... Le corps a été transféré au cours de la nuit, aux premières heures du 17, dans sa maison de Kamakura où l'ont accueilli sa famille, sa gourvernante et les gens du voisinage. »
Lorsque Mina eut terminé sa lecture, tout le monde laissa échapper un soupir de tristesse.
- Ce monsieur Kawabata Yasunari, c'est un ami de la famille ? questionnai-je à la cantonade.
- Non, répondit grand-mère Rosa en décroisant ses mains.
- C'est que vous avez toutes tellement l'air sous le choc...
- Ce n'est pas une connaissance. Nous ne l'avons jamais rencontré. Mais monsieur Kawabata, c'est un écrivain, n'est-ce pas ? Quelqu'un qui écrit des livres. Même ici, il y a des livres de monsieur Kawabata. Ce n'est pas une connaissance mais nous avons un lien. Monsieur Kawabata a écrit des livres, qui sont ici. Ces livres, tout le monde les lit. C'est pourquoi nous sommes tristes.
Mina replia soigneusement le journal et le posa sur la table. Elles sont toutes restées un moment tête basse, comme si elles respectaient une minute de silence, les yeux baissés sur leur assiette, sans se préoccuper des oeufs au bacon qui refroidissaient.

- Il a été muté dans un endroit éloigné, et il ne peut plus venir faire ses livraisons ici. Mais il a dit qu'il ne t'oublierait jamais. Il est encore en train de livrer du Fressy quelque part. Il trouve des boîtes d'allumettes et se souvient de toi qui les aimes tant. Tiens, voici son cadeau d'adieu.
Je lui ai donné la boîte avec la fille qui fermait sa bouteille remplie d'étoiles.
Et lorsque la pièce est devenue sombre après que les rayons se furent interrompus, Mina avait toujours les yeux rivés sur la boîte d'allumettes.
Soudain, j'ai eu l'impression que quelque chose frôlait mes oreilles. Aah, c'est donc ça le message des anges. Je venais de comprendre qu'ils étaient en train de recoudre leurs ailes, posés sur mes lobes.


D'autres avis : Papillon l’a lu, ainsi que Chiffonette.

J'aimerais lire : La formule préférée du professeur, qui est, d’après ce que j’en ai lu, dans ce même esprit tendre et légèrement fantastique.

par kathel publié dans : littérature asiatique
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Lundi 21 avril 2008
Présentation de l'éditeur :
Un petit criminel toxicomane est trouvé abattu, le visage atrocement défiguré, au bord de la rivière Aker à Oslo, un vendredi soir. Cela n'éveille guère l'attention. Mais lorsque l'avocat de la victime est également trouvé assassiné dans son appartement quelques jours plus tard, l'affaire prend une autre tournure.
La police, qui a chargé l'inspecteur Hanne Wilhelmsen de l'enquête, entrevoit alors les contours d'une mafia de la drogue particulièrement bien organisée. Elle se doute rapidement que derrière celle-ci se trouve le monde des privilégiés de la société norvégienne. Mais qui est véritablement impliqué ? Et jusqu'à quel point ?

L’auteur :
Anne Holt, née en 1958 en Norvège, a été inspectrice de police, reporter pour la télévision norvégienne, avocate spécialisée dans la protection des enfants et ministre de la Justice. Couronnés de nombreux prix, ses livres sont aujourd'hui des best-sellers mondiaux. Elle entame sa carrière de romancière en 1993 avec La Déesse aveugle. En France, un petit éditeur, Odin, a publié trois de ses livres. Depuis le printemps 2007, c'est au tour de Plon de faire découvrir aux lecteurs français de nouveaux personnages récurrents :  Vik et Stubo.
Traduction : Gro Tang  Editeur : Points Seuil (2000) 388 pages Titre original : Blind Gudinne

Ma lecture : Voici la suite de mes découvertes sur les
Quais du Polar : un petit tour en Norvège avec Anne Holt ! J’avais noté son nom depuis un moment, et cela a été l’occasion, non pas de la rencontrer, car je n’ai pas osé aller lui faire signer ce roman, mais de découvrir son écriture : je vous le dis tout de suite, j’ai beaucoup aimé !
Ici, pas de tueur en série, mais un ou des tueurs protégeant leurs petites magouilles lucratives, pas de courses poursuites angoissantes, mais une lutte de tous les instants pour trouver des preuves avant l’audience qui remettra en liberté un suspect très compromis mais bien protégé, pas d’indices qui tombent providentiellement, mais de solides intuitions qui s’accompagnent de recherches minutieuses… La connaissance parfaite d’Anne Holt des mécanismes de la justice et de ceux qui essayent d’y échapper empêche de s’ennuyer un seul instant ! Ajoutons à cela des personnages que l’on a envie de côtoyer le plus longtemps possible : l’inspecteur de police Hanne Wilhelmsen, lesbienne très discrète sur sa vie privée, le procureur Håkon Sand, grand gaillard plus fragile qu’il n’y paraît et l’avocate Karen Borg avec laquelle ce dernier entretient une vieille amitié un peu équivoque… Ils enquêtent ensemble sur un crime dans le milieu des toxicomanes... Ils devinent que cette affaire est liée à une rumeur qui circule à propos d'avocats mouillés dans un trafic de stupéfiants, mais comment le prouver alors qu'ils semblent appartenir à une organisation soigneusement cadenassée ? L’auteur nous place le plus souvent du point de vue des enquêteurs, mais en nous laissant parfois une toute petite longueur d’avance sur eux, ce qui rend le suspense bien plus fort !
Bref, cette Déesse aveugle étant le premier roman de Anne Holt, paru en Norvège en 1993, puis en France en 1998, et suivi de plusieurs autres (Bienheureux ceux qui ont soif, La mort du démon, Une erreur judiciaire, Cela n’arrive jamais) j’ai encore de la très bonne lecture en perspective !




Oslo, près du Nationaltheatret
C.L.

par kathel publié dans : littérature nordique
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Lundi 14 avril 2008
Quatrième de couverture : L'homme à la valise se tenait immobile au bord de la fosse. Le bout de ses chaussures noires entamait la ligne blanche tracée tout le long du quai. Il haussa les épaules quand le grondement se fit plus précis. Jacques se releva et vint se placer juste derrière l'homme. Il frissonna de froid. La sueur mouillait son dos. Ses mains jaillirent de ses poches et se collèrent sur les omoplates de l'homme.
Qui bascula dans un cri terrible.
Il n'avait jamais rien vu de plus gros qu'une motrice de métro.
éditeur : Folio Policier 1999 (première édition1985) 231 pages

L’auteur :
Né en 1949, à Saint-Denis, Didier Daeninckx a exercé pendant une quinzaine d’années les métiers d’ouvrier imprimeur, animateur culturel et journaliste localier. En 1984, il publie Meurtres pour mémoire dans la Série Noire de Gallimard. Il a écrit une trentaine de titres qui mélangent roman noir et réalité sociale et politique     (Mort au premier tour, La Mort n'oublie personne, Zapping, Le Der des ders, Nazis dans le métro). Il a publié aussi des ouvrages pour la jeunesse (Le chat de Tigali, La fête des mères) et des nouvelles. Il a obtenu de nombreux prix littéraires. Il donne sa définition du roman noir : "un roman de la ville et des corps en souffrance".

Un petit mot sur ce polar qui ne m’a pas enthousiasmée. Je pense que ce n’est pas le meilleur de cet auteur que je connais peu à part une lecture lointaine… A sa décharge, c’est l’un de ses premiers romans, paru en 1985, et l’étude de société date donc un peu. Reste l’intrigue policière : un individu pousse un homme portant une valise bourrée d’explosifs sous une rame du métro. Le pire est évité mais la police est sur les dents, d’autant que la presse fait monter la pression. Le roman alterne entre le point de vue du « pousseur » et celui des policiers, notamment de la commissaire Michèle Fogel. J’ai bien aimé la description du Paris souterrain et du monde du métro, apprécié le contexte social et politique, mais me suis un peu ennuyée dans l’enquête elle-même. Et paradoxalement, j’ai trouvé le roman un peu court, j’aurais aimé des personnages plus approfondis ou plus de pistes dans l’enquête…
Il faudra que je retente un nouvel essai avec cet auteur, car j'ai trouvé l'ensemble bien écrit !  Si vous avez des titres à me conseiller, je suis preneuse.

par kathel publié dans : littérature française
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Dimanche 13 avril 2008
Présentation de l'éditeur :
Kambili a quinze ans. Elle vit à Enugu, au Nigeria, avec ses parents et son frère Jaja. Son père, Eugene, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes d'une rigueur implacable. Sa générosité et son courage politique en font un véritable héros de sa communauté. Mais Eugene est aussi un fondamentaliste catholique, qui conçoit l'éducation de ses enfants comme une chasse au péché. Quand un coup d'Etat vient secouer le Nigeria, Eugene, très impliqué dans cette crise, est obligé d'envoyer Kambili et Jaja chez leur tante. Les deux adolescents y découvrent un foyer bruyant, plein de rires et de musique. Ils prennent goût à une vie simple, et ouvrent les yeux sur la nature tyrannique de leur père. Lorsque Kambili et son frère reviennent sous le toit paternel, le conflit est inévitable.
Traduit par Mona de Pracontal  Editeur : Le livre de poche (2006) 350 pages Titre orig
inal: Purple hibiscus

L’auteur : Chimamanda Ngozi Adichie est née en 1977 à Abba. Elle a quitté le Nigeria à 19 ans pour suivre des études aux Etats-Unis. L’hibiscus pourpre est son premier roman, paru en 2004. Elle a écrit depuis Half of a yellow sun, pas encore traduit en français.

Ma lecture : Je ressors très émue de la lecture de ce roman, raconté du point de vue de Kambili, jeune fille de 15 ans vivant au Nigéria. Elle et son frère aîné appartiennent à une famille aisée qu’elle considère, au moment où débute le récit, comme entrant dans la norme, mais le lecteur se rend compte qu’elle est entièrement régentée par un père rigide et tyrannique, asservi à des principes religieux fondamentalistes, pour lui-même comme pour sa femme et se enfants. Pourtant il est unanimement loué par tous les membres de leur communauté, pour son courage vis à vis du gouvernement, il est en effet directeur d’un grand journal indépendant. Un bol d’air vient aux deux jeunes gens d’un court séjour chez la soeur de leur père, universitaire vivant dans une autre ville. Ayant déjà fait l’expérience au collège de leur différence, ils découvrent chez leur tante qu’un autre mode de vie est possible et commencent à remettre en cause les principes de leur père. Ceci est très bien écrit, de façon simple et touchante, les progrès de Kambili se font sous les yeux du lecteur, dont le cœur se met à battre avec le sien.
Je précise que ce n’est pas autobiographique, Chimamanda Ngozi Adichie parle de son propre père dans des entretiens, par exemple pour le magazine Lire
, et il ne ressemble pas du tout à celui de Kambili et Jaja.

Un coup de cœur inattendu pour ce roman lu dans le cadre du défi
Le nom de la Rose

Extrait :
Les vacances scolaires étaient courtes, seulement deux semaines, et le samedi précédant la reprise des cours, Mama nous emmena Jaja et moi acheter des sandales et des cartables neufs au marché. Nous n'en avions pas besoin : nos cartables et nos sandales de cuir brun étaient encore neufs, il n'avaient qu'un trimestre. mais c'était le seul rituel qui n'appartînt qu'à nous, d'aller au marché avant le début de chaque nouveau trimestre, conduit en voiture par Kevin, en baissant les vitres sans avoir à demander l'autorisation à Papa. Aux abords du marché, nos regards s'attardèrent sur les fous à moitié nus qui traînaient autour des dépôts d'ordures, sur les hommes qui s'arrêtaient avec désinvolture pour ouvrir leurs braguettes et pisser dans les coins, sur les femmes qui avaient l'air de marchander bruyamment avec des piles de légumes verts jusqu'au moment où la tête du marchand pointait derrière l'étal.


Vous pouvez aller chez
Cuné, Lo, Loupiote et Hervé qui l’ont lu aussi.

par kathel publié dans : littérature africaine
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