D'après l'éditeur : Quand s'ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et Cécile ont seize
ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l'enfance ne se quittaient pas se sont perdues.
Alice, installée dans un café, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des réflexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que réactivent
d'autres chagrins. Plongée dans un semi-coma, Cécile, elle, écrit dans sa tête des lettres imaginaires à Alice.
Tissant en une double trame les décennies écoulées, les voix des deux jeunes femmes déroulent le fil de leur histoire. Depuis leur rencontre, elles ont tout partagé : leurs premiers émois amoureux, leurs familles, leur passion pour la littérature, la bande-son et les grands moments des "années Mitterrand". Elles ont même
rêvé à un avenir professionnel commun. […]
L’auteur : Kéthévane Davrichewy est née à Paris en 1965 dans une famille géorgienne. Son enfance est marquée par les souvenirs et l’expérience de l’exil qu’ont vécue ses
grands-parents. Après des études de lettres modernes, de cinéma et de théâtre, elle a travaillé pour des magazines et a collecté des contes géorgiens pour l’École des loisirs, où elle a publié de
nombreux ouvrages pour la jeunesse. Elle a écrit aussi des scénarios de films. Son premier roman, Tout ira bien, est paru en 2004 aux éditions Arléa. En 2010 La Mer
Noire (sorti en poche) a obtenu de nombreux prix.
181 pages
Editeur : Sabine Wespiesr (janvier 2012)
Ayant eu un coup de cœur
pour La Mer Noire, je ne pouvais qu’ouvrir ce nouveau roman de Kéthévane
Davrichewy. Cela ira mieux en le disant tout de suite, les thèmes entremêlés du premier me parlaient davantage, mais il n’est pas si courant de voir abordé celui du désamour amical dans des
romans. C’est un sujet peu traité, du moins parmi mes lectures, voilà donc ce qui a su attiser ma curiosité.
La trame du livre est faite de sauts temporels, de 1981 à 2011, puis la fin des années 70 et le milieu des années 2000. Il n’y a aucune difficulté à suivre cet enchevêtrement, presque davantage à
différencier Alice de Cécile et vice-versa, tant elles sont comme deux facettes d’une même personne. L’une vit dans une famille éclatée, l’autre dans une fratrie de trois sœurs, mais dès lors
qu’elle se sont retrouvées au collège, rien ne semble devoir les séparer.
Pourtant, les passages contemporains nous montrent les deux femmes éloignées l’une de l’autre, et même brouillées irrémédiablement. Cécile dans le coma, après un accident, et Alice peinant à
tenir debout à la suite d’une rupture avec son compagnon de longue date.
On aurait pu craindre que l’auteur n’épilogue sans fin sur les raisons de cette désaffection réciproque. Le roman est plus et mieux que cela, un retour nostalgique sur le début des années 80, les
parcours de deux femmes par rapport à leurs idéaux de jeunesse, les illusions perdues qui les détournent l’une de l’autre. Ce sont des amoureuses de la littérature, des arts, aussi leurs amours,
et peut-être aussi leur amitié, sont-elles parfois plus imaginaires que réelles.
Lorsque Cécile rencontra Eric, une nouvelle ère commença. Alice passa beaucoup de temps avec le couple, puis on lui présenta Patrick. Ils se plurent tout de suite. Leur relation fut
houleuse. Ils se disputaient. Il aimait séduire, elle était jalouse et lui faisait des scènes interminables. Quand cela prenait fin, exsangue, elle lisait et relisait Proust, les pages qui ne
parlaient que de ça, la jalousie de Swann, celle du narrateur, les mensonges d’Odette et d’Albertine. Elle lisait L’ennui de Moravia. La littérature densifiait ce qu’elle vivait, lui donnait de
la valeur.
J’avoue ne pas être très intéressée dans les romans par les tourments adolescents, même très bien racontés comme ceux-ci, je n’ai pas le moins du monde la nostalgie de cette époque. Aussi ai-je
été plus touchée par les réflexions adultes d’Alice et de Cécile, par la révélation des secrets non partagés qui ont fini par les éloigner l'un de l'autre. Pourtant, je suis sûre que d’autres au
contraire apprécieront davantage la petite musique mélancolique qui s’échappe de certaines pages.
Bref, quand vous l’aurez lu, revenez m’en parler ! Je vous attends !
Un grand merci à Chantal des éditions Sabine Wespieser.
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