15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 09:53

Important !  

 

Ce blog a déménagé depuis octobre 2012, vous pourrez retrouver les avis sur les livres que je lis, les photographes du samedi, et un peu de ceci et un peu de cela, à cette nouvelle adresse http://lettresexpres.wordpress.com/ que vous allez, je l'espère, noter dans vos "tablettes" ! 

Maintenant, c'est là-bas que ça se passe ! 

 

 

 

 

Il y a encore du passage ici, je ne le ferme donc pas définitivement.

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 09:17

cequiadevore.jpgPrésentation de l'éditeur: Chargée de procéder à l'inventaire d'une demeure du New Hampshire, Faye Travers remarque parmi une étonnante collection d'objets indiens du XIXème siècle un tambour rituel très singulier. Émue et troublée par cet instrument, elle se prend à l'imaginer doté d'un étrange pouvoir : celui de battre au rythme de la douleur des êtres, comme en écho à la violente passion amoureuse dont il semble perpétuer le souvenir … Avec Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La Chorale des maîtres bouchers, Louise Erdrich a imposé son regard insolite et son univers poétique parmi les plus riches talents de la littérature américaine. Une oeuvre qui ne cesse de se renouveler et de surprendre.
343 pages
Editeur : Le livre de poche (2010)
Traduction : Isabelle Rainharez
Titre original : The painted drum



Comme l'indique le titre original, c'est un objet, un tambour peint fabriqué par un amérindien en bois de cèdre, qui est le sujet du roman. La première partie relate la découverte à l'époque actuelle de ce tambour par deux femmes, Faye Travers et sa mère Elsie, dont l'activité consiste à évaluer les objets issus de successions. La vie quotidienne de Faye, et de la petite collectivité qui l'entoure, est dessinée à cette occasion, et si d'autres lecteurs ont trouvé cette première partie longuette, je m'y suis trouvée à l'aise. J'ai aimé le personnage de Faye et la découverte des habitants de ce coin rural du New Hampshire. A tel point que j'ai été un peu déboussolée par la deuxième partie qui change de narrateur, pour faire entendre la voix du petit-fils de celui qui a fabriqué le tambour.
Je ne me souvenais pas, par contre, avoir été autant éblouie par le style de Louise Erdrich, flamboyant, débordant d'ellipses et de raccourcis surprenants, comme je les aime, quoi ! Il permet de se laisser porter, entre réalité et vieilles légendes indiennes, par une histoire qu'on pourrait nommer : La petite fille et le tambour, et qui donne lieu à de très très beaux passages, dont l'image reste forte et inoubliable. Après La chorale des maîtres bouchers et La malédiction des colombes, j'ai retrouvé avec plaisir l'univers de Louise Erdrich et ses thèmes de prédilection, comme les objets chargés d'histoire qui traversent les époques, les légendes indiennes... Ce roman m'a donné envie de retenter la lecture de Four souls, attaqué en anglais, et auquel je n'arrivais pas trop à accrocher. L'un des personnages est présent dans les deux livres, cela devrait m'aider à me plonger dedans !


Extrait : Pendant ces semaines-là, il n'y a pas de trace de la chienne qui a échappé à l'érable mort, et Elsie et moi ne pouvons que supposer qu'elle a été prise pour un chien errant et emmenée quelque part, ou peut-être abattue par un fermier depuis la galerie à l'arrière de sa maison, parce qu'elle pourchassait un cerf. En effet, c'est probablement ainsi qu'elle survit, en se faufilant par un trou dans la clôture de la réserve de chasse, en mangeant des faisans nourris à la main et des carcasses d'animaux tués par l'hiver.
La chienne réapparaît pendant un faux radoucissement de trois jours qui ne trompe personne. Le cocker de mes voisins un peu plus haut sur la route, ceux qui ont abattu vingt hectares de bois d'oeuvre sur pied en quatre jours atroces, se fait dévorer. Ils laissent l'animal dehors toute la nuit dans son enclos grillagé et le lendemain matin, en appelant le chienchien depuis la porte de derrière, Ann Flaud en chemise de nuit tire sur la laisse. Celle-ci vient à elle en traînant sur le sol dans un bruit de ferraille. Au bout pend un collier vide, à demi rongé. Ann reste plantée là, sur les marches, le collier à la main, à s'interroger.
À part cela, il n'y a pas grand-chose à découvrir. Peu de preuves. Juste une tache de sang et les deux longues oreilles brunes, semblables à des moufles.

 

D'autres avis :  AifelleAlex-Mots-à-mots, IkebukuroMyrtille, Nina, Sybilline...


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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 09:15

 

lettrequidevait.jpgRentrée littéraire 2012
D'après l'éditeur :
Il était juste parti poster une lettre.
Mais c’est mille kilomètres qu’il va parcourir à pied.
Un roman inoubliable qui a conquis le monde entier.
« Je suis en chemin. attends-moi. Je vais te sauver, tu verras. Je vais marcher, et tu vivras. »
Harold Fry est bouleversé par la lettre qu’il reçoit de Queenie Hennessy, une ancienne amie qui lui annonce qu’elle va mourir.
Alors que sa femme, Maureen, s’affaire à l’étage, indifférente à ce qui peut bien arriver à son mari, Harold quitte la maison pour poster sa réponse. Mais il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter, continue jusqu’au bureau de poste, sort de la ville et part durant quatre-vingt-sept jours, parcourant plus de mille kilomètres à pied, du sud de l’Angleterre à la frontière écossaise.
Car tout ce qu’Harold sait, c’est qu’il doit continuer à marcher.
Pour Queenie.
Pour son épouse Maureen.
Pour son fils David.
Pour nous tous.

364 pages
Editeur :
XO (septembre 2012)
Traduction :
Marie-France Girod
Titre original :
The unlikely pilgrimage of Harold Fry


Harold Fry, à la retraite depuis quelques mois, ne sort pratiquement plus de chez lui. Pourtant, un matin, une lettre reçue d'une ancienne collègue, et amie, le pousse jusqu'à la boîte aux lettres pour lui poster sa réponse. Il est remué par l'état de Queenie qui lui écrit qu'elle est dans un établissement de soins palliatifs. Harold, ne sachant trop que répondre, et remâchant des souvenirs, prend la route, sans préparation, sans équipement, pour parcourir les huit cents kilomètres qui le séparent de Queenie. Du sud au nord de l'Angleterre, il longe les routes qu'il parcourait autrefois pour son travail, s'éloigne de sa femme Maureen, de son fils David, de l'absence de communication qui règne dans son foyer. Au fur et à mesure du chemin parcouru, il réfléchit, se souvient, change, tout en restant attaché à ce qui l'a accompagné dans les premiers jours de marche, comme ses chaussures de bateau bien peu taillées pour la route. Même si on est d'emblée persuadé qu'il atteindra son but, c'est plus le parcours intérieur que l'odyssée d'Harold Fry qui est intéressant.

J'ai été un peu partagée tout au long de la lecture de ce livre. Agacée par les bons sentiments, les rencontres qui s'accumulent gentiment, les personnages qui évoluent comme on s'y attendait, je ronchonnais intérieurement sur les ficelles un peu trop grosses. En même temps enveloppée par la chaleur et la tranquille obstination d'Harold Fry, je n'ai pas pu lâcher le livre avant de l'avoir terminé. Ce roman ne changera pas la face du monde, ni celle de la littérature, mais si vous avez envie de passer un bon moment avec des personnages attachants, pourquoi pas ?

 

Citations :  Harold songea à tout ce qu'il avait laissé passer au cours de son existence. Des sourires. Des coups à boire. Les gens qu'il avait croisés mille fois sur le parking de la brasserie ou dans la rue, sans même lever la tête. Les voisins qui avaient déménagé et dont il n'avait pas gardé la nouvelle adresse. Pire : son fils qui ne lui parlait pas et son épouse qu'il avait trahie. Il se souvint de son père dans la maison de retraite et de la valise de sa mère près de la porte. Et maintenant, il y avait cette femme qui, vingt ans plus tôt, lui avait prouvé qu'elle était son amie. 
Fallait-il toujours qu'il en soit ainsi ? Que, juste au moment où il voulait faire quelque chose, ce soit trop tard ?


 Il comprenait que dans sa marche pour racheter les fautes qu'il avait commises, il y avait un autre voyage pour accepter les bizarreries d'autrui.



Les avis de KeishaMeelly et d'autres sur  Babelio que je remercie pour cette envoi.

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 18:05

tousensemblemais.jpgRentrée littéraire 2012
D'après l'éditeur : Ce recueil part d'un constat simple : jamais on n'a autant parlé de mixité sociale, de fraternité, et jamais les Français n'ont eu autant envie de ne fréquenter que leurs semblables. Sur ce thème d'une brûlante actualité, Georges Flipo a écrit quatorze nouvelles irrévérencieuses, bien documentées et d'un humour ravageur. Les sujets sont variés, le ton est badin, les portraits sont gravés à l'acide. Pas de procès, pas de leçons : simplement quelques situations bien racontées, avec une verve souvent teintée de férocité, parfois de tendresse.
282 pages
Editeur : Anne Carrière (octobre 2012)



Rien de tel qu'une petite louchée de nouvelles entre deux romans plus conséquents, à savourer tranquillement... Ah, non, pas celles de ce recueil ! Elles sont plutôt du genre à être englouties les une à la suite des autres, tels les carrés de chocolat d'une plaque qui n'a pas eu le temps de réintégrer le placard, comme en leur temps les nouvelles voyageuses de Qui comme Ulysse.

Le point essentiel étant qu'elles se laissent lire très aisément, tout en pointant des petits travers particulièrement bien partagés par nos contemporains. Racisme, misogynie, « grand écart » social, réactions aux différences quelles qu'elles soient, forment la toile de fond de ces nouvelles réunies sous une couverture évocatrice avec des pingouins formant des groupes mouvants et hétéroclites.

Dans bon nombre de ces textes, un individu tente de rester dans son petit cocon pour se protéger des autres, des vieux, des laids, des plus pauvres, des différents, et n'y réussit pas toujours parfaitement. C'est acide, mais pas dépourvu d'empathie avec les uns et les autres. Certaines nouvelles plus optimistes laissent heureusement un peu d'espoir en l'humanité. Beaucoup de sourires et quelques grincements de dents plus tard, on s'étonne de quitter avec regrets cette foule pas si sentimentale... A lire et à faire lire !



Extrait : Philippe sentit monter une colère muette et impuissante. Il ne pouvait évidemment plus faire un scandale et réclamer sa chambre pour lui seul, ce serait très désobligeant envers ce Kristofer avec tous ses k qui lui souhaitait la bienvenue. Il ne tenait pas à passer pour xénophobe, d’autant que le chirurgien qui devait l’opérer portait un nom imprononçable, genre tchèque ou slovaque, « mais il est français comme vous et moi », l’avait rassuré son médecin traitant. Kristofer Kask, lui, n’était certainement pas français, en tout cas pas comme vous et moi, il avait un affreux accent venu de nulle part, avec des consonnes finales qui claquaient et d’autres qu’il mouillait.
 - C’est très joli, votre accent, vous venez de quel pays ?
 - Je suis estonien, mais il y a longtemps que je vis en France.
 - Ah, parfait.
Philippe avait hésité à ajouter « J’aime beaucoup l’Estonie », mais il s’en était abstenu, craignant que Kristofer lui demandât ce qu’il aimait en Estonie. Que diable y avait-il à aimer en Estonie ?

 

Merci aux éditions Anne Carrière, retrouvez d'autres avis chez Cathulu et Keisha...

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 18:03

certainesnavaient.jpgRentrée littéraire 2012
Quatrième de couverture 
: L'écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l'auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu'elles n'ont pas choisi. C'est après une éprouvante traversée de l'océan Pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. A la façon d'un chœur antique, leurs voix s'élèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre. Et l'oubli.
L'auteur : Julie
Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre pour  se consacrer pleinement à l'écriture. En 2002, elle publie son premier roman  Quand l'empereur était un dieu(Phébus, 2004 - 10/18, 2008), qui remporte immédiatement un grand succès.  Son deuxième roman, Certaines n'avaient jamais vu la mer, a été considéré dès sa sortie aux États-Unis comme un chef-d’œuvre et a reçu le PEN/Faulkner Award for fiction.
144 pages
Editeur :
Phébus (août 2012)
Titre original : The buddah in the attic
Traduction : Carine Chichereau



Cela commence sur un bateau, où des dizaines et des dizaines de femmes, jeunes ou très jeunes, s'entassent dans des cabines pour traverser le Pacifique. Elles viennent du Japon pour épouser, par correspondance, de jeunes japonais vivant aux Etats-Unis, fermiers ou patrons de petites entreprises... Hélas, l'arrivée réserve bien des surprises, l'homme de la photo est le même, mais beaucoup plus vieux, ou c'était la photo de son voisin ou meilleur ami, les maisons avec joli jardin sont des cabanes, des tentes ou des chambres miteuses. La nuit de noces, le travail harassant, la découverte d'une culture différente, les premiers enfants, le labeur toujours épuisant, d'autres enfants, le Japon toujours plus lointain, le départ des enfants devenus grands, les années défilent avec plus de malheurs que de bonheur pour ces femmes. La communauté reste repliée sur elle-même et se soude davantage lorsque survient la deuxième guerre mondiale.
L'histoire de ces femmes est déjà passionnante, mais plus encore sous la plume de Julie Otsuka qui réussit un livre magnifique en donnant voix à ces exilées par l'emploi constant de la première personne du pluriel. Ce « nous » collectif donne une force et un rythme exceptionnel au roman qui ne ressemble de ce fait à aucun autre.
C'est une pépite incontournable pour ceux qui aiment les épisodes historiques méconnus, le début du XXème siècle, l'histoire des femmes, les romans choraux, les parti-pris d'écriture originaux, le Japon... et pour tous les autres aussi !




Extraits : Sur le bateau nous étions dans l'ensemble des jeunes filles accomplies, persuadées que nous ferions de bonnes épouses. Nous savions coudre et cuisiner. Servir le thé, disposer des fleurs et rester assises sans bouger sur nos grands pieds pendant des heures en ne disant absolument rien d'important. Une jeune fille doit se fondre dans le décor : elle doit être là sans qu'on la remarque. Nous savions nous comporter lors des enterrements, écrire de courts poèmes mélancoliques sur l'arrivée de l'automne comptant exactement dix-sept syllabes. Nous savions désherber, couper du petit bois, tirer l'eau du puits, et l'une d'entre nous - la fille du meunier - était capable de parcourir les trois kilomètres jusqu'à la ville en portant sur son dos un sac de trente-cinq kilos de riz sans jamais transpirer. Tout est dans la façon dont on respire. Nous avions pour la plupart de bonnes manières et nous étions d'une extrême politesse, sauf quand nous explosions de colère et nous mettions à jurer comme des marins.

Sur le bateau, chaque nuit nous nous pressions dans le lit les unes des autres et passions des heures à discuter du continent inconnu où nous nous rendions. Les gens là-bas, disait-on, ne se nourrissaient que de viande et leur corps était couvert de poils (nous étions bouddhistes pour la plupart donc nous ne mangions pas de viande et n’avions des poils qu’aux endroits appropriés). Les arbres étaient énormes. Les plaines, immenses. Les femmes, bruyantes et grandes – une bonne tête de plus, avions-nous appris, que les plus grands de nos hommes. Leur langue était dix fois plus compliquée que la nôtre et les coutumes incroyablement étranges. les livres se lisaient de la fin vers le début et on utilisait du savon au bain. On se mouchait dans des morceaux de tissu crasseux que l’on repliait ensuite pour les ranger dans une poche, afin de les utiliser encore et encore. Le contraire du blanc n’était pas le rouge mais le noir. Qu’allions-nous devenir, nous demandions-nous, dans un pays aussi différent ?



D'autres billets chez A propos de livres, Benebonnou, CanelCathe, Esperluette, JérômeMyrtille et Yv.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 05:52

avenuedesgeants.jpgQuatrième de couverture : Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite. Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.
368 pages
Editeur :
Gallimard (avril 2012)



Trouver un américain au parcours exceptionnel et romancer sa vie serait-il un effet de mode en ce moment ? Ou simplement des coïncidences de lecture ? Toujours est-il qu'après  John Edgar Hoover (déjà par Marc Dugain) puis  Claude Eatherly (par Marc Durin-Valois), voici Ed Kemper, qui apparaît ici sous le nom d'Al Kenner. Je ne manque pas de vous préciser comme  une autre blogueuse, qui a eu tout à fait raison, qu'il vaut mieux ne pas chercher à en savoir plus sur le personnage réel avant d'entamer ce roman. Sa construction étant habilement basée sur ce que l'on ignore, ce serait vraiment dommage d'en savoir trop. Même l'explication du titre vous demandera d'attendre quelques deux cents pages ! 

Ce que vous saurez dès le début du roman, c'est que Al Kenner, alors qu'il avait quinze ans, a tué de balles de chevrotine dans le dos sa grand-mère qui « l'empêchait de respirer » puis son grand-père, qui, d'après lui, ne saurait pas vivre sans son épouse... D'autres chapitres nous montrent Al quinquagénaire enregistrant des romans pour les aveugles, et ayant des velléités d'écrire pour raconter sa jeunesse. C'est donc son récit, sa voix, ses pensées, son absence de remords, son esprit que nous pénétrons. Etrange expérience que de devoir se mettre à la place d'un tueur à l'intelligence exceptionnelle et à la modeste taille de deux mètres vingt. Etrange mais passionnante, car on se demande de bout en bout du roman jusqu'où il va aller, avec ses rancoeurs et sa froideur. Le personnage de sa mère n'a rien à lui envier pour ce qui est de l'absence totale de sentiments, et sans excuser Al Kenner, cela fournit pas mal d'explications à son parcours tragique. Le reste de sa famille est assez particulier aussi. Mais le parcours d'Al est aussi l'occasion d'une plongée dans la Californie des années 60, les communautés hippies, les routes sillonnées de bikers...

Comme dans La malédiction d'Edgar, la subtilité du roman repose sur le choix du point de vue, Al ne disant que ce qu'il a envie de dire, prenant parfois ses distances avec la vérité, et ses louvoiements entretiennent le mystère jusqu'aux scènes finales. C'est une lecture addictive, et quand le narrateur admet à un moment qu'il commence un peu à tourner en rond, c'est à peine si le l'effet s'en faisait sentir sur le lecteur... Enfin, c'est un roman biographique, pas un thriller, et on peut supporter quelques moments un peu plus calmes ! 



Citations : Le jour où Lee Harvey Oswald m'a volé la vedette, rien n'indiquait dans cette partie de la Sierra Nevada que nous étions en novembre. Autour de la ferme de mes grands-parents, la nature était dégarnie mais les arbres qui parsemaient la colline d'en face ne changeaient pas de couleur en automne. La journée avait débuté comme tant d'autres.

 

Les bons critiques comprennent que la promenade de l'auteur autour du sujet est plus essentielle que l'essence de ce sujet. Il est là, l'authentique voyage de la littérature. Si on devait se taper des milliers de pages juste pour ce qui doit être dit, dites-moi quel serait l'intérêt ?

 

Il dit tout ça, sans élever la voix. Il est rare qu'il élève la voix. Ses colères s'épanouissent dans un caisson étanche. Quand il est en colère, il est le seul à le savoir. 



Lu aussi par Clara, Dasola, Géraldine, Jostein, Keisha, MalikaNadael, Ys.


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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 11:24

retouraumots.jpgD'après l'éditeur : Il a 50 ans et vient d’être licencié. Electricien, il a retrouvé du travail dans un groupe de télécommunications. Devenu téléopérateur, il s’appelle désormais Eric : un sans-visage, un anonyme, une voix... Jusqu’au jour où des suicides rappellent que l’homme n’est pas une machine. Alors, peu à peu, Eric s’évade : la course à pied, l’écriture… Enfin, il décide de transgresser les consignes et rappelle, de sa propre initiative, un client…
L'auteur :
Né à Langres en 1958, Thierry Beinstingel est cadre dans les télécommunications. Il a publié, aux éditions Fayard, Central(2000), Composants(2002), qui a reçu une mention au prix Wepler, Paysage et portrait en pied-de-poule(2004), C.V. Roman(2007) et Bestiaire domestique(2009). Ses ouvrages racontent, d’une manière réaliste, le quotidien parfois déshumanisant et souvent absurde dans les entreprises tertiaires.
240 pages
Editeur :
Le livre de poche (août 2012)



Câbler, raccorder, resserrer, démonter, remonter, tout ceci est terminé du jour au lendemain pour le nouveau qui arrive dans un service après-vente téléphonique où il a été reclassé. Il se demande combien de temps cela prendra pour que ses mains, devenues inutiles, deviennent blanches et molles. En attendant, il doit dorénavant donner de la voix, lire sans faillir des scripts affichés à l'écran pour des clients qui attendent davantage que des voix anonymes. Pas vraiment anonyme puisque le nouveau est sommé de se choisir un prénom, il sera donc Eric, une consonance scandinave qui lui plaît. Les collègues le prennent en charge dans ses débuts, mais quelle difficulté à s'habituer à parler toute la journée : « Le nouveau s'habitue, en effet, mais au point de ressentir rapidement cette langueur, vacuité, grisaille. » Décrocher le soir, même lors de longs kilomètres de retour en voiture, n'est guère possible, et les voix des clients poursuivent Eric jusque dans ses nuits. Comme dérivatif, il se remet à la course, aligne les kilomètres, été comme hiver. Il ouvre aussi un petit carnet de notes sur son lieu de travail. L'écriture, pourquoi pas ?
Le thème du monde du travail, avec en arrière-plan, des suicides successifs au sein de l'entreprise, ce thème non dépourvu de ressorts dramatiques, est servi par une très belle écriture, fluide et rythmée à la fois, qui m'a séduite. Encore un auteur à relire, d'ailleurs j'ai cru comprendre que son dernier roman a été sélectionné pour quelque prix prestigieux !



Extrait : L'invisible, ce sont aussi les voix, les bribes des conversations, les phrases répétitives des scripts chopés au hasard : Vous souhaitez modifier votre abonnement, c'est bien cela ? Avez-vous d'autres questions ? Je vous souhaite une excellente fin de journée. Phrases pensées par d'autres, récitées par les collègues machinalement, la bouche comme un outil en suspension devant le micro, le souffle tranquille des mots appris, évidents, logiques, susurrés pour ne jamais déplaire.



Je me souviens fort bien que c'est le billet d' Aifelle qui me l'a fait noter, mais sans doute  Antigone Cathulu ClaraConstance et Gwen ne sont-elles pas étrangères non plus à mon choix.


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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 15:16

moitiedunevie-copie-1.jpgRentrée littéraire 2012
Quatrième de couverture :
L’année de ses dix-huit ans, Darin Strauss renverse une jeune fille à vélo. Il n’aurait rien pu faire pour l’éviter. Pourtant, cet accident le hantera tout au long de sa vie. Jusqu’à ce qu’il rencontre sa future femme, la première personne qui l’écoute et lui demande de faire quelque chose pour se libérer, pour remettre les choses à leur place. Darin, devenu père, trouve en lui la capacité d’écrire ce texte où il examine avec une sincérité rigoureuse chaque moment de l’événement le plus tragique de sa vie, ne s’autorisant jamais un moment de paresse intellectuelle ou de circonstances atténuantes. L'auteur : Darin Strauss est l’auteur de trois romans à succès et est lauréat de plusieurs prix prestigieux. Ses ouvrages ont été traduits dans une quinzaine de langues et publiés dans une vingtaine de pays. Il est professeur de littérature à l’Université de New York, et vit à Brooklyn avec sa femme et ses enfants.
204 pages
Editeur :
Rivages (août 2012)
Traduction :
Aline Azoulay-Pacvon
Titre original :
Half a life


Il est, au moment même où j'écris ce billet, au Festival America, en train de débattre sur « Ecrire ça s'apprend ? »... (C'est ce qui s'appelle un billet en plein dans l'actualité !) Il s'appelle Darin Strauss, et a ressenti à trente-six ans le besoin d'écrire sur un événement dramatique survenu l'année de ses dix-huit ans. A quelques semaines de son examen final et du choix de son université, il se rend avec des amis au minigolf, lorsqu'il ne peut éviter une cycliste, jeune fille de son lycée, qui coupe inopinément les deux voies de la route. La jeune fille meurt et le jeune Darin, bien qu'aucunement mis en cause, a l'impression de cesser de vivre aussi, même s'il se rend aux obsèques, s'oblige à rendre visite aux parents de Celine, entre à l'université, vit la vie d'un jeune de son âge. Le regard des autres, ou même l'absence de ce regard, la pensée quasi continuelle de ce que Celine aurait pu et aurait dû vivre, l'obsèdent.
Darin Strauss a d'abord écrit d'autres livres puis cette autofiction, si douloureuse soit-elle, s'est imposée à lui, lorsqu'il a atteint le double de l'âge que Celine aurait à jamais. Le thème de la culpabilité, analysée de l'intérieur, la mémoire et ses rappels constants, les réminiscences inattendues venues en cours d'écriture (Darin Strauss pensait écrire cinquante pages, il en a écrit quatre fois plus), la transformation de la personnalité, la menace d'un procès, tout ceci forme la trame d'un témoignage jamais larmoyant, mais indispensable autant à l'écrivain qu'au lecteur.



Extrait : Col relevé dans le brouillard de Leicester Square, assis au coin du feu d'un pub à descendre des pintes de bière : deux des innombrables situations dans lesquelles Celine ne se trouverait jamais. Chaque fois que je me faisais cette réflexion (souvent) je sombrais dans une torpeur qui s'accordait avec le climat londonien. Celine devenait alors une fille très malchanceuse que j'avais vaguement connue au lycée. Je me souviens d'avoir déambulé, seul, dans ces rues britanniques qui vous ordonnent : LOOK RIGHT, LOOK LEFT. Pour des raisons évidentes, de cet avertissement peint en blanc sur les trottoirs, naissait tout un faisceau de significations.



Lisez aussi les billets passionnants d' Ys et de Clara ou pour les anglophones, une « book review » du  New York Times.

Lu grâce à  Dialogues Croisés.

dialogues crois s



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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 11:15

devouementdususpect.jpgQuatrième de couverture : Ishigami, un professeur de mathématiques, est amoureux de sa voisine, Yasuko Hanaoka, une divorcée qui élève seule sa fille. Mais son ex-mari a retrouvé sa trace et la harcèle. Elle le tue en cherchant à protéger sa fille qu'il a attaquée. Ishigami, qui a tout entendu, y voit l'occasion de se rapprocher d'elle et lui propose son aide. Il entreprend alors de maquiller le crime en le considérant comme un problème de mathématiques à résoudre... Un roman noir sur la folle logique de la passion

L'auteur :
Keigo Higashino est né en 1958 à Osaka. Il est une des figures majeures du policier japonais. Le Dévouement du suspect X, qui a remporté le prestigieux prix Naoki en 2006, est le deuxième roman à paraître dans la collection “Actes noirs”, après La Maison où je suis mort autrefois (2010) et avant Un café maison (2012).
315 pages
Editeur : Actes sud (novembre 2011)
Traduction : Sophie Refle
Titre original : Yogisha X no Kenshin



Je ne suis pas en mode « envie de polars » en ce moment, et pourtant celui-ci m'a tentée à la bibliothèque. Bien m'en a pris car il ne s'agit sûrement pas d'un polar classique. Les coupables de l'homicide sont connues dès le début, la personne qui les aide à cacher le crime aussi. Yasuko vit seule avec sa fille adolescente, lorsqu'elle se fait harceler par son ex-mari, qui n'est pas le père de la jeune fille. Un enchaînement fatal les amène toutes deux à l'étrangler alors qu'il est venu à leur domicile les poursuivre de manière ignominieuse. Rarement on est aussi ravi de voir disparaître un personnage ! Elles sont désemparées, s'apprêtent à alerter la police lorsque Ishigami, un voisin secrètement amoureux de Yasuko sonne à leur porte pour leur proposer de les aider. Il semble ne rien laisser au hasard, et pourtant la police les suspecte.
Toute la subtilité du roman réside dans un rapport de forces entre le professeur de mathématiques, voisin de Yasuko et un ami du policier chargé de l'enquête. Ce personnage inédit du scientifique qui enquête en parallèle de la police, tout en réussissant presque à pénétrer les méandres du cerveau particulièrement retors d'Ishigami rend le roman original et très prenant. S'il peut sembler un peu long vers le milieu, aucun détail ne restant dans l'ombre, la fin étonnante rattrape tout ! Vous pouvez le découvrir, que vous ayez lu « La maison où je suis mort autrefois » ou non, ils sont fondamentalement différents. J'ai lu que « Un café maison » reprenait les personnages du policier et du scientifique, je le lirai, c'est certain !



Extrait : Appuyé à la rambarde du talus, un homme se brossait les dents. Ishigami le connaissait de vue. Agé d’une soixantaine d’années, il avait de longs cheveux presque blancs noués en queue de cheval. Il avait renoncé à retrouver du travail. S’il avait été à la recherche d’une tâche de manœuvre à la journée, il aurait déjà quitté les lieux. Les recruteurs font leur sélection de bon ma- tin. Sa coiffure montrait qu’il ne fréquentait pas non plus l’agence d’aide au retour à l’emploi, car elle ne recevrait pas un homme ayant son apparence. La possibilité de trouver du travail à son âge était d’ailleurs proche de zéro.

 

D'autres avis ici et là : BMR et MAMEmeraudeGwenaëlleLewerentzMichelNanouVirginie...


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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 06:08

grandebleue.jpgRentrée littéraire 2012
Résumé de l'éditeur : 
En 1967, en Franche-Comté, Marie est encore lycéenne quand elle tombe amoureuse d'un jeune bûcheron, se retrouve enceinte et se marie. Alors qu'elle rêvait d'une «vie à soi», différente de celle de sa mère, à l'âge de vingt ans elle a déjà deux enfants, et comme nombre de jeunes filles d'origine populaire de l'époque, son destin est tracé. Le jeune couple quitte sa forêt natale pour une HLM de Vesoul, et tous deux entrent à l'usine, chez Peugeot. Au travers des dix années qui suivent, c'est le grand basculement de l'après-68 que Nathalie Démoulin nous raconte, celui de la condition des femmes et de la classe ouvrière. [...]
L'auteur : Nathalie Démoulin est née en 1968 à Besançon. Elle est l'auteur de deux romans publiés dans la Brune : Après la forêt (2005) et Ton nom argentin (2007).
205 pages
Editeur :
Le Rouergue (septembre 2012)



Cette rentrée littéraire regorge de bonnes surprises, tout de même, non ? Et, fait assez inhabituel pour être noté, voilà que plusieurs de mes coups de cœur sont des romans français !
Dans celui-ci, la décennie 1968-1978 est vue du côté de la Franche-Comté, par une toute jeune fille. De ses dix-huit ans où elle laisse tomber ses études, pour se marier, enceinte d'un garçon rencontré lors d'une sortie du samedi soir, jusqu'à ses vingt-huit ans... Le mariage, l'installation dans la maison des beaux-parents, les bébés dont il faut s'occuper, et puis l'usine, le HLM à Vesoul, l'envie de passer des vacances à la mer, de voir enfin la grande bleue... C'est surtout de la condition féminine qu'il s'agit, de la "libération" de la femme du côté de la campagne française. Au-delà d'une fresque frappante des années 70, on entre de plein pied dans le monde ouvrier de cette décennie : Peugeot, Lip, Myrys, comme autant de balises dans un récit très poétique. « Marie voudrait tout avaler. Les biscuits trempés de café. Le petit garçon qui pleure dans son berceau. Les doigts de sa fille couverts de purée. Le robinet qui fuit dans son dos. Tout avaler et grosse de tout s'assoupir, sans prendre même le temps d'aller jusqu'au lit, s'endormir d'une masse, les bras croisés sur la table. »
C'est le coup de maître de Nathalie Démoulin, d'avoir trouvé une manière aussi poétique de rendre compte d'un destin somme toute morne et balisé d'avance, d'avoir su toucher la lectrice que je suis, avec une histoire de gens simples dont les rêves, les aspirations et les chagrins ne sont pas moins grands que ceux de leur chefs ou de leurs patrons. J'ai été un peu déroutée au début par la forme, avant d'être complètement emportée. Des phrases courtes, très sensuelles, alternant le « elle » avec un « on » plus générique, dessinent Marie, sa famille, ses amis et collègues, avec une netteté extraordinaire. J'espère, que dis-je, je suis sûre que ce texte ne passera pas inaperçu parmi les nouveautés si nombreuses, car il mérite un très bel accueil !


Extraits : Son père lui en a assez raconté : les façades interminables, les barres de ciment devant les fenêtres, un château de béton au pied duquel subsistent les édifices des premières usines qui produisirent ici de la rayonne, à la fin du dix-neuvième siècle, le tout se regroupant en une masse considérable entre la rivière et un versant de forêt (il en restera, quarante-trois ans plus tard, au temps des friches industrielles, des portes grossièrement murées par des agglos, des tags maculant le tout avec la rouille, les lianes et les charmilles, les arbres s'enracinant dans les escaliers et, perçant les maçonneries, le logo de Rhône-Poulenc cloué sur la ruine, datant vaguement le tout des années cinquante).
 

Dans le salon, on a conduit le feuillage du philodendron afin qu'il grimpe le long du mur et jusqu'au dessus de la baie vitrée. L'ourson rose qu'on ramasse par l'oreille, c'est celui de notre fille. Le visage qu'on aperçoit de biais et de loin, par un curieux accident de perspective, à travers les portes ouvertes du séjour et de la salle de bains, dans le miroir au-dessus du lavabo, c'est bien le nôtre, avec ses pommettes marquées, trop larges. Le temps que Michel aille chercher les enfants chez les Sauvageot, on reste seule, on voudrait commencer quelque chose, on remplit une casserole d'eau, on allume la lumière dans toutes les pièces, on a une paire de chaussons à la main, on marche sans bruit d'une fenêtre à l'autre, en posant la main sur le radiateur on croit qu'on va la brûler, et puis non, on repart, on craque une allumette, on a les chaussons aux pieds maintenant, et dans la main une poignée d'oeufs, qu'on laisse glisser dans l'eau frémissante, un par un.

 

Lu grâce à Dialogues croisés

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