Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 05:57

dacier.jpgQuatrième de couverture : Il y a la Méditerranée, la lumière, l’île d’Elbe au loin. Mais ce n’est pas un lieu de vacances. C’est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l’aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant… Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d’évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s’emparer de l’avenir.
L'auteur : Silvia Avallone, avant d'étudier la philosophie à Bologne, a vécu en Toscance, à Piombino, la ville industrielle qui sert de toile de fond à D'acier. A 25 ans à peine, ce premier roman la propulse en tête des meilleures ventes en Italie. Célébré par la critique, traduit dans 12 pays, en cours d'adaptation au cinéma, D'acier a été finaliste du prix Strega et couronné par le Campiello Opera Prima.
387 pages
Editeur : Liana Levi collection Piccolo (mars 2012)
Traduction : Françoise Brun
Titre original : Acciaio

 

Ne manquez pas la sortie en poche de ce roman italien ! Mais tout d'abord oubliez toutes les images que vous avez de la Toscane, villas entourées de cyprès et collines verdoyantes, palais et vignobles, et imaginez une petite ville industrielle au bord de la Méditerranée, face à l'île de d'Elbe, avec ses barres d'immeubles gris, sa plage peu entretenue, son centre-ville et son aciérie, énorme complexe industriel noir et tentaculaire. De l'immeuble où vivent Anna et Francesca, on voit la plage, les jeunes qui s'y retrouvent pour les parties de foot, les baignades, les premiers flirts.
En ce début d'été 2001, les deux filles, la blonde et la brune, « treize ans-presque quatorze » s'imaginent des avenirs de miss Italie ou d'avocate célèbre. Elles sont inséparables, même si Francesca est plus secrète, plus bousculée par la vie. Autour d'elles, les mères font ce qu'elles peuvent pour joindre les deux bouts, les pères résolvent dépit et amertume par la violence ou les petites combines. Les grands frères travaillent à la Lucchini, l'aciérie où pourtant l'emploi diminue à cause des délocalisations, mais carburent aux amphétamines et passent leurs soirées en boîte.

Malgré quelques petites maladresses à la limite du cliché, vite oubliées, la fascination qu'exerce ce roman est indéniable. Une réalité sociale vue à hauteur d'adolescentes, des paysages incroyablement présents, des dialogues très justes, en font un livre qui prend très vite son envol pour ne plus redescendre. L'écriture très sensuelle touche le lecteur et magnifie le destin de ces deux jeunes filles et de leur entourage. Bref, une vraie lecture coup de cœur !

 

Extraits : Ça veut dire quoi, grandir dans un ensemble de quatre barres d’immeubles d’où tombent des morceaux de balcon et d’amiante, dans une cour où les enfants jouent à côté des jeunes qui dealent et des vieilles qui puent ? Quel genre d’idée tu te fais de la vie, dans un endroit où il est normal de ne pas partir en vacances, de ne pas aller au cinéma, de ne rien savoir du monde, de ne pas feuilleter de journaux, de ne pas lire de livres, où la question ne se pose même pas ?

 

Le ciel n'en était pas un. C'était une volière. Les flammes violettes des fours, les bras des grues, les tonnes de métal enchaînées aux becs des palans. La succession sans fin des hangars, des bureaux, des soutes. Une obsession auto-engendrée. Les cheminées, actives ou pas. Elles crépitaient sans discontinuer au-dessus de sa tête : violettes, rouges et noires les flammes. Jaunes, verts les bras des grues qui tournaient, les tonnes de métal voltigeant comme des oiseaux, jaunes les nuages de carbone, noirs quand ils sortaient de la gueule des cheminées. Ils appellent ça le cycle infernal continu.

 

Je l'avais déjà repéré chez Clara enthousiaste,  Hélène qui l'a trouvé lumineux,  Sentinelle qui a aimé... Seul Yv n'est pas emballé.


Par kathel - Publié dans : Europe du Sud
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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 18:06

troisiemejour.jpg Quatrième de couverture : Deux violoncellistes arrivent de New York pour donner un concert à Jérusalem.
Tandis que la jeune Rachel retrouve sa famille et ses amis, Elisheva prend contact avec les deux hommes qui doivent l'aider à piéger un ancien nazi.
Les deux femmes n'ont que trois jours pour mener à bien leurs projets et atteindre les buts qu'elles se sont fixés : amour, justice et liberté.
L'auteur : Chochana Boukhobza est un écrivain israélien. Elle a étudié les mathématiques en Israël. Elle est l'auteur de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le Prix Méditerranée 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Fémina 1987. 
382 pages
Editions Folio (2012) paru chez Denoël en 2010

 

Restons à Jérusalem avec ce roman de Chochana Boukhobza, qui intéressera tous ceux qui ont envie de mieux connaître cette ville. Malheureusement, je ne vous en parlerai pas avec enthousiasme, je n'ai pas trop accroché à cette histoire où les destins de plusieurs personnages forts s'entrecroisent sur trois jours. Deux violoncellistes, Elisheva et Rachel, reviennent dans leur ville pour un concert. La plus âgée essaye de monter un traquenard pour tuer un ancien nazi, la plus jeune qui avait fui un amour compliqué, retrouve son ancien ami. Elle doit aussi affronter un père tourmenté et une mère dépassée, qu'elle n'a pas vus depuis cinq ans.
D'autres personnages gravitent autour des deux femmes, mais cette construction allant de l'un à l'autre que j'aime bien d'habitude, m'a paru inutile ici. J'aurais aimé me concentrer sur le personnage très fort et digne d'Elisheva. La musique comme fil conducteur et arrière-plan de cette histoire avait tout pour me plaire... Et les passages qui décrivent les rues de Jérusalem, les cafés, les places écrasées de soleil, ainsi que les paragraphes sur le parcours des personnages avant ces trois jours ont retenu mon attention. Mais l'écriture sans beaucoup de relief, l'histoire d'amour agaçante, et inutile à mon avis, de Rachel, n'ont pas réussi à me passionner et j'ai fini ce livre comme pour m'en débarrasser.
Si je devais vous recommander des livres pour découvrir Jérusalem, ce seraient donc Les chroniques de Jérusalem de Guy Delisle ou  Adieu Jérusalem d'Alexandra Schwartbrod. 


Un extrait : Je l'ai regardée réchauffer la graine dans une poêle au revêtement adhésif rayé. Elle a pris une assiette ébréchée dans le vaisselier, l'a posée sur la table couverte de miettes, elle est partie vers l'évier, elle s'est emparée de l'éponge, a soulevé l'assiette et nettoyé la table.
J'observais tous ses gestes avec un intérêt considérable car je comprenais pourquoi je fais, moi aussi, tout à l'envers : je commence par peindre un mur avant de me décider à protéger le sol, je me présente à un concert sans répéter, mais les salutations achevées, je saute sur mes partitions et je travaille comme une forcenée.

 

Lisez-les donc, elles l'ont aimé bien davantage : Anis, AnneMimi pinson et  Sylire...


Par kathel - Publié dans : Moyen Orient
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 06:16

chroniquesdejerusalem.jpgPrésentation de l'éditeur : Guy Delisle et sa famille s’installent pour une année à Jérusalem. Pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4000 ans. Au détour d’une ruelle, à la sortie d’un lieu saint, à la terrasse d’un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et nous fait découvrir un Jérusalem comme on ne l’a jamais vu.
334 pages
Editeur : Delcourt (novembre 2011)

 

Le dessinateur canadien Guy Delisle arrive à l'aéroport pour une année à Jérusalem, où sa femme travaille pour MSF. Passé les permiers jours, le dessinateur pense trouver du temps pour avancer ses travaux, mais il prend aussi en charge les deux bouts de chou du couple et doit compter sur pas mal de difficultés à se déplacer depuis Jérusalem Est où ils sont logés. La plupart des taxis ne se rendent pas dans cette partie de la ville, les lignes de bus y sont différentes de celle du centre ville. Guy Delisle passe les premiers temps à la recherche du bon magasin, du petit café idéal ou du parc pour enfants adapté ! Ce faisant, il observe, questionne, prend note, découvre et visite.
C'est pour moi un sans faute que cette BD : couleurs sobres, sable et grisé, graphisme assez simple pour les personnages, plus travaillé pour les bâtiments, voilà pour le dessin. Pour le texte, l'humour et le souci de la vérité, associé à un intérêt évident pour l'autre, lui permettent de montrer l'absurdité de certaines situations engendrées par les frontières qui morcellent Israël. Le dessinateur est d'ailleurs fasciné par le mur qui revient comme un leitmotiv. Pour autant, il ne porte pas de jugement péremptoire, se tenant à sa position d'observateur neutre. Lu par petits épisodes, je suis toujours revenue avec grand plaisir vers ce roman graphique à la fois pédagogique et plein d'humanité.

jeru-012.jpg

jeru-015.jpg

Vous pouvez cliquer sur les pages pour les agrandir.

A voir, le blog de Guy Delisle où on peut trouver un long extrait du début... Un autre article à lire ici...

Repéré entre autres chez JoëlleKeisha et Theoma.


Par kathel - Publié dans : BD
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 06:30

cartons.jpgD'après l'éditeur : Tout commence par un déménagement – cette « catastrophe naturelle » : Brice, illustrateur de livres pour la jeunesse et compagnon de la dive bouteille, quitte son appartement lyonnais pour une grande maison plutôt isolée à la campagne. Il a choisi l’endroit avec son épouse journaliste d’ailleurs partie quelque part en Égypte.
Esseulé, sans nouvelles d'Emma, Brice s’abandonne peu à peu au désespoir en squatteur de son propre logis, ne sortant plus guère du garage où sont entassés les cartons qu’il éventre au petit bonheur. Les évocations d’Emma, l’attente d’un appel qui ne vient pas, et la rencontre de Blanche, une étrange femme-elfe sans âge, sorte de spectre de l’enlisement provincial, ponctuent cette dégringolade dans l’enfer des cartons.
L'auteur : Pascal Garnier est une figure marquante de la littérature française contemporaine, dans la lignée des Simenon, Hardellet, Bove ou Calet. Ayant élu domicile dans un petit village en Ardèche, il s’y consacrait à l’écriture et à la peinture. Il nous a quittés le 5 mars 2010. 
192 pages
Editeur : Zulma (février 2012) 

 

Pascal Garnier est un auteur auquel je ne peux pas résister, me demandant à chaque fois ce qui se cache de bien noir, à l'affut derrière un titre sobre et une situation anodine.
Un déménagement, rien que de très courant, mais dès les premières pages, le sentiment que Brice, qui a choisi avec sa compagne de quitter la ville pour une grande maison quelque part dans la Drôme, ne se sent pas très bien. Le déménagement est pourtant rondement mené par une équipe de costauds, mais Brice attend des nouvelles d'Emma, partie en reportage en Egypte, et, tout à son attente, ne parvient pas à se faire sa place dans la maison. Quoique dans le garage, peut-être... Il tente pourtant quelques bricolages, quelques incursions dans le village, mais en même temps se laisse gagner par une lente dérive. Et ce n'est pas la rencontre avec l'étrange Blanche qui va arranger les choses. L'imagination du lecteur peut toujours travailler, celle de l'auteur la dépassera toujours !
En peu de mots, mine de rien, Pascal Garnier, avec cet humour noir qui respecte toujours les personnages, construit une histoire aussi implacable qu'inoubliable. Et quel style ! Je ne m'en lasse pas. Encore une réussite, dans la lignée de Comment va la douleur ?, Les insulairesLes hauts du Bas ou Lune captive dans un œil mort... 

 

Le début : Assis sur une cantine métallique qu’il avait eu bien du mal à fermer, Brice ressassait une comptine idiote dont il n’arrivait pas à se défaire : « Ma maison est en carton, pirouette, cacahuète... » Des cartons, il y en avait partout autour de lui, qui s’empilaient du sol au plafond, tant et tant que pour passer d’une pièce à l’autre il fallait se déplacer de profil à la manière des fresques égyptiennes. Cela dit, il n’y avait plus aucune raison de passer d’une pièce à l’autre étant donné qu’à part cette prolifération cubique, elles étaient tout aussi vides que le frigo et les tiroirs des meubles. Il était l’unique survivant de cette catastrophe naturelle et inévitable un jour ou l’autre qu’on appelle déménagement.
Passée la pire des nuits dans une chambre qui déjà ne lui appartenait plus, il avait dépouillé le lit de ses draps, couette, oreillers, et tassé le tout dans un sac Tati mis de côté la veille à cet effet. Après une toilette succincte histoire de ne pas étoiler le miroir de postillons de dentifrice, il se mit en devoir d’inspecter les lieux au cas où il aurait oublié quelque chose. Mais non, à part un bout de ficelle d’environ un mètre cinquante qu’il enroula machinalement autour de sa main, il ne restait plus ici que des impacts de clous ou de vis ayant servi à suspendre des cadres ou des étagères. Un bref instant il envisagea de se pendre avec le bout de ficelle mais y renonça. La situation était déjà suffisamment pénible.

 

D'autres lecteurs : AlainCatheEmmyne, InganmicLapinoursinetteLaurent, Moustafette...

Par Kathel - Publié dans : France
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 14:46

commeellevient.jpg Raphaëlle Riol, Comme elle vient 
Quatrième de couverture : Sa mère est partie en Asie depuis quatre mois, soi-disant pour des « vacances personnelles ». Depuis, avec son père et son petit frère, Mona, 18 ans, tente de faire front dans un délire joyeux, pour contrer l'angoisse et les questionnements sur les raisons véritables de cette disparition. Dans ce premier roman, Raphaëlle Riol, née en 1980, nous réjouit par son inventivité et son humour, la justesse de la voix de cette adolescente si mature dans le regard qu'elle porte sur elle-même et le monde qui l'entoure. Un bel hommage à l'esprit seventies.
170 pages
Editions du Rouergue (mars 2011)

 

Au risque de me faire des ennemis, je comparerais ce roman avec ceux d'Olivier Adam, mais en bien mieux ! Je n'ai jamais pu dépasser 50 pages de cet auteur, alors que je me suis laissée subjuguer par le roman de Raphaëlle Riol. Desdémona, surnommée Mona, dix-huit ans, a du mal à porter ce prénom difficile, mais plus encore à comprendre le départ de sa mère pour des vacances à la durée incertaine, la laissant avec Antoine, son père, et Jules son petit frère de six ans. Les semaines se succèdent, deux courtes lettres arrivent, Mona écrit des réponses qu'elle n'enverra pas, s'investit dans son groupe de rock, observe son père et son jeune frère se créer une histoire un peu folle de retour de leur mère avec un éléphanteau.
Raphaëlle Riol a trouvé le ton juste pour faire écrire cette jeune fille de dix-huit ans, avec l'humour et la distance nécessaire, les observations et les comparaisons qui vont bien à son âge. Mona se passionne pour la musique et les citations qui accompagnent chaque chapitre donnent envie de découvrir son répertoire. Ce roman devrait emballer les lecteurs lycéens, mais pas seulement, puisque je vous conseille de le découvrir sans plus tarder !

 

Extrait : Sur la plage, ce matin, en grattant le sable et en le faisant douce­ment couler le long de mes avant-bras, j'ai cru comprendre : il accumulait les disques avec la même exaltation que celle d'un archéologue découvrant au milieu du désert les traces d'une présence primitive. Il remontait jusqu'aux années décisives de sa vie. Depuis que tu es partie, il est redevenu jeune. C'est une équation compliquée, un peu difficile à admettre pour ceux qui en sont le résultat, les enfants. Mais aujourd'hui, j'ai tout compris. Et c'est sans doute pour cette raison que le temps de cette parenthèse pas encore refermée lui a semblé bref et que tu ne dois pas encore lui manquer vraiment.

 

horssaison.gif Marion Lecoq, Hors saison
Quatrième de couverture : Un matin de septembre, Laure, jeune réceptionniste dans un hôtel de bord de mer, voit débarquer un couple de personnes âgées. Combien de temps resteront-ils...
L'auteur : Marion Lecoq est documentaliste. Dans ce premier récit, elle explore l'amour à l'épreuve du temps.
46 pages
Les éditions du moteur (2011) 

 

Pour lire au bord d'une plage balayée par les vents, une histoire très touchante, plus une longue nouvelle qu'un roman, emmenée par une écriture poétique et toute en délicatesse. Seuls clients ou presque, d'un hôtel plutôt cossu, un couple de personnes âgées intrigue Laure, la jeune réceptionniste. Elle observe comment Jean Servein prend soin de sa femme qui semble très faible et qui doit utiliser un fauteuil roulant pour sa promenade quotidienne en bord de mer. Son point de vue alterne avec celui de Jean sur Angèle et les souvenirs des débuts de leur amour. Amour très fort qui contraste avec le jeune couple formé par la jeune réceptionniste et son ami, que des petits détails montrent comme peu solide. Le patron de l'hôtel, dans son monde bling-bling, est le seul à s'irriter de la présence de ce couple vieillissant, qui lui semble ternir l'image de son hôtel.
Une belle plume pour un premier roman très émouvant.

 

Extrait : Jean Servein ne se départ jamais de son infinie courtoisie, mais on devine en lui une dévotion possessive envers sa femme qui nous tient fermement à distance.
Il veille sur elle comme sur un trésor convoité par des mercenaires, qu'il aurait pour mission d'amener à bon port.
Notre curiosité bute en vain, refoulée sans trêve, sur son souriant mystère.

 

Un grand merci à Abeline des Chroniques de la rentrée littéraire et au Festival du premier roman de Chambéry qui m'ont invitée à ces découvertes. Je me demande maintenant lequel je vais lire ensuite ! 

Par kathel - Publié dans : France
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 09:44

terredesmensonges.gif Quatrième de couverture : Quelques jours avant Noël, en Norvège, dans une ferme délabrée de Trondheim, la tyrannique Anna Neshov se meurt. Ses trois fils, leur père, ombre fantomatique et Torunn, l'unique petite-fille, se retrouvent alors pour la première fois pour une confrontation explosive où éclateront les drames secrets dont sont tissées leurs vies…
350 pages
Editeur :
10/18 (2011)
Traduction :
Jean Renaud
Titre original :
Berlinerpoplene

 

Une saga familiale norvégienne, encore une, me direz-vous ! Ou peut-être ne pensez-vous rien des sagas norvégiennes ou des gens qui les lisent. Bref, voici de quoi il retourne. Trois frères qui ne se sont pas revus depuis une vingtaine d'années se retrouvent dans la ferme familiale près de Trondheim pour les derniers moments de leur mère. L'aîné, Tor, resté auprès de ses parents, les fait vivre chichement grâce à un élevage de porcs. Le second, Margido possède une petite entreprise de pompes funèbres dans les environs. Enfin, Erlend vit en couple avec Krumme à Copenhague où il exerce ses talents de décorateur de vitrines. Le père des trois frères ainsi que Torunn, la fille de l'un d'entre eux, seront aussi de la partie, pour des fêtes de Noël à l'atmosphère tendue.
Anne B. Ragde excelle à décrire les petits gestes du quotidien qui révèlent davantage que les grandes paroles. Avec elle, les soins à la porcherie, la décoration d'une table de fête ou les derniers soins aux morts sont évoqués avec minutie, mais sans sensation d'ennui, car ce sont les personnalités qui s'y dévoilent, d'autant que certains d'entre eux sont plutôt des taiseux. Comment les trois frères se sont perdus de vue, quel est le secret à l'origine de tout ce malaise familial, tout apparaît petit à petit. Il ne faut pas s'attendre dans ce roman à de magnifiques paysages norvégiens, la ferme grise et délabrée est fort heureusement recouverte d'une bonne épaisseur de neige, et de la ville avoisinante, on ne fréquente guère que l'hôpital et le supermarché. Mais l'auteur installe une atmosphère et des relations qui, avec les questions posées, poussent à tourner les pages de plus en plus rapidement. J'ai beaucoup aimé certains personnages, que je pense retrouver dans la suite : elle est déjà notée à lire, donc !

 

Extrait : Margido mentait, il n’avait pas vu précisément ce genre de suicide auparavant, mais il était obligé de faire preuve d’un calme blasé, il travaillait mieux alors, on lui fichait la paix et on le considérait comme un professionnel expérimenté, et rien de plus. Il est vrai qu’on attendait davantage de distance de sa part que, par exemple, d’un policier. On estimait probablement que, du fait qu’il côtoyait la mort tous les jours, elle ne le touchait plus. A plusieurs reprises il avait ramassé des morceaux de corps humain sur le bitume à la suite d’accidents de la route, en même temps que des ambulanciers et des policiers, or les autres se voyaient ensuite offrir une aide psychologique, pas lui.

 

D'autres avis chez AproposdelivresCunéDasola, MichelPetite FleurPomSandrine


Par kathel - Publié dans : Europe du Nord
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 08:40

stoner.jpgQuatrième de couverture : Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père, et au prix de quels sacrifices, pour y étudier l’agronomie. Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit. Il déçoit les siens, devient professeur, se voue corps et âme à la littérature, sert ses étudiants, assiste impuissant aux ravages causés par une terrible crise économique et deux guerres mondiales, se trompe d’histoire d’amour et finit par renoncer au bonheur. Tout cela l’entame, mais rien ne le diminue : il lit. Célébration d’une âme droite enchâssée dans un corps que la vie a très tôt voûté, voilà le récit d’une vie austère en apparence, ardente en secret.
381 pages
Editeur : Le Dilettante (2011)
Première parution : 1965
Traduction : Anna Gavalda

 

La quatrième de couverture est parfaite pour résumer ce récit d'une vie, récit qui peut semble linéaire et sans surprise et qui pourtant, par la grâce d'une écriture sensible et toute en retenue, s'avère passionnant. Le jeune garçon voué à reprendre la ferme familiale, n'ayant pour modèle familial qu'un labeur constant et sans joie, est envoyé à l'université du Missouri grâce à une bourse d'études. Il doit y étudier l'agronomie, s'inscrit un peu par hasard à un cours de littérature et découvre un monde qu'il ignorait complètement. « Il avait ressenti entre les murs de Columbia le même sentiment de chaleur et de sécurité qu'il aurait dû éprouver enfant dans la maison de ses parents et qu'il n'avait justement jamais connu. »
Il va former quelques amitiés, rester en tant que professeur dans l'école qui l'a accueilli, ne pas quitter ce cocon même quand l'appel de la première guerre mondiale le pressera à s'engager. L'université apparaît comme une sorte d'abri contre le monde extérieur, comme le dit l'un des amis de Stoner, ce monde qui semble un peu feutré, brouillé, tant est riche la vie des livres, et la joie de la faire partager. Le parcours sentimental de William Stoner sera même un peu mis en veilleuse par rapport à ses recherches littéraires, jusqu'à un certain moment, du moins. La scène du mariage rappelle un peu celle de "Sur la plage de Chesil", symbole d'une époque, sans doute. Stoner aura pourtant une vie de famille dans laquelle il devra s'investir... Ce que vous découvrirez quand vous ne manquerez pas de lire ce beau roman !
Car, enfin, après quelques déconvenues et abandons, voici enfin un livre que j'ai eu plaisir à retrouver et un personnage qui semblerait pourtant falot, mais dont le destin m'a fascinée. Rien à redire à la traduction d'Anna Gavalda, je ne peux pas juger de sa fidélité, mais l'ensemble est cohérent, fluide et rend bien compte de l'amour de la littérature qui porte William Stoner. Une superbe idée que cette réédition !

 

Extrait : Parfois ses pas le menaient dans la cour d'honneur. Il se postait là, en son centre, et admirait les cinq gigantesques colonnes qui se dressaient devant Jesse Hall. Elles semblaient sortir de terre pour s'élancer dans la nuit. Ces colonnes, avait-il appris, étaient les vestiges de l'ancien bâtiment principal qu'un incendie avait détruit bien des années auparavant. Gris argent sous la lune, pures et dépouillées, elles lui paraissaient être le symbole de la vie qu'il s'était choisie comme un temple est l'incarnation d'un dieu qu'il honore.

 

Lu (et approuvé !) par AntigoneCunéLaureLaurenceNinaTheoma...

Par kathel - Publié dans : Amérique du Nord
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 06:00

Curieux personnage que Ai Wei Wei, dont j'ai pu voir la dernière exposition au Musée du Jeu de Paume, parallèlement à la plus classique Berenice AbbottEntre artiste plasticien et photographe, Ai Wei Wei ne ressemble à personne d'autre et donne toujours l'impression de prendre le contre-pied des photographes connus et reconnus. Chez lui, le photographe est plus souvent face à l'appareil que derrière...

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Les photos de paysage urbains de son pays sont étonnantes, partagées en deux parties égales avec une ligne d'horizon médiane, l'accent y est mis sur des paysages en cours de construction, les chantiers, les zones intermédiaires.

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Quant aux portraits, ils sont l'élément vivant d'un décor immuable et banal, répété jusqu'à satiété, comme ceux de la série Conte de fées, ci-dessous. Les photos de Ai Wei Wei sont faites pour être vues en séries, et ce petit échantillonnage ne rend pas forcément compte de la richesse de son univers, assez fascinant, une fois qu'on y a mis le pied, univers qui vise à apporter une critique de la société qui l'entoure, une critique à saisir, bien cachée derrière les apparences calmes et prospères.

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Ai Weiwei : Entrelacs” est la première grande exposition en France consacrée à cet artiste. L’exposition présente également des vidéos de l’artiste, et de nombreuses photographies, en plusieurs séries dont cellesdiffusées sur son blog ou prises avec son téléphone portable.
Ai Weiwei né à Pékin en 1957 choisit New York au début des années 80 et y photographie quotidiennement le monde qui l’entoure. Il revient à Pékin en 1993, pour témoigner sur la société et ses mutations en Chine. Il est architecte, sculpteur, photographe, blogueur et adepte des nouveaux médias, et toujours iconoclaste et provocateur.
Placé en détention en avril 2011 par les autorités chinoises, puis libéré sous caution trois mois plus tard, il est toujours interdit de sortie du territoire.

Exposition terminée au Musée du Jeu de Paume.

Par kathel - Publié dans : artistes et photographes
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